‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 14 sur 112 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Royaumes de Chen chen. — Ou hou. — Kao tchhang.

Le royaume de Chen chen (•) est un pays montueux et très-inégal. La terre y est maigre et stérile. Les mœurs des habitants, leurs habillements sont grossiers et semblables à ceux de la terre de Han (a) : la seule différence est dans l’usage du feutre et des étoffes.

Le roi de ce pays honore la loi (3) . 11 peut y avoir dans ses états environ quatre mille religieux, tous attachés à l’étude de la petite translation (4). Les laïques (5), dans tous ces royaumes, aussi bien que les Cha men (6), pratiquent tous la loi de l’Inde (7), avec des différences qui tiennent à plus ou moins de grossièreté ou de raffinement.

A partir de ce point, tous les royaumes qu’on trouve en voyageant 4 l’occident ressemblent plus ou moins 4 celui-ci : seulement chaque royaume a une langue barbare qui est différente (8) ; mais les religieux s’appliquent tous 4 l’étude des livres de l’Inde et de la langue de l’Inde (9).

Fâ hian et les autres séjournèrent ici un mois et quelques jours; puis ils se remirent en route, et voyageant quinze jours du côté du nord-ouest, ils parvinrent au royaume de Ou i (10). Les religieux du royaume de Ou i sont aussi au nombre d’environ quatre mille , tous delà petite translation. Ils sont, quant 4 la loi, exacts et bien réglés. Les Cha men de la terre de Thsin (11) qui arrivent dans cette contrée ne sont pas préparés aux usages de ces religieux. Fâ hian, qui était muni d’une patente, se rendit au campement où Koung sun, qui régnait alors, le retint deux mois et quelques jours. Ensuite il revint auprès de Pao yun et des autres. Tous ensemble trouvèrent que les

FOË KOUË KL habitants du royaume de Ou i n'étaient point occupés de la pratique . des rites et de la justice, et qu’ils exerçaient peu l'hospitalité envers les voyageurs. C’est pourquoi Tchi yan , Hoeï kian et Iloeï ’weï retournèrent immédiatement dans le pays de Kao Ichhang (n), dans le dessein de demander des secours pour leur voyage. Fa bian et les autres avaient reçu une patente ; Koung sun leur avait donné des provisions : ils purent donc se mettre en route tout de suite et s’avancer du côté du sud-ouest.

Le pays qu’ils traversèrent est désert et sans habitations. On a une peine extrême pour passer les rivières. 11 n’y a rien dans la vie que l’on puisse comparer aux fatigues que l’on a à endurer. Ils furent en route un mois et cinq jours , après quoi ils réussirent à atteindre Fa Ihian.

(1) Le rgyaamc de Chen chen.] Ce pays, d’abord nommé Léo a lan, était situé aux environs du lac de Loi. Cest une contrée sablonneuse et stérile, et cet état n’a jamais été puissant. Il fut connu du temps des Han , et confinait alors , du côté du sud-est, avec la peuplade tibétaine appelée Eal kiang , et du côté du nord-ouest, avec les Ouîgours Tchhe sse. Le nom de Lcou lan fut changé en celui de Chen chen dans le premier siècle avant J. C. Ma touan Un donne une courte notice sur ce pays’. Voyex aussi Deguigncs, Histoire des Huns k,

(1) La terre île Ilan. ] La Chine , ainsi nommée depuis la dynastie de Han , dont la puissance a laissé de longs souvenirs. On dit encore à présent Han jin, les Chinois, Han iu, la langue chinoise , quoique les Han aient cessé de régner depuis seixe cents ans.

(3) Le roi honore la loi.] Il s’agit de la loi par excellence, c'est-à-dire de la loi de Foë ou du Bouddhisme.

(4) Qnatrc mille religieuse, tons de la petite translation.] Les religieux sont appelés ici du nom qu'on leur donne le plus souvent, Seng, du sanscrit Sanga ( unis, joints par un lien commun). J ai donné l'explication de cette expression, qui s'est introduite

' If Vu kian thoang khao. liv. CCCXXXVI, pag. y — ' Ikld. loin U, psg. ij

dans la langue chinoise , et qui sert k désigner les prêtres bouddhistes * ; elle revient à celle de fidèles ou ecclésiastiques.

On partage, sous le point de vue moral, les Sangas en quatre classes : i° ceax gai accomplissent la justice; ce sont les Bouddhas, les Lokadjyeshthah (honorables du siècle), ainsi que les Bodhisattwas, les Pratyeka-Bouddhas, les Shrâwakas, etc., dont la vertu est au-dessus des lois mêmes, et qui , surmontant tous les obstacles, ont obtenu leur propre délivrance ( moakti ). 5° Les Sangas ordinaires du siècle; ce sont les hommes qui rasent leur barbe et leurs cheveux, qui se revêtent du kiacha, qui ont embrassé la vie religieuse et scs obligations , et savent observer les préceptes et les défenses de Bouddha. 3* Les Y a rang seng , Sangas montons mueh; ce sont les hommes stupides et ignorants qui ne savent pas comprendre la différence qu’il y a entre l'action de commettre ou de ne pas commettre les péchés fondamentaux (tuer, voler, forniquer, mentir), et qui, étant tombés en des péchés moins énormes, ne sont point capables de faire éclater leur repentir. 4" Enfin les Sangas éhontés qui, ayant embrassé la vie religieuse, ne se font pas scrupule d'enfreindre les préceptes et observances qui leur ont été imposés, et qui, affranchis de toute honte et de toute pudeur, ne craignent pas même les fruits amers qui leur en reviendront dans les siècles futurs b.

La petite translation, la grande translation, sont deux expressions qui reviendront souvent dans le récit de Fa hian : il faut les expliquer une fois pour toutes. Deguignos en a fait imparfaitement connaître le sens*, et n'a pu en retrouver l’origine. On dit en chinois ta teking , la grande révolution; siao iching, la petite révolution. Tching est un mot qui désigne la translation, le passage d‘un lieu tl an autre, la révolution, le tour, et aussi un moyen quelconque de transport, comme un char, une monture. Il est l’équivalent parfait du sanscrit yâna , qui a les mêmes significations*1. Mais l'un et l’autre acquièrent dans la doctrine bouddhique une valeur toute particulière. Ce n’est pas, comme l’a cru M. Schmidt, celle de tradition (Ueberlieferung)* : c’est une expression mystique pour désigner faction que l’âme individuelle peut et doit exercer sur elle - même , afin de se transporter à une condition supérieure. Comme cette action et scs résultats ont plusieurs degrés, on distingue deux, trois, ou même un plus grand nombre de yânas , en chinois tching , en mongol kulgan f; et suivant qu’on dirige ses efforts vers une perfection plus ou moins élevée, on appartient à la petite, à la moyenne, à la grande translation ou révolution. Voici, à cet égard , les distinctions les plus généralement établies.

Le véhicule qui est commun à toutes les translations, c’est la contemplation des

• Voy. Jean*. oiûif. L VII, p. 367- — Oburo. rjiirUjUft point* Je lu doctrine ianuwèenne . fie. p. a 5.

Ti tu inj cki hui king , liv. V, cilé dan» le 5a* hangjà «ou. li*. XVI, p»R. 8.

* Mtm. de l Académie de* inscripi. ti belle* ■ lettre % , lom XL, p. *00.— Voye» le» Obse nations J«r goelqut*

point*, etc. , dans le Nouveau Journal asiatique, cité précédemment, p. *59.

* Wilson , Sanscrit Dietionaiy, k. r.

* Forukungen im Hebiefe der trlierea rrligùuen Bildungagtschickle (1er l'alker MittrUuUns. p»g 3 5 4

f Schmidt, toc- cd

JFOË KOUË KJ.

quatre vérités: la douleur, la réunion, la mort el la doctrine \ et celle des douze enchaînements*. Par ce moyen, les hommes sont transportés hors de l’enceinte des trois mondes et du cercle de la naissance et de la mort'. 11 n’y a, à proprement parler, qu'une translation, c’est celle de Bouddha. Il est enjoint à tous les êtres vivants de la mettre en pratique, et de sortir de l'océan des peines de la naissance et delà mort, en débarquant sur l'autre rive , qui est celle de l’absolu i. Bouddha eût désiré répandre immédiatement la connaissance de la loi et enseigner à tous les hommes la translation unique ; mais il dut proportionner son enseignement aux facultés de ceux qui le recevaient , et de là vint la différence des Yânas ou moyens de transport. On distingue d’abord la translation des disciples ou auditeurs (Cking ven, en sanscrit Shrâwaka) et celle des intelligences distinctes * ( Youan kiô, en sanscrit Prafyeka- Bouddha) {. On en ajoute une troisième , 'celle des Bodhisattwas , qui sont des êtres bien plus voisins encore de la perfection absolue*. Enfin, on fait une autre classification encore sous cinq chefs, savoir: i° la translation des hommes; a6 celle des dieux (Dera); 3* celle de6 Shrâwakas ou auditeurs; 6* celle des Prafyeka-Boudtlhas ou intelligences distinctes; 5° celle des Bodhisattwas h ; ou un peu différemment : i “ le petit Ld/uz ou la translation des hommes et des dieux; a* celle des Shrawakas; 3* celle des Prafyeka - Bouddhas ; U* celle des Bodhisattwas: 5° celle des Bouddhas ou la grande translation , Mahâ yâna 1 : mais la division en trois est la plus usuelle et celle dont on trouve la mention la plus fréquente dans les livres ordinaires.

C’est au Tri yâna que s'applique la double métaphore des trois chars et des trois animaux qui passent un fleuve h la nage. Le char est pris ici comme emblème de ce qui s'avance en roulant, de ce qui sert de véhicule; et cette idée est en rapport avec celle qui s'attache au mot yâna, et aux moyens par lesquels les hommes parviennent à sortir de l’enceinte des trois mondes pour entrer dans le nirt'dn’a. Le premier char est attelé d'un mouton; cet animal, quand il prend la fuite, court sans regarder derrière lui s'il est suivi du reste du troupeau. Il en est ainsi des Shrawakas, qui, par l’observation des quatre réalités, cherchent à sortir des trois mondes, mais ne s’occupent que de leur propre salut, sans regarder les autres hommes. C’est ce qui est désigné dans les livres classiques par ce passage : «Ces disciples, en cher- « chant le char aux moutons, sortent de l’habitation du feu.» Le second char est traîné par des cerfs, sorte d'animaux qui, tout en courant, peuvent regarder der-

* Hoa yan king sou . liv. I. — Tkian toi su kimo yi tf< te ha, cité dans le San tsaruj fi sot, iiv. VU, pag. 3. Voyet ci-dessous, xtti, i3.

8 Fi hoa king. liv. U , cité dans le San Lsang fi son, liv. XI, pag. 9 ».

k Vu tan pan king son. cité dans le San Uang fi sou, liv. XXII , pag. 1 7 v.

1 Hoa yan. Ki teking kiao i. cité dans le 5an Uang fi ton, Ifv. XXII , pag. 1 6-

‘ Oit explique de plus d'une manière ces quatre vérités ou réalités. Voyci ci-après les note» sur le chap. xxii.

fc Voyet iVoor. Journal ouat. tom. VII, pag. 991.

* Hoa yan king sou , liv. II, cité dans le San lsang fi sou, liv. VII , pag. a a.

* Fâ koua king. iiv. I, cité dans le San Uang fi son, liv. IV, pag i.

* Voyci JVoae Journal asiatique, c VII, p. a6o.

hère eux le troupeau qui les suit. C'est la figure des Pratyeka- Bouddhas qui, par la connaissance des douze Niàdnas \ parviennent à sortir de l'enceinte des trois mondes, et ont la pensée du salut des autres hommes. Le troisième char est celui que traîne un bœuf, qui représente les hommes Bodhisattiras de la doctrine des trois Pitakas ( chap. XVI , a a ) , pratiquant les six moyens de salut, et ne songeant qu'à faire sortir les autres de l'enceinte des trois mondes, sans y penser pour eux-mêmes, comme le bœuf qui supporte avec patience tous les fardeaux qu'on lui impose k.

Les trois animaux qui traversent un fleuve à la nage, sont l’éléphant, le cheval et le lièvre. Le fleuve est la raison pure, les Shrilwakas , les Pratyeka-Boud-

dhas et les Bodhisattwas sortent également des trois mondes et rendent témoignage à la raison pure : mais leurs facultés et leurs moyens varient d’étendue ; leur conduite et leur dignité sont plus ou moins considérables. C'est ainsi que quand un éléphant, un cheval et un lièvre traversent ensemble une rivière, ils y entrent plus ou moins profondément. L'éléphant, qui touche le fond du fleuve, représente Yhomme Bodhisaitica, pratiquant les six moyens de salut, et, par dix mille actions vertueuses, apportant du profit à tous les êtres, supprimant les erreurs de la vue et de la pensée, les effets de l'habitude et des passions, et manifestant le hodhi (la doctrine). Le cheval, qui enfonce profondément sans toucher le lit du fleuve, est mis pour l'homme Prafyeka, qui, par les moyens déjà expliqués, supprime les erreurs de la vue et de la pensée, ainsi que les effets de l'habitude et des passions, et manifeste la nature du véritable vide , sans toutefois pouvoir atteindre le terme de toute pureté. Le lièvre enfin , qui flotte à la surface de l’eau sans pouvoir enfoncer, figure le Shrâtraka, pratiquant les quatre réalités, supprimant les erreurs de la vue et de la pensée, mais sans pouvoir sc délivrer tout à fait des effets de l'habitude et des passions, bien qu'il manifeste la nature du véritable vide*.

Une exposition détaillée de tout ce qui est entendu par faction de ccs différentes classes d'êtres, serait en quelque sorte un traité du Bouddhisme; et si je voulais l’entreprendre, même en abrégé, elle m'entraînerait bien au delà des bornes d’une simple note. Il suffira de dire que ccs modes de translation sont autant de nuances et de degrés qui s'établissent dans la méditation, et dont les effets conduisent l'homme à des grades plus ou moins élevés dans la hiérarchie psychologique et psychogonique qui s’étend depuis les êtres inférieurs jusqu’à l'absolu. Dans la petite translation, on s'attache à la pratique des préceptes et des rites religieux. Les cinq préceptes et les dix vertus sont le véhicule dont se servent les hommes et les dieux pour ce genre de translation qui est la moindre de toutes. Par là on échappe seulement aux quatre marnais pas, qui sont : la condition d'Asoura, celle de démons, celle de brutes, et les enfers. A cela près, on reste enfermé dans le cercle de la transmi-

* O/rncrr niions lltr yurliju tt points. etc p. 58- * Thian lai str kiaa i et Fa koua hiuan yl, ci lé»

11 Fi koaa king, lie. Ii, cité Hans le San tsanij fi dan» le 5cm tsangfi sou. liv. XI, p«g. i s 5oa, liv. XI, pag. 8 v.

FOË KOUË Kl.

gration. Dans la translation moyenne, trois ordres de personnages parviennent à sortir de l'enceinte des trois mondes, en s'aidant ou des instructions orales de Bouddha (les Shrâirakas), ou de méditations sur les vicissitudes individuelles et le véritable vide de l'âme (les Pratyeka- Bouddhas) , ou enfin des dix moyens de salut appliqués à tous les êtres vivants qu'on entraîue avec soi hors de l'enceinte des trois mondes (les BodhisatUras). Enfin, dans la grande translation, l'intelligence, parvenue à son point de perfection absolue, fait parvenir tous les êtres vivants à la condition de Bouddha \ Pour traduire tout cela en langage européen . on pourrait dire que la petite translation consiste dans la morale et le culte extérieur ; que la . translation moyenne s'exécute par des combinaisons psychologiques spontanées ou traditionnelles; et que la grande translation a pour base une théologie abstruse, une ontologie raffinée , le mysticisme le plus exalté.

On conçoit que différents peuples bouddhistes, selon leurs dispositions plus ou moins contemplatives et le degré de leur culture intellectuelle , ont dû s’arrêter plus ou moins haut dans l'échelle des translations. Les peuples du nord, au témoignage des Chinois, ont toujours préféré la petite translation, c’est-à-dire la morale et la mythologie , qui seules pouvaient s’accorder avec des habitudes nomades et des inclinations belliqueuses. Les nations du midi, soumises à l'influence du climat et plus portées aux rêveries savantes, ont ordinairement aspiré à la grande, translation, et ont cherché à la répandre chez leurs voisin* On voit pourquoi les religieux d'un monastère pouvaient cultiver l’une ou l’autre. On-comprend aussi la distinction que les Bouddhistes établissent entre leurs livres sacrés, selon qu'ils contiennent l’exposition des dogmes les plus relevés de leur théologie , ou les principes de leur morale et des mythes de leur symbolique. Voilà pourquoi ils partagent ces neuf sortes de livres ( Soutra , Geya, Gâthà, Jtyoakta, Djâtaka, Adbhoutadharma , Ouddna, t'aîpoulia, yyâkârana) en deux familles, appartenant les uns à la grande, et les autres à la petite trwislation\ Enfin, cette classification donne une notion précise au sujet des distinctions indiquées vaguement par plusieurs auteurs sur l’existence d’une doctrine populaire et d’une doctrine ésotérique dans le Bouddhisme, l’une et fautre attribuées à Shâkya-mouni lui -même A. Cette longue note ne sera pas trop étendue si elle éclaircit complètement un sujet qui n’avait pas encore été traité à fond. J’y renverrai dans le cours de la relation de Fâ hian , quand il sera question de monastères de la grande ou de la petite translation.

(5) Les laïques,] en chinois Sou jin, les hommes vulgaires. Cette expression se

‘ Hoa yan. chapitre aor U Révolution unique, cité dans le -Soi» tsanijfd toa. liv. XXII, pag. 16.

7VW ton tan. livre XXXIII, dté dan* le San nanti fi tou. 1. XXXIII, p. a6, 1. XXXIV, p. ao.

* L’Imtoirc tibétaine en fournit un exemple : comparez le Journal des Savants, mars i83i, p. 1 53.

4 Voyez Marini, Ilelation du royaume de Tuiufmin, pag. 197. — Georgi, .Jlpkahctnm tibrtan. pag, aa3, 1 4 1, rtc. — Geschichte drr Oit- Mongole n , p. 16, 356. — Histoire des Haut. tout. II, p. a>4- — - Hodgson , dans les Transactions oftke royal nsialsc Society, t- II,

trouve déjà deux lignes auparavant ; niais ici elle est déterminée dans son sens relatif à la religion, par son opposition avec le mot Cha men, Samanéen. Voyez la note suivante.

(6) Les Cha men.] ÿîf C'est ainsi que les Chinois transcrivent le mot sanscrit Sramana, sous sa forme pâli Sdmana. Ils l’écrivent aussi quelquefois fl IL Sang men. Ils ajoutent que le sens de ce mot est : celai gui restreint ses pensées, ou celui gui s’efforce et se restreint \ D’autres ajoutent que c’est le nom commun des religieux bouddhistes ou hérétiques h. Les anciens ont connu ce nom et l’ont transcrit avec exactitude *. Il a passé de proche en proche chez dilTérents peuples tartares et jusque dans la Sibérie, où il est descendu à des jongleurs ou sorciers de la plus grande ignorance. Nos voyageurs l’y ont recueilli sous la forme Schamane, et dans un temps où l’on manquait encore des moyens nécessaires pour constater les rapports et les différences des mots qui tiennent aux croyances des Asiatiques. Ce nom de Chamane, et celui de Chamanisme, qui en est dérivé, ont été appliqués à un système religieux qu’on supposait originaire du plateau de la grande Tartane, et qu’on regardait comme la base des religions de la Bactriane, de l'Inde et de l’Égypte. Langlès a parlé en plusieurs endroits, avec une réserve mystérieuse, de prétendues découvertes faites à ce sujet11 : les progrès de la critique historique ont fait justice de scs hypothèses. On est surpris d’en retrouver encore quelque trace dans les recherches de M. Schmidt \ qui ne parait pas avoir reconnu ('identité des Samanast et des Chamanes, soit entre eux, soit avec les Samanéens.

On distingue quatre sortes de Cha men caractérisés par les dénominations suivantes : iQ Ching tao Cha men, ceux qui accomplissent la doctrine, c'est-à-dire qui, en vue de Bouddha, embrassent la vie religieuse el parviennent à éteindre la eupidité, à dissiper l’ignorancc et les autres imperfections, et par conséquent à effectuer les principes de la doctrine; a” Choué tao Cha men, ceux qui, ayant obtenu pour eux les avantages qu’on vient de dire, sont en état de promulguer la vraie loi, et d’engager les autres hommes à entrer dans la voie de Bouddha ; 3" //oui tao Cha men, ceux qui renversent la loi en en enfreignant les préceptes, pratiquant toutes sortes de mauvaises actions, et se vantant d’agir brahmaniquement [Fan hing ) quand ils font tout le contraire; A* Ho tao Cha men, ceux qui font revivre la doctrine ou qui sont la doctrine vivante, parce qu'ayant éteint la cupidité, dissipé l’ignorance, et mis en pratique toutes sortes de bonnes actions, ils agrandissent les

* Kiaprotli, (Liai l 'Atùûic Journal. New sériés ,

vol. VI, p. *63. — tsamj fit on, 1. XVI, p. 7 r.,

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