‹ Florence et ses vicissitudes, 1215-1790Chapitre 9 sur 16 · Ô8 FLORENCE · texte numérisé non relu

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fureur populaire; mais persuadés que roccasîon de faire éclater la conjuration était venue, ils allèrent jusqu'à injurier, frapper même les serviteurs et les familiers du Podestat , répétant tout haut qu'ils allaient reprendre les rênes du gouvernement et chasser le« Guelfes.

A peine ces paroles furent-elles lâchées, que le peuple, toujours prompt à défendre sa liberté quand on la menace, sortît des maisons, prit les armes, et, furieux, courut droit aux palais habité» par les familles des Uberti, dont Fun deux fut tué sur la place; mais en ayant saisi deux vivants, Uberto Gain! des Uberti et Mangia des Jenfanganti , on leur donna la torture, et dès qu'ils eurent fart connaître tous les détails de la conjuration, on les condamna à avoir la tête tranchée , ce qui fut exécuté sur le lieu appelé le jardin Saint-Michel (Or-San-Michele)-La fuite prompte de plus de vingt familles gibelines, compromises dans cette affaire, épargna au peuple de Florence d'autres vengeances sanglantes. Mais, dans sa fureur, et pour user de représailles envers les nobles qui avaient abattu les habitations des Guelfes chassés en 1^49, il se précipita en foule vers la demeure des Uberti, et détruisit de fond en comble tous leurs palais et leurs tours. Avec les débris de ces édifices , on cotitinua l'enceinte du quartier d'Outre- Arno, exposé aux attaques detf^Siennois, et ce fut sur l'emplacement qu'occupaient ces habitations que l'on bâtit, quelque temps après, en 125(>, le vieux palais dont il a déjà été question plus d'une fois. Mais la fureur populaire ne s'en tint pas là. Oa fit arrêter Yiîbhé de Vallombrense , accusé

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tout-à-fait injustement d'entretenir des correspondances perfides avec les Gibelins exilés. Martyrisé par la torture , lecclésiastique fit une espèce de confession; alors le peuple demanda sa mort, et, sans égard pour sa dignité et pour l'ordre sacré auquel il appartenait, on lui trancha la tête sur Jia place de Saint- Apollinaire. 11 semble que, dans cette occasion , les Guelfes , jaloux de ne le céder en aucun genre de cruautés et de sacrilèges aux Gibelins, aient massacré ce prêtre comme pour répondre à l'impiété que leurs ennemis avaient commise dix ans avant, en essayant leurs eflTorts pour écraser l'église de Saint-Jean. Ce crime fit grand bruit, et le pape excommunia la Commune de Florence et les Florentins.

Dans cette même année, il arriva une aventuré qui prouve que les gouverAements démocratiques, si inattentifs parfois -aux plus grands excès, mettent par compensation une rigueur tant soit peu pédantesque dans la punition de fautes légères. Il y avait sur la place de Saint-Jean une vieille grille de fer , reste d'une cage de bête féroce, qui se rouillait dans la boue. Un anziano, l'un des magistrats de la viBè , eut la mauvaise idée de faire transporter cette vieille ferraille, propriété de la Commune, à sa maison de campagne, afin d'en tirer parti. On le sut; alors les anzianl condamnèrent leur confrère à mille livres d'amende. Certes, cette intégrité des magistrats de Florence est louable; toutefois c'est avec peine cependant que l'on voit dam cette année les deniers de la commune beaucoup plus scrupuleusement épargnés que le sang de ses ci<^

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toycns. Maïs venons a la catastrophe terrible qui ruina encore une fois le parti guelfe.

Manfred ne négligeait aucune occasion pour entretenir l'ardeur du parti des Gibelins. Il envoya à Sienne, où les chefs exilés étaient rassemblés , huit cents cavaliers allemands pour répondre aux attaques fréquentes que les Florentins venaient faire jusque sous lés murs de cette ville. Le peuple florentin, fier de plusieurs succès précédents , fit peu de compte du renfort impérial, et témoigna le désir de livrer une bataille décisive à Farmée ennemie, composée alors de tous les Gibelins bannis de Florence , des Siennois qui les soutenaient et des Allemands de Manfred. Les avis furent cependant partagés parmi ceux qui devaient diriger l'armée. Tegghiaio Aldobrandi, noble du parti guelfe, homme expérimenté dans l'art de la guerre , conseillait de temporiser, faisant observer que les Allemands ne tarderaient pas à se lasser d'attendre, lorsque leur engagement et leur paie auraient cessé, et qu'avant peu do temps ces cavaliers redoutables iraient retrouver Manfred dans la Pouille, ce qui rendrait layictoirc plus probableetplus facile. Mais Spedilo, de famille plébéienne , revêtu de la charge d'anziano, blâmant cet avis d'une manière présomptueuse, reprit encore Tegghiaio Aldobrandi avec insolence en lui demandant : «ii la colique le pre- »nait, et s'il avait peur. » — Vous ne me suivriez certainement pas dans la bataille partout où j'irai, lui répondit Tegghiaio avec fermeté. Alors Cece des Gherardini se leva pour soutenir l'avis donné par Tegghiaio. Mais les anziani lui impo-

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sèrent silence en lui rappelant que la loi condam*nait à cent livres d'amende quiconque parlait contre Tordre des anziani. Le chevalier Cece offrit de payer pour blâmer le projet d'attaque; les magistrats refusèrent et doublèrent l'amende. — Je paierai double, mais laissez-moi parler. — Non ; et l'amende fut triplée. Le chevalier offrait encore de payer pour prendre la parole, jmais on le menaça de la peine de mort; il se tut. Ce fut donc le pire avis qui prévalut; mais le peuple enivré d'orgueil battit des mains et se prépara avec joie à la bataille.

Cette fatale décision pri$e, les Florentins firent une levée de troupes auxiliaires à Lucqu es, à Bologne, à Pistoia, à Prato, à Volterraet dans toutes les contrées souniises, ou qui , par des traités , étaient tenues de fournir des troupes en temps de guerre à la commune de Florence. On assure que l'armée se composait de trente mille fantassins et de treize cents cavaliers, dont huit cents soldats payés, et les autres volontaires. Buonconte de Monaldo des Monaldeschi , Capitaine du peuple , alors à Florence , sortit de cette ville vers la fin d'août (1260) , à la tète de cette armée,, marchant avec ses gonfalons; au centre était le carroccio, avec la' cloche la martinella , entouré de son escorte. Le zèle et la curiosité des Florentins furent tels en cette occasfon , que tous les historiens affirment qu'il n'y eut pas une seule maison de la ville , si peu nombreuse qu'elle fût , d'où il ne partît à pied ou à cheval une personne incorporée dans l'armée , ou disposée à la suivre. 11 faut ajouter aussi que beaucoup de Florentins formant

des Tœax en secret pour les Gibelins se joignirent aux troupes , les uns pour connaître Tissue de la bataille , et d autres enGn pour trahir les Gœlfiss pendant le combaL

ArriTés sur les bord» du fleure de FArbia^ dans un lieu que Ion appelle Montaperti , larmée florentine trouTa la cayalerie de Perouse et d'Or- Tietto, qui 9 jointe arec ce qu*eUe avait déjà de cette arme, porta le nombre de ses caTaliers à trois mille.

A Sienne et du côté des Gibelins, il y avait deux hommes sur lesquels on comptait particulièrement: le comte Giordano, commandant les cavaliers allemands envoyés par Manfred , et Farinatades Uberti, GibeUn opiniâtre, mais homme de tête et de cœur , qui dirigeait tout à la fois les ni^ociations secrètes et les opérations militaires de son parti. Par ses soins prudents et même tant soit peu astucieux, il parvint à faire croire aux chefs de Tannée florentine qu'une des portes de Sienne leur serait livrée par trahison , tandis qu'il trouva moyen de dissimuler aux Gibelins et aux Siennois dont il avait la confiance, les forces réelles de l'armée des Florentins. Par ce moyen, ceuxci se complurent dans l'espoir d'une victoire facile, et les autres redoublèrent d'ardeur et de courage : «Bataille! bataille!* s'écrièrent tous les Gibelins. Mais quand on fut sur le point d'attaquer, les cavaliers allemands déclarèrent qu'ils ne remueraient pas de place à moins qu'on ne leur donnât double paie. On promit , et les Allemands sortant précisément par la porte San- Yito f sur laquelle les Guelfes comptaient , se pré*

cîpîtèrent en furieux sur la cavalerie florentine. Malgré Timpétuosité et la violence de leur attaque, les Guelfes la soutinrent avec courage, let non sans succès, Mais à peine Faction fut-elle engagée sur plusieurs points , que Tinquiétude et le désordre ne tardèrent pas à se mettre dan s les rangs des Florentins. Au milieu de cette armée, on vit tout-à-rcoup ded soldats rester inactifs, d'autres aller même jusqu a frapper leurs camarades. La trahison se glissait partout, et chaque Guelfe crut bientôt avoir un Gibelin à ses côtés. L'inquiétude croissant de minute en minute, un incident grave, une trahison odieuse acheva de porter le découragement dans toute Farmée florentine. Jacopo del Vacca, de la famille des Lberti, homme renommé pour sa valeur, avait été élu capitaine de la cavalerie florentine, et portait à cette bataille l'enseigne de la république. Comme le désordre était tel déjà , que la plupart des soldats florentins se défiaient autant de leur propre arnaée que de celle des Siennois , tous ceux d'entre eux qui avaient conservé du courage et leur présence d'esprit combattaient avec d'autant plus d'opiniâtreté que le danger devenait toujours plus grand. Jacopo del Vacca , l'enseigne à la main , se défendait donc en ralliant les siens. Déjà il était parvenu à rétablir l'ordre et à ranimer leur courage, lorsqu'un Florentin, l'un de ces faux Guelfe* faufilés dans leur armée , et compagnon même de Jacopo del Vacca , passa derrière son cheval , et d'un coup de son arme lui coupa la main qui tomba avec l'enseigne. Cette trahison insigne devint le signal de la déroute des Florentins. La

cavalerie fut la première à prendre la fuite. Peu à peu, Finfanterie suivit son exemple à mesure que la terreur pénétra dans ses rangs. Bientôt il ne resta que la troupe à qui la défense du carroccio était confiée. Long-temps on se battit avec fureur autour de ce palladium de la république de Florence , et Ton cite comme les derniers FlorenUns qui furent tués auprès , le chevalier Tornaquincci , le doyen du parti guelfe , qui , à l'âge de soixante-dix ans , se fit hacher avec son fils et quelques uns de ses parents sur les roues de cette machine.

La prise du carroccio ne laissa plus de doute sur la défaite complète des Guelfes , et ce fut ainsi que se termina cette sanglante bataille dite de Montaperti ou de TArbia, donnée le 4 septembre 1260, où Ton assure que les Florentins perdirent lôoo hommes tués et i5oo faits prisonniers.

Les historirns modernes prétendent que la perte des combattants guelfes fut beaucoup plus grande: Quoi qu'il en soit, cette défafte eut des conséquences terribles pour la démocratie florentine. La souveraineté du peuple , le pouvoir des anziani et Tinfluence guelfe furent annulés à Florence. Le parti guelfe même, qui trouvait des défenseurs dans presque toute lltalie déjà , ressentit rinfluence d un revers qui allait augmenter les forces et Farrogance du roi Manfred leur ennemi acharné.

Le i3 du même mois où s'était donné cette fatale bataille de Montaperti, toutes les grandes faucilles guelfes, frappées d'exil , sortirent de Flo-

rence, laissant encore une fois la ville et legouvemement à la disposition de leurs ennemis.

Ainsi se terminèrent ces dix années de 1 249 à 1260 5 pendant lesquelles la république florentine s'était constituée , avait augmenté son territoire par des conquêtes importantes, et avait déjà vu les sciences, les arts et le commerce donner les signes d'un progrès et d'une prospérité singulièrement remarquables.

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