‹ Florence et ses vicissitudes, 1215-1790 (volume 2)Chapitre 5 sur 29 · IL · texte numérisé non relu

IL

sa volonté r^e non par la raison , mais par la passion. Aussi, sous celte autorité, chaque citoyen estil soumis à l'orgueil d j tyran.Le^ richesses que Ton possède sont constamment Tobjct de sa convoitise et de son avarice. La chasteté des femmes est continuellement mise en péril par sa luxure à l'occasion de laquelle il transforme une partie des gens de la cité en entremetteurs et en entremetteuses. Mais je m'arrête pour ne pas signaler un crime plus affreux dont le tyran ne craint pas de se rendre coupable. »

vu.

Système de réforme ^onr le goBvernement de Fldréiieé, par Machitveiu. — Gouverneimiii niale.

La faiblesse, il faut bten le dire, f abseace de Vues politi<{ue9 dan» le discours de Satonarota ^ le feraient confondre avec une foule de pamphlets insignifiants de cette époque , si cet écrit ne pre*" naît pas une certaine importance, par rantorité €t Finfinence que ce zélé démocrate a etelttéeê sra* les hommes de son temps. Ce qui s'y troUTë indique d'ailleurs, comme on Ta dit, Hneertittidë extrême des esprits à cette époque sur les môyenë propres à rétablir le gouTCrnement répuMicain à Florence. Cette incertitude, on la retroùttô datlâ les opinions des hommes les plus habitués M, maniement des affaires publiques, et Maehia^U lui-même n^en fut pas exempt.

Après la mort de Laurent II, duc d'Urbln, si peu digne des complaisances de Léùtt Xy ié cardinal Jules des Médicis (bientôt aprè^ Glé^ ment VII) prit le gouverneiiient de Florence à titre de légat du pape son cousin. Lé pontife, seii^ tant bien que Tincertitude du sort poUtiqtlê def Florence avait besoin d^étre fixée, eut la ^utïoéité^

Il6 FLOivENCE.

d'avoir recours à Machiavelli, et d'employer la capacité de cet homme pour tenter de rétablir le gouvernement de Florence sur des bases solides et fixes. 11 lui demanda un projet de réforme pour le gouvernement de Florence. La réponse que Machiavelli fit au Saint-Père, se trouve dans les ouvrages qui nous restent de cet écrivain, et porte le titre de : « Discours sur la réforme du gouverne* ment de Florence^ fait à la demande dupape Léon X; il a été composé en i520. Ce mémoire curieux fait voir à quel degré de puissance était parvenue alors la maison des Médicis. Machiavel, avec cette justesse de vue qui le distingue, mais sans négliger les précautions qu'il fallait prendre en parlant a LéonX, Médicis, tout-puissantà Florence commeà Rome, montre, d'après l'exemple de ce qui s'est passé sous les gouvernements de Côme-l' Ancien et de Laurent-le-Magnifique, les inconvénients d'un état mixte, tll est indispensable, dit-il à Léon, de choisir entre le pouvoir d'un seul etla république»; et à cette occasion, il fait ressortir tous les défauts

d'uneoligarchie.Après avoir présenté ce dilemmeà Sa Sainteté, Machiavelli revient àsonidéefavoriteet conseille d'établir une république dont il trace le plan. Ce projet laisse voir l'embarras où se trouva ce grand publiciste, en cherchant à concilier l'élablisement de la liberté dans son pays, avec la puissance exorbitante des Médicis, et particulièrement avec celle de Léon X. Aucune analyse ne pourrait donner une idée juste de cette dernière partie du discours de Machiavelli, où le partisan iiu système républicain se trouve forcé de faire de si étranges concessions au monarque , au pape

GOtfVERNEMENT. 11 7

qu'il prétend mellre à la tête d'un gouvernement libre à Florence.

« Votre Sainteté, dit-il à LéonX, verra comment, dans mon projet de république, non seulement son autorité est maintenue, mais s'accroît encore; elle reconnaîtra comment ses amis y demeureront honorés et en sûreté, tandis que, de son côté, l'universalité des citoyens y trouvera évidemment des motifs suffisants d'être satisfaite.

i^Geux qui instituent une république, doivent avoir égard aux qualités et aux besoins de trois classes d'hommes que l'on retrouve dans la composition de toutes les cités : les premiers, ou notables; les mitoyens, ou bourgeois; et les derniers, ou la plèbe. Quoiqu'il existe, comme je l'ai dit plus haut, une certaine égalité entre tous les citoyens de Florence, cependant il s'en trouve ■parmi eux, qui,parunsentiment d'orgueil, croient niériter d'être placés au-dessus des autres, et aux prétentions de qui il est nécessaire de satisfaire dans une république. La chute du dernier gouvernement ( celui de Pierre Soderini ) n'a eu d'autre cause que la négligence envers ces prétentions.

» Contenter des gens ainsi disposés est chose impossible, à moins d'environner les premières charges de la république de majesté, et d'en revêtir la personne des notables.

• Or,onnepeutdonnèrcettemajestéauxgraades charges de l'État de Florence, tant que l'on conservera la seigneurie et les collèges dans la forme qu'ils ont eue jusqu'à présont. D'après le mode usité pour la création de ces magistrats, il ne pei?t y siéger qu'assez rarement des hommes de poids

1 1 9 FLOfi£I!f CE,

p% de réputation. Alors on se trouve forcé de faire descendre cette majesté du gouvernement» ou dans les classes inférieures, ou dans les rangs intermédiaires 9 dispositions contraires à tous les principes d'une saine politique; ou bien de les cqujBer aux simples citoyens. Il est donc indispensable de corriger ce mode de création, et de satisfi^re lùnsi à l'ambition la plus haute qui e^ûste dans la cité. Or, voici ce qu'il faudrait faire :

• Abolir la seigneurie^ les huit de la pratique et les douze bons-hommes \ puis, pour imprimer au gouvernement de la majesté, créer à leur place soixante-cinq citoyens âgés de quarante-cinq ans accomplis, dont cinquante-trois pour la majeure ( les sept arts majeurs ) et douze pour la mineure (les arts inférieurs). Leurs fonctions seraient |i vie, et ils prendraient part au gouvernement, de a manière suivante :

» Créer dans ce nombre un gonfalonier de jus? tice , pour deux ou trois ans , si l'on ne jugeait pas à propos de le nommer à vie ; les soixante-quatre citoyens qui resteraient se diviseraient en deux sections, chacune de trente-deux membres. L'une de ces sections gouvernerait conjointement avec le gonfalonier, pendant une année; l'autre le remplacerait l'année suivante, et ainsi chaque année en se conformant à l'ordre prescrit ci-après. Le corps entier prendrait le nom de seigneurie,

» Les trente-deux se partageraient en quatre subdivisions, composées chacune de huit membres qui résideraient pendant trois mois dans le palais avec le gonfalonier, entreraient en fonction avec les cérémonies accoutumées, traiteraient

GOUVERNEMENT. 1 1 g

toutes les alOfaires dont la seigneurie seule s'occupe aujourd'hui; et lorsque cette subdivision ce réunirait à ses autres collègues des trente-deux , ils rempliraient tous ensemble les mêmes fonctions qui sont aujourd'hui dévolues à la seigneurie , aux huit de la pratique, et aux collèges abolis précédemment. Ce corps serait à la tête et comme le membre principal du gouvernement. Si l'on réfléchit attentivement à cette organisation, ou verra qu'elle rend au premier corps de l'État toute sa majesté et toute sa considération; on verra comment les hommes graves et recomman« dables étant toujours revêtus des premiers em^^ plois , il deviendra inutile de confier les affaires aux simples particuliers; ce qui, comme je l'ai dit plus haut, n'est jamais sans dangers pour une république. En effet, les trente-^deux qui ne seront pas dans leur année d'exercice, pourront être employés dans les conseils ou mis en activité; et dans ce premier choix,yotre Sainteté, ainsi que je le dirai bientôt, pourrait faire nommer tous ses amis et ceux qu'elle honore de sa confiance.

» Mais venons maintenant au second corps de l'État : je pense qu'il est nécessaire, puisqu'il existe trois classes de citoyens , qu'il y ait aussi trois degrés de pouvoirs dans une république; mais pas plus. Il serait donc à propos de faire dispa«> raitre cette multitude de conseils qui, pendant long-temps, ont existé dans cette cité; conseils créés, non parce qu'ils étaient nécessaires à l'exis-* tence de la cité, mais pour servir d'aliment à l'ambition d'un plus grand nombre de citoyens. Youlant donc réduire une république à trois

membres senlemect, il me semble qu'il faudrait abolir \e& Soixante, les Ce/2/, le Conseil du peuple et de la Commune, et former a la place un Conseil de Deux-Cents dont les membres auraient quarante ans accomplis , savoir : quarante pour la mineurs^ et ceni soixante pour la majture. Aucun membre des soixanle-cinq ne pourrait en iaire partie. Ils seraient nommés à ¥ie et prendraient la dénomination de C onseil des Choisis. Bénnis aux soixante-cinq déjà désignés, ils seraient chargés de toutes les affaires, et auraient Ic^ mêmes pouvoirs qui sont aujourdlim le partage des conseils ci-dessus désignés, qui se trouTeraient annulés par Feffet de cette création. Ce serait le second degré des dignités deFÉtat; et Votre Sainteté s'en réserrerait toutes les nominations. Pour remplir ce but, maintenir et régulariser ces nouTclles institutions et celles que j'indiquerai plus bas, ainsi que pour assurer Tautorité de Yotre Sainteté et la tranquillité de; tos amis , il serait nécessaire, I* que la Balie tous accordât, ainsi qu'au référendissime cardinal (Jules de Médicis) une autorité égale, pendant la Tie de tous deux, à celle de tout le peuple de Florence; q** que Votre Sainteté eût le pouToir d'établir de temps en temps le tribunal des huit et de Balie; 3" que, pour mieux assurer la stabilité de FÉtat et la tranquillité des partisans de Votre Sainteté, on divisât les milices dlnfanterie en deux corps, auprès dr chacun desquels Votre Sainteté enverrait chaque année, de son autorité privée, deux commissaires, c'est-adire un commissaire pour chaque corps.

» On voit, par ce que je viens de dire , comment

GOUTERNEMEIVT. 1 2 1

Ton a satisfait aux prétentions des deux premières classes d'hommes; comment on a augmenté la force de voire autorité dans la cité ainsi que celle de vos amis^ puisque Votre Sainteté a dans ses mains les armées et le glaive de la justice, les lois in petto ^ et que tous les chefs de l'État sont à elle. » Mais il reste à contenter la troisième et dernière classe de citoyens , la masse du peuple, qu'il sera toujours impossible de satisfaire à moins qu^on ne lui rende ou du moins quon ne promette de lui rendre sa portion de pouvoir. Celui qui se flatte de réussir en agissant autrement est un insensé. Mais comme il serait dangereux et pour le maintien de l'autorité de Votre Sainteté ainsi que pour la sûreté de vos amis , de la lui rendre tout-à-coup, je pense qu*il faut se borner à lui en rendre une partie et à promettre de lui accorder le reste, en sorte qu'elle ait la certitude de la ravoir quelque jour en entier. Je croîs donc qu'il serait nécessaire de rouvrir la salle du Conseil des mille ou du moins des Six-Cents^ et de lui confier de nouveau le droit dont il jouissait autrefois, de nommer à tous les emplois et à toutes les magistratures, excepté \es Soixante-Cinq ^\es Deux-Cents et les Huit de Balie^ dont la nomination durant toutela vie de Votre Sainteté et celle du cardinal, vous serait exclusivement réservée à tous deux. Et pour que vos partisans fussent certains d'avoir leurs noms mis dans les bourses lorsqu'il serait question d'aller aux suffrages dans le conseil. Votre Sain fêté pourrait désigner huit accopiateurs ou scrutateurs qui , dépouillant les votes en secret, pourraient faire tomber le choix sur ceux qu'ils

132 FLOE£irC£.

voudraient, sans jamais pouvoir en écarter personne. Et afin que le peuple soit persuadé que Ton met dans les bourses le nom de ceux qu'il a nommés, on accorderait au conseil le privilège de faire assister aux séances secrètes des scrutateurs deux citoyens désignés par la voie du sort , pour surveiller remboursement. Si l'on ne contente l'ensemble des citoyens, on ne peut fonder une république stable; et les Florentins ne seront pas satisfaits tant que l'on ne rouvrira pas la salle. »

Après cet exposé, Machiavelli fait observer que larépublique,une fois constituéede cettemanière, offrirait les garanties d'une longue durée, si Sa Sainteté et monseigneur le cardinal devaient vivre éternellement; mais qu'à leur défaut futur et inévitable, il est nécessaire de prendre quelques précautions pour l'avenir. Toutes celles qu'il propose tendent à subordonner les différents corps de l'État l'un à l'autre, afin qu'aucun d'entre eux n'ait le droit de juger et de décider des affaires en dernier ressort et ne puisse pas s'emparer de l'autorité.

Malgré toute l'adresse de l'illustre secrétaire, on sent qu'il ne peut résoudre le problème pro^ posé; aussi dit-il assez franchement à Léon X s • Il me semble, lorsque je lis ces différentes insti* tutions qui vous sont soumises, comme formant une république , et abstraction faite de votre au^ torité^ qu'il ne leur manque rien. Mais si je les examine, tandis que Votre Sainteté et monsei-* gneurle cardinal existent encore, j'y vois une monarchie véritable; car vous commandez aux armées, vous présidez aux jugements criminels ^

GOUVERNEMENT. 1 a3

VOUS ayezrimtiatiye des lois , et je ne sais ce qu'un cb^f peut désirer de plus dans un État. Quant à vos amis , je ne vois pas ce qu'ils auraient à crain^ drea'ils se conduisent avec prudence et vivent de leurs biens , tant que Votre Sainteté conservera le même pouvoir et qu'ils seront appelés à occuper les premières charges de l'État. Il est également impossible de croire que lensemble des citoyens ne sera pas satisfait lorsqu'ils verront qu'on leur rend une partie de leurs droits et que le reste leur 9era peu à peu rendu. •

Aprè3 avoir élevé aux yeux de Léon le mérite des hommes qui donnent des lois à leur pays , Hachiavelli , frappé des désordres qui se manifestaient journellement dans Florence , ajoute : a Que Votre Sainteté veuille bien considérer qu'en laissant Florence dans l'état où elle existe aujour-d'hui, cette cité, au moindre accident, peut être exposée à mille dangers , et que Votre Sainteté aurait à supporter des dégoûts intolérables. Monseigneur le révérendissime cardinal peut facilement vous rendre compte de tous ces désagréments , car le séjour qu'il a fait parmi nous durant ces derniers mois , Ta pleinement instruit de ce que l'on a eu à souffrir. Ces désagréments naissent d'un& part des prétentions insupportables de gens qui ne font que demander , et de l'autre, de ceux qui, ne pouvant espérer de vivre tranquilles et sûrement dans un tel état de choses, ne cessent de rappeler la nécessité de réformer legouvernement, les uns demandant qu'on donne plus d'extension à la démocratie , les autres au contraire qu'on la restreigne , sans qu'aucun d'eux cependant in-

l^l/^ FLORENCE.

dique précisément les moyens de l'étendre ou de la resserrer. Leurs idées sont dans une confusion habituelle, et dans leffroi de l'avenir ils ne savent comment s'y prendre pour réparer le mal eth'accordent aucune confiance à ceux qui pourraient y remédier. Aussi dans ce trouble général estil difficile à Thomme le plus sage de conserver sa tête.

» Pour éviter ces dégoûts , il n'y a que deux voies : la i^remière , de se retrancher dans sa grandeur et de ne permettre à qui que ce soit d'avoir la hardiesse de rien demander , même dans la forme ordinaire , où de parler s'il n'est pas interrogé, comme faisait le feu duc d'illustre mémoire { Laurenlll des Médicis , duc d'Urbîn ) ; la seconde , d'organiser l'État de manière à ce qu'il puisse se gouverner lui-même , de façon qu'il suffise à Votre Sainteté de ne veiller que d'un œil sur la marche des affaires. De ces deux méthodes , la dernière seule vous met à l'abri et des dégoûts et des dangers; la première ne vous délivrerait que des dégoûts.

» Mais pour en revenir aux dangers qui lnous menacent, si nous restons dans l'état où nous sommes , j'ose prédire qu'au premier accident, si la ville n'est pas gouvernée autrement qu'elle ne l'est aujourd'hui , il arrivera l'une de ces deux choses, ou même toutes deux à la fois : qu'un chef audacieux faisant servir les armes et la violence à la défense de l'État s'élèvera tout-à-coup, ou qu'un parti se portera en foule pour rouvrir la salle et faire sa proie du parti opposé. Quel que fût celui de ces deux malheurs qui arrivât, ce

GOUVJîRJÎifEMENT. 1 ^5

dont le ciel uous préserve l que Votre Sainteté enjKisage les meurtres , les exils , les extorsions qui en seraient les suites ! Et puisqu'un pareil spectacle suffirait pour faire mourir de douleur l'homme le plus endurci, que serait-ce de Votre Sainteté dont le cœur ne respire que Thumanité ? » Léon X , en demandant conseil à Machiavelli , ne chercha-t -il qu'une occasion de payer à cet homme réduit à la pauvreté, une consultation; ou désirait-il s^érieusement avoir son sentiment sur l'état de Florence? C'est ce que l'on ne saurait décider. Quoi qu'il en soit, cette ville resta dans le même état de désordre, et il ne fut bientôt plus question du projet de réforme de Machiavelli.

Ni le pontife ni l'écrivain politique ne furent la dupe l'un de l'autre. Et Machiavelli en particulier, en donnant à Léon son projet de gouvernement transitoire, ne lui laissait pas ignorer qu'on tolérerait une monarchie à Florence, par égard pour sa personne, mais à condition que le gouvernement populaire serait rétabli dès que l'occasion opportune de le faire, sa mort par exemple, se présenterait.

Après tout, l'ensemble de ce discours ne doit être considéré que comme le jeu d'un esprit supérieur qui a perdu toute confiance et tout espoir dans leschoses qu'il croit bonnes et qu'il voudrait voir établies. Machiavelli, citoyen pauvre, était aussi bien instruit des affaires politiques de l'Europe, que Léon X, pape. On peut donc regarder comme un acte de fatuité de la part du ponlife d'avoir consulté Machiavelli, puisqu'il n'avait pas l'intention de suivre ses avis. De son coté, l'ex-

] a6 FLOREirce.

secrétaire s'est tiré ayee adresse et non sans cou-^ rage de Tespèce d'embûche qui lui était tendiift , car il donne les moyens d'établir une monarclHtf à Florence , le seul gouvernement possible aycc^ la puissance de la famille Médicis, et il dit pFéci-> sèment que cet ordre de choses ne durera pas plft» que la vie de Sa Sainteté. Tout cela , il faut le redire , est de la diplomatie fort habile , mak qis^ ne pouvait remédier à aucun mal.

Ce qui ressort clairement de l'éorit de Maéhia^ Telli, est : i"* l'autorité et l'influence excessite qu'avait acquises à cette époque la famille des Mé-* dicis à Florence, en Italie et même en Europe; autorité et influence de famille régnante , ans* quelles Machiavelli rend forcément hommage par les formules de politesse de cour qu'il emploie; SI* l'état désespéré du gouvernement républicain et démocratique à Florence ; 3"* et enfin les divisions, les incertitudes et les craintes continnelles au milieu desquelles vivaient, vers 1621, les citoyens dé toute classe à Florence.

C'est à cette époque que se rapporte le développement de ce républicanisme d'érudits né au seîil de l'académie Ruccellai , qui fit tramer une foule de conspirations extravagantes , à des jeunes gen^ qui ne trouvèrent jamais d'appui dans la masse des citoyens. A l'exception des neuf mois de siégef qu'eut à soutenir Florence en 1 6^9 et 1 53a , pendant lequel ces jeunes républicains eurent un but précis d'action cette fois et firent dé belles et grandes choses, toutes les tentatives politiques' furent ridicules en elles-mêmes , toujours vaguefT dans leur objet» et contribuèrent chacune, en fdS^

GOU VERNEMEKT, 1 2 7

gant redouter davantage la démocratie , a faire de la tyrannie un correctif inévitable.

L'acte le plus insensé et le plus lâche de ce genre, celui qui acheva de perdre le parti républicain, est le meurtre d'Alexandre des Médicis par Lorenzino , son parent. Cet assassin , après s'être montré si perfide envers son ennemi, parut si niais et si poltron comme chef de parti, que la Toscane presque tout entière se trouva heureuse d'accueillir Gôme P' comme souverain absolu.

Page 1