‹ Florian et ses bandes de partisans en 1814 et 1815Chapitre 3 sur 4 · LA PREMIERE BANDE DE FLORIAN · texte numérisé non relu

LA PREMIERE BANDE DE FLORIAN

Qu'était Florian ? D'où venait-il ? Quel était son véritable nom ? C'est ce que toutes les recherches de la justice et de la police, si actives cependant en ce temps-là, n'ont jamais pu établir. Certains l'ont dit originaire des Pays-Bas, d'autres de la Touraine ou du centre de la France. On l'a nommé Floréan, Floriant, Florio ; le plus grand nombre Florian, nom que nous adopterons. Sa famille a échappé à toute investigation.

L'existence de Florian est constatée pour la première fois en 1813, en Portugal. Il se trouvait alors à la suite de l'armée française, employé aux plus basses besognes et notamment à l'espionnage. Il avait la réputation d'un pillard. Le 24 mars de cette année, il fit en effet prisonnier, à l'affaire de Campo- Mayor, un laboureur âgé de vingt-huit ans, qui se nommait Joseph Custodio et qui était né à la Garganta del Vila dans la vieille Castille. Il se l'attacha comme son domestique, presque son esclave, et l'employa plus tard au service de sa femme, ou de sa maitresse, une jeune espagnole, d'une rare beauté, qui le suivit d'abord dans ses pérégrinations hasardeuses, puis s'établit à Libourne, où de loin en loin il venait lavoir, se montrant aussi dur pour elle que pour sa troupe (1).

A ce moment Florian était un homme d'une trentaine d'années, beau garçon, excellent cavalier, mais emphatique de manières et de langage, avec un esprit plein de ressources et de fourberie, très courageux au besoin et capable de tout pour arriver à ses fins II était le plus souvent vêtu d'une veste bleue de cavalier passementée d'argent, coiffé d'un béret à gland d'or, chaussé de grandes bottes dites à la Souvaroff et armé d'un sabre, d'une paire de pistolets à la ceinture et d'une espingole quand il était à cheval. Ses hommes l'appelaient capitaine ; mais rien ne prouve qu'il fut pourvu de ce grade que n'admirent jamais les officiers de l'armée régulière (2).

Au début, sa petite troupe ne se composait que d'une vingtaine de cavaliers, presque tous déserteurs ou étrangers, parmi lesquels un certain Girard, neveu du curé de Saint-Barthélémy dans les Landes, qui faisait alors fonction de maréchal des logis et rendait les plus grands services par sa connaissance approfondie de tout le pays Landais. Dès l'invasion du territoire, Florian servait non seulement d eclaireur à l'armée française, mais par les relations qu'il avait nouées avec la plupart

(1) Déposition de Custodio.

(2) Tel est le portrait qu'en a tracé J.-F. Bladé dans une de ses notes, sous la dictée du sieur Dumont, ancien employé à la bibliothèque municipale d'Agen, qui, quoique très jeune, se souvenait d'avoir vu, en 1815, Florian ainsi accoutré dans les rues de cette ville.

des contrebandiers de la frontière, il accompagnait ou faisait accompagner ses convois et protégeait ses approvisionnements.

Aussitôt après la bataille d'Orthez, Wellington détacha, on le sait, de son armée une colonne d'environ 15.000 hommes, commandée par Beresford avec ordre d'occuper Bordeaux et d'y faciliter l'entrée du duc d'Angoulême. Forcé de se replier sur la ligne de l'Adour, le maréchal Soult ne put, avec ses faibles ressources, empêcher ce mouvement. Du moins, chargea-t-il les Eclaireurs Landais, et en particulier la troupe de Florian, de harceler ce corps d'armée et surtout d'empêcher que les nombreux magasins de vivres et de munitions, accumulés un peu partout en arrière de l'armée française, ne tombassent entre les mains de l'ennemi. Florian s'y employa de toutes ses forces, multipliant ses coups les plus hardis. Il ne put malheureusement arriver à temps devant Roquefort de Marsan, centre important, dont les Anglais s'emparèrent le 2 mars, sans coup férir. Mais il eut la chance d'en détruire au moins deux, l'un qui se trouvait entre Estigarde et Saint-Gor, à l'est de Roquefort, l'autre au lieu de La Peyrade, non loin de Gabarret, où, aidé par l'aubergiste du lieu, Catherine Gayaux, il fit transporter en lieu sûr une énorme quantité de blé, farine et avoine, non sans récompenser généreusement son auxiliaire ; ce qui fut, assure-t-on encore dans le pays, l'origine de la fortune de cette famille Gayaux (1).

Maîtres de Roquefort de Marsan, les Anglais dépêchèrent quelques jours après trois cents mulets pour aller y chercher des vivres. Florian, qui rodait dans les alentours, surprit le convoi, fit couper les jarrets aux bêtes et se sauva dans la direction de Villeneuve-de-Marsan.

C'est le moment où le lieutenant anglais Woodberry, dans son si curieux et si intéressant journal (2), cite pour la première fois le nom de Florian.

(1) Rapporté par J. F. Bladé, sans indication de source.

(2) Journal du lieutenant Woodberry, traduit de l'anglais par G. Hélie. (Paris, Pion, 1896). Voir notre compte-rendu, très détaillé, dans la Reçue de l'Ayenais, t. xxm, p. 242 et suiv. 1896.

Chargé d'escorter le corps d'armée de Beresford et d'aller avec vingt cavaliers éclairer la route jusqu'à Roquefort, Woodberry apprend que les Français ont évacué la ville depuis deux jours. Il revient alors, le 4 mars, à Villeneuve-de- Marsan. « Trouvant un endroit convenable, écrit-il, je lis « mettre pied à terre à la moitié de mon détachement pour « faire manger les chevaux ; l'autre moitié veillait, car j'avais a appris de plusieurs paysans qu'un officier français, du nom (T de Florio, à la tête de vingt ou trente partisans, battait « l'estrade ce matin aux environs de Roquefort. Je m'attendais « un peu à être attaqué ; mais on nous laissa tranquilles et a j'arrivai à Villeneuve à huit heures du soir, après avoir fait « quinze lieues (1). »

Quatre jours après, le même Woodberry écrit, à la date du 8 mars : « A mon arrivée à Roquefort, où j'ai reçu l'ordre de « suivre le régiment, la première chose que j'ai vue a été deux « hommes de la bande du partisan Florio, pendus sur la place « du Marché par ordre du maréchal Beresford. Je conserve « des doutes sur la justice de leur punition (2). »

Mais Woodberry ne s'arrête pas longtemps dans ces parages. Eclairant toujours le corps de Beresfort qui se dirige sur Bordeaux, il est le mercredi 9 mars à Captieux, le jeudi 10 à Langon, le vendredi 11 à Castets, le samedi 12 à Langon. Florian le suit pas à pas.

Le dimanche 13, Woodberry écrit de Beautiran ; « Je n'ai « pas de chance. J'ai perdu mon pupitre et une partie de mes « bagages. C'est cette canaille de Florio, qui s'en est emparé « en face de Rions. Il m'a renvoyé mon domestique Sparem « Joé,dont je ne puis assez blâmer la stupidité, car il est resté « à boire à l'arrière-garde et il est cause de tout (3). »

Le duc d'Angoulême ayant fait son entrée dans Bordeaux le 12 mars et ayant pris possession de la ville au nom du roi de France, la mission de Beresford était accomplie. Sur l'ordre de

'1) Journal de Woodberry, p. 172.

(2) Idem, p. 174.

(3) Idem, p. 177.

Wellington, qui avait besoin de toutes ses forces pour poursuivre le maréchal Soult, il se hâta de regagner la Gascogne par le même chemin et de rejoindre son chef. Woodberry donne, dans son journal, le nom des diverses étapes parcourues. De Beautiran où il était encore le mardi 15 mars, il passe à Langon le 16, à Bazas le 17, à Roquefort le 18, à Aire le 19. Florian ne le quitte pas d'une semelle. Ce jour-là, en effet, Woodberry écrit d'Aire : « Une bande de partisans ennemis « infeste les routes de Saint-Sevcr ici et a fait beaucoup de « mal. Il paraît que c'est la troupe de Florio. Un régiment de « cavalerie espagnole, arrivé cet après-midi, doit la surveil- « 1er (1). »

Toujours fidèle à sa tactique et sans doute aux ordres qu'il avait reçus, Florian se tint, pendant la fin de mars et le commencement d'avril, sur le flanc gauche de l'armée ennemie, c'est-à-dire dans les Landes du Lot-et-Garonne, dont la partie sud-ouest, Sos, Mézin, Nérac, Barbaste, était déjà occupée par les Anglais,

De Roquefort, il se dirigea vers l'Albret et s'arrêta à Allons, où le maire de cette commune, Cabannes, ardent bonapartiste, l'avait prévenu qu'un détachement ennemi conduisait à Bordeaux un convoi d'une centaine de boeufs achetés en Armagnac et destinés à l'armée anglo-espagnole. Ce convoi stationnait à Goûts. 11 s'agissait de le surprendre et d'envoyer quelque homme de bonne volonté, capable de se rendre compte de son importance. Personne ne se présentant, la servante de la maison, Louise, que le maire et sa femme considéraient comme leur fille, déclara qu'elle était prête à se dévouer. On accepta sa proposition ; on la déguisa en marchande ; et elle prit aussitôt la direction de Goûts.

Voici, d'après le long récit qu'en fait Samazeuilh (2) et que nous résumons, comment se termina cette aventure romanesque. Nous lui en laissons toute la responsabilité. •

Le maire Cabannes et Florian attendaient depuis long-

(1) Journal de Woodberry, p. 180.

(2) Samazeuilh, Les Lugues, vallée du Ciron, chap. III.

temps le retour de Louise, quand ils virent arriver le curé d'AUons, porteur d'une lettre signée du chef des soldats Portugais. Elle les prévenait qu'une jeune marchande de Casteljaloux avait été surprise espionnant, qu'on l'avait mise en chapelle dans l'église de Goûts d' Allons et qu'elle allait être fusillée dans la soirée. Le curé était invité à se rendre aussitôt à Goûts pour confesser la prisonnière.

Ce pouvait être un piège. Il était pourtant à présumer que Louise avait dit être une marchande de Casteljaloux pour ne pas compromettre sa famille adoptiveet ses hôtes, et que si on avait appelé le curé d'AUons, c'est qu'il était le plus voisin. Toute la troupe manifesta le désir de marcher pour secourir la jeune fille, et, en première ligne le maréchal des logis Girard, neveu du curé de Saint-Barthélémy, près de Saint-Sever. Florian accepta ; mais il tenait auparavant à être fixé sur le nombre des ennemis.

Girard eut alors recours à ce stratagème. Il se rendit immédiatement chez le curé d'AUons, lui emprunta son cheval, qu'un paysan devait ramener à ce dernier en le fixant sur le nombre des soldats Portugais, se vêtit d'une soutane et d'un tricorne, et, porteur d'une clef de l'église de Goûts, se dirigea vers cet édifice où était enfermée Louise. Il cachait en même temps sous sa ceinture deux paires de pistolets. Les Portugais, qui se reposaient en buvant dans l'auberge où se présenta Girard, ne conçurent aucun soupçon. Us le conduisirent dans l'église et l'enfermèrent avec Louise. Girard se fit aussitôt connaître d'elle ; il l'exhorta de se tenir prête à tout événement et lui remit une paire de pistolets.

Une heure ne s'était pas écoulée qu'éclatèrent soudainement des coups de feu, mêlés de clameurs et de cris de Vive V Empereur ! En avant ! Tue ! C'était Florian et ses cavaliers qui chargeaient les Portugais effarés ; Girard ouvre précipitamment la porte de la chapelle. Il tue les deux soldats qui en gardaient l'entrée. Louise s'élance sur le cheval du curé d'AUons et disparaît, tandis que Girard saisit ses armes, monte sur sa bête et se rue dans la mêlée, en soutane et en tricorne. La victoire de Florian fut complète; quelques soldats

Portugais rendirent leurs armes ; d'autres périrent dans le combat ; la plupart s'en fui rent dans les bois, abandonnant le convoi qu'ils étaient chargés de mener. Six mois après, le curé d'Allons (le véritable cette fois) donnait dans l'église de Goûts la bénédiction nuptiale à Louise et à Girard.

D'Allons à Sos, la distance n'est pas grande : Florian s'y rendit, laissant ses hommes commettre toutes sortes d'excès. « Il se permit, écrit le comte de Vil leneuve-Bargemont, dans son Journal des Evénements qui se sont passés à Agen lors du rétablissement des Bourbons sur le trône de France en 1814 » (1) d'enlever, au milieu de la nuit, le maire de Sos (2) et ne le relâcha qu'après l'avoir retenu quelque temps au milieu de la forêt. On lui reprochait les actes les plus arbitraires et il menaçait de sa vengeance toutes les personnes qui osaient se prononcer contre ses excès, prétendant qu'il avait les pouvoirs les plus illimités de la part de M. le maréchal Soult. Il s'était exaspéré fortement contre le Préfet (3), qui, après avoir pris des informations sur l'affaire du maire de Sos, en avait rendu compte au maréchal et avait fait dire à Florian qu'il ferait sonner le tocsin sur lui et sa troupe, pour peu qu'il continuât à se conduire comme il l'avait fait jusqu'alors. Ses expéditions n'avaient pour but que le butin ou l'intérêt particulier ; et s'il y apportait une bravoure qui allait quelquefois jusqu'à la témérité, il se rendait aussi trop souvent coupable d'une férocité indigne d'un capitaine français. »

L'affaire de Nérac fut plus curieuse encore. Depuis les derniers jours de mars 1814, cette ville fut occupée avec Barbaste et Condom par un corps de cavaliers anglais et portugais que commandait le colonel Campbell. Le vendredi saint, 8 avril, Florian se trouvait dans les environs, à Espiens. Il entreprit de déloger l'ennemi de ses cantonnements, s'entendit avec un cordonnier de Nérac, nommé Faidot dit Même, et, avec dixhuit cavaliers et douze fantassins, fut introduit par lui nuitam-

(1) Reçue de V Agenças, t. xxvii. pp. 380-398, Année 1900.

(2) C'était M. Vignes, qui ne porte dans les annuaires que la qualification d'adjoint communal.

(3) M. de Villeneuve-Bargemont.

ment dans la ville. Les Anglais avaient établi un poste au Petit Nérac et placé une sentinelle sur le pont qui reliait les deux rives de la Baïse.

« Florian tombe sur la sentinelle qu'il tue de sa propre main. Puis, se jetant dans la partie de la ville qui domine la rive gauche, il y fait un tel bruit en y multipliant les coups de carabine et de mousquets et en faisant rouler une charette pour imiter le bruit de l'artillerie, que les Portugais perdirent la tête et s'en furent jusqu'à mi-chemin de Condom. Quand le jour vint et qu'instruits du petit nombre des Français ils rentrèrent dans Nérac, Florian et sa troupe avaient disparu (1).»

Durant ce mois de mars et sans que nous puissions préciser la date, sa présence est signalée à Gazaupouy, entre Condom et Ligardes, village où il fit monter des vedettes au clocher pour savoir s'il était poursuivi ; et aussi à La Plume, où le chef du parti royaliste, Galle du Brana, reçut l'avis de sa prochaine arrivée. Ce dernier proposa à ses amis d'attendre Florian et sa bande derrière les murs du château d'Estillac (2). Mais Florian ne vint pas, s'étant dirigé du côté du Port-Sainte- Marie, pour se rendre à Agen où il était appelé.

Un mois auparavant, en effet, le comte de Villeneuve-Bargemont, préfet de Lot-et-Garonne, avait tenté de concert avec le commissaire central Cauchon de Lapparent, envoyé tout exprès dans le département pour organiser la résistance à outrance, de créer un corps de partisans isolés, « qui devait être fondu plus tard, dit-il dans son journal, dans le corps des éclaireurs de Bory de Saint- Vincent. » A cet effet, il avait pris, le 9 mars, l'arrêté suivant :

« Article premier. — Tous les anciens militaires qui peuvent encore servir, les gardes forestiers et champêtres, sont appelés à concourir à l'organisation d'un corps franc qui sera formé au chef-

(1) Samazeuilh. Dictionnaire de l'arrondissement de Nérac, art. Nérac, p. 487, 2e édition. Cf. : Guirlande des Marguerites, p. 199, sonnet et commentaire de Faugère-Dubourg : Le capitaine Florian, sous la signature de Sirvent-Daron; Journal du comte de Villeneuce-Bargemont; Saint-Amans, Histoire du département de Lot-et-Garonne, t. H, p. 292 ; Samazeuilh : Les Lur/ues, p. 406, etc.

(2) Tradition populaire.

lieu du département pour être employé sous les ordres du général baron Gaussart à la défense du pays.

« Art. 2. — Les employés et les hommes de bonne volonté, soit qu'ils appartiennent à notre département, soit qu'ils s'y trouvent momentanément, sont admis à faire partie du corps franc.

Art. 3. — Les officiers des corps francs seront nommés provisoirement par nous et M. le général Gaussart (1).

Les sous-officiers et soldats seront armés d'un fusil, d'une arme blanche et devront être munis d'un sac et d'une paire de souliers neufs.

« Art. 4. — A compter du jour de l'organisation définitive les militaires composant le corps franc recevront les vivres de campagne. Les prises faites sur l'ennemi appartiendront au corps et seront réparties par les soins du Conseil d'administration (2).»

Huit jours plus tard, le maréchal Soult prescrivait par son ordonnance du 17 mars, déjà citée, la formation dans toute la région des Partisans des Pyrénées et des Partisans de la Garonne. Le commissaire central de Lapparent fixa aussitôt, par lettre du 22 mars, le contingent du département de Lotet-Garonne à deux cents hommes. En conséquence, le préfet de ce département prit, le 24 mars, un nouvel arrêté, aux termes duquel il rapportait celui qu'il avait déjà pris le 9 du même mois et décidait « Que MM. les maires de toutes les « communes ouvriraient pendant vingt-quatre heures un régis- « tre où se feraient inscrire les anciens militaires, les hommes « de bonne volonté, les gardes nationaux, forestiers et cham- « pètres ainsi que les employés des douanes et autres admi- « nistrations.

« Si les inscriptions volontaires ne réunissent pas leeontin- « gent fixé, MM. les maires, réunis en Conseil et M. le sous- « préfet, procéderont à la sous-répartition par canton et com- « mime du contingent de l'arrondissement.

(1) Le général baron Gaussart commandait comme général de brigade le département de Lot-et-Garonne sous les ordres du général de division Despau qui commandait la 20e division dont le siège était à Périgueux. Quant au général Decaen, il commandait en chef l'armée de la Garonne et résidait la plupart du temps à Bordeaux.

(2) Journal de Lot-et-Garonne du 12 mars 1814.

« Le contingent à fournir par l'arrondissement d'Agen est « de 48 hommes ; par celui de Marmande de 60 ; par celui de « Nérac de 35 ; et par celui de Villeneuve de 57. Total pour « le départemet 200 hommes.

« MM. les sous-préfets fourniront par voie de réquisition, « le même nombre de chevaux que celui des hommes, etc. »

La marche si rapide des événements empêcha la mise à exécution de tous ces projets.

Cependant, dans ses curieuses lettres, Bory de Saint-Vincent, commandant-major dans l'armée de Soult et son aide de camp à ce moment, nous apprend que l'organisation des corps francs et la continuation de la guerre de guérillas hantait de plus en plus son esprit, ainsi que celui du maréchal. « Nous voilà à « Toulouse à nous refaire un peu, écrivait-il déjà le 23 mars à « son ami Léon Dufour, docteur médecin au quartier général « du maréchal Suchet, et à ce moment encore à Girone. La « désertion nous perd ; il ne nous reste pas un soldat desdépar- « tements envahis, et je ne vois plus de moyens d'y rentrer « dans l'état actuel des choses.... Quoiqu'il en soit, je suis « décidé à m'en aler en partisan, et à faire quelques eforts « pour ma patrie avant que de me soumettre. Si vous voulez « venir me joindre, vous serez le médecin et le thrésorier de la « partida. Dès que ma jambe sera rétablie, je compte deman- « der à S. E. cent chevaux qui seront mon noyau. Je croiserai « entre Bayonne et Bordeaux ; entre Bordeaux et Toulouse. « Je m'enfoncerai dans les Landes, où je mènerai la vie de « bédouin.... (1). »

A quoi le célèbre naturaliste landais, la sagesse même, répond dans sa lettre du 1er avril 1814, datée de Perpignan, qu'il n approuve pas du tout son projet, qu'il ne pourra compter que sur un petit nombre d'amis, mais que tout le reste l'abandonnerait insensiblement ou le compromettrait. Et, développant son idée, il lui expose, avec beaucoup de raison, que le caractère français, le climat, la structure physique du

(1) Correspondance de Bory de Saint-Vincent, publiée par nous (Reçue de l'Agença'*, t. xxxi, p. 469, année 1904, et tirage à part.

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sud-ouest de la France et même les circonstances lui sont défavorables. Que pourrait-il espérer dans un pays aussi plat et aussi pauvre que les Landes? On l'y traquerait comme un lièvre et il y serait forcé comme lui. La guerre de partisans ne

peut se faire avantageusement que dans les pays montueux

Qu'il renonce à ses idées, continue à servir comme il le fait, et qu'il reste avec son maréchal pour suivre ses destinées (1).

Bory de Saint-Vincent ne tint aucun compte ds ces sages avertissements, du moins pour le moment. Dès le lendemain même de la bataille de Toulouse (10 avril), sous le coup des impressions des sanglants et inutiles combats qui venaient de se livrer et ignorant encore ce qui se passait à Paris, il arrivait à Agen, chargé par le maréchal Soult dégrouper tous les corps francs isolés qu'il pouvait rencontrer et d'en former un corps d'éclaireurs, qui porterait son nom et chercherait par tous les moyens possibles à prolonger la résistance.

Florian, mis au courant de ces projets, s'empressa de se diriger vers Agen. Peut-être y était-il appelé par Bory deSaint- Vincent lui-même? Rien cependant ne permet de l'affirmer. Quoiqu'il en soit, chacun de leur côté arrivèrent en même temps dans notre ville, avec l'intention bien arrêtée de s'entendre. Leur rencontre pourtant ne fut pas heureuse. Les événements contrecarrèrent leurs projets. Et Bory, en homme avisé qu'il était, plutôt que de perdre sa popularité, n'hésita pas, au premier contact, à renier l'homme, si peu recommandable, avec lequel il avait mission de s'aboucher.

Le 12 avril, les Anglais, déjà maîtres de Marmande, s'étaient établis à Tonneras, Quelques éclaireurs s'avancèrent jusqu'à Nicole et même jusqu'à Aiguillon où un officier accompagné de son ordonnance descendit à l'auberge du Tapis-Vert pour y passer la nuit. 11 était à peine endormi que, suivi de quelques-uns de sa troupe, Florian, qui était encore à cette date dans ces parages, cerna l'auberge et fit prisonnier les deux Anglais. Après les avoir entièrement dévalisés, il renvoya

(1) Correspondance de Bory de Saint-Vincent, page 470, note.

l'ordonnance et conduisit le lendemain 13 l 'officier à Agen, où toute sa bande le suivit. Il se présenta aussitôt devant le général de division Despau qui, sachant déjà les nouvelles de Toulouse et l'entrée des alliés dans la capitale, fit mettre immédiatement l'Anglais en liberté. « A sa sortie, écrit Pro- « ché(l), témoin de ces événements, ce dernier fut accompagné « par une foule de peuple qui s'était rassemblée et qui croissait « à mesure qu'on s'approchait du faubourg Saint-Antoine où « Florian était descendu à l'Hôtel de France, tenu alors par « le sieur Gauthié. On entendait de toutes parts les cris de : « Vive le Roi ! Vivent les Anglais ! »

L'Anglais réclamait à Florian la somme de 4,000 francs qu'il lui avait prise, ainsi que sa montre. Florian soutenait qu'il n'avait pas pris l'argent, mais seulement la montre, autorisé qu'il y était par les lois de la guerre. La foule cependant grossissait toujours prenant fait et cause pour l'Anglais, criant : Vive le Roi! Vivent les Anglais! Florian à la Garonne! Se voyant réellement menacés, Florian et sa troupe se mirent alors n état de défense, armant leurs fusils et brandissant leurs sabres. On ne sait trop ce qui serait arrivé, si la cohorte urbaine rassemblée spontanément ne se fut aussitôt portée sur les lieux pour apaiser toute cette effervescence .

« Le préfet, écrit M. de Villeneuve lui-même, s'y rendit en costume avec MM. Lannau- Rolland, secrétaire-général de la préfecture, Chaudordy et Bory, adjoints à la mairie. Florian reçoit l'ordre de partir, et on l'annonce au peuple, qui, contenu par le bataillon carré que formait sur la place la cohorte urbaine, n'en manifestait pas moins son courroux d'une manière plus énergique et plus bruyante (2). »

Sur ces entrefaites arrive Bory de Saint-Vincent qui se met immédiatement en rapports avec le partisan. Aussitôt tout s'apaise (3).

« Florian sort de l'auberge avec un très grand sang froid.

(1) Annales de la cille d'Agcn, p. 155,

(2) Journal de comte de Villeneuve,

(3) Proche, Annale." dclnrillcd'Agen, p. 156.

« Il marche à pas lents, entouré des magistrats ci-dessus a dénommés, du commandant delà place et de M. Dauzac, l'un « des capitaines de la cohorte ; les huées du peuple l'accom- « pagnent. Arrivé à la hauteur de la porte Saint-Georges, on « lui amène ses chevaux et il part pour le Port-Sainte-Marie, « après avoir couru des dangers que la présence seule de l'auto- « rite pouvait éloigner de lui (1). » Sa troupe, ajoute Proche, ne tarda pas à le suivre. « Cependant pour prévenir toute espèce « de commotion, la cohorte urbaine prit les armes ; chaque « compagnie resta à son poste pendant vingt-quatre heures. « On craignait que Florian ne revint dans la nuit et ne trou- « blât la tranquillité. En conséquence on établit un poste du « 130e régiment à Rouquet, avec ordre d'arrêter tout ce qui « paraîtrait suspect (2). »

Si la cohorte urbaine, ou pour mieux dire la garde nationale, se prononça, ce jour-là 13 avril, avec une partie de la population, ouvertement pour les Anglais et le retour des Bourbons, il n'en fut pas de même les jours suivants des troupes qui stationnaient dans Agen et surtout d'un corps d'environ mille hommes, qui arrivait de Bergerac et!de Villeneuve avec quatre pièces de canon, forçait les habitants à jeter bas la cocarde blanche et menaçait la ville de la mettre à feu et à sang, si elle n'arborait pas de nouveau le drapeau tricolore et ne restait pas fidèle à la cause de Bonaparte.

On connaît les événements qui s'ensuivirent et comment Bory de Saint-Vincent apaisa cette fois encore la fureur du peuple, à la suite d'un incident que provoqua l'avocat Barada en frappant de sa canne un soldat qui lui avait violemment arraché sa cocarde blanche. « Ce jeune militaire, écrit le comte de Villeneuve, aussi recommandable par ses talents que par « ses sentiments, monta à cheval dès qu'il fut informé de ce « qui se passait et vint à l'hôtel de ville pour assurer les magïs- « trats qu'il était prêt à se dévouer, avec les hommes dont le « commandement lui était confié, à l'exécution des mesures

(1) Journal du comte de Villeneuve.

(8) Annalee de la ville d'Ayen, p. 156.

« que l'autorité croirait devoir prendre. » Le général Gaussait, qui commandait la place et contre lequel des soldats qu'il rappelait à leur devoir avaient osé tirer leur sabre, le préfet, toutes les autorités, payèrent vaillamment de leur personne, si bien qua force de calme et de sang-froid, ils parvinrent à éviter bien des malheurs.

L'annonce de l'abdication de l'Empereur, de la cessation de la guerre et de la Restauration des Bourbons, arrivée à Agen le 17 avril seulement, mit fin à cet état de choses. Proche dans ses Annales, le comte de Villeneuve dans son Journal, fournissent tous les détails de cette mémorable semaine. Nous n'y reviendrons pas. Quant à Florian et à sa troupe, ils disparurent le 13 avril sans plus laisser de trace. Sans doute que, devant le fait accompli, le partisan jugea à propos de dissoudre immédiatement sa bande.

Une seule mention de lui est faite, à la date du 8 mai suivant, par le lieutenant anglais Woodberry, paisiblement installé à ce moment au château de Lisse, chez le comte de Montault. Voici ce qu'il écrit dans son Journal, entre deux chevauchées faites dans les bois de pins en compagnie des demoiselles de la maison :

« Lis.sc, dimanche 8 mai.

« On raconte que le partisan Florio a été pendu par la popu- « lace à Pau. J'ai peine à le croire; et si c'est vrai, j'aurais « bien mauvaise opinion du peuple français. Quelle raison y ac. t-il de supprimer un homme, qui a bravement combattu « pour le gouvernement qu'il servait, et qui a reconnu la nou- « velle constitution, dès qu'il apprit l'abdication de Bona- « parte. »

La nouvelle était fausse en tous points. Florian ne fut ni pris, ni pendu à Pau ; et nous doutons fort que, s'il fut forcé de déposer les armes, il ait, aussi facilement que veut bien le dire le lieutenant Woodberry, reconnu la nouvelle constitution. Quoiqu'il en soit, il ne nous déplaît pas d'entendre ce gentleman, un ennemi pourtant, à qui Florian avait joué de si méchants tours, prendre seul à ce moment la défense de celui

que tout le monde exécrait et maudissait. Certes, Florian était loin, par sa conduite, d'inspirer la pitié et de mériter la considération. Il serait injuste cependant de ne point reconnaître , que, dans cette campagne de 1814, il n'ait rendu de réels services à l'armée de Soult. Nous n'en dirons pas autant de lui l'année suivante, où, comme nous allons le voir, lui et sa seconde bande commirent les pires excès.

La seconde bande de Florian

Le 1er mars 1815, Napoléon débarquait au golfe Juan. Le 20 mars, il couchait aux Tuileries, porté en triomphe par les troupes de la capitale. Deux mois après, il avait l'Europe entière coalisée contre lui.

De tous côtés partaient les ordres d'une levée en masse. Dans le sud-ouest de la France, le général Clausel, qui commandait en chef, multipliait ses efforts pour entraîner les populations et procurer à l'Empereur le plus grand nombre de soldats. En plus des troupes régulières qu'il levait, il encouragea de nouveau la formation des corps francs. Florian, que l'on retrouve à Bordeaux à cette époque, et qui, nous l'avons dit, avait installé à Libourne sa femme ou sa maitresse, répondit à son appel et forma aussitôt une troupe de garnissaires. Il la recruta, dans les plus bas fonds de la populace, promettant à ses hommes la nourriture et trois francs cinquante centimes par jour, qui ne furent jamais payé*.

Ces garnissaires, au nombre de trente-cinq à quarante, furent d'abord envoyés à Pauillac et logés chez l'habitant. Sans discipline, presque jamais sans leur chef, ils commencèrent dès ce moment à mécontenter les populations qu'ils maltraitaient et sur lesquelles ils prélevaient toutes sortes de contributions.

Cette bande demeura la fin du mois de mai et presque

tout le mois le juin à Pauillac et dans les villages environnants. Puis, on la rappela à Bordeaux où elle fut équipée militairement.

La bataille de Waterloo (18 juin), la seconde abdication de l'Empereur, la nomination d'un gouvernement provisoire échauffèrent à ce point les esprits dans le Midi de la France, et notamment dans le Lot-et-Garonne, que des troubles graves éclatèrent à Agen les 27, 28 et 29 juin (1). Par ordre du général Clausel qui commandait encore à Bordeaux, le département de Lot-et-Garonne fut mis en état de siège le 4 juillet. Des troupes nombreuses furent envoyées à Agen, sous les ordres d'abord du général Pégot avec mission de poursuivre impitoyablement tous les auteurs des troubles, puis du général Bessières. Quand il fut avéré que Bonaparte était parti sur le Bellerophonà destination de Sainte-Hélène et que Louis XVIII était rentré dans la capitale (8 juillet), quelques régiments reçurent l'ordre de partir. Mais d'autres restaient toujours menaçants, notamment le 66e de ligne, qui ne pouvaient se résoudre à accepter le nouvel état de choses, et, malgré tout, demeuraient fidèles à leur Empereur. Aussi les rues d'Agen étaient-elles moins que sûres.

Ce fut pis encore lorsque le 15 juillet on apprit que le capitaine Florian, qui, l'année précédente, avait laissé de si mauvais souvenirs, revenait avec une nouvelle troupe occuper Agen par ordre du général Clausel, ce dernier leur ayant délivré pour cette destination une feuille de route.

Florian arriva, en effet, vers trois heures de l'après-midi. Il était seul à cheval, et fit son entrée par la porte Saint-Georges, accompagné de vingt-huit hommes seulement. Les excès que commit cette troupe, d'abord à Agen, puis surtout plus tard dans les localités qu'elle traversa, nécessitent, croyons-

t(l) Voir : Notice sur les événements qui se sont passés à Agen dans lus journées des 27, 28 et 29 juin 1815, par un royaliste. Agen, Impr. Currius, 1er juin 1815. Brochure rarissime, ln-8" de 20 pp. — Cf. : Proche, Annales de la Ville d'Agen, p. 201 et suiv.

nous, que nous fassions connaître dès maintenant, individuellement, chacun de ses affiliés.

1. En tête, Florian, âgé de trente-deux ans environ, dont nous avons déjà esquissé le portrait. Ayant eu l'habileté de ne point se faire prendre dans la suite, comme la plupart de ses hommes, nous ne trouvons dans l'acte d'accusation, qui nous sert en ce moment de base pour les désigner, que cette mention : « son domicile, son âge, son signalement ne sont pas connus » (1).

2. Custodio (Joseph), trente ans, laboureur, né à Garganta del Vila, dans la Vieille Castille. Fait prisonnier par Florian en 1813, lors de l'affaire de Campo-mayor dans le Portugal, et envoyé à Limoges avec d'autres prisonniers. Libéré peu après, il retrouva Florian à Bayonne comme il rentrait en Espagne. Sur ses instances, il s'enrôla dans la troupe qu'il formait alors; mais il certifie qu'il n'a jamais servi que comme domestique et non comme militaire.

3. Ludwif] (Jean-Laurent), surnommé Smytli, vingt-six ans, natif de Berlin, domicilié à Bègles, près de Bordeaux, où Florian le raccola.

4. Ribotte (Joseph), vingt-cinq ans, natif et domicilié du Mas d'Azil (Ariège), enrôlé à Bordeaux.

5. Pouhowslà (Jean), vingt-sept ans, né à Mittau en Courlande, également enrôlé à Bordeaux.

6. Boudet (Etienne), vingt-sept ans, ferblantier, natif d'Aurillac (Cantal), embauché à Agen.

7. Jean-Gaspard, vingt-cinq ans, natif du Petit-Kœnigsberg, en Prusse, raccolé à Bordeaux.

8. Boi/er (Jacques), vingt-cinq ans, natif de Born, Corrèze ; entré dans la bande à une époque indéterminée.

9. Wac/mer (Joseph), trente-neuf ans, né à Kellembçrg,en Westphalie ; enrôlé à Bordeaux.

10. Ansofi (Guillaume), vingt-neuf ans, natif de New-York, Etats-Unis d'Amérique, marin de profession. Son bâtiment,

(1) Procédure de la seconde bande de Florian, au greffe de la Cour d'appel d'Agen.

dit-il, l'aurait abandonné à Bordeaux, où il tomba malade. Florian le rencontra dans un cabaret et l'embaucha.

11. Edouard (Etienne), trente-quatre ans, nègre, né à La Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), ancien maître-coq à bord des navires ; avait reçu son congé comme estropié et travaillait sur le port de Bordeaux, quand Florian l'enrôla et l'envoya à Pauillac.

12. Prévanché (Pierre), vingt-sept ans, rné à Sainte-Foi-la Grande, demeurant à Bordeaux. Rappelé au service pendant les Cent- Jours, il avait déserté de Rochefort et était revenu dans le courant de juin à Bordeaux où il travailla sur le port. Sur la proposition d'un camarade, il entra dans la bande et fut envoyé à Pauillac.

13. Chuan (Antoine), vingt-un ans, né à Bordeaux, soldat au 44e régiment d'infanterie. Il était à Bordeaux, où le général Clauzel le fit entrer dans la bande de Florian qui l'envoya à Pauillac.

14. Teinclier (Charles), vingt-un ans, sans profession, né à Kœnigsberg, Prusse. A quatorze ans il était à Strasbourg et s'engagea comme trompette dans un régiment de chasseurs Hanovriens ; il fit la guerre d'Espagne et de Portugal. Pris à Campo-mayor,il fut envoyé en Angleterre et s'engagea ensuite dans les chasseurs de la Mort. Il entra en France par les Pyrénées avec les Anglais. Blessé à la bataille d'Orthez, il fut rencontré entre cette ville et Mont-de-Marsan par Florian, qui voulut l'enrôler dnns sa troupe. Sa blessure l'en empêchant, il fut porté par des paysans à l'hospice de Mont-de- Marsan, mais entra cependant à Bordeaux en même temps que son régiment. Là, Florian le reconnut et l'engagea à faire partie de sa bande, menaçant, en cas de refus, de le faire incorporer dans un régiment de ligne. Teinclier accepta et fut envoyé à Pauillac comme garnissaire.

15. Wilson (Jean), trente-six ans, né à Duchester dans le comté d'Oxford (Angleterre ; apprenti jardinier à Londres, entra au 10e hussards de l'armée anglaise et prit part à la bataille de Toulouse ; tomba malade, fut envoyé à l'hôpital et déserta. Il travaillait à Bordeaux comme jardinier, lorsque

Florian, sachant qui il était, menaça de le faire arrêter, s'il n'entrait pas dans sa bande. Fut envoyé à Pauillac (1).

Le reste de la troupe se composait, toujours à l'origine, d'une vingtaine d'autres individus, dont quelques-uns de couleur, de toute nationalité, raccolés de gré ou de force dans les cabarets et les plus mauvais lieux de Bordeaux.

Plus tard, à la suite des affaires de Saint-Barthélémy, de Miramont et d'Issigeac, elle se recruta de quelques autres malheureux, parmi lesquels il convient de citer les nommés :

Jean Vincent, surnommé Phylippe, jardinier, âgé de vingtdeux ans, natif deCunège, marié et domicilié à Issigeac, arrondissement de Bergerac ; Jean Sauoignac, dit Loufi et le triomphant, forgeron et serrurier, âgé de vingt-deux ans, natif et domicilié de la commune de Laperche, canton de Lauzun ; Antoine Freyssinet dit Feytou, cordonnier, âgé de quarante ans, natif de Saint-Porcien en Auvergne, domicilié à Miramont ; Antoine Pasquet, ménétrier, âgé de dix-sept ans, natif de Lamothe-d'Alès et domicilié à Armillac, arrondissement de Marmande ; Pierre Dutreil, surnommé A7icolas, conducteur de brebis, âgé de vingt-six ans, natif et domicilié de la commune de Miramont ; François Bachelerie, cabaretier, faisant aussi la profession de record, âgé de trente-six ans, natif et domicilié de Miramont; Martin- Joseph- Auguste, âgé de dix-neuf ans, pâtissier traiteur, né à Paris, enrôlé par Florian après l'affaire de Miramont ; avait déserté le 5e chasseurs à cheval avec deux de ses camarades, dont : Lajleur Joseph, âgé de vingt-trois ans, tailleur, né à Strasbourg, enrôlé par Florian à Miramont ; Armand Michel Villetelle, vingt-un ans, ex-fourrier de l'école de Saint-Cyr, né et domicilié à Saint-Germain-les-Belles- Filles (Haute-Vienne); n'a vu Florian qu'à ce moment ; Jean-Baptiste Villevarlange, trente-cinq ans, aubergiste, du même endroit ; n'a connu Florian que ce jour-là; enfin, Pierre Hébrard, ancien officier de gendarmerie, pensionnaire de l'Etat, âgé de soixante-qua-

(1) Tous ces renseignements sont tirés des interrogatoires de chacun de ces prévenus et des pièces de procédure du greffe de la Cour d'Agen.

torze ans, natif et domicilié d'Agmé, arrondissement de Marmande, et fourvoyé dans cette bande depuis l'affaire de Miramont uniquement par ses opinions ultra-bonapartistes (1).

Florian, nous l'avons dit, était entré à Agen avec sa petite troupe le 15 juillet 1815. Tous ses hommes furent logés chez les habitants et plus particulièrement dans la rue Grenouilla. Lui-même devint l'hôte de l'huissier Chaubard, père du géologue. Il avait apporté des habits bourgeois qu'il revêtait souvent, ne conservant que son béret à gland d'or et ses grandes bottes. Ses soldats l'appelaient capitaine. Eux-mêmes, du reste, étaient accoutrés d'un costume bizarre, moitié civil, moitié militaire. Ils se montraient fort impérieux avec leurs hôtes et exigeaient d'eux des gigots de mouton, des aloses et du vin vieux (2).

« Sur le soir, ajoute Proche, ils parcouraient les rues, portant des figures en plâtre représentant Napoléon et chantant Vive V Empereur ! A bas les Bourbons. Ils proféraient des jurements et des imprécations horribles contre les royalistes, pour les provoquer et exciter des troubles (3). » Non contents de ces manifestations platoniques, ils se répandaient aussi dans les campagnes, pillant les maisons isolées, et surtout cherchant à se remonter en volant des chevaux. Florian de son côté courait les cabarets, essayant d'embaucher tous ceux qu'il rencontrait. Mais il ne réussit qu'auprès d'un certain Dumon, menuisier, très simple d'esprit, qui ne resta que quelques jours avec lui, et d'un chaudronnier Etienne Boudet, natif d'Aurillac, déjà nommé.

Cependant, voyant que la population se montrait de plus en plus hostile à son égard, qu'il ne réussissait pas dans ses entreprises et que les autorités de la ville le surveillaient très étroitement, Florian résolut, six jours après, de quitter Agen. Le 20 juillet, il remit quarante cartouches à chacun de ses

(1) Procédure de la seconde bande de Florian.

(2) Tradition orale rapportée par Dumont, ancien commis à la bibliothèque de la ville d'Agen, témoin de ces événements.

(3) Annales rfe la bille d'A(/en, p. 212.

hommes, les réunit de grand mutin sur le Gravier, leur lit faire l'exercice et partit presque aussitôt dans la direction du Port- Sainte-Marie. Il ne fit halte ni dans cette ville, ni à Aiguillon, ni à Tonneins, mais il gagna par des chemins détournés la plaine de Marmande et s'arrêta dans la petite ville de Saint- Barthélémy (canton de Seyches), avec les plus mauvaises intentions.

Mais laissons parler ici le procureur général Mouysset, qui, dans l'acte d'accusation dressé plus tard par lui contre la seconde bande de Florian, résume, mieux que nous le saurions le faire, en un style très clair et très précis, les péripéties des drames qui s'ensuivirent et nous met ainsi parfaitement au courant des agissements de ces bandits.

« Vers le 12 du mois de juillet dernier, un corps de partisans, qui s'était formé à Bordeaux sous le commandement du soi-disant capitaine Florian, arriva à Agen. Cette troupe était alors composée de vingt-huit hommes armés de fusils et de baïonnettes, non compris le chef. Ils restèrent dans cette ville pendant six ou sept jours et furent logés chez les bourgeois. Il parait que ce fut le 19 du même mois qu'il partirent d'Agen et se rendirent d'abord à Saint-Barthélémy , arrondissement de Marmande, où ils voulurent faire accroire aux habitants qu'ils avaient l'ordre de l'autorité supérieure de rétablir le pavillon tricolore à la place du pavillon blanc, partout où ce dernier pavillon se trouverait avoir été arboré. Ils observèrent, en outre, qu'ils avaient besoin de se procurer des chevaux pour se remonter.

a A cette même époque un détachement du 44e régiment de ligne, composé seulement de onze soldats commandés par le sergent Frammont (1) se trouvait stationné à Saint-Barthélémy. Florian s'adressa directement à ce sergent. Il voulut l'engager à se joindre, lui et sa petite troupe, à son corps de partisans. Il lui fit même beaucoup de promesses. Mais voyant

(1) Dans sa notice sur la commune de Saint-Barthélémy (Villeneuve-sur- Lot, 1872). M. Béehade-Labarthe, qui raconte également cet épisode, nomme ce sergent Frémont.

qu'il ne pouvait pas réussir à corrompre ce sous-officier, il essaya de l'intimider par des menaces. Comme le petit détachement du 44G était de beaucoup inférieur en nombre à la troupe de Florian, le sergent Frammont vit qu'il n'avait d'autre ressource que d'imaginer quelque subterfuge. Il prétexta avoir une partie de ses soldats disséminés dans quelques villages voisins, qu'il lui fallait un certain temps pour les réunir et qu'il allait se donner du mouvement pour cela. Il fut convenu que Florian et sa troupe se retireraient dans la campagne à quelque distance de la ville et que, pendant la nuit, le sergent irait le joindre avec sa troupe. Florian crut à ses promesses. Il fit sortir sa troupe de Saint-Barthélémy et se retira dans une métairie.

a Quelques heures après, Florian envoya des émissaires auprès du sergent pour lui témoigner son impatience, à cause du retard qu'il mettait à se joindre à lui ; mais ce dernier prétendit qu'il n'avait pas encore rassemblé tous ses soldats, qu'il pouvait néanmoins être tranquille, parce qu'il était toujours dans les mêmes intentions.

« Cependant le sergent Frammont se réunit à l'adjoint du maire et à quelques autres bons citoyens. Ils profitèrent de tout le reste de la nuit pour se procurer des armes. Dans la matinée du 21 juillet, dès le point du jour on fit sonner le tocsin, la générale battit et le sergent, ainsi que l'adjoint au maire, s'étant mis à la tête d'une quarantaine d'hommes armés, y compris le détachement du 44°, coururent contre la bande de Florian qui prit aussitôt la fuite ; de manière que la bonne conduite de ce sergent et la fermeté de l'adjoint du maire sauvèrent Saint-Barthélémy du pillage (1). »

L'affaire de Miramont fut bien plus sérieuse :

« Dans cette même matinée et de très bonne heure, écrit

(1) Dans le dossier administratif, conservé aux Archives départementales de Lot-et-Garonne et relatif à la seconde bande de Florian, se trouve une lettre du sous-préfet de Marmande, J.-I3. Blanqui, au Préfet d'Agen, en date du 21 juillet, lui exposant également, quoique d'une façon sommaire, l'affaire de Saint-Barthélémy. « Les brigands, écrit-il, ont passé outre sans commettre d'autres voies de fait que de se faire délivrer des subsistances. »

toujours le procureur général Mouysset, cette bande de brigands arriva au chef-lieu de la commune de Miramont qui devint bientôt le théâtre des plus grands excès contre les personnes et les propriétés ; et il fut d'autant plus facile à Florian et à sa troupe d'effectuer leurs projets criminels qu'ils trouvèrent dans ce lieu plusieurs individus qui étaient bien disposés à les seconder.

« Le drapeau blanc avait été arboré la veille sur le clocher de Miramont. Florian le fit descendre par quelques soldats de sa troupe, afin d'y substituer le drapeau tricolore. Il se rendit ensuite, d'après les indications qui lui avaient été données, et suivi d'une partie de sa bande, chez les sieurs Boëry-Laboissière et Lamour-Laboissière, au lieu de Laubarède, à une très petite distance de Miramont. Ils entrèrent dans cette maison comme des furieux. Us se saisirent de suite du sieur Lamour- Laboissière, en le traitant de brigand. Ils le garrottèrent avec un cable de charette qu'il trouvèrent dans une grange voisine ; ils menacèrent plusieurs fois de le tuer parce que la veille il avait arboré le drapeau blanc sur sa maison de Laubarède ; ils abattirent ce drapeau qu'ils attachèrent ensuite aux épaules dudit Lamour-Laboissière; et, dans cet état, Florian et sa troupe le conduisirent dans la ville de Miramont, comme pour le présenter en spectacle à quelques mauvais sujets qui étaient déjà accourus pour se réjouir de ces scènes atroces. Il fut amené sous la halle où il fut attaché et gardé par des soldats de Florian, armés de fusils et de bayonnettes.

« Un marchand juif, qui s'était rendu à la foire de Miramont et qui était logé dans une boutique de la maison du sieur Bonnefon, fut aussi désigné à Florian comme royaliste. Ce dernier le fit arrêter sur le champ ; on lui vola sa montre et une certaine somme d'argent ; il fut garrotté et conduit ensuite sous la halle à côté de Lamour-Laboissière.

« Des factionnaires de la bande de Florian avaient été placés au-devant de la maison du sieur Pierre Chevalier Bonnefon ; les voleurs entrèrent dans cette maison où ils volèrent un fusil double et une canne à lance. Ils se mirent ensuite à la recherche du sieur Bonnefon, qui, étant sorti pour parler au chef de la

bande, fut à l'instant même arrêté et fortement lié sur l'ordre de Florian et conduit sous la halle avec les deux autres victimes.

« Pendant que tout celé se passait, le sieur Guibert fils, garde du corps, revêtu du costume de sa garde, arriva à cheval à Miramont. Il continuait sa route sans s'arrêter ; mais ayant été signalé à Florian ou à sa troupe comme royaliste et portant la cocarde blanche, on courut après lui ; on le ht descendre de cheval ; on se saisit de sa personne ; il fut amené à Florian qui lui vola son cheval, une valise remplie d'effets, une épée, ses épaulettes, aiguillettes et éperons. Il fut aussi garrotté par les gens de Florian et réuni aux trois autres déjà arrêtés.

« Ces quatre particuliers furent ensuite conduits par Florian ou sa troupe à Laubarède. On les attacha à un arbre tout près de la maison des sieurs Laboissière, où ils furent gardés à vue. Boëry-Laboissière étant survenu, Florian menaça vivement de le punir de ce qu'il avait la veille arboré le pavillon blanc sur sa maison. Il lui porta la pointe de son sabre sur la poitrine ; mais Lamour-Laboissière ayant de suite crié que, si c'était un crime d'avoir arboré le drapeau blanc, c'était lui seul qui en était coupable, Florian dit à Boôry-Laboissière de se retirer, et celui-ci prit le parti de s'éloigner de son habitation.

(( Florian entra ensuite avec une partie de sa troupe dans la

maison des sieurs Laboissière, où il donna le signal du pillage,

/j en disant : « Pillez, mangez, buvez, mettez tout en déroute. »

« Aussitôt la maison de Laubarède fut pleine de monde. // Beaucoup de personnes de la commune de Miramont ou des environs s'introduisirent pêle-mêle avec la bande de Florian dans tous les appartemens de cette maison. Il fut pratiqué des infractions sur presque tous les meubles fermant à clef. On vola partie de l'argenterie, beaucoup de linge de table et de lit, tout le linge de corps des sieurs Boëry-Laboissière et Lamour-Laboissière, presque tout leur vestiaire, beaucoup de bijoux, les épaulettes du sieur Boëry, plusieurs paires de pistolets, tout le vestiaire de feue dame Darribaud, presque tout celui des deux servantes de la maison, huit francs d'argent à l'une d'elles et cent vingts francs audit sieur Lamour-Labois-

sière : les pillards se livrèrent ensuite à des orgies ; ils mangèrent presque tout le confit et les jambons et burent ou laissèrent perdre une barrique de vin. En un mot tout fut mis au pillage.

« Pendant que ces désordres avaient lieu, Guibert, l'un des quatre individus qui étaient attachés àun arbre, ayant demandé qu'on lui apportât de l'eau-de-vie, on vit Florian se présenter sur la porte de la maison de Laubarède et parler en ces termes : « Brigands, pour le peu de temps qu'il vous reste à vivre, vous pouvez mourir à jeun. Dans un instant vous allez brûler dans cette maison. » Ces menaces furent encore réitérées plusieurs fois dans cette matinée par le même Florian.

« Il était instruit que Lamour-Laboissière avait une jument. Il savait aussi, par l'intelligence qu'il avait avec des mauvais sujets de la contrée, que Lamour-Laboissière avait donné le nom de Coquette à cette jument ; et Florian lui lit la demande en ces termes : « Dis-moi, brigand, où est la Coquette ? » Laboissière ne répondit rien. Mais Florian, ayant découvert qu'elle était dans la prairie voisine, la fit saisir par les soldats de sa troupe .

« M. le Maire de Miramont (1) se rendit, mais un peu tard, au lieu de Laubarède, afin de tâcher d'apaiser Florian et d'éviter par là de plus grands désordres. Il s'intéressa auprès de lui pour rendre à la liberté les quatre individus qui étaient arrêtés et étroitement garrotés. Mais Florian continua de proférer des menaces d'incendie et de mort. Il adressa de vifs reproches à M. le Maire de ce que, la veille, il avait fait arborer le drapeau blanc sur le clocher de Miramont. Cependant le maire insista pour qu'il rendit à la liberté le sieur Bonnefon et le marchand juif. Florian y consentit ; mais à l'égard du sieur Bonnefon seulement, et à condition que le maire ferait de suite arborer le drapeau tricolore sur le clocher de Miramont : ce qui fut exécuté à l'instant, et Bonnefon fut délivré. Florian ajouta qu'il ne rendrait le juif à la liberté que tout autant que celui-ci lui donnerait cent pistoles.

(1) P. Brunet, maire de Miramont en 1815 et 1816.

« Florian, ayant après cela rassemblé sa troupe qui était chargée de plusieurs paquets renfermant partie des objets volés, fit détacher de l'arbre Lamour-Laboissière, Guibert et le marchand juif. Il partit de Laubarède à la tête de ses bandits, et lit conduire ses trois victimes du côté des bois de Brondau, à une lieue environ de Miramont.

« Ce fut dans ce lieu que Florian dit à sa troupe, en parlant de Lamour-Laboissière : « Qu'on m'amène ce crâne ; — tu vas mourir, dit-il. — // y a trois Jieures que je m'y attens, répondit Laboissière. — Tu ne palis pas, lui dit Florian ? — Non. — Le brigadier de cette bande lui dit : Je promets de ne pas te manquer. — Eh bien ! répond Laboissière, tire-moi entre les deux yeux. — Qu'on les lui bande, observa Florian. » Mais, Laboissière ayant répondu qu'il n'en avait pas besoin, alors Florian dit : « Il est brave ; qu'on le renvoyé. » Ensuite il le rappela, et, lui présentant une liste, il lui dit : « Lis ». Et il est prétendu par Laboissière qu'il vit dans cet écrit que le sieur Coustau-Beaubrun et lui-même y étaient désignés pour être condamnés à mort, que leurs maisons ainsi que celles de plusieurs autres individus y étaient indiquées comme devant être pillées.

« Le marchand juif fut aussi délivré; et Florian leur dit qu'ils pouvaient se retirer. Mais il retint encore le sieur Guibert en observant qu'il avait un mot d'ordre à lui donner. Bientôt après, Florian le fit coucher par terre ; on le fouilla ; il lui fut volé une pièce d'or de vingt francs, et ensuite il fut renvoyé comme les deux premiers (1). »

L'affaire de Miramont fit grand bruit dans le département et y provoqua une émotion considérable. Elle donna lieu entre les autorités constituées à une volumineuse correspondance conservée aux Archives départementales de Lot-et-Garonne. Nous y trouvons, entre autres pièces, une fort curieuse lettre du père du jeune officier Guibert au Préfet de Lot-et- Garonne, en date du 24 juillet 1815, signée Guibert-Sissac,

(1) Procédure de la seconde bande de Florian, au greffe de la Cour d'appel d'Agen. Acte d'accusation du 5 octobre 1815. Pièce n° 64.

adjoint de la commune de Soumensae, et qui débute ainsi : « Les bayonnettes des puissances alliées nous ont enfin rendu notre bon Roi et notre premier magistrat du département de Lot-et-Garonne, Dieu soit loué ! » Puis il raconte à son tour, d'après la déposition de son fils, « dont les jambes sont broyées de coups, » le drame de Miramont ; et il termine par cette observation : a Je ne dois point vous laisser ignorer, Monsieur le Préfet, que le sieur Boussion, que M. Bonnefon, son parent, envoya chercher, arriva, renouvela connaissance avec le chef des brigands pour s'être vus au champ de May, que même il se qualifiait de Préfet. Je dois vous assurer qu'il ne s'apitoya pas sur le sort des détenus restés trois, puisqu'il ne plaida pas aucun élargissement. Mon fils se retirant, c'est alors qu'il le salua et le reconnut pour mon fils. » Il le pria de rendre compte au ministre de la guerre « de l'événement arrivé à son fils et de la cause de son retard à partir. Car il ne doit point ignorer qu'il avait été arrêté et mis en prison à Marmande par ordre de M. Rouen des Mallets (1), jugé par le tribunal, et qu'il n'avait recouvré sa liberté que pour être envoyé sous la surveillance du maire de cette commune (2). » Le comte de Villeneuve-Bargemont, de son côté, préfet de Lot-et-Garonne, préoccupé des conséquences de l'affaire de Miramont, et pour empêcher le renouvellement de pareils faits, écrit aussitôt, le 24 juillet, à ses collègues de la Gironde et de la Dordogne une lettre où il les prévient que « le sieur Florian, chef d'une troupe, dite compagnie franche, est passé à Agen le 21 juillet, qu'il s'est dirigé sur Miramont, y a commis des excès et peut aller de là soit dans la Gironde, soit dans la Dordogne. » Il leur conseille de prendre des mesures énergiques ; « car cet homme, ajoute-t-il en terminant, que nous avons vu ici dans l'hiver de 1814 à la tète d'une compagnie de partisans, est extrêment dangereux (3). »

(1) Préfet de Lot-et-Garonne pendant les Cent-jours.

(8) Archives départementales de Lot-et-Garonne. Série M. Bande de Florian.

(3) Idem.

En quittant Miramont, Florian ne jugea point à propos d'aller dans la Gironde, mais il prit des chemins détournés, craignant d'être poursuivi, et se dirigea avec sa bande du côté d'Issigeac.

« Ils arrivèrent, vers les dix heures du soir de cette même journée du 21 juillet, nous apprend toujours le procureur général Mouysset dans l'acte d'accusation, au domicile de M. Larramière, maire de la commune de Monmarès et adjoint à la mairie d'Issigeac. Ils abattirent le drapeau blanc arboré sur la maison du maire et prirent logement chez lui.

« Ce fonctionnaire se rendit de suite auprès du maire d'Issigeac pour lui annoncer ce qui se passait chez lui; et, en même temps, il lui donna la certitude que bientôt cette troupe arriverait à Issigeac.

« Dès le 22 au matin, Florian et sa bande se portèrent, en effet, sur cette ville. Elle s'était divisée en deux pelotons. Le peloton, qui était commandé par Florian, se trouvait composé d'environ vingt-deux hommes, les uns à cheval, les autres à pied ; il passa partie dans la ville et partie autour, et ne s'arrêta pas. Il continua sa route, en se dirigeant du côté de Faux.

a Vers cinq heures de la même matinée, on vit arriver encore à Issigeac le deuxième peloton de cette bande, composé de huit individus, parmi lesquels on reconnut le nommé Jean Vincent, dit Phylippe, jardinier de ladite commune d'Issigeac. Quelques-uns d'entre eux, s'étant adressés au maire, lui dirent qu'ils étaient français et bien français, qu'ils formaient l'avantgarde d'un corps de cent cinquante hommes qui arriveraient à Issigeac dans un quart d'heure. Ils demandèrent qu'il leur fut donné des rafraîchissements. Mais le maire, s'étant aperçu que ces gens-là n'étaient que des brigands, ne voulut pas les accueillir. Alors ils se réunirent tous sur la place, causèrent quelque temps avec ledit Vincent. Ils menacèrent de descendre le drapeau blanc qui flottait sur le clocher ; ils se mirent en rang, portèrent l'arme au bras ; après quoi ils traversèrent la ville et se rendirent directement à la maison de campagne de la dame Goguard, épouse Pommarède, à une très petite dis-

tance d'Issigeac, où, après avoir effrayé cette dame et sa famille, ils se firent donner à manger et à boire. Cependant une des demoiselles Pommarède, étant sortie furtivement de sa maison, appela du secours. Ses cris furent entendus des habitants d'Issigeac, qui n'avaient pas cessé de se tenir en observation. Le maire fit sonner le tocsin ; la garde nationale prit les armes ; elle se transporta chez la dame Pommarède où elle arrêta ces huit individus qui furent désarmés et conduits à la mairie d'Issigeac. On trouva sur eux plusieurs paquets contenant beaucoup de linge de corps, des habits, des mouchoirs, une montre en or, deux rasoirs, une boucle d'argent pour le col et plusieurs autres objets qui depuis ont été reconnus pour appartenir aux sieurs Boëry-Laboissière et Lamour-Laboissière ; on saisit aussi un fusil à deux coups, dont Vincent était porteur et qui a été reconnu depuis pour être le fusil volé au sieur Pierre Chevalier Bonnefon. Tous ces effets furent déposés à la mairie d'Issigeac, et il résulte du procès-verbal dressé par le maire que les individus arrêtés convinrent que le tout provenait de leurs rapines.

« Ils furent traduits ensuite devant le procureur du Roi à Bergerac et successivement à Marmande et à Agen où une procédure a été instruite devant la Cour royale.

« Anson, dit Méricain, qui faisait aussi partie de la troupe de Florian, fut arrêté à Miramont le lendemain du pillage.

« Sauvignac dit lou Fi, Frayssinet dit Feytou, Pasquet, Hébrard, Dutreil et Bachelerie, domiciliés de Miramont ou des communes environnantes, n'ont été arrêtés que par suite de l'information (1). »

Le 29 juillet, en effet, le nouveau sous-préfet de Marmande, Lamarque, prévenait son chef hiérarchique que neuf individus de la bande de Florian avaient été arrêtés le 22 à Issigeac, qu'ils venaient d'être traduits à Marmande, et que de concert avec le procureur du Roi Grangeneuve ils allaient être envoyés à Agen. « On dit, ajoute-t-il, qu'ils ont tous pris

(1) Procédure de la seconde bande de Florian, au greiïe de la Cour d'Agen.

part aux atrocités et pillages qui ont eu lieu à Miramont (1). »

C'étaient les nommés : Ludwig, dit Jean Smith, Boyer, Boudet, Poukowski, Ribotte, Jean Gaspard, Wachner, Anson et Jean Vincent, dit Phylippe.

Voici du reste, toujours d'après l'acte d'accusation, les charges qui pesaient sur chacun de ces individus :

« La procédure présente de si fortes charges contre Florian qu'il doit nous suffire de dire à son égard qu'il est le principal auteur de tous les crimes qui furent commis à Miramont et à Laubarède dans la matinée du 21 juillet ; non seulement comme ayant ordonné à sa bande de les commettre, mais encore comme y ayant coopéré de la manière la plus active, ainsi qu'il a été déjà démontré

« Ludwig, Ribotte, Pôûkowski, Boudet, Gaspard, Boyer, Wachner et Anson, faisaient partie de la bande de Florian. Ils partirent d'Agen avec leur chef et arrivèrent aussi avec lui à Miramont ; et ce fut encore avec lui qu'ils prirent la part la plus active dans les vols et les violences qui font le sujet de l'accusation, et principalement dans le pillage des maisons des sieurs Laboissière.

« Les sept premiers de ces individus furent tous trouvés nantis, lors de leur arrestation aux environs d'Issigeac, d'une grande quantité d'effets volés dans ladite maison de Laubarède ; et quand ils ont été interrogés soit à Bergerac, soit devant le commissaire de la Cour royale, ils avaient encore sur le corps des chemises reconnues avoir été volées au sieur Laboissière.

« Anson était resté en arrière de la troupe de Florian, lorsque celle-ci partit de Miramont. Il fut rencontré et arrêté le lendemain du pillage, tout près de la maison de Laubarède, vêtu d'un habit qui. fut reconnu de suite pour avoir été volé au sieur Boéry-Laboissière.

« Vincent, jardinier des environs d'Issigeac, se trouvait à Miramont, lorsque la bande de Florian y arriva. Il s'enrôla

(1) Archives départementales de Lot-et-Garonne. Série M. Bande de Florian.

dans cette troupe ; il désigna Lamour-Laboissière à Florian, comme lui ayant la veille fait crier par force Vive le Roi ! On le vit continuellement en activité dans la bande. Il offrit à Florian de lui indiquer les maisons de plusieurs royalistes ; il a été vu prenant part au pillage dans la maison de Laubarède. C'est encore Vincent, qui, dans la journée du 22 juillet, conduisit une partie de la bande de Florian chez la dame Pommarède, près d'Issigeac, où ils se firent donner à manger et à boire et où il fit les plus vives menaces à cette dame ; il lui porta même le poing à la figure, parce que le pavillon blanc était arboré sur sa maison ; et lorsqu'il fut arrêté avec les autres, on le trouva nanti d'un fusil à deux coups qui avait été volé à Miramont chez le sieur Bonnefont.

« Savignac, dit Lou Fi et le Triomphant, forgeron et serrurier, se joignit aussi à la bande de Florian à Miramont ; il s'introduisit dans la maison des sieurs Laboissière, et il est prétendu que c'est lui qui, à l'aide de quelques instruments de son état, enleva les serrures, força ou fractura conjointement avec les autres pillards presque tous les meubles de cette maison. Il prit également une part très active au pillage. Il s'offrit même pour conduire les brigands chez le sieur Cousteau-Beaubrun, à Lamothe-d'Alès ; on a trouvé aussi sur lui, entre autres objets, un patalon de nankin et un autre en laine noire qui ont été reconnus avoir été volés chez les sieurs Laboissière.

« Freyssinet, dit Feytou, cordonnier, fut reconnu parmi les gens de la bande de Florian. Il passa tout près de Lamour- Laboissière qu'on avait arrêté et garrotté et s'adressant à lui il lui dit : Eh bien ! Vidase, criera-tu vive le Roi à présent t. On le vit s'introduire pendant le pillage dans les appartements de la maison' Laubarède et ressortir de cette maison, ayant son tablier de cuir rempli d'effets. Il vendit bientôt après un habit, moyennant cinq francs, à un nommé Chazette, son garçon de boutique ; cet habit ayant été remis peu après par ce dernier à la mairie de Miramont, il a été reconnu pour appartenir à Laboissière fils.

« Parquet, ménétrier, fut vu aussi dans la maison Lauba-

rède pendant le pillage. Il mangea et but avec la troupe de Florian ; et il s'éleva contre lui des soupçons assez graves sur sa coopération active aux vols qui furent faits dans cette maison.

« Hébrard, Dutreil et Bachelerie sont présentés par la procédure et par l'arrêt d'accusation comme s'étant rendus complices des faits imputés aux treize accusés dont il vient d'être parlé, et il existe aussi contre eux d'indices très graves de culpabilité.

« Hébrard était à Miramont lorsque Florian y arriva avec sa bande vers les cinq heures du matin du 21 juillet. On le vit allant joindre bien vite sur la place le chef de cette troupe, lui tendre la main et lier conversation avec lui. On le vit encore, au bout d'une rue et près des Cornières, conférer longtemps avec un prétendu sous-officier de cette bande et lui remettre un papier plié, sur lequel ce sous -officier écrivit quelque chose avec un crayon. Hébrard tint aussi conversation avec les soldats de ladite troupe et leur montra du doigt la porte de la maison du sieur Pierre Chevalier Bonnefon, qui bientôt après fut arrêté et volé. II se rendit ensuite à Laubarède pendant qu'on pillait la maison des sieurs Boëry et Lamour-Laboissière. L'ayant prié de s'intéresser pour son maître, il répondit oui, oui, mais avec un air de mépris ; un moment après, il s'y renferma avec Florian dans une chambre du sieur Boëry-Laboissière, où il resta longtemps, sans qu'on ait pu savoir le motif.

c De son côté, Hébrard prétend qu'il ne se rendit à Laubarède que pour intercéder auprès de Florian, afin de faire délivrer les quatre personnes qu'on avait garrottées et attachées à un arbre ; que ce fut même par son intercession que le Chevalier Bonnefon fut rendu à la liberté et qu'il obtint l'assurance de la part de Florian que les trois autres seraient aussi renvoyés.

« Dutreil a été, dans ladite matinée du 21 juillet, conduire lui-même quelques soldats de Florian vers la boutique du marchand juif, en leur disant : C'est celui-là, et de suite ce marchand fut arrêté et pillé.

« Enfin, Bachelerie, le seizième et le dernier des accusés,

— Al —

devait partir de Miramont dans la matinée du 21 juillet pour servir d'assistant à l'huissier Coulet, qui se proposait d'aller remplir quelque commission de son ministère ; mais dès le moment de l'arrivée de Florian et de sa troupe, Bachelerie ne voulut pas suivre l'huissier ; il préféra rester à Miramont où il favorisa bientôt les projet criminels de la bande de Florian. Bachelerie fut vu par plusieurs personnes signaler directement le sieur Guibert aux brigands pour le faire arrêter. On l'entendit crier au moment même où Guibert traversait à cheval la ville de Miramont : « Tenes, voilà un royaliste qui passe; regardez, il a la cocarde blanche » ; et à l'instant même on courut sur le sieur Guibert ; on le contraignit à descendre de cheval ; il fut garrotté, dévalisé et son cheval lui fut volé.

a C'est d'après tous ces faits qu'une procédure a été instruite devant la Cour royale d'Agen, et qu'a été rendu l'arrêt de la chambre des mises en accusation du 16 septembre dernier.

« En conséquence, lesdits Florian, Jean Laurent Ludwig surnommé Smith, Joseph Ribotte, Jean Poukoski, Etienne Boudet, Jean Gaspard, Jacques Boyer, Joseph Wachner, Guillaume Ansson, Jean Vincent surnommé Phy lippe, Jean Sauvignac dit Lou-Fi et le Triomphant, Antoine Freyssinet dit Feytou, et Antoine Pasquet sont accusés d'être auteurs :

1° D'un vol d'argenterie, de beaucoup de linge de table, de lit et de corps, d'un grand nombre de vêtemens et de bijoux, d epées, d'épaulettes, de pistolets, d'argent monnayé, d'une jument et d'une grande quantité de comestibles, commis dans la maison dite de Laubarède, au préjudice des sieurs Boëry- Laboissière, Lamour-Laboissière et de deux filles de service employées dans ladite maison;

2. Du vol d'un cheval, d'une valise remplie d'effets, d'une épée, d'épaulettes, d'aiguillettes, d'éperons et d'une somme d'argent faite au préjudice du sieur Guibert fils ;

3° Du vol d'un fusil double et d'une canne à lance, commis dans la maison du sieur Pierre Chevalier Bonnefon ;

4° Enfin du vol d'une montre et d'une somme d'argent fait au préjudice d'un juif marchand de toile, qui se trouvait alors à Miramont.

Avec les circonstances suivantes, que ces vols ont été commis : 1° Par plusieurs personnes ; 2° que plusieurs d'entre elles étaient porteuses d'armes apparentes ; 3° enfin avec violences et menaces de faire usage de leurs armes.

« Et lesdits Hébrard, Pierre Dutreil et François Bachellerie sont accusés de s'être rendus coupables desdits vols, avec les circonstances ci-dessus détaillées : 1° pour avoir par des machinations ou artifices coupables provoqué les auteurs à ces actions, ou donné des instructions pour les commettre; 2° pour avoir fourni des moyens qui ont servi à l'action, sachant qu'ils devaient y servir ; 3° enfin pour avoir avec connaissance aidé ou assisté les auteurs des crimes dans les faits qui les ont préparés ou facilités ou dans ceux qui les ont consommés (1) ».

Les autres affiliés de la bande s'étaient éparpillés aussitôt après ces arrestations, conduits par Florian d'abord autour de Périgueux, puis vers Limoges et Ussel. Traqués vigoureusement par les autorités locales et les brigades de gendarmerie, ils ne tardèrent pas à être pris. C'est ainsi que Custodio, le domestique de Florian, et avec lui Edouard-Etienne , cuisinier, et Prévanc/té, furent arrêtés le 2 août, à trois lieues de Périgueux, venant de Limoges ; Teincher et Clazan, le 7 août, à Meymac, venant du côté de Clermont ; enfin Martin-Joseph et Lafleur à Ussel, dans la Corrèze, « deux ou trois jours, disent-ils, après avoir quitté Florian. »

Tous conduits dans les prisons d'Agen, ils subirent, à la fin de novembre, de longs interrogatoires où ils déclinent leurs noms, prénoms et professions, apprennent ce qu'ils faisaient avant de s'enrôler dans la troupe de Florian, reconnaissent certains faits, avouent quelques peccadilles, mais nient énergiquement la plupart des crimes qui leur sont reprochés (2).

L'instruction était terminée au commencement de 1816. Le 5 janvier de cette année, S. E. le garde des sceaux Barbé- Marbois accuse à M. le Procureur général près la Cour d'Agen réception de toutes les informations prises et envoyées

(1) Procédure au greffe de la Cour d'Agen. Acte d'accusation.

(2) Idem.

par lui au sujet de la bande de Florian ; il est d'avis qu'il ne peut être statué par une seule procédure sur tous les faits imputés à tous les individus de la même bande et qu'il faut juger d'abord les seize prévenus de l'affaire de Miramont devant la Cour d'assises du Lot-et-Garonne, « sauf, dans le cas où quelques-uns des accusés seraient inculpés dans le cours des débats d'avoir participé aux excès commis soit dans le ressort de la Cour de Limoges, soit dans celle de Riom. » Il recommande la plus extrême diligence.

L'arrestation postérieure, hors du département, des six derniers prévenus, leur renvoi à Agen, retarda, pour cause de procédure, la solution de cette affaire qui passionnait au plus haut point l'opinion.

Enfin, elle fut appelée devant la Cour d'assises du département de Lot-et-Garonne le 1er mars 1816.

L'audience était présidée par M. Jean Desmolin, conseiller, assisté de MM. Guillemette, Boysson et Graulhié, conseillers titulaires et d'un conseiller-auditeur, M. Labastide-Cornier. M. Falque, substitut pour le service du parquet, occupait le siège du ministère public. Etaient jurés MM. Boisvert, président, de Vivie, de Luppé, Verdun-Labarthe, Imbert, de Michel, Lafon, Amouroux, de Saint-Amans, de Montaut, Castaing et de Rissan.

Deux interprêtes, Casse, menuisier, et Grimai, militaire, furent désignés, l'un pour Wachner, allemand, et l'autre pour les deux prévenus Anson et Wilson, anglais, qui ne connaissaient pas notre langue.

Me Baradat était l'avocat des seize premiers prévenus, Me Pons défendait Vincent, Sauvdgnac, Frayssinet, Pasquier et Dutreil.

Les débats durèrent six jours, du vendredi 1er mars au mercredi 6 mars. Plus de cinquante témoins furent entendus soit à charge, soit à décharge. Enfin, fut rendu le verdict qui fut des plus sévères. Smith, Ribotte, Poukoski, Boudet, Gaspard, Boyer, Wachner , Anson , Edouard Custodio, Prevanché, Cluzan, Teincher, Wilson, Bachelerie, Frayssinet, Vincent et Jean Sauvignac, furent condamnés, ces deux derniers comme

auteurs principaux, les seize autres comme complices, a à la peine des travaux forcés à perpétuité, et à être flétris sur la place d'Agen avec un fer brûlant, par l'application de l'empreinte des lettres T. P. sur l'épaule droite, tous solidairement aux dépens. »

Pierre Hébrard, à cause de son grand âge, ne fut condamné qu'à la réclusion à perpétuité.

Pasquet et Dutreil, seuls, furent acquittés.

Quant à Edouard-Etienne, Custodio, Prevanché, Cluzan, Teincher et Wilson, comme ils étaient accusés d'autres crimes dans la région de Limoges, notamment de vols commis à Saint- Germain-les-Belles-Filles, au château de Gourganderie, au préjudice du général comte Souhan, et au château du Rouzet, dans le Puy-de-Dôme, appartenant à M. Duprat, chevalier de Saint-Louis, la Cour d'Agen ordonna que lesdits prévenus seraient renvoyés devant la Cour de Limoges, pour y être jugés sur ces nouveaux crimes.

Vainement Me Baradat fit entendre une énergique protestation, basée sur ce qu'il fallait distinguer entre les divers accusés, et graduer leur peine. Le jury maintint sa première manière de voir ; et la Cour, se conformant à cette décision conforme à l'art. 59 du Code pénal qui punit le complice de la même peine que l'auteur principal, déclara bien jugé son précédent arrêt (1).

« Quelques-uns des condamnés, écrit encore Proche dans ses Annales de la ville d'Agen, après avoir entendu leur arrêt, se sont livrés aux emportements de la fureur, ont poussé des cris horribles et fait des menaces aux juges et aux jurés. Ils ont dit que bientôt Napoléon viendrait les délivrer et les venger ; ils n'ont cessé de crier : Vive l'Empereur ! jusqu a la prison. L'un d'eux, ancien officier de gendarmerie (Pierre Hébrard), âgé de 74 ans, a été condamné à une prison perpétuelle, à cause de son grand âge (2). »

Tous se pourvurent en cassation dès le lendemain 7 mars. Le

(1) Greffe de la Cour d'Agen.

(2) Proche, Annales do la cille (/'Af/en, p. 246.

pourvoi fut rejeté. En conséquence, nous apprend toujours Proche, douze d'entre eux ont été exposés sur la place publique et flétris le 22 mai. L'officier de gendarmerie, jugé avec eux, a subi seulement l'exposition à cause de son grand âge. Leurs complices, au nombre de six, n'ont pas été exposés. Ils sont partis le môme jour pour Limoges où ils doivent être jugés pour d'autres crimes qui méritent la peine capitale (1). Pendant qu'on ramenait les autres dans la prison et pendant qu'ils étaient exposés, non contents de crier sans cesse : Vive l'Empereur! ils ont proféré mille imprécations et vomi des injures contre les personnes qui les regardaient, soit sur la place, soit en passant dans les rues ; mais leurs cris étaient étouffés par ceux du peuple qui leur répondait par ceux de Vive le Roi ! Dès qu'ils sont arrivés dans la prison, ils n'ont cessé de faire des tentatives pour s'évader, brisant leurs fers, rompant les barreaux et faisant des trous profonds dans les murs. Ils ont tenu la police en surveillance nuit et jour. On leur a trouvé des outils, comme limes, marteaux, ciseaux, sans qu'on ait pu savoir comment ils se les étaient procurés (2). »

Ces malheureux restèrent dans les prisons d'Agen jusqu'au 25 juillet 1816. Ce jour-là, ils furent attachés à la chaîne et partirent le lendemain.

Florian seul n'avait pas été pris. Il ne fut condamné que par contumace.

Après avoir erré les premiers jours d'août en Limousin et dans le centre de la France, il fut vu pour la dernière fois à Bourganeuf , dans la direction de Moulins, où, après de nouveaux actes de brigandage et des scènes de la plus extrême violence entre lui et ses affiliés, ces derniers l'abandonnèrent (3). Depuis, on n'entendit plus parler de lui. Il disparut, comme il était venu, sans laisser trace ni de son origine ni de sa fin.

Cependant Faugère-Dubourg, dans le commentaire d'un de ses sonnets intitulé le Capitaine Florian, écrit, à la page 198

(1) C'était : Cluzan, Teincher, Wilson, Custodio, Edouard-Etienne et Prévanché.

(2) Proche, p. 254.

(3) Déposition des derniers inculpés.

de la Guirlande des Marguerites (1): « A la rentrée des Bourbons, Florian se hâta prudemment de passer en Amérique et fut mourir au champ d'asile du Texas. » Sur quoi l'aimable poète Néracais a-t-il basé ce renseignement ? Faute de contrôle, nous lui en laissons toute la responsabilité.

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