‹ Florence et ses vicissitudes, 1215-1790Chapitre 12 sur 16 · I06 FLORENCE · texte numérisé non relu

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telle, que les nobles n'ont jamais pu se constituer en corps. Toutes les familles illustres au contraire, en se livrant au commerce, à l'industrie et à la banque, ont contribué à pousser l'exagération de la puissance démocratique au-delà des limites imaginables. Aussi les maux causés tour à tour à Florence par les tentatives désespérées des nobles et de la populace ont-ils servi longtemps de prétexte à l'intervention des étrangers dans les affaires du pays, et produit enfin pour résultat l'établissement du gouvernement d'un . seul, qui n'a pu avoir que bien tard, en ce pays, les avantages d'une monarchie régulière.

Dans le grand nombre des événements qui se rattachent particulièrement à l'histoire de la ville de Florence, on signalera les plus importants, ceux qui dominent et ont amené tous les autres pendant le cours du xiv** siècle, où nous entrons :

i" La recrudescence des factions Gibeline et Guelfe, sous les dénominations nouvelles de Blancs 6t de JSoirs, dont les résultats furent de» exils et un changement notable du gouvernement de la république, dans l'intérêt de la démocratie.

2* Le règne extravagant et cruel de Gaultier de Brîenne, duc d'Athènes, appelé par les Flo*rentins pour les protéger, et qu'ils chassèrent ignominieusement peu de temps après, ce qui donna encore plus de puissance à la démocratie (i343),

3* La grande peste de i348, qui emporta quatre-vingt mille habitants de Florence et des environs, et donna lieu tout à la fois à des établis* sements pieux et utiles, ainsi qu'à un dér^lement

de mœurs dont ce pays se ressentit long-temps.

4* L'influence des capitaines du parti Guelfe , espèce de magistrats dont les excès tyranniques conduisirent peu à peu la ville de Florence à laisser tomber les rênes du gouvernement dans les mains delà plus vile populace, en 1378.

5" Et enfin l'apparition, à cette même époque, de la famille Medicis, destinée à gouverner la Toscane monarchiquement deux siècles plus tard.

Voici comment s'introduisirent à Florence les factions des Blancs et des Noirs. Il y avait à Pistoia une famille très nombreuse, les Gancilieri, dont la souche était un certain Canceliere, de la mc^enne classe, devenu puissamment riche par son industrie. Ayant épousé successivement deux femmes, Tune nommée Blanche^ l'autre l\oire , Ganceliere en avait eu plusieurs enfants, dont les enfants et petits-enfants étaient distingués parles surnoms de Blancs et de Noirs^ selon qu'ils tiraient leur origine de l'un ou de l'autre lit. Après quelques générations , ces Cancelieri, Blancs et Noirs, adonnés pour la plupart à la profession des armes, eurent entre eux des querelles d'intérêt ou de rivalité quelconque. Des disputes, ils en passèrent bientôt aux voies de fait, tant qu'enfin il y eut entre eux des combats, auxquels toute la ville de Pistoia, partagée entre les Blancs et les Noirs, prit part. Ges désordres se renouvelèrent et augmentèrent de violence , au point que les magistrats de Pistoia, sentant leur autorité devenue tout-à-fait inutile, proposèrent de demander l'intervention arbitrale des Florentins. Gcux-ci, qui avaient intérêt à ce que le calme se rétablit

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dans Pistoia, acceptèrent, et se rendirent maîtres absolus de cet état, selon le vœu même de la com* mune. /

Les Cancelîerî Blancs de Pistoia avaient établi depuis long-temps des relations de famille avec les maisons Gibelines de Florence, tandis qu'au contraire plusieurs Cancelieri Noirs s'étaient alliés à des Guelfes florentins. Il en résulta que les Florentins, venus à Pistoia pour éteindre la haine qui divisait les deux familles, prirent pa^ti euxmêmes pour les Noirs ou pour les Blancs ^ et rapportèrent dans Florence ce nouveau sujet de discorde.

Mais il ne faut pas s'y laisser tromper : malgré la substitution des noms, les Blancs et les Noirs, à Florence, ne furent rien autre chose que ces mêmes Gibelins et ces mêmes Guelfes, dont l'obstination politique reparut plus vive que jamais, en i3oo, après cent quatre-vingt-cinq ans d'efforts et de résultats désastreux pour la République.

On se battit de nouveau dans les rues et sur les tours de Florence. Ce fut même l'époque des réjouissances du mois de mai que l'on choisit pour s'entretuer avec un acharnement sans pareil. Dante Alighîeri, le grand poète, était alors magistrat, l'un des prieurs de Florence. Un cardinal légat, qui avait été envoyé par le pape pour pacifier la ville, ne put rien obtenir de ce qu'il demandait pour apaiser les esprits. Les Blancs, ou plutôt les Gibelins, en particulier, ne manquèrent pas de laisser percer la défiance que leur inspiraient le pape et son légat, en sorte que le car-

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dinal, blessé de leur désobéissance envers le Saint- Siège, interdit la ville de Florence.

Vei;%ce temps, Charles de Valois , fils de Philippe IH , dit h Hardi^ quittait la France par dépit, et traversait l'Italie, dont le pape allait le faire vicaire ou lieutenant. Il passa par Florence. Dans Tétat désespéré où était la République, ce prince accepta le titre de pacificateur qui lui était offert, sous la condition tacite du Saint-^Siége de faire en sorte de mettre le pouvoir entre les mains des Noirs ou Guelfes. Malgré la résistance violente des nobles de la ville, Charles ne se remit en route pour Rome qu'après avoir affermi la puissance des Guelfes, qui ne tardèrent pas à condamner à l'exil toute la faction contraire. C'est dans cette occasion, en i3oi, que Dante Alîghieri et Petrarco di Parenzo, père du célèbre Pétrarque, furent bannis de Florence. Dante fut condamné à cette peine sous prétexte de baratterie et Ôl extorsions^ ce qui fait dire à l'historien Yillanî , f ou que cet homme, si vertueux, a été condamné »à tort; ou qu'il a eu tort lui-même de mettre

* dans l'enfer ceux qui avaient cbmmis la même

• faute que lui. » Réflexion aigre-douce, où le préjugé de la faction Guelfe , à laquelle appartenait Yillani, se fait sentir.

Après avoir suivi jusqu'à présent dans Florence les vicissitudes et le dernier accroissement presque fortuit des deux factions de cette ville , on touche à l'époque de leur histoire où l'on peut rechercher avec soin quels devaient être les systèmes fondamentaux sur lesquels s'appuyaient les Guelfes et les Gibelins, ainsi que le

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but précis que chacune de ces factions se proposait d'atteindre. Le système Guelfe est fadle â reconnaître , puisque ce sont les homnies de ce parti qui ont le plus habituellement régi le go«vernement de Florence, et que, tant bonnes que mauvaises, ils ont fait beaucoup de lois^ d'ordonnances, et ont multiplié les magistratures et les offices à l'infini. Les Guelfes seront appréciés par leurs œuvres. Quant au système Gibelin , c'est an contraire dans les écrits du temps qu'il £uit€B rechercher l'esprit et la forme. Dans ce dernier cas, on peut se satisfaire complètement par la lecture du livre de Dante, intitulé de la Monarchie^ profession de foi politique entièrement et sincèrement Gibeline, puisque cet ouvrage d'Alighieri ne fut connu publiquement que long-temps ajHfès sa mort. On donnera donc un extrait de ce pamphlet important, après avoir indiqué les changements que les Guelfes apportèrent au gouyemement de la République, à la suite de l'^iil de» Gibdiins ou des Blancs, au commencement du xit' siècle. Par la comparaison de ces deux systènaes différents, on pourra se former une idée neftle, non seulement de la nature de chacune de loes deux factions, mais encore de l'état des esprits a Florence relativement aux divers principes de politique adoptés vers la fin du moyen-âge jusqu'au commencement de la renaissance.

En 1 3o 1 , les Gibelins ou Blancs , au nombre desquels se trouvait Dante , furent donc bannis de Florence. Mais il y demeura cependant ;a88ee d'hommes de ce parti , pour qu'avec les attaques extérieures incessamment renouvelées par iks

Bannis, la guerre civile y fît encore d'affreux ravages. Les violences ne furent pas seulement commises dans la ville. On voit encore à Florence les prisons qui portent le nom de Stinche , monument qui consacre la mémoire d'un combat de cette époque 5 livré hors de ses murs. Les Florentins guelfes , après avoir fait prisonniers tous les habitants de la ville de Stinche, près de laquelle se trouvaient des châteaux défendus par les Gibelins ^ enfermèrent ces malheureux habitants dans des prisons que Ton venait de construire nouvellement à Florence. Elles existent encore et sont désignées par le nom de Stinche.

Dans les intervalles de lassitude plutôt que de repos , le peuple florentin , semblable à un enfant maladb , demandait des changements dans l'administration de la ville , dans le nombre et les attributions des magistratures. Ce fut dans des dispositions semblables, qu'en i3o4, le peuple, sous prétexte de malversation de la part du podestat , assaillit ce magistrat et sa suite en pleine rue, et le remplaça bientôt par douze citoyens, deux pour chaque sestier , ce qui fut cause que la seigneurie fut confiée à douze personnes , au lieu d'une.

En iSai , pendant la guerre désastreuse que fit Castruccio de Lucques aux Florentins, ceux-ci, rejetant la faute de leurs revers sur le gonfalonier et les prieurs, résolurent d'adjoindre aux nouveaux magistrats élus pour remplacer les derniers douze conseillers , appelés Bons-Hommes , dont les* fonctions étaient de surveiller pendant six mois les actions des prieurs et du gonfalonier,

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lesquels ne pouvaient rien conclure nî décider sans la sanction des douze Bons- Hommes.

Dans le cours de cette même année 1821 , pendant que les Florentins étaient si vivement préoccupés de ces modifications politiques, Dante Alighiéri mourait à Ravennes sous le poids d'un jugement qui l'avait condamné à l'exil, et qu'il subissait depuis vingt ans.

Huit ans plus tard, après la mort de Castruccio et du duc deCalabre, lorsque la république fut rendue momentanément à elle-même, le peuple et tous les magistrats désirèrent la voir représentée dignement. Le point important était que la création des magistrats et des officiers désignés par la voie du sort se fît avec la plus rigoureuse sincérité. On décida donc que tous les magistrats et officiers, tels que les prieurs , leurs conseillers , les gonfaloniers , les capitaines du parti guelfe , les cinq du commerce, les consuls des arts, avec deux bour^ geoîs de surcroit par sestier , ce qui en tout faisait quatre-vingt-dix-huit personnes , désigneraient tous ceux de la ville , âgés de plus de trente ans , qu'ils auraient jugés digne du priorat.

Cette candidature au priorat jetait acquise à ceux qui obtenaient soixante-huit voix sur les quatre-vingt-dix-huit. Le nom de chaque candidat était mis alors dans chacune des six bourses appartenant i\ chacun des sestiers de Florence, et lorsque le temps était venu de renouveler les prieurs, on tirait au hasard les noms de la bourse.

On procédait avec le plus grand soin p la supputation des fèves noires au moyen desquelles les quatre-vingt-dix-huit votaient; outre cela, le

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coffre dans lequel étaîent conservées les bourses restait sous la garde de religieux étrangers, fermé par trois serrures dont les trois clés étaient conservées, Tune dans la sacristie des frères convers , la seconde par le capitaine du peuple , et la dernière par le ^général des frères. Tous les deux mois , trois jours avant que les anciens prieurs déposassent leur charge , les gardiens du coffire le faisaient apporter en présence de tout le conseil des quatre-vingt-dix-huit. On l'ouvrait et Ton en tirait au hasard autant de bulletins qu'il était nécessaire pour faire les nouveaux prieurs. Les candidats étaient aussitôt investis de la magistrature , excepté les cas de prohibition (diviéto) prévus par la loi, qui voulait que l'on mît six mois d'intervalle entre la nomination de personnes de la même famille , et deux ans entre celles des pères , des enfants et des frères.

Toutes ces dispositions furent prises et arrêtées en plein parlement , sur la place des Prieurs , le 11 de décembre iSag, parlement dans lequel on annula encore tous les anciens conseils , pour en créer deux nouveaux seulement : l'un sous la direction du capitaine du peuple , composé de trois cents citoyens exclusivement choisis dans la classe bourgeoise , et l'autre de deux cent cinquante , où il entrait des grands et des bourgeois , sous la direction du podestat. Enfin , toutes les délibérations prises par la seigneurie ne devenaient valides que par l'approbation, d'abord du conseil populaire des Trois-Cents , et ensuite du conseil mêlé des Deux-Cents-Cinquante.

Mais arétons-nous à ces pénibles efforts de la I- 8

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