‹ Florence et ses vicissitudes, 1215-1790Chapitre 7 sur 16 · CHRISTO REGI SUO DOMINO DOMINANTIUM · texte numérisé non relu

CHRISTO REGI SUO DOMINO DOMINANTIUM

DIÇO SUMMO OPT. MAX. LIBERATORI

MApIJSQUE VIRGINI REGINJ: PÏCAVIT

AN. SAL. MDXXVII (1627).

Ce vieux palais et quelques ornements qui en décorent les murs , Ja porte d'entrée et les environs, sont comine une préface visible de Thistqire de la ville de Florence. Cet édifice présente une masse quadrangulaire ou Ton n'aperçoit que des croisées rares et une petite porte. Il est cou-^ ronné par un étage supérieur disposé pour la défense et garni par conséquent de meurtrières et de créneaux. Avant 1298, époque à laquelle on en jeta les fondalions , les magistrats de la République étaient si fréquemment exposés aux violences populaires, qu'il parut indispensable de les mettre à l'abri d'un coup de main, et de leur fournir môme les moyens de pouvoir résister aux attaques du peuple pour maintenir Texécution des lois.

Le vieux pialftis était donc upe forteresse; ^ussî

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Tûit-pn s'élcYer au-dessus de ces créneaux une Iohe carrée surmontée jadis d'un beffroi renfermant une cloche que le duc Alexandre de Médicis lit briser en 1 53i , afin que cet antique i^oyen d'appeler et de soulever le peuple contre les grands ne pût plus être mis en usage.

A l'angle gauche de cette citadelle, et 9ur lea marches parallèles à sa façade, est une assez pe-? tite statue de pierre représentant un lion. C'est le lion de Florence^ espèce d'enseigne ou d'armoir rie dont la tradition dans ce pays est aussi ancienne que celle du lis fleuri. En effet, les armes complètes de la ville de Florence se composent de l'écusson avec le lis près duquel est un lion.

D'après ce que disent les historiens et les cbro-. niqueurs florentins, il paraît que le goût des aur ciens Romains pour les lions apprivoisés s'est répandu et conservé dans la Toscane. S'il fallait en juger par le nombre des anecdotes où il est question de ces animaux échappés et disposant généreusement de la liberté , il faudrait en conclure pn effet que l'on en nourrissait une assez grande quantité dans les villes. Les relations de la Toscane avec l'Afrique , établies de fort bonne heure par les Pisans, ainsi que la douceur du climat de l'Italie, expliquent d'ailleurs la faciljté que Florence dut avoir pour satisfaire celte fantaisie. On faisait l'achat de lions à peu de fi^is, et ces animaux pullulaient à Florence. Goro Dati, historien du xiv" siècle, rapporte un fait curieux à ce sujet. En parlant de ce vieux palais dont il est question, il ajoute : « Derrière il y a une grande » qour PU l'on nourrit toujours beaucoup dje lions.

» Ils font des petits presque tous les ans , et lors- » que)'ai quitté Florence, en : 33 1 , j'en vis là vingt- » quatre , tant mâles que femelles. »

Quoi qu'il en soit, ce pauvre petit lion de pierre, appelé en italien marzocco^ mot qui le désigne et sert tout à la fois de sobriquet aux gens dont l'intelligence est dure, ce petit lion, ce marzocco est là, sur la place du Grand Duc de Toscane , témoin impassible des jeux de Polichinelle aujourd'hui, comme pendant le cours de cinq siècles il a assisté aux tumultes civils de la République, aux scènes furieuses causées par les partis Guelfe et Gibelin, aux efforts du commerce, aux merveilles des arts, et à toutes les vicissitudes d'une ville qui semble avoir été destinée à fournir des spécimens à l'Europe de toutes les vertus, de toutes les folies, de tous les vices, de tous les talents et enfin de toutes les espèces de gouvernements que les publicistes, depuis Aristote jusqu'à Montesquieu, se sont efforcés d'analyser et de décrire.

 la droite de ce palais s'élève une très grande tribune destinée originairement , en 1374? à préserver des intempéries de l'air les magistrats de Florence lorsqu'ils entraient en fonctions devant le peuple assemblé. Cet édifice, qui a pris le nom de Loge des Lanciers depuis que Gôme, premier duc de Toscane , y faisait rassembler sa garde , renferme plusieurs statues curieuses autant par leur mérite que par les époques auxquelles elles se rattachent. Au sommet d'une colonne élégante est placée une figure de Judith coupant la tête à ^olopherne. Cet ouvrage, de Doaatello, consacre

la mémoire de Texpulsion de la famîlle des Médicîs , et sur sa base on lit ces mots :

BXEMPLUM SALUT. PUBLIC. CIVES POSUE RE. MCCCCLXXXXV

A quelque distance de cette statue sont celles non moins importantes du David colossal de Michel-Ange, de rHerculeparBaccioBandinelli, du Persée de Benvenuto Cellini et de la figure équestre de Côme, premier grand duc de Toscane, exécutée par Jean de Bologne.

On ne tardera pas à le reconnaître, la façade du vieux palais et ce qui l'entoure est un résumé visible de l'histoire de la ville de Florence, et quand sa description sommaire tient lieu d'introduction et de préface, ce n'est point un jeu d'esprit auquel onaprétendu se livrer. C'est un document abrégé dont on a cru qu'il était à propos de se servir.

Preniière enceinte de Florence, 9ousCharlemagaiB, ea 801. Deuxième enceinte cous la com'.esse Mathilde, 1078.

Les savants qui ont traité des antiquités de la Toscane, disent que Florence antique a été détruite par les hordes venues du Nord, en 543

ou 549.

Ce fut au mois d'avril de l'an 801 que Charlemagne , à la prière du pape Léon III et des anciens citoyens de Florence, prit la résolution de réparer cette ville. On s'efforça, dit-on, de la rebâtir sur le modèle de Rome , et de lui donner plus de grandeur et de régularité qu'elle n'en avait avant. Elle eut, assure-t-on, quatre portes principales auxquelles correspondaient quatre grandes rues qui formaient une croix , dont les bras mai'quaient les quatre points cardinaux de l'horizon.

On estime que le diamètre de cette première enceinte de Florence était à peu près le cinquième de celui qu'elle a aujourd'hui. Alors la ville n'occupait qu'une partie de l'espace compris

au nopd sur la rive droite çle FArno, jusqu'au torrent le Mugnone. Le quartier d*Outre-Arno , où est le p£(lais Pitli , du côté de St-Mini^to-aJ- Monte, ne fut habité que beaucoup plus tard.

Le vieux marché, qui ét£^it situé entre la pl^oe du Grand-Duc et la cathédrale ^'aujourd'hui, forr niait alors la grande pl^ce 4c FJorence , et c'était dafns ses environs que se trouvaient les uiaisoq^ ou palais de toutes )e^ anciennes fa^nilles du p^ysii Malgré le soin que l'auteur qui nous guide, Y^-; chi, prétend que l'on eut, du temps de Çharler magne , de faire quatre grandes rues symétriquer ment tracées en croix, il ajoule cependant que les rues de cette nouvelle Florence étaient étroites, courtes, entrecoupées, comme elles le sqnt encore autour du quartier dit du P^ieux^Marçhé. La cathédrale et le baptistère) , ajoute-t-il , ét^^ient hors les murs, et l'église de St-Étienne, maintenant dans le centre de la ville, était située au milieu d'un marais.

Depuis cette époque jusqu'à la fin du xu* sîèr cle, Florence fut immédiatenieut soumise à des préfets impériaux, puis a des marquis, à den comtes feu dataires de l'empire, comme tout le reste de la Toscane.

Bien que le sujet que nous traitons, l'histoire de la ville de Florence, nous impose la loi d écarter toutes les questions qui ne se rattachent qu'à l'histoire générale de la Toscane , cependant, pour éclaircir quelques grands événements politiques, pour jeter un jour plus vif sur les motifs des discordes civiles qui éclatèrent dans le xm^ sièpleà Florence, il est indispensable de i^\v^ cQnu^Ura

le grand évcîncmcnt qui en a été la première et la véritable cause , ainsi que les personnages imposants dont les résolutions religieuses et politiques influèrent avec tant de force et de durée sur la gloire , la prospérité et les malheurs de la Toscane , et en particulier de Florence.

La Toscane demeura soumise aux Romains jusqu'à l'invasion des barbares vers la fin du v*" siècle. Sous le règne des Goths , qui dura à peu près soixante ans, elle fut gouvernée par un préfet de cette nation. Les Lombards, ayant conquis la Toscane sur les Goths en 568 , nommèrent pour la régir des ducs amovibles qui s'éteignirent en 77^, avec le royaume de Lombardie. Enfin, Charlemagne , destructeur de cette dernière monarchie, soumit la Toscane à des comtes, à des marquis chargés de garder les différentes marches de la Toscane.

Ce pays fut donc exclusivement gouverné sous l'influence impériale depuis 8^7 jusqu'à l'époque où la grande comtesse Mathilde, fille de Boniface et de Béatrice, succéda, en 1076, à sa mère, qui était restée veuve pendant six ans.

On a arrangé une histoire ofiîcîelle et consacrée de cette étrange princesse : histoire adoptée généralement, quoiqu'elle s'accorde assez peu avec les récits très contradictoires que les faiseurs de chroniques, les poètes et certains historiens graves , tels que Villani, entre autres, ont donnés sur elle. En lisant et en résumant toutes les relations diverses touchant sa naissance, son mariage et sa conduite comme souveraine , il semblerait que sa naissance était à peine légitime , qu'elle avait

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fort peu de goût pour le mariage , qu'elle a traité son époux en femme qui voulait être la maîtresse , et qu'enfin , outre les grandes richesses que ses États lui fournissaient pour lever des troupes 5 elle s'entendait fort bien à faire laguerre. Mais ce qu'il y a de saillant dans le caractère et la conduite de Mathilde , c'est son attachement inviolable pour rïglise catholique ; c'est la donation de tous ses biens qu'elle fit secrètement, en 1077, à Grégoire VU, ou plutôt à l'Église romaine, que ce pontife représentait ; c'est le courage , la ténacité avec lesquels elle défendit l'Église jusqu'à la fin de ses jours , en protégeant Urbain II et Pascal II comme elle avait protégé Grégoire.

Enfin, trois ans avant de mourir, elle renouvela l'acte de sa donation. Or, il est à remarquer que cette donation de Mathilde comprenait non seulement toutes les terres patrimoniales qui lui appartenaient en franc-alleu et dont elle pouvait (hsposer, mais aussi les fiefs qu'elle possédait sous la directe et comme fiefs de suzerain immédiat de la couronne d'Italie.

Les papes ne firent point cette distinction, et s'arrogèrent également les uns et les autres, tant en souveraineté qu'en propriété. De leur côté, les empereurs s'opposèrent de tout leur pouvoir à une usurpation si manifestement contraire aux droits de l'empire, et les longs et cruels différends qui en résultèrent eurent une durée de plus de deux siècles. Telle est en efiet l'origine véritable des deux factions qui divisèrent plus tard Florence et toutes les villes de la Toscane , sous les noms de Guelfes et de Gibelins.

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La donation secrète que Mathilde fit de ses

l^ietiâ àTEglise eut lieu en 1077, dans son château de Câiiôsse, lorsqu'elle y avait assuré une retraite à Grégoire VII , poursuivi alors par Fempereur Henri IV. La charte qui confirme cette donation, {tassée paiement à Canosse, porte la date de 1 10^2, tt*ois ans avant la mort de cette princesse (24 fuiltet inô).

Il est à remarquiér que de toutes les villes de la Toscane , Florence est celle qui a témoigné l'attât;hemént le plus inviolable à la comtesse Mathilde ek â Gt^égoit^ VIÏ. Or, cette disposition favorable aUx intérêts du Siaiht-Siége dès les commencements des querelles qui s'élevèrent entre Rome et Tempire, itoérîtte d'autant plus d'être observée, iB[Ue par la suite la grande majorité des habitants de Floirencié à toujours été du parti Guelfe , celui qui se rattachait aux intérêts du Saiht-Stége pour éviter la doniittiâtioh des eioipereurs.

Cette donation de la comtesse Mathilde , faite sÂns doute par elle dans des intentions purement pieuses, eut les conséquences politiques les plus graves. Par cet acte ^ les droits de l'empire sur la TTùscatte furent annulés pour les uns et mis en question pour l^aUcoup d'autres. Les événements historiques eu ÎFoumissent la preuVe. Après la mort de Mathilde, la Toscane cessa pour un temps d'avoir deis ducs , parce que la ville de Lucques , à laquelle était attaché en propi-e ïe titre de comté-duché , comUiença dès lors à se gouverner par elle-même. Il eh fut de même de Pise, qui se rendit aussi indépendante; et c'est de cette époque, c'est-à-dire dès les premières années dû xne siècle,

que commencèrent à se manifester ce besoin de liberté^ cet instinct de républicanisme , qui bien*tôt prirent un si grand développement dans la Toscane et surtout dans la ville de Flot*ence.

Les alternatives de revers et de succès entre les défenseurs du Saint-Siège et les armées impé^ riales , contribuèrent singulièrement à exalter les haines et les espérances qu'éprouvaient sans cesse les Toscans, Ils prirent dès lors l'habitude d'en* visager tous les événements avec passion , et de ce moment ils ne restèrent jamais neutres danl^ la grande querelle des papes et des empereurs.

Cependant Welphe ou Guelfe d'Est reçut ^ ed 1 163, de son neveu Frédéric Barber ousse , roi des Romains et depuis empereur , l'investitUre de la marche de Toscane^ en même temps que celle des biens allodiaux de la comtesse Mathilde et du duché de Spolette. L'an 1 19Ô, Philippe, cinquième fils de l'empereur Frédéric P*^, succéda àWelphe^ et fut nommé marquis de Toscane par l'empe^ reur Henri VI son frère. Ce Philippe garda toute sa vie la Toscane et les autres biens de la succèssion de Mathilde ; mais après la ratdrt de l'empereur Henri VI son frère , il n'y conserva qu'une autorité qui alla toujours eti déclinant. En effets le pape Innocent III redoubla d'eûbrts en ce moment , pour faire rentrer le Saint-Siège en possession des biens de Mathilde , et après en avoir recouvré une bonne partie par la force des armes^ il fit 5 pour devenir maître de toute la Toscane^ une ligue avec Pistoia, Lucques et Florence. Pise seule demeura fidèle à l'empereur , et, bien que se gouvernant elle-même, elle ne voulut pas se

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lier aux intérêts du Saint-Siège. Les historiens les plus éclairés, à Topinion desquels nous nous rangerons , signalent cette scission entre les principales villes de la Toscane comme la véritable origine des deux factions des Guelfes et des Gibelins en Italie. Ceux qui s'attachaient aux papes, pour conserver leur liberté et n'être plus vexés par les officiers de l'empire, s'appelaient les Guelphes ou Welphes; ceux, au contraire, qui étaient du parti de l'empereur, se nommaient GU helins ou Ghibelins. Dans cette dernière faction on voyait figurer principalement les marquis , les comtes, les châtelains, et les autres nobles qui jouissaient des fiefs de l'empire, cherchant ainsi à former un corps pour se maintenir contre les villes libres qui s'efforçaient de les assujétir,

Cependant plusieurs de ces villes libres , mais que l'empereur traitait favorablement, comme Pise par exemple, entrèrent aussi dans la faction gibeline , par le besoin qu'elles avaient de la protection des empereurs pour n'être pas ruinées par d'autres villes voisines , pluspuissantes ou plus aguerries qu'elles ; ce qui fut précisément le cas de Pise à l'égard de Florence.

Mais l'animosité entre ces deux factions fut singulièrement augmentée, vers l'an iî200 , parla rivalité de Philippe de Souabc et d'OttonlV, tous deux compétiteurs pour l'empire. Le premier, descendant de l'ancienne maison de Ghibllng^ avait contre lui le pape qui favorisait Otton, issu de la maison des Welphes (ou Guelfes). De là vient que Guelfe etpartisan du pape signifia la même chose

dans la suite, comme Gibelins fut le nom des par-r tisans de Fempereur.

L'histoire des factions guelfe et gibeline est si étroitement liée à celle de l'accroissement de la ville de Florence et aux vicissitudes de son gouvernement républicain 5 que Ton a jugé indispensable d'en faire connaître nettement l'origine, les causes et leurs premiers développements. On s'est eflForcé surtout de mettre d*avance le lecteur au courant de la position respective de ces deux partis 5 ainsi que du sens véritable qu'il faut attacher aux dénominations qu'ils ont prises. Pour faire de ces matières tant soit peu confuses une exposition plus claire et n'y plus revenir, on a cru devoir anticiper d'un demi -siècle, en traçant sommairement l'histoire de ces deux factions.

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