DEUXIEME ENCEUNTE DE FLORENCE
Reprenons donc l'ordre des temp^. On a dît le peu que les historiens rapportent sur la première enceinte de Florence, sur la Florence de Charlemagne. Cherchons maintenant ce que pouvait être cette ville sous la grande comtesse Mathilde. Tout près de Florence, du côté des Apennins, s'élève une colline sur laquelle est un village qui fut une ville fameuse autrefois. On le nomme Fiesole. Il est certain que, dans des temps fort reculés, la ville de Fiesole, dont on voit encore aujourd'hui les restes d'une enceinte de murs étrusques, était beaucoup plus puissante que Florence , qu'elle dominait d'ailleurs par sa po- I. a
sition, etYraisemblâblement par son importance* Vers 1010, Fiesole existait encore comme ville ) mais l'accroissement des richesses et des habitants de Florence , et la position de cette dernière Tille, plus favorable pour le commerce, fit cesser peu à peu la supériorité militaire que Fiesole avait eue sur elle. Les habitants de ces deux villes rivales en venaient continuellement aux mains , et bien qu'il se fût établi forcément des relations de commerce journalier entre ces deux cités, cependant les Fésulans, plus aguerris et surtout mieux fortifiés, laissaient passer peu de temps sans harceler les Florentins. Ceux-ci, jugeant par Fexpérîence qu'ils n'étaient point a«sez nombreux pour s'emparer de vive force de Fiesole , firent plusieurs trêves , pendant lesquelles les populations des deux villes se rapprochèrent et s'unirent même par des opérations de commerce , et en contractant des amitiés et des mariages de famille à famille. Soit par instinct de conservation et d'agrandissement , soit par ruse et par politique, toujours est-il que les Florentins, après avoir tranquillisé les Fésulans sur leur compte , s'avisèrent un jour de St-Romulus , qui était la fête patronale de Fiesole , de faire cacher des troupes dans les environs de cette ville , en sorte que les portes étant ouvertes, les citoyens sans appréhension et sans armes , les Florentins entrèrent tout-à-coup , s'emparèrent de la ville , ne passant par les armes que le petit nombre des habitants qui eurent l'idée de faire résistance , et laissant à tous les autres la faculté de descendre à Florence pour s'y établir et partager avec eux leurs travaux
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et les avantages de leur cité. Fiesole prise, on se rendit maître de la citadelle ; la ville fut entièrement rasée, à l'exception de TÉvêché dont on conserva même la juridiction.
L'incorporation des Fésulans dans la cité de Florence augmenta singulièrement le nombre des habitants de cette dernière ville. On sentit, immédiatement le besoin de Fagrandir.
Jusqu'alors iPn'y avait qu'un pont à Florence { le Yieux-Pont ( Ponte Vecchio ). Xe quartier Sto-Spirilo, de l'autre côté de l'Arno, n'existait pas. En suivant sur le pian le plus imparfait de la ville de Florence les traces qui vont être indi^ quées, on se formera une idée nette de la première enceinte de Charlemagne, et bientôt après de la seconde, de celle qui répond à peu près aU temps de la comtesse Mathilde.
Pour reconnaître la première enceinte , il faut partir du vieux pont, et suivant en remontant le cours de l'Arno, jusqu'à l'alignement de la rue des Lions, derrière le vieux palais qui existe aujourd'hui, remonter cette rue des Lions, puis les suivantes, jusqu'au Dôme ou cathédrale; puis tourner à gauche et aller droit jusqu'à la plaça de Sle-Marie-Nouvelle. £nQn, de là, en allant au pont délia Carraia , on a parcouru, quand on est revenu au Yieux-Pont , les quatre côtés de l'enceinte de Charlemagne.
La seconde enceinte est plus facile à saisir. En prenant pour diamètre le quai le long de l'Arno ^ entre les deux ponts qui existent aujourd'hui , le pont Rubaconte ou aux Grâces , et celui délia Carraia 9 on peut suivre un demi-cercle irrégu*
lier que Ton indiquera par remplacement des monuments les plus remarquables. Ainsi, du Pont-aux-Grâces , on passe devant la place de Ste-Croîx, pour aller à Ste-Marie-Neuve , puisa l'église de St-Laurent , puis à la place Vieille , à celle de Ste-Marie-Nouvelle , et de là , retomber au pont délia Carraia. Telle est à peu près l'étendue de la deuxième enceinte qui fut terminée vers 1078, au temps de lagrand'e comtesse Mathilde.
A cet aperçu général de la ville de Florence en 10785 on ne saurait ajouter que peu de détails. L'enceinte en était formée par un fossé et des palissades. Il paraît qu'alors , et là à peu près où est aujourd'hui le Pont-aux-Grâces, il y avait dans l'Arno une île couverte d'habitations , toutes choses dont on ne voyait déjà plus aucune trace dans le cours duxvf siècle. Aujourd'hui il ne subsiste absolument rien de la Florence de Charlemagne ni de celle de Mathilde, si ce n'est quelques bases de tours carrées. Tout le reste a été détruit par les guerres, les inondations , et par les nombreux incendies dont cette cité célèbre a été si souvent la proie. Malgré l'insuffisance des descriptions qui restent, les renseignements que l'on en tire sont précieux cependant, puisqu'ils font prendre une idée assez juste de l'étendue comparative des trois enceintes : celle de Charlemagne en 801; celle de Mathilde en 1078, et enfin celle qui existe encore aujourd'hui , commencée et achevée de 1286 à i324.
Mais ces restes de tours carrées sont dignes d'attention. Tout porte à croire que quelques uns
RIÉPUBLIQUE. a l
de ces édifices remontent à une antiquité beaucoup plus reculée que les temps de Mathilde et de Charlemagne. Les antiquaires affirment, non sans de bonnes raisons, que ces tours ont été bâties par les Étrusques. Ce peuple avait en effet l'habitude de construire des habitations de défenses sous cette forme. L'usage parait s'en être maintenu à Florence, où encore aujourd'hui, si on jette les yeux sur la ville du faite d'un édifice élevé , on découvre une assez grande quantité de ces tours comprises ou encastrées , pour la plupart, dans des habi^ations particulières. Ce spectacle est même une des choses qui frappe et préoccupe le plus les étrangers qui arrivent à Florence.
Ces tours ont beaucoup occupé les savants et les historiens. Muratori ( Antiq. ItaL , t. ii, Diss, 26), qui pense que les tours antiques ont servi de modèle à celles dont on voit encore quelques unes aujourd'hui, ajoute que les nobles, les grands d'Italie, ont vraisemblablement commencé à se bâtir des tours particulières , de la fin du ix*' siècle au commencement du x*. Ce goût , ou plutôt ce besoin , ne fit qu'augmenter pendant le XII' siècle , à ce point que dans la seconde enceinte de Florence on comptait , à ce que rapporte R. Malcspini, i5o tours. Chacune portai t le nom de la famille à qui elle appartenait, et à cette occasion , l'auteur qui vient d'être cité , donne des détails curieux sur l'ancienne noblesse de Florence.
En comparant la petitesse de cette seconde enceinte avec le nombre des 1 5o tours dont plusieurs avaient cent brasses de hauteur , on peut
ad FLORENCE.
se figurer, si Ton y joint encore par la pensée les églises el les clochers, l'espèce de forêt d'édifices élevés que renfermait cette ville. On a donc cru devoir insister sur la quantité, la forme et l'élévation de ces tours qui ont eu , comme on ne tardera pas à en juger, une influence si grande sur la nature et la durée des discordes civiles des Florentins, ainsi que sur le caractère sombre et terrible de l'architecture de ce peuple.
in.
Origine des foctions Gaelfe et Gibeline, 4245.— Commencements de la République de Florence, 4248.
Il est hors de doute qu'à Tépoque de la seconde
enceinte , vers la fin du xii* siècle , Florence était déjà une ville très florissante. Son industrie manufacturière et commerciale et le change ou la banque y avaient attiré des richesses immenses. Il est vraisemblable que dès Tinstant où les croisades eurent mis les Européens en rapport avec les Orientaux, la Toscane établit aussitôt, par l'entremise des Pisans, des relations de commerce avec toutes les côtes de la Méditerranée. On ignore cependant à quelle époque Fart de. fabriquer la laine et la soie fut introduit précisément en Toscane et à Florence. Mais ce qui fait penser que l'art de la laine au moins y est fort ancien , c'est qu'il est dit dans un acte conservé dans les archives de la ville, qu'en 1204, les consuls ou syndics de Callimala,nom par lequel on désignait l'art de la laine, sont intervenus comme assistants
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et témoins à la signature d'un traité de paix passé en cette même année , entre les Florentins et les Siennois. Cet acte donne quelque idée de ce qu'était alors le gouvernement de la ville. On y apprend par rénumération des magistrats présents aux traités , qu'il y avait deux et quelquefois trois consuls pour chaque corporation , comme celles des juges, des notaires, des changeurs ou banquiers , de Callimala ou du commerce des étoffes de laine.
On n'a du reste que des documents fort incomplets sur la première forme du gouvernement républicain à Florence. Comme toutes les autres villes libres, Florence eut des Consuls ; ce titre semblait être une garantie de la liberté et rappelait la grandeur romaine. Leur nombre varia à différentes époques. Il y eut parfois un consul pour l'administration de la justice , deux à la tête des troupes et trois autres appelés majeurs qui régissaient les corporations des arts ou de marchands. Toutefois on apprend encore qu'il y avait des consuls chargés des affaires politiques, et d'autres à qui on commettait le soin de connaître des procès au civil et au criminel.
Dans les premiers temps de la république, il arrivait encore que l'évêque prenait part au gouvernement de l'état, surtout lorsque ce droit lui avait été donné par l'empereur , ou bien s'il avait le titre de comte, ou que l'étendue de ses domaines lui donnât une grande puissance dans le pays.
Quoi qu'il en soit, les consulats furent bientôt abolis. Soit que les citoyens revêtus de ces magistratures en abusassent en faveur de leurs amis
RÉPUBLIQUE. a5
et de leurs parents ; soit que leur élection ne se fît jamais sans exciter du trouble, ou qu'enfin leur administration ne parût pas raisonnablement combinée , on commença par diminuer l'autorité des consuls; peu à peu on en restreignitle nombre , et enfin on institua à leur place le Podestat. La loi exigeait que ce nouveau magistrat fût étranger, privé de toutes relations avec ses parents et ses amis, en sorte qu'il pût exercer la justice avec plus d'impartialité ^ et qu'en quittant sa magistrature il fût moins exposé au ressentiment et aux vengeances de ceux sur le sort de qui il avait eu à prononcer. Les gens de la plus haute distinction ne dédaignaient pas cette charge. Le podestat portait le baudrier militaire , marchait à la tête des troupes dans l'occasion , était ordinairement entouré d'une cour nombreuse , et menait avec lui plusieurs assesseurs au civil et au criminel pour administrer la justice. Ses fonctions ne duraient qu'un an et il ^tait bien rare qu'il fût renommé. Non seulement aucun parent ne pouvait être avec lui , mais on ne lui permettait que rarement de faire venir sa femme. Ni le podestat, ni ceux qui l'aidaient à remplir sa charge , ne pouvaient vivre familièrement avec les citoyens, et il leur était expressément défendu de donner ou de recevoir des invitations de fêtes et de repas.
Les attributions de cette magistrature étaient exorbitantes. Que les podestats aient abusé de leur autorité , que le peuple ait pensé que cette magistrature favorisait trop la noblesse , ou que les soupçons d'un peuple républicain lui aient fait voir avec crainte qu'un seul et même magistrat
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qui jugeait les litiges et les crimes et commandait les troupes, pût facilement s'emparer du pouToir; on divisa son autorité. Ce fut alors que l'on créa le Capitaine du peuple , chargé de conduire les troupes à la guerre et d'interposer son autorité et la force dans le cas de sédition.
Tels sont les documents qui restent sur le gouyernement et l'administration de Florence , vers le temps où cette ville déjà très5>uissante par son industrie et son commerce , et ayant pris l'habit tude de s'administrer elle-même, n'eut pas grand effort à faire pour s'affranchir de la tutèle des officiers de l'empire. Ce qu'il y a de singulier dans l'établissement de la république de Florence, est l'impossibilité où l'on est de déterminer à soixante ans près l'époque où elle a commencé effectivement. Le premier acte officiel émané de celte puissance nouvelle date de 1218. Otto de Mandella, de Milan , étant podestat de Florence , les Florentins firent jurer aux petites communes de leur ville, dont la plupart étaient soumises à des comtes , obéissance à la Seigneurie de la commune de Florence.
C'est au commerce secondé par l'industrie et la banque , que la république florentine doit sa naissance ainsi que son existence brillante mais fébrile et courte. Le commerce , les arts , la poésie, les belles-lettres et les sciences ont été portés à un haut degré par les Florentins, il est vrai , maïs il a manqué à ce peuple, l'instinct , le génie de la législation et de la guerre. Malgré toute la pénétration de leur intelligence, malgré la bravoure personnelle dont ils ont souvent donné des preuves
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éclatantes, les Florentins n'ont jamais su se défendre ni contre leurs passions , ni contre leurs ennemis.
Ces premiers temps de la république florentine sont marqués pardes événements caractéristiques. Déjà, depuis la fin du xii^^ siècle, les familles leê plus illustres et les plus anciennes s'adonnaient au commerce et à la banque. Le temps ne fit qu'aug;menter cette disposition qui rendit de très bonne heure, dans cet état , le patronage et la clientelle soupçonneux l'un envers l'autre, lepatriciat et ses prérogatives impossibles ^ le peuple fier et vain.
La noblesse florentine, qui ne se rattachait véritablement à aucune institution chevaleresque , politique ou monarchique, dont les familles n'avaient pour règle de conduite que leur intérêt privé, ne tarda pas à voir éclater ouvertement la division entre elles. La querelle des papes et des empereurs, au sujet de la donation de la comtesse Malhilde , entretenait dans tous les esprits un élément de discorde qui n'attendait à Florence qu'un prétexte pour se développer complètement. Depuis long-temps déjà, les nobles étaient divisés d'opinion au sujet de ce grand conflit entre les deux plus puissants souverains de l'Europe , lorsqu'une aventure romanesque, servant de prétexte à la fureur long -temps contenue des partis, fît ranger celte noblesse florentine en deux factions qui prirent les armes , levèrent des enseignes différentes et se firent connaître pour Guelfe et Gibeline. Voici comme on assure que la chose se passa : L'an i2i5, Gherardo Orlandi étant podestat de Florence, Bondelmonte, de la famille
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noble des Bondelmontî , s'était engagé à prendre pour femme une jeune demoiselle de la maison des Amîdeî, également nobles citoyens de Florence. Bondclmonte, aimable et très beau cavalier, se promenant à cheval dans la ville , quelques jours après la promesse qu'il avait faite, pass^ près de la maison de la famille des Donati. La dame Donati appela de sa fenêtre le beau cavalier , lui fit reproche du choix qu'il avait fait en lui disant qu'il était indigne de lui , et ajouta , en lui montrant sa fille qui en effet était fort belle : t Tenez, voilà celle que je vous avais gardée. » Le diable s'en mêla , dit l'historien Villani, car Bondclmonte devint incontinent amoureux fou de la jeune demoiselle et promit à l'instant même de l'épouser.
Le bruit de cet événement ne tarda pas à parvenir aux oreilles des parents de la première demoiselle. Ils se rassemblent , se font part de la fureur que leur inspire la conduite de Bondelmonte ; ils rougissent l'un devant l'autre de l'injure qui leur ^ été faite et parlent de se venger. Plusieurs maisons nobles se joignent bientôt à la famille offensée. Là on s'accorde de nouveau pour rendre à Bondelmonte l'injure qu'il a faîte, mais on est encore indécis sur le mode de la vengeance. Le frappera-t-on seulement ou doit-on le blesser? Mosca, de la famille des Lamberti, trancha la difficulté. « Qu'il meure, dit-il, » et ainsi fut fait.
Ce fut le matin du jour de Pâques , 1216, que Schiatta des Ubertî , Mosca des Lamberti , Lambertuccio des Amidei, Oderigo Fifanti et l'un des comtes de Gan^alandi , se rassemblèrent dans la
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maison Amidei, près de Téglise Sain t-É tienne. Instruits d'une course que Bondelmonte devait faire au-delà de TArno , ils Tattendirent de l'autre côté de la ville^ à la tête du vieux pont , près de Saint-Étienne , là où il y avait alors une statue de Mars. En effet, le jeune parjure ne tarda pas à s'avancer sur le pont. Il était vêtu d'une robe neuve et blanche, et son cheval était caparaçonné de la même couleur. A peine était-il arrivé à l'extrémité du vieux .pont, près du piédestal de la statue , que Schiatta des Uberti le jeta à bas de son cheval. Mosca Lamberti et Lambertuccio des Amidei l'assaillirent et le frappèrent , tandis qu'Oderigo Fifanti , après lui avoir coupé les veines , acheva de lui donner la mort.
A peine ce meurtre eut-il été commis , que toute la ville fut mise en rumeur , courut prendre les armes , et se divisa en deux factions. Ceux qui se joignirent aux Bondelmonti étaient pour le parti Guelfe ; tout ce qui se rattacha aux Uberti , - combattît comme Gibelin. C'est ainsi que commença cette querelle haineuse , sanglante et si longue, dont les vicissitudes sans cesse renaissantes ont vraisemblablemwif 'été cause que Florence, la Toscane et d'autres parties de l'Italie n'onl jamais pu asseoir leurs gouvernements sur des bases fixes, sur des institutions sages. Il faut le répéter, le génie de la législation et de la guerre a manqué à Florence. Pour se faire de bonnes lois et se bien défendre , il faut être mû par un intérêt commun auquel toutes les spécu- . lations , toutes les actions d'un peuple se rattachent.
3o FLORENCE.
Pour rélablîr Tordre des temps et préciser autant qu'il est possible 1 époque à laquelle Florence 8*est constituée régulièrement en république , on rappellera que le meurtre de Bondelmonte, et Téclat des factions guelfe et gibeline , datent de I2i5; et que Tacte déjà cité par lequel la république signifia, sous le podestat Otto daMamdella, aux petites communes environnantes , de se soumettre à la seigneurie de Florence, fut publié trois ans après en 1218. Ainsi cette république est née avec cette terrible guerre civile qui a causé tant de malheurs, mais qui peut-être aussi a donné une si fgrte impulsion aux génies de toute nature , aux talents de toute espèce , aux passions les plus étrangement combinées; qui a fait surgir de ses plus violentes catastrophes des hommes tels que Dante, Michel-Ange, Savonarola, Machiavel, et qui enfin, dans Icspace de peu d'années, a fait fournir à cette i'iorence, tellement circonscrite dans son étendue, une carrière de nation qui permet de la mettre en comparaison avec les républiques et les monarchies dont Téclat a été le plus resplendissant, dont la durée a été la plus longue.
Florence République.— Commr^rce, ipanufac(ures.— Gibelin»
victorieux, Guelfes bannis, 4247.
S'il est tin fait certain, quoiqu'il ait été quelquefois contesté, c'est que la barbarie complète n'a jamais plané sur rilalie. Assez long-temps , il est Traî , les sciences , les lettres , les arts et l'inclus** trie y sont demeurés dans une torpeur et une inertie qui ont pu faire illusion ; mais sous les décombres amoncelés par les peuples du Nord , sous les cendres du vaste incendie qui a ravagé le sol italien, presque partout cependant, il est resté des vestiges intacts de l'ancienne civilisation, brillantes et fécondes étincelles qui, comme les Pandectes de Justinien , comme les monuments de Tarchitecture et de la statuaire antiques , ont redonné toUt-à-coup la vie à une civilisation nouvelle.
En Italie, grâce à la religion chrétienne , la langue latine n'a jamais entièrement cessé d'être écrite
et parlée , et rîntellîgence de cet idiome a constamment protégé la tradition de l'histoire et des lettres. Jamais les arts n'ont été entièrement délaissés ; les tombes sculptées , les catacombes peintes par les premiers chrétiens , ont conservé la pratique de la statuaire et de la peinture. L'industrie même, sur laquelle on a des renseignements moins certains, n'a sans doute pas cessé d'être cultivée. Cette conjecture se transforme en certitude , lorsqu'on lit la description des meubles, des habillements et des bijoux si précieux dont on n'a pas cessé de connaître l'usage pendant les dix premiers siècles de notre ère. On sait même que par les relations non interrompues de ritalie avec Constantinople et l'Asie, l'industrie de luxe , comme la fabrication des étoffes de soie brochées d'or et d'argent , y a été introduite vers le dixième siècle. Au surplus , la preuve la plus certaine que la tradition des connaissances humaines n'a jamais été complètement interrompue en Italie, c'est la promptitude extraordinaire avec laquelle toutes les branches de la civilisation se sont ranimées tout-à-coup. Ce fut un réveil.
En I2i5 , après le meurtre de Bondelmonte et rétablissement de la république, après l'éclat subit et terrible des deux factions Guelfe et Gibeline, Florence fut en proie à des désordres , à des rixes sanglantes qui se reproduisaient journellement. Toutes les grandes familles, chacune selon leur parti , avaient pour auxiliaires les bourgeois et les gens de la basse classe , divisés en Guelfes et en Gibelins , et se -rattachant à l'opinion et a l'enseigne des familles nobles de ces deux partis. Au
plus simple signal , oa prenait les armes , qq se battait dans les rues , tandis que les pal^s des nobles, ou plutôt ces tours dont il a été question déjà , devenaient selon les occasions des poipts d'attaque ou de défense. En général , l^s grandes familles guelfes et gibelines habitaient chacune des points particuliers de la ville. Les jours de combats, on établissait entre les tours de ceux qui se ralliaient à la même cause des espèces de ponts volants , faits avec des madriers , au moyen desquels on opposait un front plus largie à l'ennemi, soit que Ton eût à se défendre contre des voisins retranchés de la même qpianière, soit que Fon voulût écraser les^ assaillants qui se présentaiient dans les rues. La lassitude des combatrtants était ordinairement ce qui mettait un terme i ces luttes sanglantes ; car telle était la fureurqui animait alors toute la ville de Florence , que pas un de ses citoyens ne restait neutre en pai:eille occasion. Chacun se faisait connaître et se battait comme guelfe ou comme gibelin.
Chose digne d'être observée cependant , cette fureur des partis s'apaisait momentanément lorsque l'intérêt génàral réclamait le concours unanime des citoyens pour terminer une guerre, pour assurer une amélioration dans l'intérieur de la ville, ou pour aider les progrès du commerce et de l'industrie. Vers cette époque , la république de Florence eut à soutenir une guerre contre celle de Pise, jalouse de son accroissement rapide, et les Florentins sortirent vainqueurs de celte lutte. Moins complètement heureux contre la république de Sienne, ils montrèrent cependant qulls I. 3
i 34 • FLOBENCE.
c ne reaonçaieat pas facilement à ce qu'ils avaient
.entrepris.
. Mais ce qui caractérise Florence et ses habitants dans les commencements de la république, ce sont surtout les établissements faits en faveur des manufactures et du commerce.
Il est absolument impossible de savoir à quelle
' époque précise se sont formées dans cette ville les corporations des différents arts , mot par lequel
. ou désignait, outre les arts proprement dits^ toutes les professions , tous les métiers mêmes , sans en excepter les plus humbles, comme celui de eardeupetde batteur de lainefeOn a vu qu'en 1204 il y avait déjà des consuls ou syndics de Fart de IfL laine ; or, d'après l'importance qu'avaient ces magistrats , puisqu'ils assistèrent à la signature
. d'un traité de paix, on est en droit de conclure que leurs fonctions, créées depuis assez long-temps déjà, étaient cependant une institution très postérieure à l'établissement des fabriques d'étoffes de laine et de ce genre de négoce .
Une communauté religieuse contribua singulièrement à donner une impulsion nouvelle à l'art de la laine. En 1289 , les pères Humiliés de Saint- Michel d'Alexandrie , obligés par les statuts de leur ordre de se livrer à ce genre de fabrication, vinrent s'établir à Florence. L'évécpie ^e cette ville , c'était Jean de Mangiadori, non seulement les accueillit avec plaisir, mais leur concéda l'église.de Saint-Donato-aux-Tours, hors de Florence, afin qu'ils pussent y fonder une manufacture dans laquelle ils travaillassent^et formassent de
jeunes apprentis. Cet établissement eut un tel
RiPUBLIQtJE. 35
succès, les ouvriers qui en sortaient devinrent si habiles, que, plusieurs années après, en 1261, l'évêque s'étant aperçu que la distance qui séparait les couvents de la ville faisait perdre du temps aux jeunes apprentis; que d'ailleurs l'emplacement de la manufacture des Humiliés n'était plus assez vaste, donna à ces religieux l'église de Sainte-Lucie-sur-Pré, et enfin les rapprocha encore de Florence cinq ans après, en les établissant dans leur nouvelle fabrique d'Ognissanti , où ils sont restés jusqu'en 1664, vers le temps où Pie V supprima leur ordre.
Dans l'acte de donation de l'église de Sainte-Lucie faite par l'évêque de Florence , on trouve plusieurs détails qui tournent tout à l'honneur de ces pères Humiliés. «Gomme l'église de Saint-Donatoaux-Tours est devenue trop petite, y est-il dit, pour que le» Frères puissent exercer commodément leur art^ c'est-à-dîrc travailler la laine, fabriquer et vendre des draps, et se livrer à tous les travaux des makis au moyen desquels ils se nourrissent et s'entretiennent , non seulement sans demander l'aumône, mais en en distribuant même d'abondantes aux indigents; considérant enfin, que leur éloignement de la ville nuit à leur oommerce en ralentissant leurs relations avec les marchands , nous avons décidé de les rappoctier de Florence , etc. »
La rue du faubourg d'Ognissanti, où se tenaient les Humiliés, est aujourd'hui une des plus belles de Florence. Elle conduite la Porte-au-Pré , et c'est là où chaque soir de la belle saison on voit passer et repasser les équipages des personnes qui fré-
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quentent la promenade des Cascine. Au milieu du XIII' siècle, ce lieu était encore en dehors de la ▼ille. Les bords de TArno étaient inhabités , et ce qui animait un peu cet espace, était un petit port sur le bord du fleuve , un moulin qui appartenait à la commune de Florence , et ce couvent des Humiliés. Dès que ces reli^eux y furent établis , ils bâtirent aussitôt quelques maisons , et en peu de temps plusieurs commerçants de Florence y îoignirent des constructions nouvelles. Les maisons, les manufactures, les boutiques, se multiplièrent; en sorte que, lorsque Ton bâtit les murs qui forment encore à présent la troisième et dernière enceinte dont on aura bientôt l'occasion de parler, le faubourg d'Ognissanti, qui y fut compris , devint une adjonction très fevorable à la ville.
Non seulement ces religieux, par Textension et les améliorations qu'ils apportèrent au commerce de la laine , payèrent le tribut de leur reconnaissance à la cité qui les avait si biaa accueillis , mais ils contribuèrent encore aux dépenses communes quelques années après.Le premier monument public que Ton construisit dans Florence devenue républicaine, futlepontallaCarraia, placé précisément auprès du bourg d'Ognissanti , où les Humiliés venaient d'être installés. En 1218, sous le même podestat Otto da Mandella, qui avait réuni les petites communes voisines à celle de Florence, on jeta les fondations des piles de ce pont. Deux ans après on reprit ces travaux, et de ce moment les pères Humiliés fournirent aux dépenses nécessaires pour Tachèvement de cet
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édifice. Ce pont reçut d'abord le nom de Pont- Neuf, par comparaison avec le Yieux-Pont, le seul qui jusque là joignît encore la ville aux petits hameaux , aux habitations et à quelques manufactures situées sur l'autre rive de TArno, où s'étend aujourd'hui le plus beau quartier de Florence , celui du Saint-Esprit.
Ces grands exemples d'industrie, d'économie laborieuse et de désintéressement , dont les résultats étaient rapportés au bien-être et à la moralité publique, ont sans doute influé sur la disposition constante où se sont maintenus les commerçants et les ouvriers de Florence de contribuer, par l'intermédiaire des corporations auxquelles ils appartiennent, à l'érection de la plupart des grands monuments publics qui rendent encore aujourd'hui leur ville si curieuse et si célèbre.
Cette activité commerciale fit naître le besoin de rendre les communications entre la ville et l'autre côté de l'Arno plus faciles. En 1287, sous le podestat Rubaconte, natif de Milan, car c'était une loi du pays que cette magistrature ne fut confiée qu'à des étrangers, on construisit un troisième pont à l'autre extrémité de la ville , en sorte que le vieux pont fut intermédiaire aux deux autres. Ce troisième pont, appelé aujourd'hui le Ppntaux-Grâces , porta d'abord le nom de Rubaconte, qui l'avait fait construire, car la «tradition des habitudes romaines n'a jamais été abandonnée par les Italiens. En suivant donc sur le plan de Florence la seconde enceinte que nous avons indiquée , on voit que , vers le milieu du treizième •iècle y cette ville prit hors de ses limites recon -
nues un accroissement très grand par la population nouvelle qui s'était agglomérée autour des fabriques de laine des pères Humiliés du côté d'Ognissanti , et que le faubourg du Saint-Esprit étaitenrelationcommerciale très active avec la ville proprement dite, puisque Ton avait senti la nécessité de trois ponts au lieu d'un. Outre ces moyens de communications plus fréquentes, on en ajouta un fort important en faisant daller toutes les rues de Florence en cette même année 1287.
La république voulant exprimer sa reconnaî»-i sance de tous les avantages apportés à la dté , le peuple florentin, par décret public^ récôtnpensâ Riibacbnte en imposant le nom de ce tnàgistrat au nouveau pont , en lui donnant le petmon et le bouclier aux armes de la ville , et ^ honneur siti-^ gulierien le confirmant podestat pour Tailtiée suivante.
Tout dans Cette république a été fait d'abord par et poUr le commerce , tuais surtout par celui de la laiué, le plus ancien, le plUs important, lé plus étendu de tous.
Il se divisait en deux branches distinctes : l'une était désignée par le mot CalUmala^ nom d'Une vieille rue de Florence, où logeaient les marchâtiâs , et l'autre portait le nom d'Art dé la laine.
tes marcjbands de Callimala se livraient exclusivement au commerce des drapsj qu'ils tiraient briits de France , de Flandre , d'Angleterre et d Espagne. L'objet de leur trafic était immense , et avait pour résultat de gagner sur les achats en donnant une plus grande valent aux étoffes de
laine achetées brutes qu'ils faisaient tondre, calendrer , teindre et rôteindre par les ouvriers florentins. On avait le soin de donner ces préparations aux étoffes selon les goûts et la mode des peuples nombreux auxquels elles étaient destinées; aussi toute l'Europe, par l'industrie et4'entremise des Florentins, fournissait-elle d'étoffes de laine le littoral de l'Afrique, les Iles de la Méditerranée , la Grèce et une grande partie de l'Asie-Inférieure.
L'autre branche de <^ommerce des drapa, dite X Art de la laine ^ avait pour objet la fabricatioa des étoffes de laine à Florence même , et par suite leur vente en Italie -et chez les nations étrann gèreSi La laine brute était tirée d'Espagne^ et toute la mise en œuvre , depuis le travail du batteur et du cardeur , jusqu'aux envois d^ maiv chandises confectionnées par les négocîahts en relations avec les pays étrangers , occupait journellement une immense partie de la popùla-« tien de Florence. Les teinturiers, les tondeurs, lescardeurs et les batteurs de laine, employés éga* lement par Callimala et par YJrt de la laine^ se recrutaient naturellement parmi les hommes les moins inlelligents et les plus pauvres de la basse classe. Toutefois ces banques, ces grandes plaisons de commerce, ces nombreuses manu&çtu*res étaient dirigées par des hommes ({xxi réunk^ saient aux dons de l'intelligence l'avantage de vî^ vre dans la richesse , et souvent même'" de portet des noms illustres. Ces corporations marohandef liaient donc les intérêts des pauvres et desriches^ des petits et des grands; aussi les iustitutijoaside
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la république de Florence prirent-elles un caractère bien plus commercial que politique.
Immédiatement après la mort de Bôndelmonte, les habitants de toutes classes à Flofence, partagés en Guelfes et en Gibelins , s'étaient fait une guerre si cruelle de maison a maison , que la lassitude avait apporté quelque relâche, sinon à leur haine , au moins à leurs combats. La prospérité croissante du commerce avait aussi contribué à réunir par l'intérêt une foule d'hommes divisés d'opinion. Mais cette trêve doutetise ne pouvait manquer d'être rompue par le premier appel fait aux passions des deux partis. A la suite de deux petites guerres «ntre les Pisans et les Siennois, pendant lesquelles les Florentins arborèrent pour la première fois , en 1 229 , le carroccio dont il sera question plus tard , l'empereur Frédéric n se mit à revendiquer avec plus d'ardeur que jamais la puissance temporelle en Italie. Cette querelle entre le pontife et l'empereur réveilla tout-à-coup la fureur des Guelfes et des Gibelins de Florence. Frédéric , comptant sur cette triste disposition , lui d'ailleurs qui n'avait épargné ni les manœuvres ni l'argent pour ranimer l'ardeur des Gibelins déjà si favorables à ses projets , fit savoir à la famille des Uberti , l'âme de ce parti , que le moment de s'affranchir de la tyrannie desCruelfes était arrivé pour les Gibelins de Florence , et qu'il était disposé à leur porter secours en cette occasion. Ce bruit fut à peine répandu dans la ville , que tous les compagnons de Bondelmonte n'attendant qu'une occasion favorable pour venger de nouveau par le sang la mort
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de leur amî , prirent les armes. A Tinstant même les violences, les incendies et le pillage régnèrent de nouveau dans la ville.
Cet événement eut lieu en i s^y* Florence , divisée alors en six quartiers ou ses tiers ^ renfermait dans chacun de ces arrondissements autant de combattants que de citoyens. Cependant quatre de ces sestiers où les maisons fortifiées et les tours gibelines étaient plus nombreuses , devinrent le tiiéâtre des combats les plus fréquents et les plus opiniâtres. Là où est aujourd'hui le vieux palais, s'élevait la masse des maisons des Uberti , fomille gibeline par excellence, autour de laquelle se pressaient avec la même fureur ceux qui l'attaquaient comme ceux qui voulaient la défendre.
Un autre foyer de haine et de combats était à la tour de la famille Lancia, non loin de la cathédrale. Un point bien fortifié et vigoureusement défendu encore était l'amas de palais et de tours des chefs Gibelins Teliseî , Ginochi, Abati et Galigari , situés dans le sestier de la porte Saint- Pierre. Enfin, dans le sestier de saint-Brancazio s'élevaient les tours de Scarafaggio , formant le quatrième point de défense, retranchement des chefs Gibelins qui combattaient particulièrement pour la faction impériale.
Dans ces quatre sestiers on comptait malheureusement presque autant de familles Guelfes retranchées et fortifiées également dans leurs palais , en sorte que cette position récîiJroque des ennemis ne donnait aucun relâche aux combats et aux meurtres. La nuit comme le jour, on s'épiait du haut des tours pour se lancer des flèches
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avec des arbalètes. On assommait ses ennemis à coups de pierres quand ils se présentaient dans les rues, et mille ruses étaient mises en usage pour pénétrer dans une tour afin d'égorger tous c«ux qui s y trouvaient. C'était peu que les citoyens de la même ville combattissent entre eux d'une manière si barbare , et l'esprit de faction n'était pas même uniforme dans chaque famille. Aussi arrivait-il souvent que le père, le frère j l'ami, donnaient la mort à un parent, à un allié, à un compagnon de travail ; car les classes les plus humbles de Florence, à l'imitation des plu& riches et des plus nobles, avaient pris parti pour le pape ou pour l'empereur, et chaque ci-t toyen, grand ou petit, défendait sa cause le» armes à la main.
Ces horreurs se prolongèrent long-temps. Cependant Frédéric II, voyant que les choses en étaient venues au point qu'il attendait pour écraser le parti Guelfe , qui était en effet le plus nombreux à Florence, envoya vers cette ville, pour siBConder les Gibelins, son fils naturel Frédéric , à la tête de seize cents cavaliers allemands. Ce renfort , redouté par les uns , impatieitiment attendu par les autres , augmenta la haine que se . portaient les deux factions , mais fit temporiser l^s Gibelins et porta la fureur des Guelfes à son comble.
Cependant les Gibelins rassemblèrent toutes leurs forcteft sur un point vers les fortifications des Uberti, et de là , certains de ne pouvoir en être débusqués , ils se rendirent maîtres successivement des places et des rues , bloquèrent toui
les Gifôlfes dans une partie de la TÎÏle ^ et rendirent ainsi leurs forces et leur nombre itiutUes jusqu'au moment où les cayaliers allemands vinrent acherer la victoire. Quant aux Guelfëé'^ après avoir fait de longs mais vains efforts poUt* défendre et conserver leurs palais, leurs maisons, vaincus par le nombre des cavaliers et la tactique des Gibelins , ils furent foteés d'abandonner Florence le I *' février de Fan 1 249.
Au milieu de tant de scènes affligeantes pour l'humanité, on doit s'empresser de recueillir le seul fait où l'on retrouve de la grandeur et de la générosité. Un chevalier Guelfe, Rustîco MarignoUi, renommé pour sa bravoure, avait été blessé au visage en portant l'étendard dans un des engagements qui avaient précédé l'expulsion des Guelfes de Florence. Il arriva que ce brave mourut de sa blessure la veille même de ce fatal départ. Malgré le trouble inséparable d'une telle retraite , et sans être arrêtés par le danger, les Guelfes allèrent en armes enlever le corps du chevalier, non seulement pour le soustraire aux avanies des Gibelins, mais pour célébrer encore ses obsèques et le faire inhumer dans l'église de Saint-Laurent. Malgré les menaces et les attaques du parti déjà sur de sa victoire , les Guelfes rendirent les derniers devoirs à MarignoUi. Tous étaient armés ; ceux même qui portaient la bière sur leurs épaules tenaient leurs épées nues à la main, indiquant par là l'intention de faire une vigoureuse résistance si leurs ennemis se hasardaient à leur disputer les restes de leur compar gnon d'armes. L'espèce de désordre de cette
pompe fiinèbre lui imprima un caractère de grandeur singulier. Enfin, soit esprit religieux , soit prudence , les Gibelins laissèrent achever cette cérémonie , qui* fut moins un enterrement qu'un triomphe.
Néanmoins tout le parti Guelfe fut obligé de sortir de Florence, et les Gibelins victorieux demeurèrent maîtres absolus de la ville et du gouvernement.
Changements dans le gouvernement, 1249. — État des sciences, des lettres et du commerce. — Dén^ocratie complète, 4230. — Les Gibelins chassés à leur tour, 4251. — Florin d'or. — Manfred. — Bataille de Moataperii, Guelfes exilés de nouveau, 4260.-»- Naissance de Dante.
Si Florence , à Tépoque de ses plus grands dé- Teloppement8 , n'iest, comme ville et comparée à la Toscane et à Tensemble de lltalie, qu'un point imperceptible , on ne doit pas oublier que ce point est un centre d'où se sont élancés les rayons qui ont successivement agrandi le cercle intellectuel dans lequel toute FEuropevît aujourd'hui. Tout a donc de l'importance dans cette ville, dans cette cité, dans cette Athènes moderne où tous les éléments que l'on cherche encore à perfectionner à présent ont été reconnus , mis en œuvre pour la première fois en Europe , il y a six cents ans.
La langue latine, on l'a déjà dit, n'a pas cessé d'être en usage en Italie. Or ^ «'est à cet îdiome
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que l'Italie, la Toscane et enfin Florence ont dû la connaissance des sciences et des ouvrages philosophiques et littéraires grecs , qui leur fut transmise par les traductions latines faites sur les traductions arabes du ix* siècle. Ce fut ainsi , et d'une manière imparfaite il est vrai, que Ton connut en Italie les sciences mathématiques, la doctrine de Platon et les opinions d'Aristote. Mais enfin , par ces intermédiaires , la tradition des connaissances humaines a été perpétuée dans tous les esprits élevés , spéculatifs ; et lorsque les prédécesseurs de Dante, et Dante lui-même , créèrent une langue, une poésie, une philosophie, ces grandes conceptions sortirent complètes de leurs écrits , comme Minerve s'élança tout armée du front de Jupiter. *
Précisément par la raison que la langue latine parlée en Italie était restée vivante, l'usage sucçes^f ;^a aiS9fX d'autant plua-oltéré la pureté. Dans louiQ l'Italie , à Rome méiaey le htin cpe Ton y . 4acrivait ^tait &^3ez barlxare, tandis qu^e ic^lui dies auteurs allemands , français et anglais, reteuait ^corç quelque chose, dç la correction clasalque. Mais ritalie et la Tpsçane, mais aoti>e Floreoce f^l^n., jetait appelée à êlne ua« des premières »a- ^Ifous i9pderj;]^j9 qi^ dût consacrer l'usage d'un idiome nouvaan bien que dérive du latin. Des .écrits remaïiquables ei^ fixèrent irrévocablement ^l/es ^pis dè^ soa. ojigiQ.e , et bî/entôt ou la rendit populaire ea rintrpdjaisaat dajois toutes les ixj^m" . actions politiques , administratives ou commerciales. . : .
. 4 <^^ ^i^ois^Uud^ik 4e» ilftngues {triées en Tob-
cane, il faut rapporter un événement, qui , en le rattachant surtout à Thistoire littéraire, contribua cependant singulièrement à la formation de la langue italienne. Depuis la fin du xi® siècle, 80US la domination de la comtesse M athilde, la langue et les compositions des troubadours provençaux étaient répandues et recherchées dans toute ritalie. Ce goût devint une habitude, et s'empara bientôt des Italiens à tel point, qu'à défaut de langue italienne qui n'était encore qu'un )argon informe, on parla et l'on composa en langue provençale , dans presque toute la Péninsule.
On voit donc d'une part que tous les éléments intellectuels qui servirent à solliciter la pensée des Italiens depuis le x' siècle jusqu'au xiii<^ siècle , étaient d'origine grecque , modifiés par l'esprit des Orientaux et transmis par des traductions latines; de l'autre, que les formes de la composition et du langage leur furent suggérées par les Provençaux.
De là les formules aristotéliques appliquées à la théologie «colastique ; de là le platonisme servant d'âme à la poésie ; de là enfin la rime, les termines, les ballades, les sonnets , le mélange de prose et de vers , appareils empruntés aux troubadours de Provence qui les tenaient eux-mêmes des écrivains de l'Orient.
Quesi l'on s'attache à la transmission des beauxarts à l'Italie moderne , on découvre que la théorie et la pratique en sont venues de Constantinople par Venise , pour ce qui touche la peinture ; de la Syrie par les Pisans , pour Tarchitecture ; et que
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de ces deux points de débarquement , si Ton peut parler ainsi , ces sHrts se sont dirigés vers Florence pour y prendre de la consistance et un caractère fixe. On sait en effet que jusqu'au xii® siècle , ce furent les artistes ou plutôt les ouvriers grecs de Gonstantinople , qui fournirent aux églises d'Italie les mosaïques, les peintures et les figures taillées dont quelques unes subsistent encore. C'est donc par l'entremise de ces ouvriers constantinopolitains que Tart de tailler les matières dures et de se servir des couleurs n'ajamais été perdu en Italie. Vers iq5i , c'est-à-dire pendant les premières fureurs des factions guelfe et gibeline à Florence , Nicolas de Pise , frappé de la beauté et de l'aisance qui régnaient dans des bas-reliefs antiques nouvellement découverts , sculpta le tombeau de saint Dominique, où l'art est déjà traité avec supériorité.
/Si l'on ajoute à ces efforts des savants, des poètes et des artistes de la Toscane et de Florence, le grand élan commercial dont on a déjà déterminé la nature et l'importance , il sera facile de se former une idée complète de l'état d'effervescence où devaient être tous ces citoyens de Florence , en cette année 1 249 5 lorsque les Gibelins vainqueurs venaient d'expulser de la ville les principaux Guelfes, dont le parti évidemment le plus nombreux ne pouvait pas manquer de devenir encore une fois le plus puissant.
Toutes les grandes familles guelfes chassées de Florence se retirèrent vers Mohlevarchi, oùellesse fortifièrent non seulement pour se défendre , mais dans l'intention d'attaquer leurs ennemis à la
première occasion opportune. Quant aux Gibelias 5 ils furent bien loin d'user raisonnablement de leur victoire. Enchérissant encore sur les excès commis pendant les premières discordes civiles, traitant Florence comme si ce n*eùt été exclusivement qu'une ville guelfe , ils abattirent les habitations, les palais fortifiés et toutes les tours abandonnées par leurs ennemis. On compta jusqu'à trente-six de ces tours ruinées par eux , entre autres celle de la famille des Tosinghi, haute de quatre-vingt-dix brasses, remarquable par les marbres et les nombreuses colonnettes dont elle était ornée. On rapporte que le plus élevé de ces édifices détruits en cette occasion avait cent trente brasses de hauteur.
Ces actes de barbarie ne tardèrent pas à irriter le peuple contre les Gibelins; mais, dans l'enivrement de la veangeance, les nobles de ce parti se crurent tout permis. Ils résolurent d'abattre l'église Saint-Jean, alors la cathédrale , par cela seul que les Guelfes avaient coutume de s'y rassembler lorsqu'ils traitaient entre eux de leurs intérêts. Près de cette église, à l'entrée du cours des Adimari , s'élevait une tour, fort haute que les Gibelins avaient également l'intention d'abattre , et dont ils résolurent de se servir pour ajccomplir leur sacrilège. Après avoir étayé la tour du côté de l'église, ils en sapèrent les fondements, puis mirent le feu aux étais, dans l'espoir que l'édifice en tombant écraserait le temple. Mais, par une circonstance qui tenait du miracle , la tour, contre l'attente des Gibelins , tourna sur ellemême, et sembla respecter l'église dans sa chute.
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Cet accident fît naître une grande joie dans le cœur des Florentins , que rimpiété des Gibelins avait révoltés.
A ces violences exercées dans la ville, et dont la vue augmentait journellement la haine que Ton portait déjà aux Gibelins , se joignaient celles auxquelles les Guelfes, exilés de Florence, étaient continuellemqnt en bulte. Les nobles Gibelins voyant les efforts courageux de leurs ennemis proscrits , avaient encore eu recours à Taide de l'empereur Fy^déric II. Ce prince , en revenant . d'une expédition contre Parme, se rendit à Capraia avec ses Allemands, et contraignit, plus par ruse encore que par la force, les Guelfesà se rendre à sa discrétion. Les résultats de cette victoii'e furent horribles pour les Guelfes et honteux pour Frédéric qui fit crever les yeux ou donner la mort aux chefs du parti guelfe. De ce nombre furent le comte Ridolfo de Capraia, et Rinieri des Bondelmonti : mais ces cruautés furent loin de ralentir les eflforts courageux des Guelfes. Lorsque Fempereur et ses troupes se furent éloignés de la Toscane , ils attaquèrent de nouveau leurs ennemis, mais si souvent et avec tant d'obstination, qu'enfin ils en tuèrent un bon nombre dans une expédition nocturne entreprise près de Monte- Yarchi.
Cependant , leshabitants de Florence voyaient avecplaisir diminuer lapuissance des nobles Gibelins qui, sous prétexte de lever des taxes de guerre, commettaient journellement des exactions accompagnées de paroles et de manières injurieuses envers les citoyens. La famille des Uberti surtout^
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qui ne cachait pas son mépris pour le peuple dont elle avait toute la haine, ne contribua pas peu par son insolence à faire éclater la tempête politique qui menaçait.
Enfin, las des extorsions et des injustices des chefs gibelins, le peuple de Florence se leva tout-à-coup. On se porta en foule à leglise de Sainte-Croix, dans le couvent des frères Mineurs, pt là on jura de se faire tailler en pièces plutôt que d'obéir plus long-temps auxUberti et à leurs pareils. La première idée des Ubertî fut de marcher tout aussitôt en force à Sainte-Croix pour étouffer par la crainte les suites de cette sédition naissante. Mais leur entreprise eut des résultats tout contraires à ceux qu'ils en attendaient ; car le peuple , prévoyant qu'il serait puni cruellement s'il était vaincu, se rassembla en plus grand nombre j prit les armes et se porta du. côté de l'église de Saint-Laurent , avec la ferme détermination d'exiger l'établissement d'un nouveau gouvernement pour Florence.
Ce fut le 20 octobre de l'an 1 260 , que la république florentine, qui jusque là avait encore conservé quelques éléments d'aristocratie , devint ' pm*ement démocratique. Sur la place Saint-Laurent, 4e peuple en armes ôta d'abord la souveraineté au Podestat et élut ensuite un Capitainedu peuple. De plus , il créa douae Anziani^ nommés par le peuple de chaque sestier, de manière à ce qu'il y en eût deux pour chaque arrondissement de la ville. Ces anziani avaient pour office de ^ervirde conseils au Capitaine du peuple, et de conduire les citoyens. Quand cela fut fait^ di^
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sent naïvement les chroniqueurs du temps, chacun retourna dans sa maison pour manger et dormir.
Mais il importe de connaître l'organisation de la milice civile qui résulta de celte nouvelle institution politique. On donna au Capitaine du peuple une bannière ou gonfalon au champ blanc, avec une croix rouge, puis vingt autres gonfalons qu'il distribua à vingt capitaines du peuple, commandant chacun une compagnie formée par les habitants les plus rapprochés par le voisinage. Le gonfalon du Capitaine était arboré au sommet d'une tour dite du Lion. Sur cette tour était une cloche, et dès qu'elle sonnait, chaque capitaine assemblait sa compagnie sous son gonfalon. Les compagnies rassemblées chacune dans son quartier, se réunissaient au pied de la tour du Capitaine du peuple pour y prendre des ordres et se diriger sur les points de la ville où il y avait à combattre contre les Gibelins et pour la cause de la liberté.
Comme la république avait déjà amené à son obéissance une assez grande quantité de petites communes environnantes, on appliqua à quatrevîngt-sîxparoisses de la campagne des dispositions analogues. Ces milices rurales furent * unies par une ligue qui les obligeait non seulement à à se porter secours entre elles , mais a venir secourir Florence et à marcher contre l'ennemi, lorsqu'elles en recevraient l'ordre.
Pour donner plus de sécurité au peuple et diminuer les forces des nobles , on ordonna que toutes les tours de la ville de Florence sans ex-
ception seraient rasées jusqu a la hauteur de cinquante brasses. Or, presque toutes appartenaient aux plus grandes familles de Florence , et parmi ces édifices il y en avait un bon nombre dont la hauteur était de cent vingt brasses. Avec les pierres que fournirent ces démolitions, on bâtit les murs d'enceinte du nouveau quartier ( ou sestier ) d'Outre-Arno , aujourd'hui San- Spirîto.
Jusqu a cette époque aucun bâtiment particulier n'avait encore été destiné àla Seigneurie de la Commune de Florence. Les magistrats dont elle était composée se rassemblaient dans une église ou datis d'autres lieux. Mais lorsque la Balie revint au peuple en cette année 1 260 , on décréta la construction d'un palais qui sert encore aujourd'hui de palais de justice et de prisons publiques. Ce fut l'architecte di Lapo, élève de Nicolo Pisano , célèbre déjà en Italie par la construction de l'église d'Assise , et par celle des deux ponts de Florence , qui fut chargé d'élever ce nouvel édifice, ce palais de la Seigneurie, le premier grand monument bâti par la république de Florence.
Telle fut l'organisation de la cité, et toutes le$ précautions prises pour assurer le repos et la liberté des citoyens dans l'intérieur de la ville. Maintenant il faut faire savoir comment cette milice civile devenait une armée en temps de guerres extérieures. Tous les gonfalons ou bannières données aux dilférentes compagnies de la milice bourgeoise portaient chacun une ou plusieurs couleurs, et se distinguaient encore par un
signe de blason. Les gonfalons destinés à la guerre étaient distingués par des couleurs et des armes différentes. Chaque année, le jour delà Pentecôte , tous les citoyens de Florence , armés et enrégimentés comme il a été dit , se rassemblaient sur la place du Marché-Neuf. Pendant cette espèce de revue , on substituait aux gonfalons de ville les gonfalons de guerre, et dans ce cas chaque ses tier avait un corps de cavalerie portant aussi une enseigne, et enfin deux bannières étaient attachées à la compagnie qui devait servir de gardes au Carroccio.
Le Carroccio était une espèce d'estrade montée sur quatre roues et tirée par. deux bœufe. Les harnais de ces anhnaux, ainsi que les tapis qui couvraient cette machine, étaient rouges. Sur ce char s'élevaient deux grands mâts, peints également en rouge, au haut desquels flottaient des étendards aux armes de la république de Florence. Lorsque tes Florentins avaient déclaré la guerre à quelques un» de leurs ennemis, trente jours avant d'entref en campagne , on plaçait le carroccio au milieu du vieux marché en en confiaotia garde à ce qu'il y avait de plus brave et de mieux aguerri dans la milice. Entre les mâts était suspendue une cloche nommée la martiriella^ dont le tintement se fiHsaît entendre, jour et nuit, pendant Fexpositton du carroccio. C'était U]Q avertissement donné aux citoyens de mettre ordre à leurs affaires et de préparer leur âme à soutenir courageusement les dangers de la guerre. Quand l'armée se mettait en marche, le carroccio se plaçait au milieu
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d*elle, et lorsque Ton campait, le son de la martinella indiquait et transmettait tous les détails de la discipline militaire à Tarmée.
Le gouvernement populaire de Florence étant ainsi réglé , tous les citoyens aspiraient à voir s'éteindre l'esprit de faction qui avait déjà fait tomber tant de calamités sur leur ville. Un événement inattendu vint tout-à-coup fortifier leurs espérances. Il y avait encore à Florence un certain Riniéro de Montemerlo, commandant, comme vicaire, au nom de Tempereur. Le 7 de janvier i25o, cet officier fut tué par la chute d'un plafond qui l'écrasa dans son lit. Cette nouvelle , promptement répandue dans la ville, futregardée comme le présage de l'affranchissement complet de Florence, de l'autorité impériale. En effet, peu de jours après on apprît que Frédéric II était mort à Ferentino, dans la Fouille.
La mort de ce prince, soutien constant des Gibelins, fut un grand sujet de joie pour le parti guelfe répandu dans tous les États d'Italie, et pour le Saint-Siège même. Quant au peuple florentin, il profita de cette occasion pour exiger la rentrée de toutes les familles guelfes exilées. Elles rentrèrent en effet; on leur fît même faire avec celles des Gibelins une paix de commande qui dura tout juste cinq mois.
Une guerre que Florence eut à soutenir contre Pistoia fut cause de la rupture. Les nobles gibelins, fîers et assez insolents de leur nature, se soumettaient de mauvaise grâce aux décisions du peuple. A propos des levées d'hommes et d'argent pour la guerre que l'on allait entreprendre, ils
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prétendirent que Ton favorisait les Guelfes à leur détriment. Ils voyaient d'ailleurs cette expédition, de mauvais œîl, par la raison que Pistoia tenait à la faction gibeline. Enfin ils firent tant par leurs menaces et leurs injures , que le peuple florentin les chassa hors de la cité en juin 1202. Ce fut à cette occasion que les armes de la ville reçurent une modification. Le peuple et les magistrats guelfes mirent le lis rouge sur un champ blanc au lieu du lis blanc sur un champ rouge , première enseigne que conservèrent toujours les Gibelins.
Pendant près. de sept ans, les armées de Florence furent victorieuses et étendirent les limites de la république dans la Toscane. Elles firent tête aux entreprises des Gibelins^ et arrêtèrent dans leurs projets ou vainquirent successivement les Siennois , les Pisans , les Lucquois , les habitants de Ponggibousi et de Volterra. Cependant le calme, l'industrie et l'opulence régnaient dans l'intérieur de la ville. Le quartier d'Outre-Arno s'était tellement peuplé, ses relations avec l'autre partie de Florence s'étaient multipliées au point que l'on sentit le besoin de bâtir un quatrième pont , celui de la Trinité, placé entre le Vieux- Pont et celui alla Carraia.
Une nouvelle preuve de la puissance , de la richesse et de la tranquillité de Florence vers cette époque, est la résolution que les commerçants et le peuple prirent, afin de jeter de l'éclat sur leur cité, de faire battre de la monnaie d'or. En i yÔQ, après une victoire remportée sur les Siennois, les Florentins commencèrent à mettre en émission
le florin, du poids d'une drachme, trois deniers, et au titre de 2 4 carats. D'un côté de cette monnaie était la figure de saint Jean , patron de la ville, et de l'autre le lis. Cette belle monnaie, que le commerce de la Toscane a fait connaître dans tout le monde, a servi de modèle à celle de plusieurs nations en lui donnant aussi son gracieux nom de florin.
Mais Florence est comme une belle femme fantasque , sur l'humeur de laquelle il est impossible de compter. Le roi Manfred, le fils de Frédéric II , avait hérité de la haine de son pfère contre le Saint-Siège; aussi favorisait-il les Gibelins de tout son pouvoir. Supportant avec peine l'abaissement où était tombé ce parti à Florence, et jaloux de la puissance toujours croissante de cette république, il y envoya des émissaires secrets pour ranimer le?, courage de ceux qui se rattachaient à sa cause. Il fut donc l'auteur d'une conjuration dont la famille des Uberti devint l'instrument. Ces Uberti, qui avaient déjà chassé les Guelfes de Florence , crurent pouvoir renouveler facilement cette entreprise. Dans leur confiance ils préparèrent leur conjuration avec si peu de mystère, avec une telle jactance même, qu'il ne fallut pas une grande attention de la part du peuple et des magistrats pour deviner et déjouer leurs desseiÉs. Mais on procéda honnêtement avec eux; on les invita à se présenter à la Seigneurie pour rendre raison des projets criminels qu'on leur imputait. Les Uberti, non seulement refusèrent de se rendre à cette invitation , et ne prireat aucune précaution pour éviter ta