SPECTACLE DE MONSIEUR D^ARGENTAL
MÉLANiE, de M. de La Harpe.
Le bon fils, comédie nouvelle de M. de Fiorian, en trois actes et en prose. Suivie d'un Proverbe.
Les afliches de ce genre devaient se renouveler souvent. La Harpe et Fiorian écrivaient; Madame de Mmeux jouait le rôle d'Argentine ; et dans la salle se pressaient les nombreux amis, d'Alembert, Diderot, l'abbé Trublet, Duclos, Maurepas, Hénault, Rulhière, les abbés de Bernis, de Voisenon, Richelieu, Pont de Veyle, et plus tard des noms plus tristement célèbres, des futures victimes, Rabaut Saint- Etienne, que l'échafaud attendait en 93, Boissy d'Anglas, qui put y échapper. Mais on n'en était pas là encore, et si quelques-uns voyaient s'assombrir l'horizon, plus d'un disait comme Beaumarchais, quelques années avant 1789: « Le récit du tremblement de terre de Lisbonne m'émeut, parce qu'il peut en arriver autant à mon pays, mais je ne saurais m'intéresser au
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récife de quelque grande révolution d'un Etat voisin, parce que, chez nous, cela est impossible. » Nul n'est prophète en son pays.
Pour le moment, on songeait d'abord à passer le temps agréablement, on causait, on rimait, on jouait la comédie. Florian brillait dans cet exercice ; il était l'un des premiers rôles du théâtre d'Argental. « C'était chez le comte d'Argental que le chevalier de Florian jouait le plus souvent la comédie de société. Il avait été facile à un élève de Voltaire d'obtenir l'amitié d'un vieillard qui vivait pour aimer, pour obliger et pour défendre son illustre ami (1). » Aussi Florian fut-il longtemps imprésario et jeune premier à l'hôtel du quai d'Orsay.
L'été, on le passait à la campagne et l'on accumulait pour l'hiver les gais souvenirs, « Romainville, Sceaux, le bois de Boulogne^ nos petits voyages sur la Seine, la riante vue de Saint- Cloud, et toutes ces belles choses qu'embellissaient encore la confiance et la liberté (2). »
(1) Lacretelle, Eloge de Florian, entête de l'édition Briand, t. T, p. 73.
(2) Lettre de Rabaut Saint-Etienne, de Nîmes, 3 avril 1788.
Floriaii débuta clans les lettres vers 1779. « Un jeune militaire, dit Sainte-Beuve (1), qu'on appelait par confusion et par ricochet un petitneveu de Voltaire, ne pouvait que trouver faveur à sa suite et au lendemain de son apothéose. » C'était, en effet, l'année précédente que le vieux malade de Ferney avait reçu, à la représentation de son Irène, les plus éclatants témoignages de l'admiration publique. On conçoit avec quelle faveur on allait accueillir le descendant d'un tel homme, l'héritier littéraire de tant de gloire, qui se présentait avec ses premiers ouvrages, si neufs et si gracieux, ses Arlequinades, prélude aimable à des œuvres plus fortes, ses romans et surtout ses fables.
(1) Cavgerha du Lundi, III, 233.