PRÉFACE. IX
dans l'incertitude et dans une tristesse profonde. Cette tristesse me gagna. Rentrée en France, j'y fus prise d'un extrême ennui. Ma maison, où j'entendais comme un reproche la voix de iManin, me devint insupportable. J'en voulais à mon pays d'avoir abandonné la plus juste cause; une Italienne n'aurait pas senti plus douloureusement le malheur de l'Italie.
En voyant ma tristesse se prolonger, on me conseilla de me distraire et de changer de lieu. Dans le même temps, je recevais de Turin des lettres qni me pressaient d'y venir.
Un artiste de grand talent avait traduit un de mes ouvrages; Ernesto Rossi, qui dirigeait une compagnie dramatique très en renom, souhaitait de lui faire représenter ma Jeanne cVArc; il demandait mon assentiment et mes conseils. Je promis d'assister aux répétitions ; mais l'hiver, trop rude au pied des Alpes pour une santé ébranlée, me força de m'arrêter à Nice.
C'était au mois d'octobre de l'année 1859. A ce moment, la politique piémontaise, entre les mains de M. de Cavour, prenait de grandes allures. Je regardais de loin avec étonnement cet homme extraordinaire. Souvent avec Manin nous avions parlé de lui. Je faisais un rapprochement. Je retrouvais dans les conseils du roi Victor-Emmanuel ce mélange de prudence et d'audace, de droiture et d'habileté, que