‹ Florence et ses vicissitudes, 1215-1790Chapitre 11 sur 16 · Q FLORENCE · texte numérisé non relu

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ils respectaient peu les personnes et leurs propriétés et à quel point la j urispvudence était informe et barbare. A ce sujet on rapportera encore un fait postérieur d'un siècle aux ordonnances de justice , mais qui prouve d'autant mieux ce qu'il y avait d'arbitraire et de ridiculement féroce dans la volonté des juges chargés de faire l'application des lois à Florence. En i36ô, un homme ayant été condamné à avoir la main coupée , obtint et regarda comme une grâce de la part du magistrat, de perdre le pied au lieu de la main , faveur que le coupable avait instamment demandée.

Après les Yépres Siciliennes, depuis l'anaaSa, oA s'opérèrent dans le gouvernement de la répu*bliqueles grands changements qui viennent d'être indiqués , le commerce et la banque prirent, jusifu'en i3oo, un accroissement considérable. Bieqi<totales fêtes privées et populaires introduisirent le goût du luxe dans toutes les classes , et l'on ne tarda pas à ériger plusieurs grands monu* ments d'utilité publique.

Quant aux détails précis sur les résultats du commerce et du change à cette époque , ils manquent. Les réjouissances privées furent brillantes et nombreuses , comme on en peut juger par la quantité des alliances |patrimoniales que les grandes familles guelfes et gibelines contrao* tèrent.

Mais en iq83, on célébra la fête de saint Jean, patron de Florence , avec un tel éclat et d'une manière si nouvelle , que l'on juge à propos d'en toucher quelques mots , d'autant mieux que les

historiens les plus ^9ve» n'ont pas cru deyoîreu

passer la description sous silence. Comme la ville de Florence, disent-ils Jouissait alors d'un calme et d'une prospérité favorables aux marchands , aux artisans , et en particulier aux Guelfes , qui avaient la grande main dans la ville , il se forma an milieu du faubourg d'Qutre-Amo , sous les auspices de la famille des Rossi , du parti guelfe , une compagnie de plus de mille hommes, tous couronnés de fleurs , vêtus de robes blanches et ayant à leur tête un chef ou seigneur qu'ils nommaient ^mour.Ceite Cour donnait des jeux et des divertissements de toute espèce , tels que bals ék concerts de musique. Les habitants y étaient invités à son de trompe et ils trouvaient tout le long du jour des repas préparés, pour lesquels on envoyait même convier au loin tout ce qu'il y avait de plus distingué en Toscane. Les directeurs '^ ces fêtes avaient à leur disposition des danseurs , des saltimbanques, pour réjouir leurs hôtes, qu'ils fournissaient d'ailleurs non seulement des choses qui leur étaient nécessaires, mais encore d'objets de luxe , tels que parfums , fourrures , coiffures nouvelles et robes d'étoffes précieuses. On ajoute même que quand ils avaient à traiter des personnes de haute distinction, ils poussaient la courtoisie jusqu'à leé.&ire reconduire chez elles , sur des chevaux et aviec le cérémonial le plus recherché. Cette Cour dura plus de deux mois, pendant lesquels une foule d'étrangers s'empressèrent de venir à Florence pour prendre part à ces singulières réjouissances.

Dans le même temps où Florence mettait à exécution ses dures ordonnances de justice et SQ

livrait à renivrement des fêtes , les lettres et les arts, de 1 260 à 1 3oo, prenaient un développement tout nouveau, circonstance considérable non seulement dans la civilisation de Florence, mais dans rhistoire de la civilisation générale de l'Europei.

On assure que les premiers essais de prosQ i^fr^ lienne remontent à peine au commencement da XI' siècle,et parmi les poésies écrites le plus amcien* nement en cette langue, on cite quelques ckansons^ qui restent de celles qu'a composées Tempereur Frédéric II, vers 1198. Dante naquit en 1266, et flhente ans après , la langue italienne était ^éjà faite et presque fixée en prose comme en vers.

Quant à l'étendue des connaissances cultivées et assez répandues déjà vers cette fin du xiii*' siècle» on peut en prendre une idée par les écrits de trois h^mes de ce temps : Ser Brunetto Latini, Dante Âligfaieri et Francesco deBarberino. I/énoncé des ouvrages qu'ils ont composés sufiira pour en faire pressentir la contexture et la portée.

Ser Brunetto Latini, professeur, secrétaire delà république de Florence , passe pour le premier citoyen de oetle ville qui ait fait connaître l'éloquence et ait appris à gouverner l'État selon les lois de la vraie politique. Jl a laissé deux ouvrages, l'un le Trésor j écrit en pfue provençale , espèce d'histoire naturelle selon PSne et Solin, où, entre autres su)çts , il traite de la boussole et des propriélét magnétiques de l'aimant. Sa seconde composition // Tesoretto^ écrite en vers italiens , est une vision où l'auteur décrit d'une manière fantastique les vices et les vertus. Cet homme (Était fort savant dans les langues et avait fait beau-

RÊPI]BL1QU£. 93

coup de traductions des plus beaux discours de Cicéron, de Salluste et de César. Il fut le maître de Dante et de F. de Barberino.

Yoici la liste chronologique des ouvrages de Dante, au titre de chacun desquels est jointe une indication des matières que ce grand homme y a particulièrement traitées :

La P^ieNoui^elle, qu'il a composée à Tâge de vingt-, six ans. Il y exprime T^our naturel et l'amour mystique, tout en parlant de la littérature en langue vulgaire, et de ses trois Cantiques dont il annonce la composition prochaine.

La Divine Comédie , poëme esséntidilemenC*gibdîn^ où la théologie, la science historique, le mysticisme et la satire sont employés à combattre les opinions guelfes.

Le Banquetjiimiaition détournée de l'ouvrage de Platon , portant le même titre. Ce livre inachevé, traite constamment de Tamour mystique à Toccasion duquel l'auteur s'étend sur la théologie , la physique , la métaphysique et la littérature en liBiBigue vulgaire.

Traité de l'éloquence en langue i^ulgaire; le titre de ce livre en indique le sujet. On y trouve des renseignements précieux sur la poétique , la rhétorique , la grammakre et la linguistique , telles que ces connaissances étaient étudiées à cette époque.

La lettre à ' Kan^le^Grand est un exposé de la contexture de la divine Comédie et une apologie des moyens allégoriques dont le poêle affirme qu'il a fait constamment usage.

Les deux lettres qui restent de Dante , écrites.

^4 l'LOREirCE.

Ters Tan 1 3 1 a , d<^nt l'une est adressée à Tempereur Henri YII, duc de Luxembourg ^ pour l'engager à venir au secours de l'Italie , et l'autre aux Italiens afin de les entraineir à reconnaître et à recevoir ce même Henri VU comme leur libérateur et leur soutien , sont des monuments historiques fort curieux. Ils font juger jusqu'où l'esprit.dela faction gibeline pouvait entraîner les hommes les plus eclaireft.de ce tfi||ps.

Mais l'ouvrage dâ Dame le plus curieux sous ce âiâme rapport politique , est son traité en trois livres, sur la monarchie {De Monarchiâ)^ Ge paftiphlet dont le latin barbare et les 'formules saolastiques rendent la lecture difficile, mérite cependant d'être sérieusement étudié. Il exprime la profession de foi politique du parti gibelin en

i 3 1 5 , c'est-à-<iire après un siècle entier de vie et d^activité de cette faction.

L'autre écrivaifi contemporain de Dante, Fran-^ cesco da Barbetino , ne peut lui être comparé en ri6n pour le talent. Ses ouvrages cependant sont instructifs par les matières qui y sont traitées. Barberino n'était qu'un homme spirituel et fort instruit* Mais l'absence de génie rend par cela même ses otfvrslges plus propres à donner une idée juste des connaissani^ps courantes que les esprits moyens de son temps pouvaient acquérir et répandre. Versé dans les lettres latines, cet homme avait étudié la théologie , les droits civil et ecclésiastique. Elève des troubadours provençaux pour la poésie , Barberino se livra à la versification en langue vulgaire ou italienne , tout en laissant percer dans ses ouvrages un fond de pixh

9ençalisme qu'il affectait ou dont peut^tre il ne rat jamais se débarrasser. Selon l'usage de son tonps » il reçut et se donna une instruction encyclopédique. Gomme Dante, Francesco da Barbe-rino étudia la musique , la peinture, et Von con^ sor^e un manuscrit de ses Documenti iï Amore ^ omé d'une fort belle miniature de sa main. Il eut le goût des voyages comme tous les Florentins de cette époque. Après s*étre reâdu à Avignon auprès du pape Clément Y verf lequel il fîit envoyé, il passaprès de quatre ans à la cour du roi de France Philippe-le-Bel, qu'il accompagna pendant tous ses voyages. Quoique F. da Barberino fttt d!un caractère doux et modéré , il ne laissa pas cependant de manifester ses opinions politiques vers 1 3 1 3 , lorsque l'empereur Henri de Luxembourg, ennemi des Guelfes florentins, était attendu impatiemment par la faction gibeline. Il joignit ses vœux à ceux de ce parti et, ainsi que Dante, écrivit au Messie impérial une lettre latine qui se termine par ces mots : t Erimus in sedibus nos" tris; nec erit irn^idia in minori^ neque superhia in majori. ■ Get écrivain avait composé un choix de nouvelles qui est perdu. L'ouvrage qui l'a fait connaître jusqu'à présent est : t Documenti d^A^ more , » recueil de vers moraux. Mais en 1 8 1 5 on a imprimé un autre livre de l|ri , resté jusqu'alors en manuscrit. Son titre est : « Del Reg^^ gimento e dé* Costumi délie donne. » La contexture et les détails de ce livre présentent les renseignements les plus curieux sur les mœurs, les usages et les préjugés de l'Italie et de la France même , vers 1 3oo. A la manière orientale , l'ou-*

vrage est mêlé de vers et de prose , et le langage, dont le fond est toscan, se sent parfois de sa double origine sicilienne et provençale. Quant au sujet, il est fort piquant. L'auteur y passe en revue la femme à tous les âges, dans toutes les conditions et tous les rangs de la société , depuis la mendiante et l'entremetteuse, jusqu'aux religieuses et aux princesses filles de rois ,' et il donne à toutes des préceptes de bonne conduite, sans Dianquer jamais l'occasion d'appuyer ses avis en racontant des nouvelles.

Ser Brunetto Latini et ses deux élèves Dante Alighieri et Francesco da Barberino sont donc les trois hommes dont les écrits font le.mieux connaître l'état des sciences, des lettres et des mœurs en Toscane et dans une partie de l'Europe de 1200 à i320.

Dans l'intérêt de l'histoire politique et littéraire de Florence , on doit faire remarquer que la plus grande partie des poètes et des écrivains italiens qui ont composé en langue vulgaire, de préférence au latin, étaient en général attachés à la faction gibeline et au système monarchique. Ser Brunetto Latini, maître de Dante et de F. da Barberino, est la seule exception notable que Ton puisse indiquer à cette époque; il était Guelfe. Plus tard, cette observation prendra encore plusd'iniportance , car Pétrarque et Boccace furent aussi Gibelins.

Mais tandis que les sciences et les lettres étaient déjà parvenues à un haut degré d'élévation à Florence, les beaux-arts prenaient aussi leur développen^ient à la faveur de la religion ainsi que des

besoins et des richesses de la commune. Vers la dernière moitié du xiii** siècle , Tarchitecture, la sculpture et la peinture , qui n'avaient pas cessé d'être cultivées en Italie sous l'influence des artistes lombards , bysantins et allemands , s'affranchirent des goûts qui leur avaient été imposés par des nations étrangères , pour reprendre celui qui était propre au pays. Ce fut alors , à partir de iâi20 jusqu'à 1299, que le premier Lapo, l'archi^ tecte célèbre de la triple église de Saint-François à Assise , bâtit successivement à Florence les diffé^ rents édifices publics dont il a été question dans le cours de cette histoire, mais dont on croit nécessaire de rappeler ici la nature , la destination , ainsi que la date de leur construction. Yoici d'abord les dates des fondations :

Le pont alla Carraia, 1218-1220. — Le pont Kubaconte ou aux Grâces, 1237. "* •"^^^ rues de Florence dallées , 1237. — Le Palaîs-de-Justice et prisons, 1260. — Le pont de la Trinité, 1262. — Orsanmichele , 1284 — Palais Spîni, depuis Feroni, 1284. — Baptistère commencé, 1298 — La Cathédrale, Santa Maria del Fîore, 12911. — Le vieux palais , 1 29S. — Dernière enceinte des murs qui existent encore , 1299J

Il est facile de comprendre , d'après ces indica-tiens, que le but d'ulilité matérielle ou morale de ces édifices a fait donner à la plupart d'entre eux un caractère simple et sévère, mais grandiose. Comme on Fa déjà dît , la citadelle , la fortification s y fait sentir presque partout. A Tex-

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ception du Baptistère et de la Cathédrale , dont Je style est plus gracieux et plus fleuri , tous les autres monuments ont un aspect sombre et ter^ rible. Ces formes graves , cette disposition soup* çonneuse des palais publics, du palais d'un particuliCT méiœ, sont le trait caractéristique de l'architecture florentine à cette époque. Ce sont les discordes civiles qui le lui ont imprimé , et c'est le génie de l'architecte Lapo qui l'a transmis par ses œuvres.

A Florence, l'impulsion fut donnée à l'archir tecture par les besoins civils et les circonstances politiques; mais la statuaire, la mosaïque et la peinture obéirent plus particulièrement aux dispositions religieuses. C'est à Pise où la sculpture fut d'abord tirée de la routine transmise par les faiseurs de figures constantinopolitains. Les artistes florentins ne tardèrent pas à marcher sur les traces de leurs maîtres , et la culture de la statuaire aida à perfectionner l'art de la mosaïqve, puis bientôt après celui de la peinture. Dès l'an 1236, il y eut un peintre nommé Bartolomeo qui fut chargé par les magistrats de faire un tableau de l'Annonciation, que l'on conserve encore précieusement aujourd'hui dans l'église des ServL Enfin Cimabuè naquît eu 1240. C'est cet artiste qui rejeta complètement les pratiques grecques , qui commença à donner du naturel et de la vie aux figures. Quoique son mérite ne soit que relatif au temps où il a vécu, ses ouvrages cependant eurent une grande influence sur 1 école qu'il forma et d'où sortit Giotto. De tous les nombreux

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ouvrées qu'il a faits , celui pour leqmi il reçut les plus grands éloges est un tableau de la Yiei^^ peiat pour Féglise de Saînte-Marie-Nouvelle » à Florence, où on le voit encore. Lorsque ce ta* bleau fut tenniné, il fit naître un te} leathou»siasme parmi les habitants de Florence, qu'ooie transporta de l'atelier du peintre à l'égjise tem grande pompe et au bruit des instrumeiKts .de musique. On ajoute que pendant que Cimabuè y travaillait , Charles d'Anjou , passajat à Florence « ^1 ia66, pour aller se faire couronner roi de Sicile à Rome, et voulant flatter les Floreutins ^ alla visiter tous les hommes de mérite de cette ville, au nombre desquels se trouva Cimabuè^ qui mettait la dernière main à l'ouvrage que Ton \ient d'indiquer.

De toutes les constructions faites à Florencç depuis 1220 jusqu'à i3oo, la plus importante, mais la moins sagement prévue , est la troisième enceinte des murs , commencée en 1 299 , finie ^elqnes années après, et qui est restée intacte jusqu'à nos jours. Les Florentins , éblouis par là fMrospérîté de leurs armes, de leur commerce, et par l'état de tranquillité relative dont ils jouirent pendant les trente dernières années du xiii* siècle, ê^imaginèrent que la population , très nombreuse déjà, s'accroîtrait encore. Ils firent donc élever cette dernière enceinte , mais qui n'a jamais pu értee garnie entièrement d'habitations. Qn in'avait prévu l'effet ni des pestes ni des in terminablea révolutions populaires qui devaient bientôt metUrç obstacle à la prospérité passagère .de la vépur bliqufi de Florence.

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Cette enceinte de murs et les portes de Florence, dcmt l'aspect architectonique présente tout à la fois un caractère de grandeur et d'élégance si remarquable, fourniront l'occasion de transmettre.ici les renseignements que rhisiarien Villani nous a laissés sur la recette et la dépense, ainsi que sur la populationde cette ville vers l'époque de sa plus grande prospérité républicaine.

La recette, par les impôts, gabelles et autres droits , se montait à trois cent mille florins d'or, environ trois millions six cent mille francs de notre monnaie

Là dépense fixe , pour le paiement des magistrats et officiers publics , et autres frais pour le bien de la commune, se montait à quarante mille florins, quatre cent quatre-vingt mille francs environ.

Outre cela, il y avait JbHjdépQ&ses pour les édifices publics , qui ne sont pas* spécifiées. Une partie de ces dernières était à la charge de la commune, l'autre était supportée par des compagnies commerciales, des congrégations religieuses, ou des particuliers riches et zélés. Enfin venaient les dépenses inattendues, comme celles occasionnées par les guerres, qui se payaient au moyen de taxes extraordinaires quand le produit des gabelles ne pouvait pas y suffire.

On omettra les détails que Yillani a donnés sur la nalure et le prix des impôts, gabelles et taxes, pour en faire connaître quelques uns qui se rapportent aux dépenses de la commune de Florence. Ces particularités ne seront pas îndiflfé-

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rentes pour rintelligence de Thistoire et des mœurs singulières de cette ville au xiii'' siècle.

Salaires du Podestat et de sa suite : 1 5,!24o pîccioli (le picciolo valait de i o à i Ô sous) . --Du capitaine du peuple : 6,880 piccioli. — De Texfeuteur des ordres de la justice contre les grands , et de sa suite: 4^900 piccioli — DuConservateur dupeuple, ai^ec cinquante cavaliers et cent fantassins, contre les exilés : 8,4oo florins d'or. — Du Juge d'appel (ou d'appellation] pour les intérêts de la commune : 1,100 pîcciolî.— De l'officier chargé de surveiller les ornements et bijoux que portent les dames : 1 ,000 piccioli. — Dépenses pour le boire et le manger des Prieurs et de leur suite : 3,600 picpioli. — Pour la nourriture dçs lions; plus pour les torches, chandelles et falots à l'usage des Prieurs : 2,4oo piccioli. — Pour les joueurs de trompettes, de nacaires, de cresselles, de cornemuses et de trompes d'argent , avec les six héraults ou crieurs au service du Podestat, 1,000 piccioli. — Pour le palio (pièce d'étoffe amaranthe), donné pour prix des courses qui se font chaque année à la Saint-Barnabe et à la Santa- Eeparata, 100 florins d'or, etc. , etc.

Après ces détails sur la recette et la dépense de la commune de Florence, 4'auteur donne des renseignements sur la population de la viJle , toujours à la même époque, i3oo.

D'après la consommation des vivres, on estime que Florence renfermait alors quatre-vingt-dix mille âmes , tant hommes et femmes qu'enfants.

1 09 FLOAElf CB.

Il y avait vingt-cinq mille honunes en état de porter les armes , depuis Tâge de quinze ans )u&qu'à soixante-dix. Tous étaient citoyens, et, parmi eux, le nombre des nobles riches pouvait se monter à quinze cents. Le nombre des étrangers-passants, ou soldats payés, à Florence, était communément de qu^'^z? cents. Dans les écoles, pour apprendre à lire , il y avait de huit à dix mille petits garçons et petites filles. Douze cents gar-» çons apprenant à compter fréquentaient six écoles; puis, dans les quatre grandes écoles où Ton enseignait la grammaire et la logique , se rassemblaient cinq cent cinquante à six cents écoliers. Les églises, abbayes et couvents dans Florence et ses environs étaient au nombre décent dix. D'abord, cinquantesept paroisses pour le peuple; cinq abbayes avec deux prieurs et quatre-vingts moines. Outre cela, vingt-quatremonastères de femmes avec cinqcents religieuses. Dix maisons de frères réguliers ; trente hospitalières, offrant plus de mille lits aux pauvres et aux infirmes, et renfermant de deux à trois cents prêtres.

Pour ce qui concerne le commerce, les boutiques , magasins ou fabriques de Fart de la laine étaient au nombre de deux cents et plus. On y fabriquait de soixante-dix à quatre-vingt mille (panni) pièces de drap , dotit la valeur s'élevait à un miUion deux cent mille florins d'or. Le tiers de ces marchandises à peu près restait dans le pays, et plus de trente mille personnes vivaient de la main d'œuvre que la fabrication et l'emploi de ces étoffes occasionnaient.

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Les boutiques de Gaïlimala, c'est-à-dire du commerce des draps étrangers, dits français, rçtoucbés, améliorés par les fabricants de Florence, ~ étaient moins nombreuses. Il n'y en avait qtie yinfit^ mais elles faisaient venir par an pour trois cent raille florins d'or de draps de France, d'Angle^ terre, d'Espagne et de Flandres, qui se vendaient à Florence pour passer en Orient, en Grèce, , et sur toutes les côtes de la Méditerranée,

On comptait quatre-vingts banques de changeurs. On battait en monnaie d'or de trois cent cinquante à quatre cent mille florins , et en^ vlron vingt mille livres de petite monnaie par an.

Le collège, ou la corporation des juges était de quatre-vingts j celle des . notaires , de six cents ; celle des médecins et chirurgiens, de soixante. On comptait cent boutiques d'épiciers^-droguistes, ot le nombre des magasins allait toujours en croissant àmesure que la consommation des objets devenait plus grande. Par exemple , on comptait cent cinquant-six boutiques de boulangers. Par les gabelles perçues aux portes de Florence, on voit qu'il y entrait, par an , de cinquante - cinq à soixante-cinq mille cogna (ou tonnes) de vin ; quatre mille bœufs et veaux, soixante mille moutons, trente mille porcs et vingt mille chèvres. Au mois de juillet il entrait à Florence, par la porte San- Frediano, quatre mille charges de melons.

Déjà le luxe des vêlements et de la table avait provoqué des lois somptuaires , et excitait l'humeur satyrique de Dante contre Florence autrefois si sobre et si modeste. Le goût des fêtes publiques et privées s'était beaucoup accru, et au

milieu des murs de Florence et dans ses environs les habitations agréables commençaient à se multiplier. Pouvait-il en être autrement dans une cité où Ton percevait près de quatre millions de francs d'impôts en i3oo, qui battait annuellement une somme plus forte en monnaie d'^or, et dont les fabricants de drap seulement mettaient des marchandises en vente pour une valeur à peu près égale?

Tel fut l'état des sciences, des lettres,^ des arts et de la prospérité matérielle à Florence, vers 1 3oo , lorsque les factions Guelfe et Gibeline , à la veille de renaître sous une autre forme, mais plus vives, plus terribles que jamais, allaient compromettre de nouveau la tranquillité de la Toscane, et faire commencer à Dante ses trois immortels cantiques.

• Factions des Noirs et des Bîanes, 45(M.— Tyrannie et chute du duc d'Aihènes, 4545.— Démocratie.

Rien n'est plus propre à rabaisser l'orgueil humain que l'étude et l'appréciation sincères de l'histoire des nations dont l'existence a eu le plus d'éclat, dont les efforts même pour perfectionner la civilisation sont le plus louables. Ce xiii** siècle, pendant lequel on vient de suivre les vicissitudes politiques et les progrès des sciences, des arts et du commerce dans Florence, est le beau siècle de la république Florentine ; c'est encore le temps où, malgré la fureur aveugle et sans cesse renaissante des deux factions acharnées à la destruction l'une de l'autre, on voit cependant paraître dans le peuple florentin un véritable intérêt pour la commune, un amour de la patrie qui le ramène parfois à la justice et à la raison.

La faiblesse de l'aristocratie florentine était

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