‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 22 sur 112 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Fleuve Sin thcou.

On suivit la chaîne au sud-ouest, en marchant pendant quinze jours. Cette route est extrêmement difficile et fatigante, remplie d’obstacles et d’escarpements dangereux. On ne voit dans ces montagnes que des murailles de rochers qui ont huit mille pieds d'élévation. Quand on s’en approche, la vue se trouble; et si, en voulant avancer, le pied venait à glisser, il n’y a rien qui pût le retenir (i).

Au bas est une rivière nommée le fleuve Sin theou (a). Les anciens ont percé les rochers pour ouvrir une route, et ils ont taillé des échelles qui ont sept cents degrés. Quand on a passé ces échelles, on traverse le fleuve sur (un pont de) cordes suspendues. Les deux rives du fleuve sont éloignées l’une de l’autre d’au moins quatre-vingts pas. Tchanrj khian et Kan yng (5) , sous la dynastie des Han, dans leurs voyages, dont les secrétaires interprètes du cabinet des affaires étrangères ont donné la relation (4), ne sont, ni l’un ni l’autre, parvenus jusqu’à ce point.

Les religieux ont demandé à Fâ hian si l’on pouvait savoir quand la loi de Foë avait commencé à passer à l’orient. Hian leur a répondu : Je m’en suis informé près des gens de ce pays, et tous m’ont assuré que, suivant les plus anciennes traditions, ce fut après l'érection de la statue de Mi le Phou sa que des Cha inen de l’Inde passèrent ce fleuve, emportant avec eux les livres sacrés et la collection des préceptes. La statue fuférigée trois cents ans après le ni houan de Foë, ce qui, par le calcul des années, répond au temps de Phing Wang, de la famille de Tcheou (5) : c'est pourquoi on peut dire que la grande doctrine a commencé à se propager et à se répandre

FOË KOUË Kl.

à l’époqùe ( de l’érection ) de cette statue. Sans le secours de ce grand maître Mi lê, qui eut continué l’œuvre de CJtÿkia et réduit ses lois en pratique? Qui eût été capable de répandre la connaissance des trois êtres précieux (6), et de la faire pénétrer jusque chez les habitants de l’extrémité du monde, en leur apprenant à connaître avec certitude l’origine de la révolution mystérieuse? Ce n’a pas été l’effet d’une opération humaine. Telle a été la cause du songe de Ming ti de la dynastie des Ilan (7).

( 1 ) fi n'y a rien qui pût U retenir. ] Cette description des escarpements dans les hautes chaînes de l'Himàluya est d'une exactitude parfaite, et tous les voyageurs qui en ont parcouru quelques parties , s’accordent dans le récit des difficultés de toute espèce qui rendent la marche & travers ces montagnes aussi pénible que périlleuse : les rochers à pic, les escaliers taillés dans les escarpements, les chaînes tendues au-dessus des vallées et les ponts suspendus.

(a) Le Jletne Sin theou.] Le nom du Sind est écrit ici 2|f$r Ailleur5 on le trouve orthograpliié ou SJM5, . Ce nom signifie, suivant les Chinois,

fleuve 9 ai sert de preuve oa de témoignage , D'après la cosmographie boud-

dhique , il sort de la partie méridionale du lac A neoa (fut , passe par la bouche de l’éléphant d’or, fait une fois ( aliàs sept fois) le tour du lac, et va se jeter dans la mer du sud-ouest \

On sait que , selon cette cosmographie , quatre fleuves partis du même point se dirigent eu sens opposés : « i° Le Heng kia ou Heng (Gange), dont le nom sanscrit signifie venu de la maison céleste , parce qu’il coule d’un lieu très-élevé. 11 sort de la partie orientale du lac A neoa tha, ainsi nommé d’un mot sanscrit ( anawadata ) , qui signifie exemptée tumulte. Ce lac est au midi de la montagne des Parfums, et au nord des grandes Montagnes de neige ; il a huit cents li de tour. L’or, l’argent, le verre, le cristal, ta cuivre, le fer, etc. ornent ses rivages. Le Gange sort de la bouche d’un bœuf d’argent, et, faisant une fois le tour du lac, il se jette dans la mer du sud-est. i® Le Sin toa (Sind), dont on vient de parler.

Tchang A Aa/i long (U long Agama), cité dan» le S<tn tsaïujfi foa. liv. XVIII, pag. ai ».

3* Le Fô tfooa (Fatch, Oxas ou Djihoun), dont le nom sanscrit signifie rivière pare; il sort du côté occidental du lac A neou tha, par la bouche du cheval de verre ou de saphir, lait une fois le tour du lac, et va se verser dans la mer du nord-ouest. 4° Le Si to, dun mot sanscrit (s'ita) qui signifie froid, sort de la partie septentrionale du lac A neoa tha, par la gueule du lion de Pho ti kia [sphatika, cristal de roche) , fait une fois le tour du lac, et va se jeter dans la mer du nord-est. Quelques-uns prétendent que ce fieuve s’enfonce sous terre et va sortir des montagnes du désert de pierre , où il forme la source du fleuve Jaune de la Chine \ n Pallas fc, d’après la cosmographie mongole Ertundjin tooli, nomme les quatre fleuves Gtinga, Chitda, Daktchca ( Wakshou, Oxus) et Aipara. B. Bergmann, citant le même ouvrage*, rapporte d’autres noms : Ganga, Suida, Barkho elBaktchi ou Chida. Le P. Horace, d’après les Tibétains, nomme ces quatre fleuves utGan-hgis, Sindhou, Paktchhou et Sida d.

[Le lac A neoa tha ou Anaioadata est le Râwanhrada des Hindous et le Mapam datai des cartes mandchou-chinoises faites sous Khang hi et Khian loang. Dans les dernières, les quatre bouches sont appelées les quatre portes, mais c’est d’une seule que sort une rivière qui communique 4 l’ouest avec le lac Langga. Voici les noms de ces quatre portes : Touigochal, l’orientale ; G h ion oargo , la méridionale ; Arabko, l’occidentale , qui communique avec le Langga , et Dadzan loang, la septentrionale. Il ne faut cependant pas oublier que Fâ hian n’a pas traversé la branche supérieure de l’Indus, qui vient du Tibet, ou (pii sort, d’après les idées des Bouddhistes, de la partie méridionale du lac Anaxcadata. Le voyageur a seulement passé la seconde branche de l’Indus, appelée Khâmeh. M. E. Burnouf propose une autre explication du mot A neoa tha. En pâli, ce lac se nomme Anacatatla, mot qui ne peut être autre chose que le sanscrit anavatapta, c’cst-à-dire, « qui n’est « pas éclairé ou échauffé (par les rayons du soleil).» Cette explication s’accorde bien avec l’opinion qui fait de ce lac le Râianhrada. — Kl.]

(3) Tchang khian et Kanyng.] L’intention du voyageur est de relever le mérite des efforts qu’il a du faire pour atteindre une contrée si éloignée de la Chine, et il cite les deux expéditions les plus lointaines qui eussent été faites jusqu’à lui, par des généraux chinois, pour montrer qu’il avait dépassé le point le plus reculé où fussent encore parvenus ses compatriotes.

Tchang khian, que Deguignes, par erreur, a nommé Tchang kiao *, est un général chinois qui, sous le règne de Wou ti de la dynastie des Han, l’an iaa avant J. C. , fit la première expédition mémorable dans l’Asie centrale. On l’avait envoyé en ambassade chez les Yuë ti, mais il avait été retenu par les Hioung nou, et gardé dix ans chez ces peuples. Il s’y était même marié et avait eu des

* Tchang A han küiy (le long Ag*m« ), cité d«n» * SomaJitcke Sirtifertie n , tom. III, pag. 198.

le San tsang fâ sou , liv XVIII, p. 11 v. 4 Alphah. Tïtn-1. pig. >86-

k Sammlangen, M./., tom. II, pag. 37. • Histoire de s Huns. i. I, p. 37; t II, p. 48.

38 FOË KOUË Kl.

enfants. Durant ce séjour, il avait acquis une connaissance étendue des contrées situées à l’occident de la Chine. Il finit par s’échapper et s’enfuit à plusieurs dizaines de journées du côté de l’ouest, jusque dans le Ta wan (Farghana). De là il passa dans le Khang kiu (la Sogdianc), le pays des Yoë ti et celui des Dahæ. Pour éviter à son retour les obstacles qui l’avaient arrêté, il voulut passer au milieu -des montagnes, par le pays des Khiang (le Tibet); mais il ne put éviter d’être encore pris par les Hioung nou; ce qui, pour le dire en passant, fait voir qu’à cette époque le Tibet était déjà exposé aux incursions des nations septentrionales. Il parvint à s’échapper de nouveau et revint en Chine après treize ans , n’ayant plus que deux compagnons, sur cent qui avaient formé sa suite à son départ. Les contrées qu’il avait visitées en personne étaient le Ta wan , le pays des grands Yuë ti, celui des Ta h ia (Dahæ) et le Khang kiu ou la Sogdiane. Mais il avait en même temps recueilli des renseignements sur cinq ou six autres grands états, voisins de ceux-là, et à son retour ü fit part à l’empereur de ses observations. «Quand j’étais chez les Tahia, dit-il, je remarquai des cannes de bam- * bou de Kkioung et des toiles de Chû . Je demandai comment on s’était procuré « ces objets. Les Tahia me répondirent : Nos marchands vont faire le commerce « dans le pays de Chin tou (Sind). Le Chin tou est au S. E. des Ta hia, à quel - « ques milliers de !i. Les mœurs de ses habitants et leurs vêtements ressemblent « à ceux des Ta hia ; mais leur pays est bas , humide et chaud. Ces gens montent « sur des éléphants pour faire la guerre. Leur pays touche à la grande mer. Sui- « vant mon calcul, le pays des Ta hia est à douze cents li au S. O. delà Chine. « Et puisque le Chin tou est à quelques milliers de U au S. E. des Ta hia , et que « l’on y trouve des objets venus de Ckà, ce pays ne doit pas être éloigné de - Chü. En conséquence, j’ai voulu passer par le pays des Khiang ; mais en vou- « lant éviter les dangers qui nie menaçaient chez ces peuples, je me su» avancé « un peu trop vers le nord, et j’ai été fait prisonnier par les Hioung nou. Cepen- « dant il doit être facile de sortir par le pays de CM, et l’on ne serait point exposé « aux attaques des brigands. »

L’empereur ayant appris que les Ta wan , les Ta hia, les An szu et autres peuples formaieul des états puissants, où l’on trouvait beaucoup de choses rares; que ces nations avaient une grande ressemblance avec le royaume du Milieu, niais qu’elles étaient peu guerrières, et quelles estimaient beaucoup les marchandises de la Chine; sachant aussi que dans le nord, les grands Yuè ti, les Khang kiu et autres peuples puissants et belliqueux pouvaient être attirés par l'appât des richesses, et que si on parvenait à leur faire goûter des idées de justice, une vaste région de dix mille h d’étendue serait ouverte aux officiers de l'empire , et qu'alors la vertu et les bonnes mœurs se répandraient de toutes parts entre les quatre mers, il donna son approbation au projet de Tchaug khian, et ordonna qu’on fit partir de Chü plusieurs envoyés qui prendraient différentes routes.

lis sortirent en effet par quatre points , et firent chacun mille ou deux mille U; mais ils trouvèrent les routes fermées au nord par les Ti et les Tso, au sud par les Souï et les Koaen ming. Ces peuples n’ont pas de chefs et se livrent au brigandage. Ils firent périr plusieurs des envoyés chinois, de sorte que la communication projetée ne put avoir lieu. On apprit seulement qu'à mille li environ, dp coté de l’occident, était un royaume où l’pn se servait d’éléphants pour monture , et que l’on nommait , Thian , et que c’était là que passaient les marchandises qui venaient de Chu. Quelques-uns réussirent à y arriver. Ce fut ainsi qu’en cherchant à communiquer avec les Dahæ , les Chinois commencèrent à connaître le royaume de Thian. On avait déjà fait bien des tentatives pour ouvrir des relations avec les barbares du sud-ouest ; mais on y eût renoncé sans les assurances données par Tchang khian sur la possibilité d’arriver chez les Dahæ par ce chemin.

Tchang khian servit ensuite dans les guerres contre les Hioung nou; et le» connaissances locales qu'il avait acquises pendant son séjour chez ces peuples, furent fort utiles aux généraux chinois. U fut, en i?3 avant J. C. , élevé à un poste important. Mais deux ans après , ayant échoué dans une expédition contre les Hioung nou, il encourut la peine capitale, cl fut, par grâce spéciale, condamné seulement à la dégradation et réduit au rang du peuple. H ne laissa pas, quelque temps après, de donner d’utiles renseignements sur les rapports qu’avaient entre eux les priuces des Hioung nou, des Ou sian et des Yui ti, sur la soumission des Siu par ces derniers, et sur d’autres événements relatifs à ces nations occidentales , qui avaient de l’intérêt pour les Chinois à cause de la domination qu’ils prétendaient exercer alors sur l'Asie intérieure \ J’ai cru devoir entrer dans ces détails, parce qu’ils se rapportent à la première découverte de l'Inde par les Chinois. Il n'est en aucune façon parlé de cette contrée avant cette époque, au moins dans ceux de leurs livres que nous connaissons.

L’autre général dont parle Fâ hian dans le passage qui a été l’occasion de cette longue note, est Kanyng, que le célèbre Phan tchao, conquérant de la Tartane pour l’empereur Ho ti, envoya, l’an 97 de J. C., jusque sur les bords de la mer occidentale, c'est-à-dire de la mer Caspienne, avec ordre d'aller soumettre l’empire romain. Les informations que ce général prit chei les Tiao tchi (Tadjiks) et les An szu le détournèrent de ce projet. On lui dit que la mer était vaste, et que ceux qui la traversaient dans un sens ou dans un autre, mettaient trois mois quand ils étaient favorisés par un bon vent; que si le temps était contraire, il fallait quelquefois deux ans, et qu'à raison de cela ceux qui s'embarquaient sur cette mer, avaient soin de se munir de provisions pour trois ans ; que sur mer, les meilleurs soldats étaient dans l’impatience de revoir la terre, et qu’il en périssait

a Fie Je Tchang khian. dans l'Histoire «1rs Han, Tbsian hao chou, liv. LXI,p. t, 5-

FOÈ KOLË Kl.

beaucoup par l’effet du regret qu'ils avaient d'avoir laissé leur pays. Kan yng se rendit à ces représentations et s’arrêta *.

Ou voit que Tchang khian et Kan yng sont du nombre des Chinois qui ont voyagé dans les contrées occidentales à la plus grande distance de leur pays. Il n’est pas même tout à fait exact de dire qu’ils n’ont pas été aussi loin que Fà hian; car le premier, en allant. chez les Ta ltia et en revenant du Khorasan par la route du midi et les limites du Tibet , a dû passer deux fois F Indus , et Kan yng, parvenu sur les bords de la mer Caspienne , avait atteint un point plus reculé que celui auquel est parvenu le voyageur bouddhiste. Mais celui-ci n’avait probablement pas une idée très-précise de la situation des pays dont il parlait, ni de la véritable direction des expéditions anciennes dont il rappelle ici le souvenir.

(4) Les secrétaires interprètes du cabinet des affaires étrangères. ] J’ai introduit dans cette phrase une légère correction dont je dois rendre compte. On lit dans les deux textes ^ rifyL- ce qui ne fait aucun sens. Je lis ^ Kieoa yi

est le nom d’une sorte d’interprètes ou de secrétaires attachés au tian chou koaé, ou bureau où se traitaient les affaires des peuples étrangers récemment soumis b l’empire , sous la dynastie des Ilan fc. C’est aux rapports de ces employés qu’on est redevable de beaucoup de renseignements géographiques et ethnographiques sur les contrées lointaines.

[Je pense que M. Abel-Rémusat s’est trompé dans la correction de ce passage, dans lequel il faut mettre un point après le caractère Jrfr, et qu’on doit traduire : « Les deux rives du fleuve sont éloignées l’une de l’autre d'au moins quatre-vingts « pas; il y a neuf stations (où on le passe). On =2, raconte que Tchang khian <• et Kan yng ne sont, ni l’un ni l’autre, parvenus jusqu’à ce point. » — Kl.]

(5) Phing tcang de la dynastie de Tcheou.] Il s’agit ici d’un fait extrêmement important pour l’histoire du Bouddhisme, de l’époque où cette religion s’est répandue au delà de l’Indus, et dans les contrées orientales de l’Asie, en Tartarie et jusque dans la Chine. On a coutume de placer son introduction dans ce dernier pays à l’an 6i de J. C., et de l’attribuer à un événement dont il sera parlé dans la note 7 d- après. C’est en effet la date de ce que l’on peut appeler son adoption officielle , car c’est alors que le culte de Bouddha fut porté avec solennité dans la capitale, et professé publiquement pour la première fois, au témoignage des historiens authentiques. Mais des faits isolés, et dont le souvenir s’est conservé

* Notice Mir les contrée* occidentale* , annexée k l'Histoire de* Han . Hcou han chou , I. LXXXVÏII, p, 6 , note .4« *rtt, Cf. Pian i lion . liv. I.VI , art. 3 , p. l; Mém. de HntUint , Acad, des inscr. et Mles-lcU..

I- XXV, p. 3o; Mêm. de tlnsiitat. Acad . des iriser. tt brlUs-lrtl. . t. Vlït, p. 1 16, l 93.

Timon Lm ckoa. liv, XÏX, iM *cct. , p. 7 Khang ki Tsca tian, au mot J’i, rad. cxlix, tr. i3.

NOTES SUR LE CHAPITRE Vil.

vaguement, n'en attestent pas moins que le Bouddhisme avait. pénétré dans diverses provinces à des époques antérieures, et s’était établi obscurément sans être remarqué. On croit même qu’il avait été prêché trés-ancicnncmcnt , que l’incendie des livres, sous Chi bouang ti de la dynastie des Thsin, était la cause qui l’avait fait oublier et l’on raconte, que la vingt-neuvième ou la trentième année du règne de ce prince (ou 2 17 ans avant J. G.), un Samanéen, des contrées occidentales, nommé Che li Jung, vint à Ilian yang (bourgade près de Si an fou du Chcnsi), avec dix- huit autres religieux, apportant des livres sacrés en sanscrit. Ils s’adressèrent à la cour; mais l’empereur, choqué de leurs habitudes extraordinaires, les fil mettre en prison. Alors Li fang et scs compagnons se mirent à réciter le Maha pradjha pâramitâ; une vive clarté remplit toute la prison, et immédiatement après un génie, de couleur d’or, de la taille de seize pieds, armé d’une massue, vint enfoncer les portes et délivrer les prisonniers. L’empereur, effrayé, sc repentit du traitement qu’il leur avait fait subir, et les renvoya après leur avoir rendu de grands honneurs b.

Vers l’an 12a avant J. C. , l’expédition du général Hou khia ping contre les Hioung nou conduisit les Chinois dans un pays nommé Hicoa thou, situé au delà des montagnes de Yarkand. Le roi de ce pays offrait des sacrifices à une statue d'homme en or. Cette statue fut prise et apportée à l’empereur en 1 2 1 \ Yan sse kou remarque à ce sujet qu’on l'avait faite en or pour représenter le prince des génies célestes, et que c’est l'origine des statues de Foc actuellement en usage. L’empereur, la considérant comme sacrée, la fit placer dans le palais des sources douces. Elle avait plus d'une toise (3", o5 ) de hauteur. On ne lui offrait pas de sacrifices, seulement on brûlait des parfums en son honneur J. C’est ainsi, ajoute-t-on, qu’a commencé à s’introduire la doctrine de Foè. Tchaugkhian, au retour de son ambassade chez les Ta hia, rendant compte de ce qu’il avait appris au sujet des nations voisines, paria des Chin ton ou de l'Inde, et du culte de Feou thou*. Sous ’Aï-ti (l’an 2 avant J. C.), un savant nommé Thsin king reçut d’un envoyé des Yuë ti, nommé / tsun kheon , des livres bouddhiques. La Chine alors, suivant l’expression de l’historien desWcî, connut cette doctrine, mais elle ny crut pas f. Voilà tout ce que j’ai trouvé de relatif à l’introduction du Bouddhisme en Chine, antérieurement à l’an 61 de notre ère, où l’on a coutume de placer cet événement. On verra bientôt quelques détails sur la part qu’y prit l’empereur Ming ti.

Quant à la connaissance de cette religion, que les Chinois trouvèrent, dès leurs

* Voyet W 'en Aion thûung hhao , livre CCXXVI, i"*- 3-

b Foifikin ikang pian, cité dans le Chin i tian. liv, UX, |». 5.

* Thsin» ban chou , K* de W cm H-

* ’Wel ckoa , notice sur le* déni sectes de Chf kia et de Lao tseu.

* Id. ibid. Voyez ci-deuo» la note d

1 H'en hian thoung khan, liv, CCXXVI, p. 3; ‘fVei thou. nt suprà ; cf. Chin i tian . liv. LIX , p. 7.

42 FOË KOUË Kl.

première* expéditions , établie au nord du Tibet et dan* la Boukharie , Fâ hian est l'auteur qui nous a conservé la tradition la plus précise et la plu* intéressante. Suivant lui, les Bouddhistes du bord de l’Indus avaient appris que leur religion s'était répandue au delà de ce fleuve, par les soins des Samanéen* de l'Inde, au temps de l’érection du colosse de Maïtreya Bodhisattwa, et cet événement eut lieu trois cent* ans après le Nirvana de Shâkya , à l’époque du règne de Phing wang de la dynastie de Tcheou. Or, Phing waug commença à régner l’an 770 avant J. C., et mourut l’an 720. Pour le dire en passant, cette indication reporterait la mort de Shâkya, antérieure de troi* cents ans, dit l’auteur, à l'érection du colosse, à l’an 1020 au plus tard. Or, sans entrer ici dans la discussion de toutes les dates assignées par les Bouddhistes des diverses nations à cet événement si important pour eux, je dois faire observer que le calcul le plus ordinairement suivi par le* Chinois, place la naissance de Shâkya à l'an 1027 ou 1029, et sa mort à l’an 950 \ Le calcul suivi par d’autres auteurs chinois très -bien instruits des traditions bouddhiques k, serait encore bien plus contraire à la chronologie de Chi fô hian , puisqu'il place la naissance de Shâkya à la neuvième année de Tchouang wang (688 avant J. C.) , et qu’il ferait par conséquent descendre sa mort à l'an 609, plu* d’un siècle après l’époque assignée à l’érection du colosse de Maïtreya. Ce qu’il faut remarquer, ce sont les expressions du texte : elles montrent que, dans l’opinion de Fü hian, Maïtreya n’est pas seulement un personnage mythologique, confiné dans le Touchita; mais que son action s’est exercée sur la terre, et quelle a contribué à soutenir l’influence de l’apostolat de Shâkya, et à la propager jusque chez les peuples de l’extrémité du monde. Il faut comparer ce passage avec les autres traditions qui placent troi» siècles après Shâkya l’avénement d’un personnage de l’ordre des Bodhisattwas , d’une sorte de réformateur ou de continuateur de* prédications bouddhiques, d’un rédacteur des livres sacrés, et qui le font agir dans la partie occidentale de l’Inde. Il sera parlé du colosse de Bodhisattwa dans la relation du pays d’Oudyàna par Hiouan thsang.

(6) La connaissance des trois (êtres) précieux ], c’est-à-dire du Ttiratm, ou de Bouddha, Dharma, Sanga. J’ai rassemblé ailleurs beaucoup d’indications sur les noms de cette triade chef les différents peuples bouddhistes *. Je dois y joindre ce passage curieux d’un auteur musulman d : a Quand les Tibétains prêtent scr- - ment, ils invoquent le Kandja soum (lisez dkon mtchhog soum), c'est-à-dire le Dieu «• triple; kandja signifiant dieu , et soum, trois. Ils disent cependant qu’il n’y a qu’un

le* Transactions of tke royal ariatic Society. I. II , et les auteur* cité* clan» me* O&seroUionj sur quelques points de la doctrine samanieatue.

4 helution dan voyage dans l'Asie centrale, par Mir rnet-uilah, en 1 8 1 a (Magasin asiatique dr M Klaproth, tom II, p. i5).

* Comparez Mélanges asiatiques, t. I, p. 1 1$, 1 17. % Histoire des fief, notice sur U* deux sectes, rtc. ; Histoire des Seul . partie littéraire; f Ven hian tkoung khao. liv. CCXXVI, p. 1 ; CJun i fiait, lie. LIX, p, 1, 5.

' Yojei Hodgson . Sketch of (A* Uaddkssm , dan»

* Dieu, et que des autres, l'un est son prophète et l’autre son verbe, et que f union « de* trois dans la formule db serment se rapporte à un seul Dieu. D y a aussi « une grande ressemblance entre les lamas du Tibet et les moines des pays chré-

* tiens, etc. » Les voyageurs bouddhistes, pour dire qu'un peuple, un prince pratiquent la religion samanéenne, se bornent à remarquer qu’ils sont profondément attachés aux trois précieux. Le dogme des trois précieux est pour eux comme le fondement de la doctrine , un point qui , une fois admis , entraîne avec lui toits les autres. Ne pas croire aux trois précieux, est un péché irrémissible *. Il serait difficile d'entendre ces, passages dans le sens étroit qu'on donne communément à ces trois mots , bouddha, la loi et le clergé. On veut parler évidemment d'une triade suprême où l'intelligence absolue se manifeste dans la parole et la multiplicité. Sans rentrer ici dans une discussion de métaphysique et de théologie, qui a déjà trouvé place ailleurs, je rapporterai une anecdote que me fournit un livre chinois imprimé au Japon. La quimième aimée du règne d'un prince de Sin ra (Sin lo, en Corée), nommé Fd hing irang (le roi promoteur de la loi, 5a8 de J. C.), la religion de Foc commença à s’établir dans cette contrée. Auparavant, sous le règne de No khi irang , un Samanéen nommé Me hoa tsea était arrivé de Kho li (la Corée proprement dite) à la ville de / chen na. fl s'était creusé une grotte pour y demeurer. L’empereur de la Chine, de la dynastie des Liang, envoya en présent au prince de Sinro toutes sortes de parfums ; mais ni le prince ni ses sujets n'en connaissaient l’usage, ni même le nom. Hoa tseu le leur enseigna. « Ces substances, leur dit-il, sont destinées à cire brûlées. L’odeur exquise quelles « répandent parvient jusqu’aux saints esprits ; et parmi ceux qu’on nomme saints ** esprits, il n’y en a aucun qui soit au-dessus des trois précieux : le premier s’ap- « pelle Foi tho; le second, Tha mo ; le troisième, Seng kia. Si vous forme* des vœux « en brûlant ces parfums, l’intelligence divine ne manquera pas d’y répondre. » La fille du roi se trouvait malade en te moment. On chargea Hou tseu de brûler des parfums et de prononcer des formules de prières. La princesse se rétablit immédiatement. Leroi, charmé, récompensa magnifiquement le Samanéen b.

J’ajouterai, puisque l’occasion s’en présente, que les images, les livres et le culte de Foé furent introduits dans la Corée , la seconde année du roi Si«o cheou lin ( ) ; que l’usage de l’écriture s'introduisit dans le Pé tsi (autre partie de la

Corée), la vingt -neuvième année du règne de Siao kou irang (3^6); et qu’un religieux étranger, nommé Ma la nan koueï, vint de Tsin (la Chine) dans le même pays, la dixième année du roi Kieou cheou (38é) ; le roi alla au-devant de lui, le mena dans son palais et lui rendit de grands honneurs. C’est alors que le Bouddhisme s’établit dans le Pé tsi. L’année suivante, on commença l’érection d’un temple de Foé sur le mont Han , et dix personnes y embrassèrent la vie religieuse.

Je ne dis rien de l’établissement du Bouddhisme au Japon. Titsingh, dans ses * Fi vwî» tfkuli h. cité dan» le San (tangfi sou, I. XXIX, p. »8 ». — k Encyciop. jafotviitt, I. XIII, p. 10,

kk FOË KOUË KJ.

/inrnUs des Daïris, et M. Klaproth, dans les éclaircissements qu’il a joints à cet ouvrage, donneront sans doute sur ce sujet toutes les explications nécessaires.

(7) Le songe de Ming ti.] Ming ti, de la dynastie des Han, eut un songe : il vit un homme, de couleur d’or, d’une taille élevée, la tête coiffée d'une auréole blanche lumineuse, voler dans l’air au-dessus de son palais. Il consulta quelquesuns de ses courtisans sur ce songe. On lui répondit que, dans les contrées occidentales, il y avait un esprit nommé Foë. En conséquence, l'empereur chargea un grand officier, nommé Thsaï yn, et un lettré, sommé Thsin king, d’aller avec plusieurs autres , dans l'Hindoustan , prendre des informations sur la doctrine de Foë, dessiner ou peindre des Feou thou (temples et idoles), et recueillir des préceptes. Thsaï yn s’adressa aux Samanéens. et revint avec deux d'enlre eux. Ma teng et Tchou fa Un, à Loyang. Ce fut alors que le royaume du Milieu commença à posséder des Samanéons et à observer les usages relatifs aux génuflexions, lin prince de Tchou, nommé Yng, fut le premier à embrasser la religion nouvelle. Yng s’était aussi procuré le livre de Foë en quarante-deux chapitres , et des images de Shùkya. Ming ti fit peindre des représentations religieuses et les plaça dans la tour de la pureté. Le livre sacré fut déposé dans un édifice en pierre près de la tour de Lan; et comme, en revenant à Lo yang, Thsaï yn avait placé ce livre sur un cheval blanc, on construisit un monastère qui fut nommé temple du- cheval blanc. Ma teng et Ffl lan passèrent leur vie dans ce monastère.

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