‹ Florence et TurinChapitre 16 sur 30 · PRÉFACE. XXVI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXVI

5 atti (U madama conlessa d' Agonit ( Daniele Stern ) IradoUo liberamente daïï artista Ernesto Rossi, » me niellaient à une terrible épreuve. La sincérité piémontaise, qui ne comprend pas la réserve du pseudonyme et n'attend pas le succès pour nommer l'auteur de la pièce, étonnait mon audace. Sans le respect humain, j'aurais fait déchirer, disparaître ces affiches provocantes.

Cependant les répétitions marchaient bien. De tous côtés me venait l'assurance que la cour et la ville, que le populaire même, étaient favorablement disposés pour l'auteur. Je ne sais quel journal avait dit que Jeanne d'Arc était le Garibaldi de ht France. Ce mot, qui fit fortune, prépara la fortune de la pièce. Par une bienveillante infidélité, le traducteur avait mis partout : « l'ennemi, il nemico, » pour l'Anglais; « la patria, la patrie, » pour la France. Je crois que si je n'avais été là, il aurait mis volontiers l'Autrichien au lieu de l'ennemi, afin de faciliter l'allusion.

II ne négligeait pas non plus les moyens plus sérieux de succès. Ernesto Rossi exerçait sur les acteurs et sur le public une influence méritée. Elève de Modena, que j'ai entendu comparer à Talma, il avait développé rapidement, sous un tel maître, des dons très-rares, et conçu de son art l'idée la plus haute. Continuer l'œuvre commencée par Modena, relever le tliéâtre

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national et l'honneur de sa profession, c'était le but où tendaient tous ses efforts. Il osait jouer Shakspeare devant un parterre accoutumé aux vers pompeux d'Altieri et à la manière académique. Il obtenait des directeurs besoigneux, entre les mains desquels le théâtre italien abandonné à l'industrie privée est tombé dans un état misérable, quelque bienséance dans la mise en scène ; il persuadait les acteurs de chercher un peu de vérité dans les costumes. On célébrait sous ce rapport la compagnie Dondini. Je pus voir néanmoins que le zèle y était plus louable que le sens historique, quand, à la première répétition de Jeanne d'Arc^ le directeur vint m'annoncer avec une sorte d'enthousiasme que nous aurions pour la cathédrale de Reims un beau temple tout neuf, avec son fronton et toutes ses colonnes.

En ce qui le concernait, Rossi apportait aux moindres détails une attention scrupuleuse. Il composait ses rôles, il graduait ses effets. Dans l'intérêt de l'ensemble, lui qui avait créé les rôles d'Hamlet, de Macbeth et du roi Lear, il ne dédaignait pas de jouer des rôles secondaires. C'est ce qu'il fit dans Jeanne d'Arc. Par la perfection qu'il sut donner au rôle du Frère Êlie, il rehaussa d'autant tous les autres, forçant ainsi les comédiens et le public à une attention tout à fait inaccoutumée.

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