PREFACE. XXV
de suite que l'avisé docteur se gardait bien de s'appliquer à lui-même la méthode qu'il enseignait, car, à soixante-seize ans qu'il comptait alors, il était robuste et dispos comme un homme de trente. Ses cheveux abondants grisonnaient à peine. Il avait le pied leste, les dents intactes, l'œil vif. Sa verve joviale s'exerçait sans merci aux dépens de la jeunesse qui venait, me disait-il, alourdie, hébétée par les labeurs de la digestion et par les soucis de l'oisiveté, lui demander, à lui que le travail et la sobriété tenaient en joie, le secret de vivre.
Debout dès cinq heures du matin, ne restant à table que juste le temps d'une réfection frugale, ne digérant jamais (c'est ainsi qu'il s'exprimait, et il insistait sur ce point ) ; le docteur Riberi ne pouvait souffrir l'idée du repos. Une heure de causerie sous les portiques suffisait à sa récréation. Il me contait comment, une seule fois en trente ans, après une maladie, la fantaisie l'avait pris d'aller respirer l'air des champs à sa maison de campagne sur les bords de la Dora, et comment, ni lui ni son cocher n'en ayant su trouver le chemin, il était rentré en ville un peu confus mais fort égayé, se promettant bien de ne plus jamais renouveler une aussi malheureuse tentative. En sa qualité de Piémontais, le docteur Riberi était Irès-attaché aux personnes royales. Mais le peuple pen-