‹ Florence et TurinChapitre 15 sur 30 · XXVI PREFACE · texte numérisé non relu

XXVI PREFACE

sait que sa façon de les aimer n'était pas la bonne et l'accusait d'avoir, par excès de zèle, hâlé la fin des deux reines. De tels effets, si tristes qu'ils fussent à son cœur, n'étaient pas néanmoins pour troubler ses esprits. Il saignait vaillamment, il saignait encore, et toujours. Rien ne le divertissait davantage que d'observer, dans les tempéraments divers qu'il soumettait à cette expérience unique, les particularités de la circulation. « Les artères ont leur coquetterie, avait-il coutume de dire; très-rarement elles donnent ce qu'elles promettent. » Un matin que je le complimentais sur sa bonne mine : « Je viens de saigner une femme de cent quatre ans, me dit-il ; elle arrive de Saint-Jacques de Composlelle où elle s'est traînée sur des béquilles en mendiant son pain. Ce que celte vieille avait encore de sang n'est pas croyable ! » reprit-il du ton le plus comique.

On se figure que je n'étais pas sans crainte au sujet de sa sollicitude pour ce qu'il appelait ma vitalité excessive. La lenteur et la régularité de mon pouls le déconcertaient bien un peu, il en convenait; mais je lisais dans ses yeux qu'il cherchait à me ramener, par l'exception, sous sa règle infaillible. Il comptait sur le trouble qu'allait me causer la représentation de J<?rt/îMe d'Arc. En cela, il ne se trompait qu'à demi. Déjà les affiches énormes où je lisais en passant cette sentence irrévocable : Luuedi il corr. il draimna fitorico in

Page 1