EXEMPLUM SALUT. PUBLIC. CIVES POSUERE. MCCCCLXXXXV
A quelque distance de cette statue sont celles non moins importantes du David colossal de Michel-Ange, de l'Hercule par BaccioBandinelli, du Persée de Benvenuto Cellini et de la figure équestre de Côine, premier grand duc de Toscane, exécutée par Jean de Bologne.
On ne tardera pas à le reconnaître, la façade du vieux palais et ce qui l'entoure est un résumé visible de l'histoire de la ville de Florence, et quand sa description sommaire tient lieu d'introduction et de préface, ce n'est point un jeu d'esprit auquel onaprétendu se livrer. C'est un document abrégé dont on a cru qu'il était à propos de se servir.
Première enceinte de Florence , sous Charlemagne, en 801. Deuxième enceinte sous la corn' esse Mathikle, 1078.
Les savants qui ont traité des antiquités de la Toscane, disent que Florence antique a été détruite par les hordes venues du Nord , en 543 ou 54g.
Ce fut au mois d'avril de Tan 801 que Charlemagne , à la prière du pape Léon III et des anciens citoyens de Florence, prit la résolution de réparer cette ville. On s'effprça, dit-on, de la rebâtir sur le modèle de Rome , et de lui donner plus de grandeur et de régularité qu'elle n'en avait avant. Elle eut, assure-t-on, quatre portes principales auxquelles correspondaient quatre grandes rues qui formaient une croix , dont les bras marquaient les quatre points cardinaux de l'horizon.
On estime que le diamètre de cette première enceinte de Florence était à peu près le cinquième de celui qu'elle a aujourd'hui. Alors la ville n'occupait qu'une partie de l'espace compris
au nord sur la rive droite de l'Arno, jusqu'au torrent le Mugnone. Le quartier d'Outre-Arno , où est le palais Pitti , du côté de St-Miniato-al- Monte, ne fut habité que beaucoup plus tard.
Le vieux marché, qui était situé entre la place du Grand-Duc et la cathédrale d'aujourd'hui, formait alors la grande place de Florence , et c'était dans ses environs que se trouvaient les maisons ou palais de toutes les anciennes familles du pays. Malgré le soin que l'auteur qui nous guide , Yarchi, prétend que l'on eut, du temps de Charlemagne, défaire quatre grandes rues symétriquement tracées en croix, il ajoute cependant que les rues de cette nouvelle Florence étaient étroites, courtes, entrecoupées, comme elles le sont encore autour du quartier dit du Pieux-Marché. La cathédrale et le baptistère, ajoute-t-il, étaient hors les murs, et l'église de St-Étienne, maintenant dans le centre de la ville, était située au milieu d'un marais.
Depuis cette époque jusqu'à la fin du xn* siècle, Florence fut immédiatement soumise à des préfets impériaux, puis à des marquis, à des comtes feudataires de l'empire, comme tout le reste de la Toscane.
Bien que le sujet que nous traitons, l'histoire de la ville de Florence, nous impose la loi d'écarter toutes les questions qui ne se rattachent qu'à l'histoire générale de la Toscane , cependant , pour éclaircir quelques grands événements politiques, pour jeter un jour plus vif sur les motifs des discordes civiles qui éclatèrent dans le xm e siècle à Florence, il est indispensable de faire connaître
le grand événement qui en a été la première et la véritable cause , ainsi que les personnages imposants dont les résolutions religieuses et politiques influèrent avec tant de force et de durée sur la gloire, la prospérité et les malheurs de la Toscane, et en particulier de Florence.
La Toscane demeura soumise aux Romains jusqua FinVasion des barbares vers la fin du v e siècle. Sous le règne des Goths , qui dura à peu près soixante ans , elle fut gouvernée par un préfet de cette nation. Les Lombards, ayant conquis la Toscane sur les Goths en 568 , nommèrent pour la régir des ducs amovibles qui s'éteignirent en 774, avec le royaume de Lombardie. Enfin, Charlemagne , destructeur de cette dernière monarchie , soumit la Toscane à des comtes , à des marquis chargés de garder les différentes marches de la Toscane.
Ce pays fut donc exclusivement gouverné sous l'influence .impériale depuis 847 jusqu'à l'époque où la grande comtesse Mathilde, fille de Boniface et de Béatrice, succéda , en 1076, à sa mère, qui était restée veuve pendant six ans.
On a arrangé une histoire officielle et consacrée de cette étrange princesse : histoire adoptée généralement, quoiqu'elle s'accorde assez peu avec les récits très contradictoires que les faiseurs de chroniques, les poètes et certains historiens graves , tels que Villani, entre autres, ont donnés sur elle. En lisant et en résumant toutes les relations diverses touchant sa naissance , son mariage et sa conduite comme souveraine , il semblerait que sa naissance était à peine légitime , qu'elle avait
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fort peu de goût pour le mariage , qu'elle a traité son époux en femme qui voulait être la maîtresse, et qu'enfin, outre les grandes richesses que ses États lui fournissaient pour lever des troupes , elle s'entendait fort bien à faire laguerre. Mais ce qu'il y a de saillant dans le caractère et la conduite de Mathiide, c'est son attachement inviolable pour l'Église catholique ; c'est la donation de tous ses biens qu'elle fit secrètement, en 1077, à Grégoire VII, ou plutôt a l'Église romaine, que ce pontife représentait; c'est le coulage, la ténacité, avec lesquels elle défendit 1* Eglise jusqu'à la fin de ses jours , en protégeant Urbain II et Pascal II comme elle avait protégé Grégoire.
Enfin, trois ans avant de mourir, elle renouvela l'acte de sa donation. Or, il est à remarquer que cette donation de Mathiide comprenait non seulement toutes les terres patrimoniales qui lui appartenaient en franc-alleu et dont elle pouvait disposer, mais aussi les fiefs qu'elle possédait sous la directe et comme fiefs de suzerain immédiat de la couronne d'Italie.
Les papes ne firent point cette distinction, et^ s'arrogèrent également les uns et les autres, tant en souveraineté qu'en propriété. De leur côté, les empereurs s'opposèrent de tout leur pouvoir à une usurpation si manifestement contraire aux droits de l'empire, et les longs et cruels différends qui en résultèrent eurent une durée de plus de deux siècles. Telle est en effet l'origine véritable des deux factions qui divisèrentplus tard Florence et toutes les villes de là Toscane , sous les noms de Guelfes et de Gibelins.
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La donation secrète que Mathilde fit de ses biens à l'Eglise eut lieu en 1077, dans son château de Canosse, lorsqu'elle y avait assuré une retraite à Grégoire VII , poursuivi alors par l'empereur Henri IV. La charte qui confirme cette donation, passéeégalementàCanosse, porte la date de 1 102, trois ans avant la mort de cette princesse (24 juillet 11 15).
Il est à remarquer que de toutes les villes de la Toscane , Florence est celle qui a témoigné rattachement le plus inviolable à la comtesse Mathilde et à Grégoire VII. Or, cette disposition favorable aux intérêts du Saint-Siège dès les commencements des querelles qui s'élevèrent entre Rome et l'empire, mérite d'autant plus d'être observée, que par la suite la grande majorité des habitants de Florence a toujours été du parti Guelfe , celui qui se rattachait aux intérêts du Saint-Siège pour éviter la domination des empereurs.
Cette donation de la comtesse Mathilde , faite sans doute par elle dans des intentions purement pieuses, eut les conséquences politiques les plus graves. Par cet acte , les droits de l'empire sur la Toscane furent annulés pour les uns et mis en question pour beaucoup d'autres. Les événements historiques en fournissent la preuve. Après la mort de Mathilde, la Toscane cessa pour un temps d'avoir des ducs , parce que la ville de Lucques , à laquelle était attache en propre le titre de comté-duché, commença dès lors à se gouverner par elle-même. Il en fut de même de Pise, qui se rendit aussi indépendante; et c'est de cette époque, c'est-à-dire dès les premières années du xu« siècle,
que commencèrent à se manifester ce besoin de liberté, cet instinct de républicanisme , qui bien- À tôt prirent un si grand développement dans la Toscane et surtout dans la ville de Florence.
Les alternatives de revers et de succès entre les défenseurs du Saint-Siège et les armées impé*riales , contribuèrent singulièrement à exalter les haines et les espérances qu'éprouvaient sans cesse les Toscans. Ilfc prirent dès lors l'habitude d'envisager tous les événements avec passion , et de ce moment ils ne restèrent jamais neutres dans la grande querelle des papes et des empereurs.
Cependant Welphe ou Guelfe d'Est reçut , en 1 i53, de son neveu Frédéric Barberousse , roi des Romains et depuis empereur , l'investiture de la marche de Toscane, en même temps que celle des biens allodiaux de la comtesse Mathiîde et du duché deSpolette. L'an 1 1 95, Philippe , cinquième fils de l'empereur Frédéric I er , succéda à Welphe, et fut nommé marquis de Toscane par Tempe* reur Henri YI son frère. Ce Philippe garda toute sa vie la Toscane et les autres biens de la succession de Mathilde ; mais après la mort de l'empereur Henri YI son frère, il n'y conserva qu'une autorité qui alla toujours en déclinant. En effet, le pape Innocent III redoubla d'efforts en ce moment , pour faire rentrer le Saint-Siège en possession des biens de Mathilde, et après en avoir recouvré une bonne partie parla force des armes, il fit , pour devenir maître de toute la Toscane, une ligue avec Pistoia, Lucques et Florence. Pise seule demeura fidèle à l'empereur, et, bien que se gouvernant elle-même , elle ne voulut pas se
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lier aux intérêts du Saint-Siège. Les historiens les plus éclairés, à l'opinion desquels nous nous rangerons , signalent cette scission entre les principales villes de la Toscane comme la véritable origine des deux factions des Guelfes et des Gibelins en Italie. Ceux qui s'attachaient aux papes, pour conserver leur liberté et n'être plus vexés par les officiers de l'empire, s'appelaient les Guelphes ou JFelphes; ceux, au contraire, qui étaient du parti de l'empereur, se nommaient Gibelins ou Ghibelins. Dans cette dernière faction on voyait figurer principalement les marquis, les comtes, les châtelains, et les autres nobles qui jouissaient des fiefs de l'empire , cherchant ainsi à former un corps pour se maintenir contre les villes libres qui s'efforçaient de les assujétir. •
Cependant plusieurs de ces villes libres , mais que l'empereur traitait favorablement, comme Pise par exemple , entrèrent aussi dans la faction gibeline , par le besoin qu'elles avaient de la protection des empereurs pour n'être pas ruinées par d'autres villes voisines, pluspuissantes ou plus aguerries qu'elles; ce qui fut précisément le cas de Pise à l'égard de Florence.
Mais l'animosité entre ces deux factions fut singulièrement augmentée, vers l'an 1200 , parla rivalité de Philippe de Souabe et d'OttonlV , tous deux compétiteurs pourrempire. Le premier, descendant de l'ancienne maison de Ghibling, avait contre lui le pape qui favorisait Otton, issu de la maison des Welphes (ou Guelfes). De là vient que Guelfe et partisan du pape signifia la même chose
dans la suite, comme Gibelins fut le nom des partisans de l'empereur.
L'histoire des factions guelfe et gibeline est si étroitement liée à celle de l'accroissement de la Tille de Florence et aux vicissitudes de son gouvernement républicain , que l'on a jugé indispensable d'en faire connaître nettement l'origine, les causes et leurs premiers développements. On s'est efforcé surtout de mettre d'avance le lecteur au courant de la. position respective de ces deux partis , ainsi que du sens véritable qu'il faut attacher aux dénominations qu'ils ont prises. Pour faire de ces matières tant soit peu confuses une exposition plus claire et n'y plus revenir, on a cru devoir anticiper d'un demi- siècle, en traçant sommairement l'histoire de ces deux factions.