‹ Florence et TurinChapitre 7 sur 30 · PREFACE. XV · texte numérisé non relu

PREFACE. XV

tueux, mais aussi point de bouges infects ; point de luxe, mais point de misère. Sous ces vastes portiques où l'on circide à l'abri des feux du jour et de l'inclémence des saisons, dans ces cafés spacieux où s'asseyentfamilièrement, à des tables voisines, des hommes de toutes conditions, gentilshommes et artisans, paysans, sénateurs, ministres, parfois même la majesté du roi, on respire une paisible atmosphère de liberté et d'égalité vraie qui dispose au contentement.

En ce moment aussi, il faut le dire, de grandes choses se passaient dans cette petite cité. La session du parlement venait de s'ouvrir ; Garibaldi partait pour la Sicile. Chaque jour, presque à chaque heure, la nouvelle se répandait de quelque chose d'inouï, d'incroyable. Les exploits des Mille, h cession de Nice et de la Savoie, exaltaient les esprits. Sur la tête de M. deCavour,accusé de tout ce qui contrariait la passion, de toutce quiblessait la fierté nationale, s'amassait un violent orage. Le peuple, inquiété par la politique du ministre, dont son patriotisme naïf ne pouvait comprendre les vues profondes, tournait tout son espoir vers le roi, vers le soldat de San Martino, de qui, avec Garibaldi, l'on attendait le dénoùment héroïque, la confusion des traîtres et de l'étranger.

Il serait impossible, à qui n'en a pas été témoin, de se figurer l'affection des Piémonlais pour Victor-Emma-

xn Pr.EFACE.

miel. La première fois que je vis le roi en public, celte popularité si peu cherchée qui l'entoure me frappa par son caractère sérieux et calme, très-différent de ce que j'avais vu ailleurs. On fêtait le jour anniversaire de la promulgation du Statut. De mon balcon, je plongeais sur la place où se pressait la foule pour voir la fonction, (c'est le nom italien des cérémonies religieuses) qui se célébrait à l'église « dclla gran' Madré di Dio » {la grcmde mère de Dieu! étrange appellation, quelque peu païenne, qui me rappelait involontairement la grande Diane des Éphésiens). Au pied des degrés, devant les portes ouvertes et le rideau levé du temple, la multitude qui n'avait pu entrer dans l'église entendait, de loin, la messe à laquelle assistait le roi. Le recueillement était grand, plus grand encore le désir de voir le souverain bien-aimé vers qui les yeux se portaient plus encore que vers le prêtre.

J'avais vu à Paris une cérémonie analogue. Le 4 mai 1848', sur la place de la Concorde, au pied de l'Obélisque, j'avais entendu chanter en grande pompe, par un cardinal assisté de trois évêques, le Te Deum en l'honneur de la Constitution. Le contraste était sensible. Autant notre solennité administrative m'avait paru hors de propos, dissonnante, n'exprimant, comme la bénédiction des peupliers par les curés de Paris, que des sentiments équivoques et de mutuelles

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