‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 21 sur 112 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Monts Tsoung ling. — Neiges perpétuelles. — Inde du nord. — Royaume de Tho lÿ. — Colosse de Mi le Phou sà.

Du pays de Kië tcliha ou alla vers l’ouest eu se dirigeant du côté de l’Inde du nord. On fut un mois en route pour traverser les Tsoang ling. Sur ces montagnes, il y a de la neige en hiver et en été. Il y a aussi des dragons venimeux qui vomissent leur venin, s'ils viennent à manquer leur proie (■). Le vent, la pluie, la neige, le sable volant et les cailloux roulés opposent de tels obstacles aux voyageurs, que sur dix mille qui s’y hasardent, il n’y en a pas un qui y échappe. On nomme les habitants de ce pays hommes des Montagnes de neige (i).

Quand on a traversé celte chaîne, on arrive dans l’Inde du nord (îj. Au moment d’entrer dans les limites de cette contrée, on trouve un petit royaume nommé Tho lÿ (4), oô il y a aussi un grand nombre de religieux, tous de la petite translation.

11 y eut autrefois dans ce royaume un Lo han (5) qui, par l'effet d’une puissance surnaturelle (6), transporta un sculpteur dans le ciel de Teon chou (7) pour y contempler la stature et les traits de Mi le Phou sa (8), et en faire, après être redescendu, une représentation taillée en bois. Cet artiste monta trois fois de suite pour voir le personnage, et après il exécuta une statue haute de huit toises (9), et dont le pied avait huit coudées (10). Les jours de fête, cette statue est toujours resplendissante de lumière ; les rois de ces pays lui rendent à l’envi les plus grands honneurs. Elle subsiste encore actuellement dans cet endroit (11).

(i) [L'original porte : 4- **£ #!J h % 114- 'fi a. , passage que

je crois plutôt signifier : «11 y a aussi des dragons venimeux, qui, s'ils sont mé- « contents, vomissent du venin.» 11 s’agit ici vraisemblablement des vapeurs et exhalaisons vénéneuses qui infectent plusieurs vallées de Wimàlaya et des montagnes du Tibet. — Kl. ] •

(a) Hommes des Montagnes de neige. ] On reconnaît dans cette dénomination relie des montagnes du grand (Caucase indien , couvertes de neiges perpétuelles , en sanscrit Himdlaya. Au reste, la pbrase chinoise est embarrassée et peut-être corrompue; on en jugera.

Littéralement : Occarrentium his œmmnis, decies mille , non a nas servatur . Istias terræ homines nomine v ocantur niveorum montiam homines.

La difficulté tombe sur le mot jin [homines), qui ne devrait pas être répété deux fois. Il n’y a point de variantes dans les deux textes.

[Je pense que le premier caractère jjg jti, rencontrer, appartient à la phrase précédente, et se rapporte aux vents, à la pluie, è la neige, au sable volant et aux cailloux roulés que les voyageurs rencontrent; alors le sens du reste serait : « Ces « obstacles quoique innombrables n’en forment pas un véritable pour les gens du « pays ; aussi ces gens sont-ils appelés gens des Montagnes de neige. » — Kl.]

(3) L'Inde du nord. ] La contrée appelée Inde du nord, Pë Thian tchu, parles Bouddhistes et les géographes chinois qui les ont suivis, n’était pas comprise dans les limites actuelles de l’Hindoustan ; mais cette dénomination s'appliquait aux pays situés au N. E. de l’Indus, au midi d'Hindou kouch, dans la partie orientale de ce qu’on appelle maintenant Afghanistan. U Inde du nord contenait, outre le Tho ly ( Darada ?), l 'Oudyâna, le Gandhâra et quelques autres pays qui seront nommés plus bas.

(4) Tho (p. ] Ce petit pays est complètement inconnu d’ailleurs.

(5) Lohan.] Lo Kan, et plus exactement A lo han, sont la transcription chinoise du mot sanscrit Arhan, vénérable. A lohan , suivant les Chinois, signifie « qui n’est plus soumis à la naissance, ou qui n'a pas besoin d’étude ( wou seng.

FOË KOUË Kl.

u uvu hio ).« V Arhan est celui qui est arrivé à la perfection et qui sait y conduire les autres \ Il est dix millions de fois supérieur à Y AnâgAmî, et un milliard de fois inférieur au Pratyéka Bouddha, selon le tarif des mérites acquis par les différentes classes de saints, tarif qui est attribué à Shâkya-mouni lui-même*. Les Arhan jouent un très-grand rôle dans toutes les légendes bouddhiques. Les Tibétains les nomment gNas-hrtan; on en compte dix -huit principaux, qui sont figurés dans les mythologies chinoises [San thsaï thou hoei , Jin-sse , 1. IX, p. 4o). On en désigne ailleurs seize auxquels on donne l'épithète de grands, et qui vivent dans différentes îles du monde terrestre e. L’ Arhan dont il est ici parlé se nommait Mo thian ii kia (en pâli Madhyântika) , au rapport de Hiouan thsang. Voyez ci-après , VIII, i.

(6) Une paissance surnaturelle.] jjjijï forve suffisante des dieux. La par-

faite connaissance des vérités du Bouddhisme procure aux saints de cette religion dix sortes de puissance. i° Ils connaissent les pensées d'autrui, a* Ils ont la vue perçante et pure des yeux du ciel, c’est-à-dire qu’ils voient clairement, connaissent sans obscurité, sans obstacle, tout ce qui existe dans l’univers. 3° Ils connaissent le passé et le présent, à" Ils connaissent la succession non interrompue , sans commencement et sans fin, des halpas ou âges du monde, actuels et futurs. 5° Ils ont la finesse des oreilles du ciel, c’est-à-dire qu’ils entendent clairement, distinctement, sans efforts et sans obstacles, tous les sons, toutes les voix qui se produisent dans les trois mondes et les dix parties de l’univers, et qu’ils en discernent l’origine sans difficulté. 6° Ils ne sont point assujettis aux conditions corporelles, et peuvent, à volonté, former des apparences pour accomplir leurs intentions. 7° Ils distinguent les nuances des mots heureux ou malheureux, prochains ou éloignés. 8" Ils ont la connaissance des formes : sachant que la forme est vide, ils peuvent revêtir toutes sortes de formes; et sachant que le vide est forme, ils peuvent anéantir les corps, q® Ils ont la connaissance de toutes les lois. io“ Ils ont la science de la contemplation4.

Parmi les dix grands disciples de Shàkva mouni, le sixième, nommé Moü kian liait, s’était acquis la plus grande force surnaturelle. Les autres brillaient par l'exacte observation des préceptes, par la manière dont ils prêchaient la doctrine, ou dont ils expliquaient les choses spirituelles , etc. \

Î^La puissance surnaturelle est ce que les Mongols appellent riddi khoubilganf. Sanang setsen en rapporte plusieurs exemples*.

* Trantacùoni of the royal arîalic Society. ton». II,

*45. —Cf. Schmidt, iVo le* sur Sanang seUen . 3*4.

b Foi chonr stt tki ral Ichang king. pag, 4 *. 5. —

Cf Mim. sur la religion uunanienne, dans les Mém. de l’Acad. de» ioacr. et belles-lettre*, umt. XL, p. *54.

• Fà tchu ki, cité dans le San Itang Ji | job. liv XLV, pag. 17.

* Commentaire sur le Hoa jan king. cité dans ir San Isangju job. liv. XXXVIII, pag. 18 *>.

* Fan ÿ ming i. cité dan* le .Soit f sang JH tou, liv. XLI, pag. i* r. — EmcytL jap. liv. XIX, pag. 8.

1 Pal las, Sammlung., h. s f.. tom. II, pag. 386. — M Schmidt, .Voles tar Sanang tetten. pag. 3u.

1 Pag. 1 5, 33, 43, etc.

(7) Le ciel (U Teou chou.] Ce nom, qui se transcrit ordinairement Teoa sou, ou plus exactement Teou sou tho , représente le mot sanscrit Toackita, et désigne le séjour de la joie. C'est l'uu des étages superposés ou paradis placés au - dessus du monde matériel , que l’on nomme en sanscrit bhouvana. Le Touchiia est le quatrième de ces étages, compris dans le monde des désirs, selon la classification la plus répandue *, et le troisième du Kâma vatcharâ, selon l'arrangement des Bouddhistes du Nepâl b. Le P. Horace de la Penna, qui en parle sous son nom tibétain de dGâ Idan , le place au premier rang inférieur parmi les habitations des lha ou dieux*, tandis qu'ailleurs il le compte comme le quatrième en montant, parmi les stations du monde de la concupiscence d. Le nom de ce paradis signifie savoir suffisant , parce que les dieux qui y habitent savent sc tenir en garde contre les cinq désirs, ou les désirs des cinq sens*. On l'interprète aussi par joyeux, délicieux, lieu de délices et de satisfaction. Cest là le sens de l’expression tibétaine f et des explications tartares f, comme cest le sens du mot sanscrit. Dans ce paradis, les dieux vivent cinq cent soixante et seize milliers de millions d'années. Leur taille est de cinq cents don pa (mesure tibétaine de quatre coudées), et ils sc reproduisent par le simple attouchement des mains h.

(8) Mi lé Phou îdr ] transcription chinoise de Màitreya Bodhisatlwa. Mi lé est la prononciation très -abrégée et très -corrompue de Maïlreya, mot sanscrit qui signifie, suivant les Chinois, fils de la bonté ou de la tendresse, A* tse a chi. Le mot chi, joint au radical beu, rend l'effet de l'inflexion sanscrite sur le radical mitra. Ce personnage, qui doit succéder à Shakya mouni comme Bouddha terrestre, était, sous le nom de Ayi to, au nombre des disciples de ce dernier D’autres assurent qu’il est né dans le ciel à l'époque où Shakya embrassa la vie religieuse, c’est-à-dire quand la durée de la vie moyenne des hommes était de cent ans. Depuis ce temps il réside en qualité de Bodbisattwa dans le Touchita, et il y résidera jusqu’à son avènement dans la qualité de Bouddha. Cet avènement, suivant une prédiction que Shakya fit à ses disciples dans la ville de Cke wei, aura lieu à une époque très-reculée, quand la vie des hommes, par une série de diminutions et d’accroissements successifs, aura été portée à quatre-vingt-quatre mille ans , c’est-à-dire dans cinq milliards six cent soixante et dix millions d’années k. Le nom de la ville où il prendra naissance, celui du prince son père et de la

* Thian thaï ut kiao i, cite dans le Son tumg JH mb. liv. XLVII, pag. 36 — f'ocabulaire prnUu/loitt . MCI. lül, a* 4.

k Hodgson, Sketch oj the Baddhism. dans les Transactions, etc. tnm. I, pag a34.

* Àlpkab. Tibet, pag 18a.

* Ibid. pag. 483.

* 5<ui tsant/jH sou. 1. t.

1 Schroeter, Bootan Dictionary. h. ».

C V ocabulaire pentagloUe . B. s.

k Jlpkub. Tibet, pag- 483.

1 Ta tcki tou lun. cité dans le San liant/ JH sou, lit. XLIV, pag 6.

* Encycl. Jap. liv. IV, pag. 3a.

FOË KOUË Kl.

princesse sa mère, ont été également annoncés par Shàkya. Son père se nommera Sieou fan ma, sa mère Fan ma yoaë. Ce sera la plus belle personne du monde , égale en attraits à la femme d'Indra, ayant les lèvres comme la fleur oubara, l’haleine comme le santal. Maltreya naîtra, comme Shàkya, par le flanc droit de sa mère. Alors les dieux, habitants du Touchita, entonneront des cantiques*, etc. Maltreya vivra quatre-vingt-quatre mille ans, et la loi qu'il léguera après son pari nirvâna aura la même durée.

(9) Hait toises], a/»*, ho.

(10) Hait coudées ] , am, hh.

(1 1) Elle subsiste encore .] Fà hian s'exprime ici en homme qui a vu le colosse dont il parle. O11 verra, dans le chapitre suivant, à quelle époque la tradition qu'il a recueillie faisait remonter l’érection de cette statue.

* Chin i liait. K» LXXVIII. pag. 3.

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