‹ Florence et TurinChapitre 6 sur 30 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

fixe, et comme font les moribonds sur leur couche : « Que la guerre éclate, s'écria-t-il, el j'accours! et je vais, simple soldat, n'importe où, n'importe sous quelle bannière, combattre dans les rangs des ennemis de l'Autriche ! » Et le l'eu de la haine ranimait ses yeux éteints ; et la colère vibrait dans sa voix.

En d'autres moments, il avait le calme du sage, la résignation du martyr. Santa-Rosa lui ayant demandé s'il ne souhaiterait pas, avant de quitter son royaume, de revoir la reine et ses fils, il fit signe que non. « Le duc de Savoie a d'autres affaires, reprit-il avec le sourire désabusé de l'homme qui en a fini avec les choses d'ici-bas ; j'ai embrassé Ferdinand (le duc de Gênes); vous écrirez à la reine. Il ne faut pas s'attendrir. La vie que je vais mener, je veux que personne ne la partage. »

A me ure qu'il parlait, la grandeur, la simplicité de cette royale infortune désarmaient les ressentiments du fils de Santorre. Ce n'était plus la trahison de fami parjure, la déloyauté du prince justement châtié par le sort qu'il voyait dans la personne de Charles-Albert, c'était la patrie vaincue dans l'effort désespéré d'un noble soldat. Quand, à la frontière de France, Santa- Rosa prit congé du roi, quand il posa sa lèvre sur cette main, jadis implacable, qui l'avait fait orphelin, errant el pauvre, il y déposa, dans un muet el long baiseï'.

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cet entier pardon que l'Italie et l'histoire ont ratifié à jamais.

Ce que Manin m'avait appris touchant la politique générale de l'Italie, je le retrouvais dans l'entretien du comte de Santa-Rosa, avec les particularités de la politique piémonlaise. De piquantes révélations, de gaies anecdotes, me montraient la physionomie des personnages dont le public ne voit que le masque. J'entrais avec Santa-Rosa dans la familiarité de l'histoire. Mais, tout en ne ménageant rien dans sa verve ironique, ni les travers ni les ridicules de ses contemporains et de ses compatriotes, Santa-Rosa me donnait du caractère piémontais une idée très-haute. Déjà, dans les ouvrages d'Alfieri, deBalbo, de Gioberti, d'Azeglio, j'avais été frappée par quelque chose de ferme et de fier, par un esprit d'honneur et de loyauté qui semblent appartenir à d'autres temps. Combien plus, dans un vivant exemple, dans la parole, dans l'accent ému et profond de Santa-Rosa, j'admirais le génie patient du peuple piémontais et la juste providence qui remet dans ses mains le salut de l'Italie i

Soit que je fusse bien prévenue, soit la douceur d'une saison précoce, soit tout autre motif, Turin, quand je m'y rendis dans les derniers jours d'avril, me fil une impression très-agréable. Les touristes ne parlent guère ou parlent avec dédain de cette petite

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capitale crnn petit royaume, tristement assise au pied des neiges, sous un ciel pluvieux, et dont la symétrie froide et lourde n'a rien d'italien.

Plus de cent églises, cinq ou six palais royaux, autant de théâtres, des statues, des fontaines sur les places publiques, et pas un monument; une population taciturne et sans physionomie, à qui le chant et le rire semblent inconnus, c'en est assez pour expliquer le désappointement des voyageurs qui descendent le mont Cenis, et leur hâte à traverser Turin. Quant à moi, la grandeur de son site eût suffi à me retenir.

Cette jonction de deux fleuves qui lui a marqué sa place au sein d'une riche vallée, ces collines qui la ceignent, sans trop l'étreindre, d'une ceinture verdoyanle, la majesté du mont Viso, les glaciers de la chaîne alpeslre qui s'élèvent à l'horizon, impriment à son dénûment je ne sais quel air de fierté. Il me parut aussi que la perspective, ouverte sur de belles campagnes, de ses rues larges et droites qui la traver" sent de part en part et forment en se rencontrant des places régulières, lui donnaient comme un caractère de sincérité qui n'était pas sans charme. Rien, il est vrai, qui pique la curiosité dans cette ville sans art et presque sans histoire; rien qui séduise l'imagination, mais aussi rien qui l'inquiète ou l'attriste; point de lortuosités, point d'oljliquités; point de palais somp-

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