‹ Florence et TurinChapitre 23 sur 30 · tctoll'O · texte numérisé non relu

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Vous ne sauriez croire avec quel plaisir j'ai retrouvé, dans la galerie de Florence, les maîtres flamands et hollandais. Je ne sais pourquoi l'image de la plantureuse Hollande me revient très-souvent à l'esprit dans les campagnes toscanes. En gravissant ces collines [lioireuses, par des chemins poudreux que bordent, des deux côtés, les murs des villas florentines où se réverbère une lumière écrasante, ilm'arrive de songer aux horizons ouverts, aux prairies, aux frais jardins bordés de canaux, entre lesquels glissait, sous de beaux ombrages, notre bjr(iue silencieuse. Les moulins de Ruysdael, Itjs troupeau.x de Beighem et de Paul l'otter, les voiles, les mâts mêlés à la

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cime des arbres et aux clochers des églises dans les paysages des Breughel, des Poelembourg, des Ciiyp, passent devant mes yeux. Je sens que rien ne se repousse, querien ne s'exclut, pas plus dans les œuvres de la nature que dans les œuvres de l'art véritable; que la souple organisalion de l'homme est faite pour (ont roniprondre, mais aussi pour ne se laisser posséder par rien ici-bas.

Pour en reveniraux maîtres flamands, vous saurez qu'il y a dans la galerie des Iffni^ avec les beaux portraits, faits par eux-mêmes, de P>embrandt, de Rubens, de Quentin .^letsis, etc., deux têtes de Hemmeling — peut-être, ditesvous Mennneling; en Italie l'on écrit llemmelinck : — un portrait d'homme, les mains jointes devant un livre ouvert, et un saint Benoît qui sont entre les plus belles œuvres de ce grand artiste ; que Rubens a dans la galerie des Pitti — salon de Vénus — deux vastes toiles désignées dans le guide de Fanlozzi sous ce titre : Paese singolare, paysage singulier, dont l'invention m'a paru très-remarquable. Ces deux paysages, exécutés avec beaucoup de largeur, appartiennent par le style à un genre qu'il serait difficile de classer, car il tient le milieu entre le paysage historique proprement dit, qui peut paraître quelquefois trop composé, et le paysage appelé naturaliste qui bien souvent ne l'est pas du tout. Dans celui qui représente la rencontre d'LUysse et de Nausicaa, la princesse, debout, vêtue d'une robe couleur de pourpre, ramène son voile sur son visage, d'une façon quelque peu Ihéâti'ale; de charmants groupes de nymphes fuyant ou se cachant à la vue d'Ulysse, les coursiers dételés qui paissent lran(|uillement auprès du char, les lointains nnmenses donnent à celte composition

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quelque chose de grand, de libre et d'aimable à la fois qui déclare le niaitre. Ce qui le montre dans tout l'éclat de son génie, c'est le tableau— salle de Mars — où il s'est représenté lui-même, avec son jeune frère, dans l'illustre compagnie de Grotius et de Juste Lipse. Les deux savants personnages sont assis à une table couverte d'un riche tapis, sur laquelle on voit de gros livres ouverts — le Mare liberiim, le De admirandis peut-être, — des plumes, une écritoire, tout l'appareil de l'érudition; taudis que dans le fond de la pièce, un buste de Senèque en marbre blanc, un petit vase en cristal où baignent les tiges de belles tulipes fraichemenl cueillies, et, par une échappée que donne une épaisse tapisserie relevée de côté, le paysage entrevu, répandent sur la scène un peu grave, tout l'agrément souhaitable pour l'œil et pour la pensée. Nous sommes transportés là en pleine Hollande : dans cette Hollande municipale, oligarchique, opulente et libre, avide de richesses intellectuelles autant que de richesses commerciales, telle que la république des Guillaume et des Barneveldt l'avait faite. Nous respirons .. l'atmosphère bienfaisante de cette glorieuse université de Leyde qui fut Le prix de l'héroïsme civique et qui fit mûrir le fruit de la science à l'arbre de la liberté.

Quand vous aurez salué Rubens à la galerie des Pitti, vous irez de grand cœur porter votre hommage à sa mère, à cette sage et forte Marie Peepeling, que Yan Dyck nous représente — saUe des Niobides — déjà avancée en âge, mais robuste encore ; la tête droite dans sa vaste fraise hollandaise, le front tout chargé d'expérience; sans amertume pourtant, bonne, telle qu'elle le fut toujours humiUant sons son pardon , généreux Taltière Anne de Saxe; arrachant

à un châtiment rigoureux son ingrat époux, le ramenant, lui pardonnant : heureux pardon auquel la patrie et l'art doivent cet enfant de génie qui se nommera un Jour Pierre- Paul Rubens!

Ne manquez pas d'aller à la galerie des Pitti, les jours où les petites salles sont ouvertes, pour y voir un portrait de Cromwell, par Peter Lely, le plus authentique et le plus vrai, selon toute apparence, que l'on possède de ce grand homme.

Regardez — StanrM dei Putti — la Forât des philosophes par Salvator Rosa ; et surtout — Stama deW ediicaùone di Giove — un charmant tableau de Paris Rordone qui représente la Sibylle annonçant à Aiujiiste le mystère de Vincarnation. Les deux têtes principales de cette composition sont d'une beauté Irés-fine, et je ne connais rien de plus gracieux que le mouvement qui les met en relation Tune avec l'autre. N'oubliez pas — Stan-rM di Prometeo— le portrait, par RotticeUi, de la bella Simoneta, Vinnamorata de Julien de Médicis, que chanta Politien, et dont Laurent le Magnifique raconte en ces termes la mort et les funérailles : « Une jeune dame, douée de grandes qualités personnelles et d'une extrême beauté, mourut à Florence ; comme eUe avait été l'objet de l'amour et de l'admiration générale elle fut universellement legrettée; et cela n'était pas étonnant, puisque, indépendamment de sa beauté, ses manières étaient si engageantes, que chacun de ceux qui avaient eu occasion de la connaître, se flattait d'avoir la première place dans son affection. Sa mort causa la plus vive douleur à ses adorateurs; et comme on la portait au tombeau, le visage découvert, ceux qui l'avaient connue pendant sa vie s'empressaient

crattaclier leurs derniers regards sur l'objet de leur adora lion, et accompagnaient ses funérailles de leurs larmes. »

Vous aurez plaisir aussi à voir, dans une composition attribuée à Andréa del Sarto et qui doit être d un de ses élèves, le beau visage de Lucrezia del fede. Pendant que son timide époux, une main posée sur son épaule et tenant dt l'autre une lettre ouverte, semble lui représenter, avec un tendre accent de reproche, le devoir auquel il a manqué pour elle, l'honneur qui le rappelle en France, la colère du roi, etc., elle n'exprime d'autre sentiment que celui d'un insurmontable ennui et d'une impatience qui se contient avec peine. Ces deux figures, rendues avec une délicatt sse de pinceau et une finesse rares, sont la révélation de toute une vie de troubles et de tristesse.

Afin de rétablir un peu dans votre esprit la bonne opinion qu'il convient d'avoir des personnes de notre sexe, allez à la recherche des portraits de femme qui figurent avec honneur parmi les maîtres de la galerie des l'ffizi. Vous y verrez cette charmante madame Vigée-Lebrun, qui s'est peinte elle-même et qui a si bien exprimé, de sa touche fine et vive, ces grâces un peu apprises, celte sensibilité frivole ou plutôt cette frivolité sensible qui la fit si semblable et si chère à son pays et à son siècle. Non loin d'elle, plus grave et aussi belle, Lavinia Fontana; puis la Rosalba: Marietta Robusti ou la Tintorella, Lucrezia Piccolomini, Sofonisba Angussola-, l'amie de Gœthe : Angelica Kaufmann, et vous direz avec Vasari, parlant de Madona Proper-Aa dé Bossi scidtrice boJognese : « E vera cosa che in tntte quelle virtù ed in tutti quelli eserciù, né quali, in qufilimque tempo, hnnno voluto le donne inlramettersi cou

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(jwilvlte studio, elle siano sempre riuscite eccelletissime et pih die [(tmose. C'est chose véritable que dans tous les temps, on toutes les choses dont les femmes ont voulu s'occuper avec quelque application, elles ont toujours atteint un haut degré d'excellence et de gloire. »

Puisque nous en sommes venus à parler du génie féminin dans les arts, il faut que je vous confesse, avant de quittei la galerie des Uflizi, mon goût très-vif pour un tableau qui se rapporte à ce sujet délicat. Il est peu célèbre, et de la main d'un de ces artistes presque innombrables de la Renaissance florentine qui, ailleurs, eussent été honorés du nom de maîtres, mais qui, sur cette terre féconde de la Toscane où se pressent les hommes illustres, restent confondus dans la foule : je veux parler d'une Madone de Bolicelli, écrivant le Magiiificat.

Vêtue avec une somptuosité inaccoutumée, enveloppée d'un vaste manteau chargé de broderies, la tête ceinte d'une écharpe qui vient s'enrouler autour du cou avec beaucoup de grâce, Marie, assise et vue de trois quarts, tient la plume avec laquelle elle écrit le divin cantique. Deux anges supportent au-dessus de sa tête une couronne d'or. A droite, est un groupe de jeunes anges dont l'un lui présente l'encrier et soutient le livre où elle écrit. L'enfant Jésus est assis sur les genoux de sa mère et la regarde. L'un de ses bras s'appuie sur le bras droit de la Vierge dont il gène le mouvement, indifférent qu'il est, comme tous les enfants, au travail de l'esprit, irrespectueux envers le chef-d'œuvre du génie maternel. L'autre main de Jésus repose sur une grenade ouverte que tient la Vierge de la main gauche. Toute cette scène, à laquelle préside le Saint-

Esprit, qui, sous la forme de colombe rayonnaute, illumine et inspire le front de la Servante du Seigneur, est d'une originalité charmante. Rien de plus gracieux que l'agencement de ces trois mains délicates — la main de la Vierge tenant la plume, la main de l'ange qui supporte l'encrier, la main de l'enfant posée sur le bras de sa mère — qui se rencontrent dans des mouvements différents. Les quatre figures d'anges aux belles chevelures d'or qui forment le groupe de droite ont entre elles un air de famille, avec iHie individualité propre, qui me les fait consdérer connue (les portraits. Ce qui distingue principalement d'ailleurs cette composition heureuse, c'est l'union, difficile dans un tel sujet, de la réalité et de l'idéal. Ce tableau mériterait d'être plus connu; il devrait être plus en honneur, surtout parmi les femmes. L'auteur du Magnificat, la Madona délia Penna, connue on la pourrait nommer, cette grande affligée que « toutes les générations proclament bienh(Mireuse, » n'esl-elle pas la patronne des fennncs poêles? Son image ne devrait-elle pas orner la demeure de toutes celles qui, dans la peine ou dans la joie, dans l'exaltation ou la détresse du cœur, ont écrit, ont chanté, ont aimé on cultivé les lettres?

2 oclobre.

Ce matin, je suis allée voir le portrait de Savonarole par fra Bartolomeo. M. Ermolao Rubieri, qui possède ce por-

trait, en fait les honneurs aux étrangers avec courtoisie, et m'a donné d'intéressantes explications au sujet de cette œuvre renommée. Longtemps à Ferrare, dans la famille de Savonarole, à qui l'on présume que fra Bartolomeo en fit présent; retourné à Florence entre les mains de Filippo d'Averardo, l'un des plus fervents disciples du grand réformateur et l'ami de sainte Catherine dei Fiicci, à laquelle il donna Fimaiic vénérée pour en orner son oratoire; disparu après la sécularisation des couvents, en 1810, sans qu'on ait pu suivre sa trace, ce portrait parut un jour à la foire de Prato, dans une boutique d'ustensiles de ménage, et fut emporté, en quelque sorte par-dessus le marché, avec une certaine quantité de ces ustensiles, par un brave curé du val de Besenzio. Ne croyant pas plus de valeur à celte vieille peinture que le marchand n'y avait mis de jirix, il la laissa dans un coin, où elle demeura plusieurs années, ensevelie sous la poussière, jusqu'à ce que un heureux hasard la fit apercevoir par un habitant de Prato, qui en reconnut le mérite, l'acheta et le transmit par héritage à son fils, le possesseur actuel. Ce portrait, peint sur bois, est dans un état de conservation parfaite ; il n'a eu à subir aucune restauration. Il porte une inscription qui, longtemps cachée sous une couche de peinture — probablement dans le temps que le clergé romain poursuivait de toutes ses fureurs la mémoire de celui qu'il avait fait martyr — fut remise en lumière parle procédé du professeur Marini, auquel on doit, comme vous savez, la découverte des fresques de Giotto dans la chapelle du Podcstà et dans celle des Peruzzi à Florence. On y lit en caractères romains : Hieroniimi ferrariensis à Dm missi prophetx effigia; ce qui

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confirme l'opinion de Vasiiri qun co poitrail a ôtt' peint d'après nature, peu de temps après la ce èbre fonction de Vanathème, avant la captivilé du frère; tandis que la cornaline du cabinet des Uffîxi, qui porte pour inscription: Hinonymus, ferrariensiis, online ]iredicatormn, propiteta et virgo martyr, n'a été gravée par Giovanni délie Corniole qu'après le supplice.

La tête du prophète se détache vigoureusement, en relief, non sans quelque dureté, sur un fond uni, d'un hrim noir, dans lequel disparaissent presque entièrement l'habit et le capuchon de saint Dominique. La ressemblance avec l'original, rendue non douteuse aux yeux de quiconque est capable d'apprécier une œuvre de ce genre, par l'étude approfondie du modelé, par la simplicité savante de la ligne et de la couleur, est confiimée encore par les ouvrages contemporains qui pailcnt de la physionomie et des traits du prédicateur de San Marco. Ces yeux ardents, ce nez fortement aquilin, cette lèvre épaisse, éloquente, ce front fuyant, ces joues creuses, ces tempes, ce menton, ces mâchoires sèches et saillantes, tout cet ensemble d'une laideur rendue puissante et sympathique par la passion et par la bonté; ce visage où la vulgarité se mêle à la grandeur, l'inintelligence au génie, nous révèle le sectaire, le tribun qui remua l'État et l'Église, dompta les grands, exalta le peuple, réforma la république au gré de sa parole inspirée et calculée tout ensemble et selon l'idéal borné d'une politique de moine. On s'est longtemps disputé, on se dispute encore Savonarole dans les camps les plus opposés. Les catholiques s'en font honneur; on l'a rangé parmi les précurseurs du pi'otestantisme ; la démocratie le réclame. A-t-il

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élé, comme le disent les uns, un ennemi des arts el de la liln'e pensée? un démagogue, un hérétique, un iconoclaste, un barbare? pis que cela, un imposteur possédé du démon d'orgueil ? ou bien devons-nous honorer en lui un apôtre, un martyr de la liberté, un saint de la démocratie?

Le doute, qui longtemps a plané sur la mémoire d'un homme aussi illustre, tient précisément à cette complexité (!e nature que je signalais tout à l'heure dans ses traits, et dont je trouve la preuve manifeste dans trois ouvrages d'une excellente érudition : l'Histoire de Snvonarole, par M. Perrens ; la Storia politica dei miinicipi italiani, par M. Giudici, et le livre du Padre Marchese : Memorie dei piu insiijni pittori, scidtori, e arcliitetti dominicani. En étudiant de prés les documents contemporains sur lesquels s'appuient ces trois ouvrages, on le voit à n'en pas douter, Savonarole fut un croyant sincère, un catholique orthodoxe, un religieux rigide, un chrétien, et c'est là sa plus pure gloire, tout pénétré d'amour pour l'humanité souffrante, un citoyen dévoué au salut de la patrie. Il voulut réformer à la fois la société, l'État, l'Église. Dans l'accomplissement d'un si vaste dessein, auquel il consacra toutes les forces de son corps et de son esprit et finit par immoler sa vie, s'il manqua trop souvent de simplicité, s'il entra dans le rôle de prophète plus avant que ne l'y autorisait sa conscience intime, s'il poursuivit trop Veffct, s'il l'obtint par des artifices condanuiables, il faut s'en prendre à / sa naturelle inclination sans doute, mais aussi à l'action qu'exerça sur lui un auditoire crédule, un peuple enthousiaste qu'il exalfa d"abord, mais par lequel il fut entraîné à son tour hors des voies de la raison, dans le monde des

\isioiis et des prophéties. La grande erreur politique de Savonarole fut de vouloir donner pour base au gouvernement l'austérité, je dirais presque l'ascétisme de la vie chrétienne. Il croyait, bien avant Montesquieu, que la vertu est le principe des républiques. 11 ne savait pas que c'est présomption et folie d'aspirer à fonder l'institution politique sur la vertu, effort sublime qui ne saurait être l'état permanent et général des âmes. Il n'aurait pas voulu croire qu'un législateur ne doit faire appel qu'à la raison publique, sur laquelle seule, encore est-ce beaucoup prétendre, il peut compter d'une manière un peu durable. Savonarole ne visait pas, comme on l'a dit, à fonder dans Florence un gouvernement populaire ; il n'aimait pas l'égalité, qui lui paraissait la confusion, et vantait, connne un modèle, le gouvernement vénitien. Ei'a il mio anima di stabiliiio {il governo) al modo veniùano, dit-il dans ses lettres. Inspiré par la Bible, il tenta d'instituer une démocratie de droit divin, une république du peuple de Dieu, ayant un roi dans le ciel, des prophètes et des juges sur la terre. L'entreprise était hardie, au milieu d'un peuple aussi mobile, aussi rationaliste que le peuple florentin, en présence d'une famille aussi puissante que les Médicis. Ce qui en fait, à mon sens, la grandeur principale, c'est qu elle reposait sur l'idée morale, tout à fait nouvelle en ce temps — elle n'a pas beaucoup mûri depuis, bien qu'elle ait été reprise et développée par les publicistes de la Révolution française — que gouverner un peuple c'est Yélever. Par certains côtés, cette tentative rappelait, il est vrai, le soulèvement des Cinmpi qui, eux aussi, s'étaient intitulés : Il popolo d'hhlin, le peuple de Dieu ; mais il ne faut

pas s'y tromper, le peu[)Ie qui aurait triomphé avec Savoiiarole, ce n'était pas la plèbe, c'était l'oligarchie bourgeoise des artisans de la laine, de la soie, de l'orfèvrerie, de la boucherie, / popolani grandi, qui n'auraient pas plus souffert l'immixtion impertinente du petit peuple, popolo minuta dans les affaires politiques, qu'ils n'y avaient voulu souffrir jadis l'insolence de la noblesse féodale.

Savonarole ne mérite pas davantage, quoiqu'il y ait donné plus de prise, le reproche qu'on lui adresse d'avoii' haï les arts et les lettres. 11 connaissait trop bien la puissance de l'imagination chez le peuple florentin pour e.\clure les arts de sa république. La réforme qu'il apporta dans l'art oratoire montre qu'il avait le goiàt, sinon trèspur, du moins beaucoup meilleur que ses devanciers dans la chaire. La fondation, au couvent de San Marco, d'une école pour les langues orientales où il voulut admettre tous les citoyens; la culture des arts du dessin qu'il recommanda dans les monastères de femmes de son ordre ; la grande amitié que lui portèrent des érudits tels que Pic de la Mirandole et Politien, des artistes tels que fra Bartolomeo, le Cronaca, Lioticeili, les frères délia Robbia, Giovanni délie Corniole, Lorenzo di Credi, Baccio diMontelupo, etc., et des femmes d'un esprit cultivé, telles que Camilla Uuccellai, Bartolomea Gianfighazzi, etc., le défendent contre cette injustice de l'opinion.

Savonarole comprenait et aimait les arts; seulement, avec la primitive Église, il les voulait exclusivement, directement consacrés à la gloire de Dieu et à l'éditlcalion des âmes, telle qu'on la pouvait entendre au cloître. Il considérait connue. contraire à cette édilication les o-uvres de l'anli-

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quité payenne et tout ce qui dans les ouvrages des temps modernes ne relevait que de la raison ou de la beauté naturelle; il voulait l'art chrétien, monacal; il l'aurait voulu piagnone et n'y tolérait pas plus de liberté qu'il n'entendait en admettre dans l'État, quand il faisait élire pour Roi de sa république, le fds de Dieu, Jésus-Christ, souverain et juge ici-bas des actes, des pensées et des sentiments de tous ses sujets. La foi chrétienne réglant la politique, les lettres et les arts, tel était l'idéal de Savonarole. Et c'est en l'honneur de cet idéal que, après avoir fait impitoyablement consumer à diverses reprises, au son des cloches et des trompettes, par les flammes de VAnathème, les manuscrits de Pétrarque, de Boccace et du divin Platon, avec les plus précieux ouvrages de l'art antique et les portraits des plus belles femmes de son temps, il monta lui-même sur le bûcher, et rendit- manifeste, [)ar le calme de sa fin tragique, la sincérité primitive de son esprit qu'avaient passagèrement altérée, dans ses fortunes diverses, les agitations de la lutte et les enivrements du triomphe.

3 octoljie.

H faut que je vous conte aujourd'hui noti'e excursion au mont Senario. C'était le 20 septembre, le jour où l'on célébra au couvent des Servi di Maria, la fêle de la Madone dei dobri, tenue en très-grande, mais en très-allègre véné-

ration, malgré son attribut, par les habitants des campagnes voisines.

iNous franchissons rapidement, bien que par une route toujours ascendante, la distance qui sépare la ville profane de cette sainte retraite consacrée à la vie contemplative. Le mont Senario n'est pas à plus de sept milles de Florence. Les Florentins ne fuyaient jamais bien loin les dangers et les délices de leur ville natale; il suffit à Boccace de quatre milles pour se croire à l'abri de ïa 'mo)iif'era pestilenzu; les sept BienheuirAix de Flonnice, c'est le nom que l'on donne aux fondateurs de l'ordre des Servi di Maria, n'en mettent pas plus de neuf entre eux et la contagion du siècle. Il était difficile, disons-le à leur honneur, .d'apporter dans le choix d'un site un plus heureux discernement de lu beauté pittoresque avec un mstinct plus profond de ces harmonies de la nature qui exercent sur l'âme de l'homme, et comme à son insu, une influence si pénétrante. Le mont Senario domine tout ce premier versant de l'Apennin qui ceint le val d'Ârno. De l'étroit plateau sur lequel est bâti le monastère, l'œil embrasse une vaste étendue de collines dont les formes ondulées s'élèvent, s'abaissent, se déroulent, se replient, s'éloignent, reviennent, fuient de nouveau, se perdent enfin et semblent s'évanouir comme les flots de la mer au sein d'une immensité sans limites. L'herbe courte et glauque qui recouvre ces cimes apennines, les ombres larges et transparentes que projettent leurs flancs ai rendis ajoutent encore à l'effet singulier qu'elles produisent. Vers le son*, quand la lumiéie commence à descendre indécise et qu'un voile de brumes crépusculaires nott(> sur la ( ampagnO; l'illusion devient complète; on croi-

rait voir les vagues de la Méditerranée suspendues tout à coup dans leur^ cours par quelque enchantement. L'œil épie, il attend en quelque sorte l'instant où, déliées de la formule magique, elles vont reprendre leur mouvement éternel.

Laissant notre voiture à l'entrée d'un massif de verdure qui cache le couvent, nous gravissons à pied le versant abrupte, entre les pins sylvestres dont les troncs vieux ou jeunes, robustes ou frêles, mais tous hauts, droits, élancés, plantés symétriquement rappellent les colonnes et les colonnettes de nos nefs gothiques. La couche épaisse d'aiguilles desséchées sur laquelle nous marchons éteint le bruit de nos pas. Pas un souffle, pas un bruit ne pénètre sous cet imposant ombrage au-dessus duquel, dans la fraîcheur et le silence qui nous enveloppent, nous sentons des clartés ardentes, liientôt la zone des pins est traversée, le son des cloches retentit. Des rochers épars, des tapis de mousse semés de cyclamens, des buissons de groseillers, de framboisiers, les stations d'une via criicis nous annoncent l'approche du couvent. Un escalier taillé dans le roc nous conduit à une pelouse sur laquelle, autour des statues de saint Philippe et du Bienheureux Buonfigho qui semblent prendre part à la fête, entre des haies parfumées de myrtes et de lauriers, des groupes de jeunes contadines, le chapeau flottant sur la tête, l'éventail à la main, circulent gaiement, achetant à de petits étalages recouverts d'une toile blanche qui reluit au soleil des fruits savoureux, des gâteaux, des dragées, et riant aux doux propos des galants contadini, pendant que les vieux et les vieilles vont prier les reliques et jeter d'une main tremblante leurs quattrini de cuivre

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dans la sébile d'argent des Servi di Maria. J'entre à la chapelle; elle est décorée richement, à peu près à la façon dont nos tapissiers de province entendraient la décoration d'une salle de concert public. Des lustres en verres, des draperies en cotonnade rouge et jaune, des bouquets de fleurs en papier dans des vases en porcelaine, rangés autour d'une figure en plâtre peint de la Madona dei dolori, voilà la principale ornementation de ce temple de Marie. J'ai vu des choses aussi laides, sans doute, jamais aucune qui m'ait choqué davantage. Tout en moi s'est révolté à l'aspect de ce prétendu sanctuaire; un sentiment tout opposé à l'émotion que j'avais éprouvée dans l'éghse du Simplon m'en a fait sortir au plus vile. Autant j'avais béni, dans les neiges alpestres, la religion qui venait apporter l'espoir d'une vie meilleure à des hommes courbés vers une terre aride, esclaves d'une nature sans amour; autant, au sein de ces belles campagnes apennines, j'ai peu compris l'ascendant des moines attardés sur une population délicate et sensible. Au Simplon, il était manifeste que l'idéal offert par le sacerdoce à de pauvres créatures privées de toutes joies était véritablement supérieur à leur condition mentale; au mont Senario, au contraire, je voyais les pratiques vulgaires d'un culte idolàtrique imposées à la noble imagination de ce peuple toscan qui connaît et qui sait honorer d-es noms tels que ceux de Dante, de Galilée^ de Michel-Ange. Je m'indignais, comme d'un crime de lèse-humanité, de cette méconnaissance de la loi du progrès qui retenait dans Vabêtissement d'une dévotion grossière le génie de l'un des .premiers peuples du monde. Comment, me disais-je, au lieu des reliques douteuses, des

miracles apocryphes et ridicules de quelques saints problématiques, ne donne-t-on pas à ces esprits simples et droits la connaissance des beautés naturelles qui révèlent la vérité divine? Pourquoi ne pas leur enseigner les lois permanentes qui président aux phénomènes variables de la vie, si belle, si aimable dans ces contrées'.' Que ne leur appi-end-on à chercher Dieu dans le firmament, à nommer les végétaux et les animaux; à connaître les formations du sol, sa nature et les propriétés des plantes qu'ils cultivent? Pourquoi les laisse-t-on ignorer leur propre histoire? Qu'a-t-il donc fait, ce peuple charmant, pour qu'on endorme ainsi sa raison, pour qu'on s'applique à tarir dans son âme ^les sources vives de l'enthousiasme, du patriotisme, de la religion vérilable? Ilélas! « Was hat man dir du armes Kind gethan?... »

4 octobre.

Je ne parviens pas à délivrer mon esprit des réflexions mélancoliques que j'ai rapportées du mont Senario. Cette interrogation me poursuit : Comment l'histoire de la république florentine a-t-elle eu la fin que nous voyons? Comment cette forte race toscane, sans aucune cause violente de perturbation, sans aucun changement appréciable dans les influences de sol et de climal, sous l'empire de la même rehgion, dans l'enceinte des mêmes limites, avec un idiome resté pur et des œuvres d'art restées debout pour maintenir

son droit à la grandeur et à la beauté, est-elle tombée en dégénérescence, est-elle arrivée à cet état de faiblesse et d'inertie qu'elle déplore elle-même en de si touchants accents? Par quelle triste métamorphose le peuple florentin, ces fiers artisans, ces tumultueux Ciompi, ce popolo grosso e minuto, à qui Savonarole rendait ce témoignage : qu'il était « plein de sagacité, de courage et d'audace, énergique et terrible dans les guerres civiles ou extérieures, ne cédant jamais dans ses luttes contre les tyrans, )i n'a-l-il plus aujourd'hui ni poésie, ni art, ni gouvernement national? Gomment, en gariiant son intelligence, a-t-il perdu son caractère ou du moins n'en a-t-il retenu que la grâce, en en quittant la vertu?

Il faut remonter haut pour découvrir la cause cachée du mal. C'est aux jours les plus brillants, peut-être, de l'histoire de Florence, qu'on en peut signaler les premiers symptômes, quand le génie du Père de la patrie sut rendre aimable et fil pai'aîlre bienfaisant l'ascendant exclusif des nobles marchands de la maison de Médicis. A celte époque, la liberté, respectée encore en apparence, reçut une première atteinte et l'on vit commencer le travail de décomposition qui mina insensiblement la constitution de 1 Etat. Habile, prudent, éclairé, le despotisme des Médicis, ce despotisme bourgeois qui donne « le pain à la plèbe et le licou à la noblesse )) — pane alla plèbe, capestro ai nobili, — s'insinua dans les mœurs avant de paraître dans les lois. Trompant la conscience en séduisant l'imagination populaire, il substitua peu à peu à la pratique virile de la vie politique, à laquelle l'institution républicaine avait formé la nation, le goût des représentations vaines, du cérémonial

78 FLOREKCE ET TURIN.

fastueux et des pompes d'une cour. Le clergé papiste qui avait repoussé l'inspiration de Savonarole seconda ce mouvement, La noble émulation de talent et d'héroïsme qu'éveillait l'opinion publique parmi les citoyens fit place à cette jalousie stérile et basse des courtisans qui partout se disputent la faveur des princes. Quand arriva la maison de Lorraine, le travail était si bien accompli qu'il lui restait peu de choses à détruire. La fierté nationale était presque effacée. Désormais, ni les efforts d'un prince philosophe, ni la fièvre des révolutions, ne parviennent à réveiller, pour plus de quelques heures, dans l'âme populaire, l'antique instinct des libertés toscanes.

Le grand malheur de ce peuple charmant c'est qu'il a trop d'esprit. Il se distrait, il trompe son ennui, il s'amuse el il s'abuse lui-même par un don prodigieux de persiflage qu'il exerce incessamment aux dépens de tout ce qui vient heurter son sens déHcat, ou lui rappeler un peu trop brusquement la domination étrangère. Il improvise des épigrammes, tantôt contre le pape, les prêtres, les moines et les colli torti; tantôt contre le grand-duc, ses ministres, et les codini; tantôt contre l'uniforme tyrolien des soldats; tantôt contre la prima donna ou la bouquetière suspectes d'austriachisme. Le gouvernement s'en inquiète peu; le clergé n'en prend nul souci. L'impôt se paye; les rehques sont baisées; les églises sont aussi pleines que les théâtres; h genlile:iza règle tous les rapports. Police, tribunaux, confessional, soldats, juges et geôliers, épaulettes et baïonnettes, tout n'est que gentilezza.

5 octobre.

Un vous a parlé du mouvement protestant qui, en ces dernières années, a paru préoccuper le gouvernement de la Toscane et lui inspirer des rigueurs qui ne sont point dans ses habitudes. Le mouvement existe en effet, mais il est difficile d'apprécier avec exactitude son étendue. Surveillé de très-prés, il se dérobe à la curiosité; l'importance qu'on lui attribue varie selon l'espérance, la crainte ou l'indifférence de celui que l'on interroge. J'ai entendu évaluer à vingt mille — dont douze mille, disait-on, dans la seule ville de Florence — le nombre des catholiques récemment convertis au protestantisme dans les États du grand-duc ; mais je n'ai aucun moyen de vérifier ce cliiffre qui me paraît très-exagéré.

Spontanément entreprise, vers l'année IS'io, par des croyants et surtout par des croyantes de la Grande-Bretagne, au seul point de vue du salut des âmes, la propagande protestante a rencontré une disposition favorable dans le vif et subit désabusement des espérances nationales, fondées sur les paroles et l'attitude de Pionono, en 1849. Vous savez combien peu de gens sont capables de séparer ridée qu'ils croient avoir des personnes qui, à leurs yeux, représentent cette idée. La conduite du souverain pontife, ce que les Italiens appellent avec naïveté sa trahison, jeta dans les esprits un grand trouble. Le patriotisme, beaucoup

plus vivace en Italie que la foi, se révolta. Plusieurs, dans leur irritation, confondant le dogme avec le sacerdoce, le guelfisme avec le catholicisme, passèrent au protestantisme par représailles et comme ils auraient passé dans un parlement de la droite à la gauche, du banc des conservateurs au banc des radicaux. A cette heure, on peut être à peu près certain en Italie que tout protestant nouvellement converti est nn radical. J'ai connu des hommes du meilleur esprit qui, tout en restant personnellement en dehors de ces questions d'Églises, souhaitaient, dans l'inlérêt moral et politique de la nation, qu'elle pût se retremper dans une réformation i-eligieuse que l'on voit partout favol'able à l'indépendance des caractères, à la personnalité de la conscience, si l'on peut s'exprimer ainsi, et qui donne parla aux institutions politiques la plus solide assise. Ils le souhaitaient, sans beaucoup l'espérer. Pour ma part, s'il m'était permis d'émettre une opinion d'après ce que j'ai cru entrevoir, je dirais que l'esprit florentin n'a jamais été, qu'il est aujourd'hui moins que jamais de la trempe qui fait les nations protestantes. Sensualisfe avec délicatesse, d'un exquis bon sens, d'un jugement très-fin, d'une verve doucement ironique, d'un naturel tempéré en toutes choses, le Florentin est catholique plutôt que chrétien, frondeur plutôt que réformateur; il n'aime pas ce qui le gêne, mais il redoute encore plus ce qui le fatigue. Examiner un dogme est le plus grand travail de l'esprit humain; le Florentin n'a garde de s'imposer un travail volontaire. 11 vous (lira bien, à l'occasion, que dix-sept mille prêtres, religieux ou religieuses, dans ce petit État de Toscane, c'est beaucoup pour ne pas instruire le peuple, pour

ne pas soulager la misère et pour n'édifier personne. 11 vous contera des anecdotes un peu bien gaies sur tel [rate ou tel abbatc. Il ira jusqu'à plaisanter de tel ou tel miracle d'un goût douteux ; il verrait avec plaisir, étant bienveillant, se marier les jeuues ecclésiastiques. Mais de là à étudier la Bible et la doctrine des Pères, de là à confesser un nouveau dogme et à pratiquer un nouveau culle, il y a bien loin, convenez-en; et je ne vois^pas dans la nation cette ardeur de spiritualisme, celte vigueur de conscience qui , aux temps de Lutber et de Calvin, ont arracbé à l'Église latine toute une moitié de la république chrétienne.

6 octobre.

Je me serais mal fait comprendre, Marcelle, si vous aviez pu induire de ce que je vous écrivais hier que toute activité, toute vie me paraissent irrévocablement éteinte dans celte belle Toscane et que, à la voir dans l'état où elle est tombée, ce serait folie d'espérer qu'elle puisse se relever jamais. Je ne crois pas me tromper, au contraire, en vous disant que ce peuple n'a rien, ou du moins presque rien perdu de son intelligence. 11 n'a pas oublié son histoire; il a gardé son idiome, son bon sens et jusqu'à sa physionomie. Que lui faudrait-il donc pour retremper son caractère? 11 lui faudrait ce qu'il envie au Piémont, ce qu'il obtiendra un jour ou l'autre, parce qu'il y est mieux préparé par ses traditions et par sa culture qu'aucun autre

peuple : un gouverneiiienl national et libre. Il n'est pas vraisemblable qu'il le conquière par un effort soudain, par une initiative révolutionnaire; mais l'intérêt très-vif que j'ai rencontré partout en Toscane pour la politique piémontaise, intérêt qui triomphe des anciennes jalousies, est un indice assuré de la disposition générale du pays à profiter désormais de toutes les combinaisons que l'établissement du gouvernement parlementaire ne peut manquer d'amener, avec le temps, dans les relations mutuelles, dans la situation intérieure et extérieure des États italiens.

La politique du roi Emmanuel sera-t-elle, dans l'avenir, une politique piémoiitaise ou italienne? N'a-t-elle d'autre vue que l'agrandissement de la maison de Savoie, ou se propose-t-elle un but plus élevé? Restera-t-elle exclusivement dynastique ou, si les circonstances venaient à le permettre, saurait-elle être nationale? Telles sont les questions que j'ai entendu soulever par les esprits les plus défiants. Mais aucun, sans en excepter les sérieux partisans de la forme républicaine, ne met en doute la loyauté parfaite avec laquelle les institutions représentatives ont été établies dans le royaume de Sardaigne; personne ne voit sans reconnaissance l'hospitalité généreuse accordée dans les Etats piémontais aux victimes des révolutions; l'éducation laïque du peuple, protégée contre les prétentions cléricales. Personne ne demeure indifférent à l'honneur du nom italien si bien maintenu dans les conseils et dans les armées de l'Europe. Pas un mazzinien de bonne foi qui, en constatant la facilité merveilleuse avec laquelle, sous l'influence des institutions parlementaires, un Etat languissant est revenu à la vie, ne fasse cette réflexion : que s'il

faut renoncer à l'établissement d'une république fedéialivt!, et si le principe monarchique est destiné à gouverner encore longtemps l'Italie, elle devra se rattacher de toutes ses Ibrces à une dynastie nationale, plutçt que de se laisser imposer, par des influences extérieures, de nouvelles combinaisons étrangères.

Je n'ai entendu, à cet égard, qu'une voix, et je crois que c'est sur ce point seulement que l'on peut constater une véritable opinion publique italienne.

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