CHAPITRE V
Il y a Hans ce royaume un vase où F où a craché; il est He pierre et de la même couleur que le pot de Foc (4). Il y a aussi une dent de Foù (5); et, en l’honneur de cette dent, les gens du pays ont élevé une tour. 11 y a plus de mille religieux, tous attachés à l’étude de la petite révolution.
A l'orient de ces montagnes, le peuple s’habille de vêtements grossiers qui ressemblent à ceux de la terre de Thsin, sauf la seule différence des étoffes de laine et du feutre. Les Samanéens, conformément à la loi, font usage de roues (6), et l’cfGcacité de ces roues ne saurait être rapportée.
Ce royaume est au milieu des montagnes Tsoung ling (7). Quand on s’avance au midi de ces montagnes, les plantes et les fruits deviennent tout différents : il n’y a que trois végétaux, le bambou, le grenadier et la canne à sucre, qui soient semblables à ceux de la Chine.
(1) Pan tche yne ««.] Ce mot est évidemment d’origine sanscrite, et conformément 4 l'interprétation qn'en donne fauteur, grande assemblée quinquennale, il se compose du radical panlcha , cinq [et de youktih, réunion, assemblée. — Kl.]
(а) [Dans l’original :
qu'il faut traduire cc passage de la manière suivante : « Ou le premier mois , ou le «1 second, ou le troisième, mais généralement au printemps.» — Kl.]
(3) Distribution , aumône.] Le voyageur emploie ici le terme consacré, pou chi, l'équivalent du sanscrit dâna. C'est le premier des dix pâramitâ ou moyens de salut. Voyez ci-dessus, chap. I, note la , et chap. IV, note U.
(б) Le pot de Foi. ] Le pot est l’un des ustensiles caractéristiques de la profession du religieux mendiant. Celui dont s’était servi Shâkya mouni durant sou existence terrestre, est devenu une relique très-précieuse. Il en sera question plus tard. Voyez chap. XII.
FOË KOUË Kl.
(5) Une dent de Foê.] Les dents de Foô sont au nombre des reliques Les plus célèbre» du Bouddhisme. L’histoire de cette religion présente beaucoup de faits relatif» à ces restes précieux du corps de Shâkya mouni.
(6) firmes. ] Il y a dans le texte tchhonan , objet circulaire et tournant , et non pas lun, roue (en sanscrit tchakra, en tibétain hGor-ke, en mongol kardoa). On pourrait peut-être entendre ce passage différemment; mais il s’agit probablement ici des roues à prières ou cylindres sur lesquels on colle des prières, et qu’on fait tourner ensuite avec autant de rapidité que cela est possible , pour obtenir et procurer aux assistants, à chaque tour de roue, le même mérite que si la prière avait effectivement été récitée. On peut voir la description de cet usage dans les relations des voyageurs qui ont visité la TartarieV Au reste, l’idée de roue, de révolution circulaire, est une de celles qui reviennent le plus souvent dans le langage métaphorique des Bouddhistes. On a déjà vu que c’était le sens propre de l’expression mystique de yâna (chap. II, note A). La roue est au nombre des huit symboles (les huit vitarâqas; naïman takil en mongol) qu'on voit dans les temples bouddhiques fc. Elle est le signe de la puissance suprême entre les mains des monarques qui sont censés avoir exercé une domination universelle , et qu’on nomme par cette raison tchakravarti , tourneurs de roue*; elle est l’emblème de la transmigration des âmes, qui est comme un cercle sans commencement ni fin. Elle est aussi l’emblème de la prédication; et pour dire qu'un Bouddha a commencé à prêcher sa doctrine , on dit qu’il a une première fois fait tourner la roue de la loi. Cette expression, qu’on rencontrera dans le récit de Fâ hian, tient vraisemblablement à l'emploi des roues à prières.
Enfin, les diverses branches d’une doctrine, ou les systèmes différents qu’embrassent ceux qui l’ont adoptée, reçoivent aussi le nom de roue, et l’on dit les préceptes de la roue de la loi supérieure, de la roue de la loi moyenne, de la loi inférieure.4. Au reste, les roues à prières paraissent être maintenant particulières aux Bouddhistes des contrées du nord, et je n’ai pas trouvé de mention de cet usage dans les extraits des livres indiens qui sont venus à ma connaissance. C’est ce qui justifierait la remarque faite par Fâ hian dans le passage qui a été l'occasion de cette note.
* Fallu* , trad. fr., loin. I, pag. 568- — B. Bcrgmann, S'nmaditchr Strrijertitn , u. i. tom. III, pag. i J.V — klaprnth. Brise inden Kaakams. tom. I, pag. 181. — Dtêcr. de kLassa. dans les Nouv. Ann. des Voyage», a* série, tom XIV. pag. *65. — Mpkab.
Tibet, pag. âo8, Si l et planche. — * Descr . de Soonjnum. extraite du Journal de Calcutta (Journal asiatique) , tom. I , pag. 33 a.
fc Pallas , StuninLinjen kistorùckrr SackrUkUn , n, *. t. II , pag. 1 58. — rénal. Reseank. tom. XVI , p»g. 46o.
* Alpkab. Tibet, pag. a i g. — Cresckithte der Oit- Mongnlen. passim.
4 Sanang setsen. Mut. des Mongols orientaux. texte mongol , pag. 1 6. — Voyez Journal des Savants, janvier i83i, pag. 3g.
(7) [La position du royaume de Kië tchka, ou selon la prononciation
vulgaire Kiet tchka ou Ket tchha, est d’autant plus difficile à déterminer, que ce nom ne se trouve dans aucun autre écrivain chinois connu en Europe. M. Rémusat penchait à y reconnaître le Kachcmir, mais ce pays n’est pas aussi froid que l’est le Kifc tchha selon Fâ hian, et il produit, au rapport de Moorcroft , « du froment, « de l’orge, du blé-sarrasin, du millet, du maïs, des légumes, du panic et du riz. « Cependant, comme le dernier est le plus cultivé, on peut le regarder comme la « principale des céréales du pays*. » D'ailleurs, pour se rendre de Tscn fui ou Kouke yar dans le Kachemir, Ffi liian aurait dû traverser la branche supérieure de l’indus qui vient du Tibet , où elle porte actuellement le nom de Singh tchoa ou Sing dzing khampa, et qui est beaucoup plus considérable que celle qui, venant du nord , prend sa source au pied méridional de l’immense glacier Pouchti kher et s’appelle rivière de Khâmeh. Dans les hautes montagnes de l’Asie centrale, les chemins qui conduisent à travers les glaciers, ou qui les évitent par des détours, restent presque toujours les mêmes : il est donc vraisemblable que celui qu’a suivi notre voyageur, ne diffère pas de celui qui, encore aujourd’hui, conduit de Khotan et de Yerkiyang au Tibet occidental. Ce chemin remonte la partie supérieure du Tiz Ab jusqu'à sa source, passe par le défilé de Karà koroum, au sud duquel il suit le cours du Kluundan, affluent du Chayonk, et puis le cours de celui-ci jusqu'à Leh ou Ladak . De cette ville on se rend dans le Baltistan, en restant au nord de la branche tibétaine de l'Indus; et nous verrons qu’on n’v passe le Kâmeh que beaucoup plus loin. Fà hian, en partant de Tsea ho (ou Konke yar), a donc suivi, dans une direction méridionale, le Karii son jusqu’à ses sources, qui sont dans les monts Tsoung ling. De là il a tourné d’abord au sud-est pour atteindre et remonter le Tiz âb, puis il a suivi le cours du Khamdan et du Chayonk jusqu’à Ladak , qui paraît être son royaume de Ta hoeï. De Yu hoeï il y a vingt-cinq journées (sans doute à l’ouest) pour arriver à Kié tchha. Il faut donc chercher ce pav s dans le Baltistan, qui est le petit ou premier Tibet , ou dans le voisinage. — Kl.]
* Journal of the rcyal gengrophical Society of kmdnn, tom, Il, p*g. »53.