‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 17 sur 112 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

»" jour de la 4' lune (12), on balaye et l’on arrose toutes les rues de la ville; on orne et l’on met en état les chemins et les places. On étend de grandes tapisseries et des tentures devant la porte de la ville. Tout est paré et arrangé magnifiquement. Le roi, la reine et des femmes élégantes sont tous placés en cet endroit. Les religieux du Kia ma ti étant livrés à l'étude de la grande translation, sont ceux que le roi honore le plus; aussi ce sont eux qui font les premiers la procession des Images. A trois ou quatre li de la ville, on construit un char à quatre roues pour y placer les images ; il est haut de trois toises (i3) environ, dans la forme d'un pavillon mobile, orné des sept choses précieuses, avec des tentures, des rideaux et des couvertures de soie. L'Image (U) est placée au milieu; deux Phou sâ (i5) sont â ses côtés ; autour et par derrière sont les images des dieux. Toutes sont sculptées en or et en argent, avec des pierres précieuses suspendues en l’air. Quand l’Image est à cent pas de la porte, le roi se dépouille de sa tiare, se revêt d'habillements nouveaux, et s’avance pieds nus, tenant à la main des fleurs et des parfums; il sort de la ville, accompagné de sa suite, pour aller au-devant de l’Image. Il se prosterne à ses pieds et l’adore en répandant des fleurs et en brûlant des parfums. Au moment où l'Image entre dans la ville, les dames et les jeunes filles qui sont sur le pavillon au-dessus de la porte , jettent de toutes parts une profusion de toutes sortes de fleurs, de manière que le char en est tout couvert.

H y a des chars différents pour chaque cérémonie, et chaque Sernj kia lan fait la procession des Images à un jour particulier. Cette cérémonie commence le 1" jour de la 4* lune, et la procession des Images est terminée le 1 4 : alors le roi et ses femmes retournent au palais.

A sept ou huit li à l’ouest de la ville , il y a un Sent/ kia lan qu’on nomme le nouveau temple du roi. On a mis quatre-vingts ans à le bâtir, et il a fallu le règne de trois rois pour l’achever. Il peut avoir

vingt-cinq toises 06) de hauteur. On y voit beaucoup de sculptures et d’ornements gravés sur des lames d’or et d’argent. Tout ce qu’il y a de plus précieux a été réuni dans la construction de la tour. On a élevé ensuite une chapelle de Foë, admirablement décorée; les poutres, les piliers, les battants des portes, les treillis des fenêtres, sont tout couverts de lames d'or. On a aussi construit séparément des cellules pour les religieux, qui sont si belles et si bien décorées, qu’il n’y a pas de paroles qui puissent les décrire. Les princes des six royaumes qui sont situés à l’orient de la chaîne des montagnes (17), y envoient en offrande tout ce qu’ils peuvent avoir de plus précieux, et y font de riches aumônes, dont une petite partie seulement est mise en usage.

(i) Le royaume de Yu thian.] Ccsl la ville de Kholan, l'une de celles de la Tartarie où le Bouddhisme parait avoir été établi plus tôt et pratiqué avec le plus de magnificence. Le nom de cette ville ne vient pas du mot mongol ( ville),

comme on l’a cru longtemps *; mais il dérive, ainsi que je l’ai fait voir, de deux mots sanscrits, Kou stana, lesquels signifient mamelle de la terre. On commence à voir dans ce pays beaucoup de noms et d'expressions empruntés à l'idiome sacré que la religion parait y avoir comme naturalisé. Au reste, je n’aurai pas besoin de joindre des notes étendues h ce chapitre, parce que j'ai rassemblé et publié séparément toutes les traditions relatives à Kliotan que contiennent les livres chinois*; il inc suffira d’y renvoyer. Le passage de la relation de Fà hian qui concerne khotan , s’y trouve rapporté ? avec quelques légères différences. La version présente est plus exacte.

(a) La grande translation.] Voyex chap. JI, note h.

* [Le mot p-i.3 Ai Khotan, ou, comme on écrit ordinairement un» n pléonastique à la fin, jjLAAt Khatà . neat pu d'origine mongole, mai» est un des nombreux termes sanscrit» qui sc sont introduits en mongol. C’est afil£ KâUa, qui signifie une place

fortifiée, comme Khotà en mongol, car une ville en général s'appelle Balgkaioun dans cette langue. Kl.. 1

* Hut. de la tille Je Khotan, etc. Paris, i8ao, 1 vol. in-8®.

* Pag. 11 — » 5.

(3) Petites tours. ] Le mot chinois que je rend» ici par tour, est Thâ. fl répond au terme sanscrit Sthoupa*, qui signifie tumulus; mais dans le langage des Bouddhistes, ces deux mots désignent les constructions à sept, à neuf, et même à treize étages, que Von élève pour recouvrir les lieux où Von a déposé certaines reliques de saints ou des dieux, et qu'on nomme vulgairement pagodes. On en verra plusieurs mentions dans la suite du récit de Ffl hian. Les autres relations , les itinéraires et les légendes parlent à chaque instant de tours de cette espèce, La dimension des tours varie beaucoup. Celles dont il est question ici n’avaient que deux toises chinoises, ou 6*, 120. On en cite de beaucoup plus petites encore qui sont des simulacres de tours, ou comme des bornes érigées pour la dévotion des particuliers. D’un autre côté, il est parié d’une tour située dans le pays des Gandhâra, qui avait 700 pieds chinois d’élévation, ou environ 216 mètres, plus de deux fois la hauteur de la flèche des Invalides h Paris.

(4) Des monastères.] Dans le texte. Seng fang, maison de religieux. On emploie ordinairement d’autres expressions. Voyez la note suivante.

(5) Seng kia lan.] Ce mot. emprunté au sanscrit, paraît ici pour la première fois ; il a besoin d’être expliqué. Les auteurs chinois qui l'emploient disent qu’il signifie jardins ou jardin de plusieurs, ou jardin de communauté ^ Jardin se dit beaucoup pour habitation dans le langage des Bouddhistes. On trouve aussi en chinois Kia lan, par abréviation ; mais, quoi qu’en dise le dictionnaire de Khang hi *, Kia lan seul ne peut signifier jardin de plusieurs. J’ai soumis ces transcriptions et ces interprétations chinoises à M. Eugène Burnouf, qui propose de restituer Seng kia lan en Sangâgdram, maison de la réunion ou des (prêtres) unis. Sur le sens du mot Sanga, en chinois Sang, on peut voir ci-dessus, chap. II, note 4. Je n’hésite pas à regarder Seng kia lan comme l’équivalent sanscrit du chinois Seng fang, maison des religieux, employé quelques lignes auparavant. Voyez note 4.

Quoi qu’il en soit, le Seng kia lan est la demeure des Feoa thou d, c’est-à-dire de Bouddha et des Sangas; c’est tout à la fois un temple et un monastère, cest ce qu’on nomme en sanscrit ordinaire Vikâra ; et la partie de l’édifice où sont les objets livrés à l’adoration des fidèles, est un Tchaifya. Les Tibétains nomment les monastères dGan pa, et les Mongols Kiit. On peut voir la description de ces temples bouddhiques dans l’ouvrage de Georgi*, et leur représentation dans les planches jointes au mémoire de M. Hodgson f, et dans la collection de Pallas*.

* Kkang hi Tse h tia a. au raot Thd. rad. xxxil, tr. 10. Ou [M-ut voir p. 53i, loin. I, part. 1 du \forrisoiis Dictiamtry. une vignette représentant un ThS

fc San Ltatx<] Ja sou, pa»*im, Khang hi Tseu tian Voy.

Lan, rad. cil, tr. i4; id., voy. Kia. rad ix, Ir. 5.

• Loe. eit.

d Kang hi Tseu lion. Voy. Kia.

* stl/j kab. tibei. pag. ho~r

r Tmnsaciwns of tke rayai ajiatic Society, tom If, pag. *45, *57, pl. m, v, n, fil.

g SummUng kùtoriscker JVachrichlen àber die Manyaluchen t'ôtkenchafiea, 1. II, p*g- 1 J3, pl. x, xi

20 FOË KOUË Kl.

(6) Kia ma ti. ] Ce nom est évidemment sanscrit. Peut-être faut -il le restituer Gômati, de go, vache, bétail. Telle est l’origine du nom de la rivière Gômati (Goomty) dans la province d’Aoude*.

(7) Im grande translation.] \ oyez chap. Il, note Ix.

(8) Un signal qu’on donne en frappant.] Il y a dans le texte Kkian tchhoui tttt- On appelle ainsi une plaque de métal , de pierre ou de bois , qui résonne quand on la frappe, et qui sert à donner le signal d'une assemblée b.

(9) lloci thâ] est un des compagnons de Fâ hian, que celui-ci n’a pas nommé dans l’énumération qu'il a faite au commencement. Son nom signifie pénétration intelligente. Voyez chap. I, note 1.

(10) Sur le pays de Kti tcha, voyez la note 6 du chapitre V.

(11) La procession des Images.] Cette manière de promener les images des dieux sur un char magnifiquement décoré , est commune aux Brahmanes et aux Bouddhistes *.

(ta) Le 1 "jour de la U* lune.] Si, comme cela est vraisemblable , le voyageur compte ici à la manière chinoise, la cérémonie qu’il décrit devait commencer vers le U juin et sc continuer jusqu’au 18.

(1 3) Trois toises , ] environ 9“, 180. Les chars qui servent aux processions dans l’Inde, ont au moins cette élévation, au témoignage de nos voyageurs.

(14) L'Image.] Fâ hian ne dit pas quelle est cette image de la divinité principale que l’on promenait : c’était vraisemblablement celle d'un Bouddha; mais nous n’avons pas assez de renseignements sur l’état du Bouddhisme à Khotan, dans le v* siècle, pour déterminer si leur principal objet d’adoration était un Bouddha terrestre comme ShAkyo-mouni , ou un Bouddha divin comme Amitabha, ou enfin le Bouddha par excellence. La circonstance dont il sera parlé dans la note suivante, rendrait cette dernière supposition d’autant plus probable, que le Km ma ti était un monastère de la grande révolution.

(i 5) Deux Phou sâ.] L’image principale avait à ses côtés celles de deux Phoa su ou Dodhisattuas. A prendre ce récit au pied de la lettre, il semblerait que le

* Wilson . Saluer. Dictionaryj pâg. 378. * Sonnent, Fopigt aux Indes orientales, tom. I,

* Ou tchke jrun /ou. Voj. Kian. pag. as6.

dieu était accompagné de deux divinités inférieures , peut-être de deux Bodhisattwas. Il est plus vraisemblable que Bouddha avait à ses côtés ses deux acolytes de la triade suprême, Dharma et Sanga \ On pourrait encore supposer qu'il s'agissait des autres triades qui abondent dans le Bouddhisme, comme les trois Bodhisattwas, Mandjousri, Fadjra-pâni et Padma-pûni h, ou bien Amdabha, Avalokiteshwara et Shâkya, ou bien Amitabha, Shâkya- moani et Maïtreya, etc. Les dieux dont les images étaient placées plus loin sont nommés Thian dans le texte : ce sont les Dévas des Indiens, les Lha des Tibétains, les Tœgri des Mongols, tels qu Indra, Brahmâ, elles autres divinités du panthéon brahmanique, fort inférieures, dans le système des Bouddhistes, aux Intelligences pures ou purifiées, aux Bouddhas, aux Bodhisattuas , etc.

(16) Vingt-cing toises.] Environ 76",5oo, un peu moins que le sommet du Panthéon à Paris.

(17) La chaîne des montagnes.] On veut parler ici des monts Tsoung ling, les montagnes de TOignon *, à l'ouest de Khotan, chaîne qui va, dans la direction du nord au sud, rejoindre le massif de l’Himâlaya. On verra plus bas que Fs hian donne un nom équivalent à celui d 'Himalaya, à diverses chaînes qui portent habituellement d’autres dénominations. Quant aux six royaumes situés à l’orient de la chaîne, et dont ‘les princes envoyèrent au nouveau temple da roi des offrandes magnifiques, Fil hian ne les désigne pas d’une manière précise. Il faut sans doute compter les pays qu'il avait traversés et 011 il avait trouvé le Bouddhisme établi , Chen chen, Oa hou, Kao tchhang ; les trois autres devaient sans doute être compris entre le désert et les montagnes de l’Oignon A.

■ Voyet le» planches jointes au mémoire de M. Hodgson, Transaction! of tke asiatic Society, L II, n# a , ei le .Votn>. Jaum. asiatique, tom VIT, pag. 270. b Alphabet, tibet. pag. 279.

* Hitt. de Khotan. préface, pag. n; Mimant relatif! à f Asie , tom II, pag. 295, \io.

* Cf. fVen Aia* thoantj khao. Ht. CGCXXXV1, pag. 6.

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