‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 23 sur 112 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Royaume d’Ou tchang. — Empreinte du pied de Foë.

Quand on a passé le fleuve, on est dans le royaume d’Ou tchang (i). Ce royaume d’Ou tchang forme précisément la partie septentrionale de l’Inde. On y fait absolument usage de la langue de l’Inde centrale (a). L’Inde centrale est ce qu’on nomme royaume du Milieu (3). Les habillements du peuple et sa manière de se nourrir sont aussi semblables à ceux du royaume du Milieu. La loi de Foë y est extrêmement en honneur. Tous les lieux où les religieux s'arrêtèrent, étaient des seng hia lan. Il y a en tout cinq cents seng kia lan, tous appartenant à l’étude de la petite translation (4). S’il vient quelque étranger ou des Pi khieou (5), on les reçoit avec empressement, et on les nourrit trois jours. Après ces trois jours, on les avertit de se chercher euximêmes un autre gîte.

Quand la tradition parle du voyage de Foë qui vint jusque dans l’Inde du nord, c’est de ce royaume qu’il est question. Foë y a laissé l’empreinte de son pied. La dimension de cette empreinte varie suivant la pensée de ceux qui la contemplent (6) ; elle subsiste encore à présent. La pierre où les habits ont été séchés au soleil (7), et le lieu où les mauvais dragons ont été convertis, subsistent également. La pierre est haute d’une toise; elle a deux toises en carré, et elle est plate d’un côté.

Trois des religieux, Hoeî king, Tao tching et Hoeï tha, partirent en avant pour le royaume de Na kië, où est l’ombre de Foë (8). Fa hian et les autres s’arrêtèrent pour séjourner dans ce royaume; et quand le temps de leur séjour fut terminé, ils descendirent du côté du midi dans le royaume de Su ho to (9).

FOË KOUË Kl.

(i) Le royaume d'Ou-tchang. ] Le nom de ce pays signifie jardin, en sanscrit Oadyâna; et le pays était ainsi nommé, parce que là avait été autrefois le parc d’un roi de la roue ( tckakrar arli radja). Fâ hian est le premier Chinois qui en ait parié : il orthographie le nom de ce royaume Ou tchang. Soung y un l’écrit

j|ÿ Ou tchhang , et Hiouan thsang l’écrit ainsi : ^ On tchang na. Ce

dernier voyageur rapporte aussi les deux orthographes altérées Ou

sun tchhang, et Ou tchha. Celle qu’il a suivie est la transcription aussi

exacte qu’on puisse la faire en chinois du mot sanscrit Oudjrâna, le tek ou dj se substituant presque toujours à la dentale mouillée dans la transcription des nom» hindous.

Le pays d' Oudyâna est très -célèbre dans les légendes bouddhiques, mais les voyageurs de cette religion ne sont pas les seuls qui l'aient fait connaître aux Chinois. Ceux-ci ont eu avec les princes d* Oudyâna quelques rapports politiques, notamment en 5oa , en Si i, en 5 1 8, en 5a t, en 64a. L’existence historique de ce royaume ne saurait donc être mise en doute entre l’année 4oo ou 4oi . dans laquelle Fâ hian le visita, et l’année 64a, où son prince écrivit une lettre à l’empereur de la Chine. S’il fallait s’en rapporter aux légendes, ce pays aurait déjà existé sous le nom d’Oudyâna au temps de Shâkya mouiti; mais la critique n’est pas encore en état d'adopter ou même de discuter de semblables traditions,

Ma touan lin met ce royaume à l’orient du Kandahar*, et y place l’habitation des Brahmanes, la première entre les tribus des barbares. Ce pays ne pouvait être éloigné des cantons d 'Altok et de Peïchawer; mais son nom ne se trouve plus parmi les dénominations géographiques de ces contrées. Il n’y a rien qui y ressemble dans la liste des noms anciens de lieux qui se rapportent aux parties septentrionales et occidentales de l’Inde, noms que Wilforda extraits des Pourariâsk, ni dans celle que Ward a tirée du Mârkandeya pouranâ e. C’est une observation qui peut se généraliser, et qui s'appliquera à toute la suite de notre itinéraire. Trop de révolutions ont bouleversé le sol de flnde, pour que des noms de lieux, qui remontent à quatorze cents ans, puissent être cherchés sur les cartes récentes, particulièrement quand ils tiennent à un état politique qui a varié cent fols. Les Hindous n'ont pas même l'idée des travaux oritiques par lesquels, à la Chine comme dans l’Occident, on établit les concordances qui servent de base à la géographie ancienne; et parmi les savants européens, que l’étude du sanscrit eut mis en état de suppléer à l’absence de matériaux de cette nature, un fort petit nombre se sont sentis attirés par des recherches arides, épineuses et souvent

* Li*. CCCKXXVIIl, p i3. — b 4*ü»l Jî«. t. VUI. — ' Wartt s Vit ». «te. i l, p u

kl

ingrates. On n'a pas encore donné aa»ei de suite à la géographie de» Pouranas de Wiiford : il eût été pourtant bien intéressant d'étendre les investigations et de rectifier les erreurs de cet écrivain laborieux, mais trop systématique. La lecture de ces anciennes compositions, du Bàmâyana, du Mahabhârata, et de quelques autres poèmes , comme le Megha doéta, entreprise dans le but d on dépouiller toute la partie géographique, serait un véritable service tendu à l'érudition. On admire avec raison , dans ces ouvrages , des peintures gracieuses et d'élégantes des. criptions ; mais r« beauté», quel qu’en «oit le mérite, ne sauraient être que pour des esprits superficiels l'objet d’un intérêt exclusif. Des souvenirs fugitifs, propres 4 fournir des inductions chronologiques, ou à faire esquisser le tableau des anciennes divisions de l’Inde d'après les écrivains indiens, auraient infiniment pins de prix aux veux des savants. Il y a eu d'heureux essais en ce genre dans ces dernières années , mais on n'a point encore embrassé le sujet dans son ensemble : aussi la détermination de tous les lieux dont parle l a hian a-t-elle exigé un travail considérable ; ce qui était impossible au temps de üeguigues, étant encore aujourd’hui hérissé de difficultés.

On voit, par la relation de Fâ hian, quo le Bouddhisme était établi au iv* siècle dans la partie orientale de l’Afghanistan , sur la rive droite de l’Indus , et dans une contrée que l'on nomme encore Kafristan ou pays des Idolâtres ; car c'est à ce canton que répond incontestablement l'Oudyâna, quelle qu'oit été son étendue du côté de l'occident. Nous apprenons d'ailleurs" qu’au vu" siècle, la même religion y existait encore, quoiqu'elle laissât voir quelques symptômes de décadence; que sur quatorze cents monastères qu’on y comptait autrefois, plusieurs fassent tombés en ruin»; que beaucoup de religieux se fussent transportés ailleurs , et que ceux qui restaient eussent perdu l'intelligence du véritable sens de leurs livres. Ces 6its, consignés dans des ouvrages antérieurs aux invasions des Musulmans, sont d’accord avec les témoignages que ceux-ci ont émis un peu plus tard , et peuvent même servir à les expliquer,

Plusieurs faits relatifs au royaume d'Oudyâna, et qui ont été connus des Chinois au temps des dynasties des Weî septentrionaux et des Thang , se trouvent dans la relation suivante, extraite da Koa kin thoa chou , Pian i tmn . liv. LXDI, p. i-iô,

La troisième année King ming, du régne de Sûwn ueu h de la dynastie des 'Weï du nord { 5oa de J. C. j , des ambassadeurs du royaume de Ou tchang vinrent apporter un tribut.

Ce royaume est au midi du Sur mi (Sou mérou j. Au nord, il a la chaîne des montagnes de l'Oignon j au sud, il confine h l'Inde. Les Brahmanes sont, cher les étrangers, considérés comme la caste supérieure. Les Brahmanes sont versés dans la science du ciel et dans le calcul des jours heureux et malheureux. Les rois ne font rien sans consulter leurs décisions.

* Pian i Iran, liv. LXIII, descr. ti'Ou tchang, pag. C.

FOË KOUË Kl.

Ce pays contient beaucoup de forets et produit des fruits. On conduit les eaux pour arroser les champs. La terre est fertile et abondante en riz et en froment. Il y a beaucoup de sectateurs de Foé. Les temples et les tours sont très-ornés et magnifiques. Quand deux personnes ont une contestation , elles se soumettent à prendre médecine. Celle qui a tort éprouve de violentes douleurs , et celle qui a le droit pour elle ne ressent aucun mal. Dans leurs lois, on ne punit pas de mort les coupables ; ceux qui auraient mérité cette punition sont seulement exilés au S. O. des montagnes de ï Intelligence ; là est le mont Tan the. Sur cette montagne on a construit un temple. On leur porte des aliments à l’aide de plusieurs ânes. Il n'y a personne au bas de la montagne pour les diriger ou les retenir, et ils peuvent d’eux-mêmes aller et venir.

L’histoire des monastères rapporte le voyage de deux habitants de Thun houang (Cha tcheou), nommés Soung yun tse et Hoeï seng, qui sc rendirent dans les contrées • occidentales. Ils employèrent douze mois avant d'entrer dans le royaume de Ou tchang. Ce royaume touche, au nord, aux montagnes de l’Oignon ; du côté du midi , il tient à l lnde. Le climat y est tempéré. Le pays a plusieurs milliers de U d’étendue; il est bien peuplé et riche en productions. Il y a un monticule isolé, voisin d’une rivière dont les eaux sont noires, cl de l'ilc des Génies. Les champs de la plaine sont très-fertiles. C’est le lieu de la demeure de Pi lo cki eal, où Sa tha a fait l’abandon de son corps b.

Quoique anciennement les mœurs déco pays fussent loin d’être très-parfaites, cependant, à l’exemple du roi, on y avait fait des progrès dans la pureté, on pratiquait des jeûnes en se nourrissant de légumes, on honorait Foê le matin et durant la nuit; on frappait alors sur un tambour, on sonnait d<?la conque, on jouait de la guitare , de la flûte , d’autres instruments à vent ; et ce n'était qu après que la moitié du jour avait été employée de cette manière , que l’on s’occupait des affaires de l’état. On ne punissait pas de mort les criminels , mais seulement on les exposait sur une montagne déserte, où on les laissait chercher à boire et à manger. Quand une affaire présentait des doutes, on prenait des médicaments, et on s’en rapportait au témoignage qu’ils rendaient sur le clair et l'obscur, le grave el le léger, ou sur le temps.

La terre est bonne el fertile; les habitants vivent dans l’abondance. Toutes les céréales y croissent, ainsi que les cinq principaux fruits, et beaucoup d’autres qui viennent à maturité. La nuit on entend le bruit des cloches qui, de tous côtés, remplissent l’air*. La fertilité de la terre donne naissance à des fleurs extraordinaires qui se succèdent l’été comme l’hiver. Les prêtres ont coutume de les cueillir pour aller les offrir à Foè.

* Tfbhinÿ (ville), est une faute Han* le teitc : il faut vu contrée. — * Ce passage paraît altéré : il est du moins peu intelligible — * Littéralement, le monde.

Le roi voyant arriver Soung y un, l'envoyé du grand royaume de ’Weï, pour ic saluer, et ayant reçu ses lettres de créance, demanda â Soung yun s'il était un homme du pays où le soleil se lève. — A l'orient de notre pays, répondit Soiuag yun, il y a une grande mer du sein des eaux de laquelle le soleil sort. Tel est c l’ordre du Jou laï (Tathagâta). — Le roi demanda encore : Ce pays produit-il de saints personnages ? — Soung yun parla alors de Tcheou koung, de Confucius, de Tchouangtseu, de Laotseu; il indiqua les vertus de chacun d'eux : puis il parla du mont Pkeng lai, de la porte d'argent, de la salle d'or, des génies et des immortels qui y habitent ; il en vint aux habiles astrologues et devins , aux médecins , aux magiciens , et traita de toutes ces choses séparément et avec ordre. Quand il eut fini, le roi lui dit : Si les choses sont comme vous le dites, c’est le royaume de Foé, et nous devons, pendant toute la durée de notre vie, respecter les habitants de ce pays.

Soung yun et Hoeï seng sortirent ensuite de la ville pour chercher les vestiges de la doctrine du Jou lai. À l’orient de la rivière est le lieu où Foé fit sécher ses habits. Autrefois, lorsque le Jou laï voyageait dans le royaume de Outchang,il convertit le roi des dragons. Celui-ci, dans sa colère, avait excité une violente tempête. Le seng kia U de Foé fut trempé en dedans comme en dehors par l’eau de la pluie. Quand elle eut cessé, Foé, assis au bas du rocher du côté de l’orient, fit sécher son kia cha * au soleil. Quoiqu’il se soit, depuis ce temps, écoulé bien des années, les taches et les endroits clairs sont comme s’ils étaient nouveaux. Non-seulement on voit distinctement les traces, mais jusqu’aux plus menues impressions des fils. Au moment où nous allâmes les voir, c'était comme si l'on n’en eût pas encore ôté, et il semblait qu’on eût gratté ces raies.

Au lieu où Foé s'est assis , ainsi que dans celui où les habits ont été séchés , on a élevé des tours qui en marquent le souvenir.

A l'ouest de la rivière est un étang : c'est celui où habitait le roi des dragons. A côté est un temple avec une cinquantaine de religieux. Le roi des dragons opérait souvent des merveilles. Le roi du pays, pour le conjurer, jetait dans l’étang de l’or, des pierres précieuses, des perles. Ensuite (le roi des dragons) les fit jaillir et ordonna aux religieux de les recueillir. Les vêtements et la nourriture des desservants de ce temple sont fournis par les dragons. Aussi les habitants le nomment temple du roi des dragons.

Au nord de la ville royale, à dix-huit ti, il y a une empreinte du pied du Jou laï ; on a bâti une tour de pierre pour la renfermer. L’endroit du rocher où est l’empreinte est comme si l’on eût imprimé un pied dans la boue. La mesure n'en est pas fixe -, elle est tantôt plus grande et tantôt plus petite. Il peut maintenant y avoir dans le temple soixante et dix religieux.

[ Le km cha est une espèce de collet que le* religieux bouddhistes portent sur les épaules. — Kl. ]

FOË KOUË Kl.

Au midi de la tour , h vingt pas , il y a une source dans un rocher. Foë s'étant purifié et ayant mâché une branche d’osier, la planta en terre : elle est devenue un grand arbre, que les barbares nomment Pko leoa.

Au nord de la ville est le temple de Tho lo, où il y a beaucoup d'adorateurs de Foë. Le feou thoa* est haut et grand, mais les cellules des religieui sont très-resserrées. 11 y a tout autour du temple soixante statues dorées. Tous les ans, le roi tient une grande assemblée dans ce temple ; tous les Samanéens du royaume s’y rassemblent comme de$ nuages. Soung y un et Hoei seng ont vu ces mendiants; et leur conduite régulière, leurs pieuses austérités, leurs mœurs ont excité leur respect et leur admiration. Ils leur abandonnèrent un esclave mâle et un autre femelle pour faire les offrandes de vin et balayer le temple.

Au sud-est de la ville royale, à huit jours de marche, dans les montagnes, est le lieu où Foë fit l’abandon de son corps à un tigre affamé. C’est une montagne très-escarpée, avec des précipices , des cavernes , des pics qui entrent dans les nuages, l^rbrc du bonheur kalpa darou et le champignon ling tchi y croissent en abondance. Les sources qui sont dans la forêt, le mélange agréable des fleurs y charment les yeux. Soung y un et Hocï seng donnèrent de l’argent pour faire une statue dans le Feou thou sur le front de la montagne, et gravèrent sur le rocher une inscription en caractères K, pour rappeler les grandes actions de la dynastie ’Weî. Sur cette montagne est le temple de l'or conservé; il y a plus de trois cents religieux.

Au sud de la ville royale, à plus de cent li, est le lieu où jadis le Jou laï , étant dans le pays de Ma hieou, prit sa peau détachée pour papier, et un de scs os pour pinceau. Le roi Jycoa fit bâtir une tour à cette place; elle est haute de dix tchang. A l’endroit où l’os fut détaché , la moelle a coulé sur la pierre , et l’on voit la couleur de la graisse, et la tache huileuse comme si elle était récente.

Au sud-ouest de la ville royale, à cinq cents li, est le mont CAen tchi, ou des biens; il y a des sources douces et de beaux fruits, dont il est parlé dans la légende. Les montagnes et les vallées y sont agréablement diversifiées. Les arbres des montagnes conservent leur verdure en hiver. Cette riche végétation, cette douce température, le printemps dans sa (leur, les papillons, semblables à des fleurs qui voltigent , produisent un ensemble délicieux. Au milieu de cette scène séduisante, Soung yun, qui se trouvait dans une contrée si éloignée de son pays , était agité de mille pensées diverses, et sentait naitre en son cœur les émotions d’autrefois. Il y passa un mois pour obtenir des Brahmanes des charmes qui le calmèrent.

Au sud-est de cette montagne, il y a une maison de pierre dite do prince, où se voient deux chambres. Devant la maison du Prince, à dix pas, est une grande pierre carrée. On dit que le prince avait coutume d’aller s’y asseoir. Le roi

* [Feou thou cal le nom qu'on donne aux pyra- On appelle également ainsi les chapelles dans Im-

ni nies ou obélisques qui renferment des s'anra, ou quelles sont placées leurs images. — Kl. }

reliques de Shékya ou d’outres saints personnages.

A y ©ou y fit bâtir une tour pour en consacrer le souvenir. Au midi de la tour, à un li, est le lieu où était la cabane du prince.

En descendant de la montagne, au nord-est, à cinquante pas, est le lieu où le prince et la princesse firent le tour d'un arbre sans se séparer, et où les Brahmanes les flagellèrent de manière à faire couler le sang à terre. Cet arbre subsiste encore, et conserve les gouttes de sang dont il fut arrosé. Là est une source d’eau.

A l’ouest de la maison, à trois li, le roi du ciel Indra se changea en lion, et là est la place où il se tint assis sur le chemin, cachant Man yan. Les vestiges de son poil, de sa queue et de ses ongles subsistent encore à présent, ainsi que le lieu où A tcheoa tho kkoa et son disciple offrirent des aliments à leurs parents. Dans ces divers lieux, il y a des tours pour en conserver le souvenir.

Dans les montagnes sont les lits de cinq cents anciens Arhan. Ils sont sur deux files du sud au nord, et à la place où ils étaient assis les uns vis-à-vis des autres; sur la seconde rangée, il y a un grand temple où vivent deux.cenls religieux, et la source d’eau où but le prince. Au nord est un temple toujours entouré d’un grand nombre d’ânes; personne ne les garde, et ils vont d’eux-mêmes où ils veulent. Us sortent à trois heures du matin, et à midi ils mangent. Ce sont des génies qui gardent la tour, et c’est l’immortel // d pho qui leur a donné cette commission. Il y avait jadis dans ce temple un Cka mi qui avait l’habitude de jeter les cendres au dehors, et par la volonté des huit génies, il les attirait à lui. Insensiblement sa peau se colla et ses os se séparèrent. L’immortel Wô pho prit sa place dans la fonction de porter les cendres au dehors. Le roi a élevé un temple à Wô pho, où est son image recouverte de feuilles d’or.

Auprès d’un petit défilé, il y a le temple de Pho kian, construit par Ye tcha. Ou y trouve quatre-vingts religieux. On dit que le Arlian Ye tcha venait souvent y faire des offrandes de vin, balayer, ramasserdu bois. Les mendiants vulgaires ne peuvent demeurer dans ce temple. Nous, Samanéens de la grande dynastie ’Weï, eûmes la gloire de venir jusqu’ici; mais nous nous en retournâmes, n’osant y faire séjour.

La troisième année Young phing (5io), à la neuvième lune, le pays de Ou tchang envoya un tribut. La quatrième année, à la troisième lune et à la dixième lune, il en vint un autre du même pays. La même chose eut lieu à la septième lune intercalaire de la première année Chin koaei de Iliao ming ti (5i8), et à la cinquième lune de la seconde année Tching kouang ( 5a i ).

Sous la dynastie des Tliang, la seizième année Tching houan (Gâa), il vint des ambassadeurs de Ou tcliang. 11 n'en est pas question dans la vie de Tai tsoung; mais on lit ce qui suit dans la Notice sur les contrées occidentales : « Ou tchlui, aussi « nommé Ou tchang na et Ou tchang, est juste au midi* de l'Inde. Ce pays a cinq « mille li de longueur. 11 confine à l’orient avec le pays de Phoü liü (Pourout), à

Faute «'«identr. pour Jtxnt au nord, ainsi qu'on le voit immédiatement âpre»,

FOË KOUË Kl.

« six cents li À l’ouest il est à quatre cents li de Khi pin (Cophène). Les mon* « tagnes et les vallées se tiennent et se succèdent. Llles produisent de l’or, du fer, » du raisin, l’herbe odoriférante yû kin. Le riz y mûrit au bout d’un an. Les habi- « tarifs sont faibles, trompeurs, fort adonnés aux pratiques superstitieuses, à la « magie. On n’emploie pas les supplices dans ce royaume; les coupables qui au- •* raient mérité la mort, sont exilés dans les montagnes désertes. Quand il y a des u doutes sur la culpabilité, on les dissipe au moyen d’une boisson médicinale qui « fait distinguer le vrai du faux. Il y a cinq villes : le roi demeure dans celle de « Choa mentf pe li, aussi nommée Meng ki # li. Au nord -est est le ruisseau Tha U lo : « c’est l’ancien pays de Ou tchang. La seizième année Tching koaan (6àa), le roi « Tha mo in tho ho sse envoya des ambassadeurs qui apportèrent du camphre. Cne « lettre impériale lui marqua la satisfaction qu’on avait de cette conduite. »

On remarque qu’en passant les montagnes au nord de Pho lo tou lou , et faisant six cents li, on atteint la tribu de Ou tchang.

Le Thse foayoaan koaeï rapporte ainsi la lettre de Tha mo in tho ho tse : « Le très- « honorable souverain , doué de bonheur et de vertu , qui règne à la fois sur le milieu «et sur le haut, monte le précieux char du ciel, dissipe toutes les ténèbres, et, « comme le seigneur Indra, est capable de soumettre le roi des A sieou lo (Asoura). « Votre esclave se repose sur la racine de vos bontés, et, comme s’il eût obtenu la u race d'Indra vivant, salue votre très-honorable personne et lui offre du camphre. <» L’empereur fut flatté d'un hommage venu de si loin, et fit sceller de son sceau une réponse bienveillante.

Suivant la Notice des pays occidentaux sous h grande dynastie des Thang, le royaume de Ou tchang n’a pas plus de cinq mille li de tour. Il est rempli de montagnes et de vallées qui dépendent les unes des autres, et de courants et de lacs dont les sources se communiquent. On y sème des céréales; mais, malgré le soin qu'on a de labourer la terre, elles ne produisent guère. 11 y a beaucoup de raisin et peu de cannes à sucre. La terre produit du fer, de l'or; elle convient auyd kin. Les forêts sont extrêmement touffues; les fleurs et les fruits viennent en abondance. La chaleur et le froid se tempèrent; le vent et la pluie se succèdent avec régularité. Les habitants sont d'un caractère timide et astucieux; ils aiment l’étude et ne transgressent pas les lois. L’astrologie est leur occupation habituelle. La plupart sont vêtus de laine blanche, et peu d’entre eux ont d’autres habillements. Quoique leur langage diffère, il approche beaucoup de celui de l'In tou, ainsi que leur écriture, leurs cérémonies, leurs usages. Ils honorent beaucoup la loi de Foc, et leur culte appartient h la grande translation. Sur le fleuve Sou pho fi sou thon, il y avait autrefois quatorze cents kia lan (monastères). Beaucoup sont déjà tombés en ruine. Jadis on y trouvait dix-huit mille religieux; leur nombre est présentement fort diminué. Tous étudient la grande translation, et se livrent à la contemplation : ils se plaisent à lire leurs écritures, mais ils n’en entendent pas le sens

profond. Les préceptes sont mis en pratique, et la conduite est pure. Ils gardent les observances, et les formules cTenchantement sont en usage parmi eux. Suivant ce que la tradition enseigne, il y a cinq sectes : la première est celle de Fd mi (silence de la loi); la seconde, celle de Houa ti (conversion de la terre); la troisième, celle de Yn kouang ou Kâsyapa (lumière bue); la quatrième, celle de Chonf i thsiyeoa; et la cinquième, celle de Ta tchoang ou de la multitude. Dix temples au moins sont habités pêle-mêle par des hérétiques. Les villes sont au nombre de quatre ou cinq. Le roi habite le plus souvent dans celle de Meng kië fi. La ville a seize ou dix-sept li de circonférence. La population y est très-nombreuse. A lest de la ville de Meng kiè li , et à quatre ou cinq li, est un grand son ton po * où se trouvent un très-grand nombre de merveilles divines. Quand Foë était vivant, il institua dans cet endroit l'immortel Jin jo roi de Kjr li. (Ce mot, en chinois, signifie débat, discussion. On disait précédemment ko li: c’était une corruption.) Pour couper les membres (Lacune dans le texte.)

Au nord-est de la ville de Meng kië ti, en faisant deux cent cinquante ou deux cent soixante ti, on entre dans une grande montagne, et on arrive à la fontaine du dragon A po lo In, qui est la source du fleuve Sou pho fu sou thou. Les eaux se partagent en coulant du côté du sud-ouest. Été comme hiver, il y fait un froid excessif; matin et soir il y tombe de la neige. Au milieu de la neige et de la pluie mêlées ensemble, il y a une lumière de toutes couleurs qui resplendit de tous côtés.

Le dragon A po lo lo naquit dans le temps que Kia chë pho Foë était parmi les hommes. Il porta le nom de Keng khi; et profondément versé dans l'étude de la magie, il empêcha, par ses formules, que les dragons ne produisissent des orages de pluie. Les gens du pays se confièrent è lui et lui offrirent le superflu de leurs moissons. lies habitants furent très-touchés ; iis conservèrent le souvenir de ce bienfait, et , par maison , on s'imposa è un boisseau de grain pour les offrandes. Plusieurs années après, il arriva qu’on manqua à ce devoir. Keng khi, mécontent, souhaita de devenir un dragon venimeux. U excita une tempête mêlée de vent et de pluie, qui détruisit les moissons; et quand il eut ordonné qu’ello cessât, il fit cet étang et la source du Dragon, d'où coule une eau blanche qui détruit les biens de la terre. Qtÿ kia joa lui, plein de bonté pour les hommes et dirigeant le siècle, fut touché de compassion pour les habitants de ce pays, qui n'étaient exposés qu’à ce seul malheur. II fit descendre un esprit qui vint en cet endroit pour convertir le dragon furieux. II prit un sceptre divin de diamant, et frappa sur le côté de la montagne. Le roi des dragons épouvanté sortit et vint faire sa soumission. II écouta la doctrine de Foè, purifia son cœur, et crut à la loi. Jou laî lui fit aussitôt la défense de nuire aux moissons. Le dragon répondit : « Tous ceux qui mangent, comptent sur les champs

* Sthoàpa. lumuliu. pi U oj rarth. Chapelle, couvent.

5 fi FOË KOUË KL

« des hommes. Aujourd’hui je reçois votre sainte instruction, je crains de pou- « voir difficilement me garantir de la nécessité. Je souhaite que sur douze années, « il y ait une récolte qui me soit abandonnée. » Le Jou lai eut compassion de lui et le permit. C’est pourquoi il y a tous les douze ans un désastre de l'eau blanche.

Au sud-ouest de la source d 'A po lo lo, â plus de trente li, sur le bord septentrional de la rivière, sur une grande pierre , il y a une impression du pied du Jou lai. La mesure en varie selon le bonheur et la force des hommes. C’est la marque du pied du Jou lai quand il quitta ce lieu après avoir soumis le dragon. Les hommes des temps postérieurs amassèrent des pierres en cet endroit pour y faire un temple. De près et de loin on y accourt pour offrir des fleurs et des parfums. En descendant la rivière, environ à trente li, on vient à One pierre où le Jou lai lava ses habits; les raies de son hia dut y sont empreintes comme si elles étaient gravées.

Au midi de la ville de Meng kiè li. à quatre cents li, est la montagne et la vallée de lit lo. La rivière coule vers l’ouest, et retourne ensuite vers l’orient. Des fleurs mêlées et des fruits rares sont entraînés par le courant. Les bords sont escarpés et les montagnes coupées par de profondes vallées où se précipitent des torrents. IjCS voyageurs y entendent quelquefois le bruit de voix ou de cris, ou le son d’instruments de musique. Les rochers sont carrés comme un lit, de même que si on les avait travaillés à la main. Iis se tiennent et se prolongent en se suivant les uns les autres. Ces escarpements et ces vallées sont l’endroit où Foë, ayant entendu la moitié d’un poème, fit le sacrifice de sa personne et de sa vie. (Précédemment on disait kieï ; c’est un mot sanscrit abrégé. On dit aussi kieî tho, par altération du mot sanscrit. Maintenant, pour rendre exactement le son du mot, on dit A ia tho: ce qui en chinois signifie poème. Un poème a trente-deux vers, cheou.)

Au midi de la ville de Meng kiè li, à deux cents li environ, sur le revers d'une montagne, on trouve le Kia lan (monastère) de Ma ha fa na. (Ce mot fan , écrit à la chinoise, signifie la grande forêt'.) C’est le lieu où le Jou lai pratiqua jadis les œuvres de Phou sà et fut surnommé roi de Fo tha lha. ( Mol fan , qui en chinois signifie don nniversel.) Fuyant les ennemis et abandonnant son royaume, il arriva jusqu’ici. Il rencontra un pauvre Brahmane qui demandait l’aumône. Ayant perdu son royaume et son rang, n'ayant rien à donner, il ordonna qu’on le liât lui-même et qu’on le livrât au roi de ses ennemis, pour que l’argent qu’on donnerait pour lui servit d’aumône.

Au nord-ouest du monastère de Maha fana, en descendant les montagnes l’espace de trente-quatre U, on arrive au Kia lan de jfcfo ru. (Ce mot signifie fève en chinois.) Il y a un Sthoiipa haut de plus de cent pieds. Au revers, sur une grande pierre carrée, est une trace du pied du Jou lai. Foë ayant foulé cette pierre, en fit jaillir là lumière faon tchi, qui éclaira le monastère de Maha fana; il

raconta les aventures de sa propre naissance eu faveur des hommes et des dieux.

* Fa a a esi le mol satucril rond, forée — kx.

Au bas du mur du Sthoûpa, il y a une pierre entourée de jaune et de blanc. Il y a toujours un suc graisseux. Dans le temps où Foé mettait en pratique les actions de Phou sâ , pour que l’on entendît la droite doctrine dans cet endroit, il s^ronfpit un os pour écrire les livres sacrés.

A l’ouest du monastère de Mo vu, à soixante ou soixante et dix li, il y a un Sthoùpa qui 1 été élevé par le roi ff 'oa yeon. C’est là que le Jou laï, pratiquant jadis les actions de Phou s&, reçut le titre de roi de Chi pi kia. (Ce mot fan, en chinois, signifie donner. On disait autrefois, par abréviation, roi de Chi pi.) 11 avait prié Foé, et c’est réellement dans cet endroit qu’il coupa son corps pour le livrer à l’épervier au lieu de la colombe. (Voyez IX, à*)

Au nord-ouest du lieu dit ponr la colombe, à deux cents li au moins, on rencontre le ruisseau Chan ni loche, et on arrive au monastère de Sa so cha ti. (Ce mot signifie en chinois médecine da serpent.) Il y a un Sthoûpa haut de plus de quatrevingts pieds. C’est le lieu où le Jou la», étant jadis Indra, rencontra une troupe de gens affamés et pestiférés. Les médecins n’y pouvaient rien; et, sur les routes, ceux qui mouraient de faim se succédaient sans interruption. Indra, plein de compassion, songea à les délivrer de cette calamité, et il changea son corps en celui d’un grand serpent. Il appela les cadavres dans les rivières et les vallons : en l’entendant, tous très-joyeux se mirent à fuir et à courir. Il guérit les afTamés et les malades.

Non loin, il y a le grand Sthoùpa de Son ma. C’est le lieu où jadis le Jou laï, étant Indra, par compassion pour des pestiférés, se changea en serpent Sou ma. De tous ceux qui en mangèrent, il n’y eut personne qui ne fût consolé.

Sur le bord des rochers , au nord du ruisseau Chan ni lo che, il y a un Sthoûpa. Les malades qui y arrivent sont guéris, et sont garantis de beaucoup de maladies. Le Jou laï étant autrefois roi des paons, y vint avec sa troupe. Pressés de la chaleur et de la soif, ils cherchaient de l’eau qui ne s'y trouvait pas. Le roi des paons, d’un seul coup de bec, frappa le rocher et en fit jaillir de l’eau qui coula et forma de suite un lac. Ceux qui en boivent sont guéris de leurs maux. Sur le rocher, il y a encore l’empreinte d'une patte de paon.

Au sud-ouest de la ville de Meng kië li , en faisant soixante ou soixante et dix li, à l’orient du grand fleuve, il y a un Sthoûpa haut de soixante pieds environ, qui a été élevé parle roi de*la Haute armée. Anciennement le Jou laï, étant sur le point d’entrer dans l’extinction, avertit ainsi tous les peuples : <■ Après mon nirvâna, le « roi de la Haute armée du royaume d’Ou tchang na doit donner une partie de « mes reliques à tous les princes, pour établir une mesure égale. » Quand le roi de la Haute armée fut venu, il y eut une consultation sur leur valeur. Alors les hommes célestes et la foule répétèrent les paroles de la prédiction et de l'ordre du Jou laï. On partagea les reliques, et chacun les emporta dans son royaume; on éleva en leur honneur le Sthoûpa. Sur la rive du grand fleuve, il y a une

FOË KOUË Kl.

grosse pierre de la forme d'un éléphant. Anciennement le roi de la Haute armée fit placer les reliques sur un grand éléphant blanc, et vint en s’en retournant à cet endroit. Alors l’éléphant sc prosterna et mourut; il fut changé en pierre. A cet endroit on a construit un Sthoûpa.

A quarante ou cinquante li de la ville de Meng Idc li, en traversant le grand fleuve, on' vient au Sthoûpa Loa hi ta kia. (Ce mot signifie rouge en chinois \)<1 est haut de plus de cinquante pieds, et a été érigé par le roi Wou yeou. Anciennement le Jou lai , pratiquant les actes de Phou sa , devint roi d’un grand royaume , sous le titre de Tsea li (force de bonté). Dans cet endroit il se perça le corps et prit son sang pour nourrir cinq yo chah. (Précédemment on disait ye cha; c’est une corruption. )

Au nord-est de la ville de Meng kié li, à trente li, on vient au Sthoûpa de pierre appelé Ko pou to (ce mot signifie en chinois merveille unique); il est haut de quarante pieds. Anciennement le Jou lai discourut sur la loi en faveur des hommes et des dieux, et leur ouvrit la voie. Après que le Jou laï s’en fut allé, la foule, qui se désolait de son départ, l’honora en lui offrant des parfums et des fleurs sans interruption.

A l'ouest du Sthoûpa de pierre, à trente ou quarante li, en passant le grand fleuve, dans un temple, il y a une image de A fou loa tchi ti che fa lo Phou sâ. (Ce mot signifie en chinois contemplant ce qui est de soi-méme. Ce sont des mots unis et des sons qui s'enchaînent dans un mot sanscrit. En les séparant on y trouve afolou tchi to, qui se traduit par contemplant, et chefalo, qui se traduit par existant de soi-méme. Précédemment on le traduisait par voix, siècle de lumière, ou par voix contemplant le siècle , ou par existant de soi-méme et contemplant le siècle . Tout cela est altéré et corrompu 6. )

Les secrets de sa majestueuse intelligence ont été illustrés par les vestiges de son génie, et ses compagnons dans la loi accouraient pour lui offrir leurs hommages sans interruption.

Au nord-ouest de la statue de Phou sà contemplant l’être qui existe par luimême, à cent quarante ou cent cinquante li, on vient au mont Lan pho loa. Au sommet de ce mont est l'étang du Dragon, qui a plus de trente li de tour. Les eaux en sont pures et forment des nappes transparentes comme un miroir clair. Anciennement Pi loa chy kia attaqua, devant le roi, les quatre Chy, qui s’étaient

opposés à l’armée . Chacun deux se séparant s’envola de son

côté. Il y eut un d’eux, nommé Chy tchoung, qui, après être sorti de la capitale

d'avoir soin de ses jardin» et de scs trésors. — Kl. ] * [ A fou loa tchi ti chefalo Pho n *d csl la transcription chinoise tant soit pea corrompue du sanscrit i4t«IAMn viim PodkUattwa, c‘r&l À-dire, le liodhitaitva, le maître çui contemple avec amour. — Kl. ]

* [C'est le mot sanscrit l&hitaka. qui , ainsi que lAhita, signifie rouge. — Kl. ]

k [Le» je cha. en wnwrrit jakcha, sont des démons qui, selon la mythologie hindoue, sont spécialement attachés h Koutéra, dieu de la richesse, et chargés

du royaume, voyagea par terre et par eau; mais fatigué à l’excès, il demeura à moitié du chemin. 11 y eut alors une oie qui vint en volant devant lui, et qui se montra si bien disciplinée qu’il la put monter. L’oie s’abattit à cet étang. Chy tchoung, qui avait voyagé par les airs et qui sc trouvait dans une contrée éloignée et étrangère, sans connaître les chemins, chercha un abri sur un arbre pour y dormir. La fille du dragon du lac, qui se promenait sur le rivage, aperçut tout à coup Chy tchoung, et fut très -effrayée; elle prit la figure d'un homme et le tira avec la main. ChJ tchoung s’éveilla en sursaut, et lui adressant des remerèîraents : «Un pauvre étranger tel que je suis, dit-il, comment daignez-vous venir “ à son secours? Je suis sincèrement touché de ce que vous assistiez un fugitif « exposé dans les déserts. •• La jeune fille répondit : « Mes parents m’ont enseigné « à vénérer les fidèles. Mais quoique vous m’ayez honorée de vos regards, je n’ai u pas encore reçu vos ordres, n Chy tchoung reprit : « Dans le fond des mou- « tagnes et des vallées, où est votre habitation ?n Elle répondit : «Je suis la fille « du dragon de ce lac. J'ai appris la fuite des saints et leur mésaventure : heu- (i reusement je suis venue voir ici, et j’ai pu vous offrir des consolations dans vos « fatigues, Ijû destin a voulu que Yan sse existât ; j’ignore quelle est sa volonté. « D’ailleurs j'ai pour surcroît de malheur ce corps de dragon ; l'éloignement vous «• a empêché de l’apprendre. » Chy tchoung dit : « Veuillez en une parole me « soumettre sincèrement votre désir , et il sera satisfait. La fille du dragon dit : « J'écoute respectueusement vos ordres, et je m’y soumets. »Chy tchoung, liant son cœur par un serment, dit : « Que tout ce que j’ai de force, de bonheur *« et de vertu fasse reprendre à cette fille du dragon sa forme humaine. » Par l’effet de cette vertu divine , le dragon redevint homme à l’instant. Pénétrée de reconnaissance cl de joie, elle remercia Chy tchoung et lui dit : “J’étais accablée de u douleur, mais mes maux se sont convertis en biens. Vous avez daigné employer « vos forces. Ce que vous me rendez dage, redevenue en un matin dans ma « forme, je désire vous le consacrer pour reconnaître ce bienfait. Je m’épuiserai « à votre service sans satisfaire ma gratitude. Je veux aller l’annoncer à mes pa- « rents , et ensuite ils vous prépareront une réception convenable. » La fille des dragons rentra dans le lac; et, s’adressant à son père, elle lui dit : * En me pro- « menant, je viens de rencontrer Chy tchoung, qui, par sa puissance, m’a rendu « la forme humaine. » Le roi des dragons, joyeux de cette faveur et plein de reconnaissance pour le saint, suivit sa fille, et, pour lui faire une invitation, sortit du lac. Il remercia Chy tchoung et lui dit : * Malgré la différence des espèces, « je me soumets à votre respectable puissance, et je vous invite à venir dans ma « maison, où je vous offrirai mes hommages et mes soins. » Chy tchoung accepta l’invitation du roi des dragons, et alla habiter dans le palais des dragons. On vint au-devant de lui en cérémonie, et avec de la musique, en grande joie. Chy tchoung, en voyant la forme des dragons, lut frappé de crainte et de dégoût, et voulut

58 FOË KOUË Kl.

prendre congé et sortir. Mais le roi des dragons l'arrêta et lui dit : « J’ai heureuse- « ment prés d’ici une maison; vous y pouvez habiter. Tout le pays est à vos or* « dres. Nous sommes vos sujets, etc. • Chÿ tchoung remercia et dit : « Je ne désire » pas ce que vous dites, n Le roi des dragons plaça une riche épée daus un coffre, la recouvrit avec une merveilleusement belle étoffe de laine blanche, et dit à Chÿ tchoung : « Prenez cette étoffe et portez-! a au roi du pays. Il acceptera cer- ■ tainement le tribut d’un étranger; et, dans cet instant, vous le tuerez, et vous « pourrez vous emparer de ce royaume. Ne sera-ce pas une bonne chose? * ChJ tchoung agréa le conseil du dragon , et s’en alla faire son offrande. Le roi d’Oû tchang na leva lui-même l’étoffe de laine, alors Chÿ tchoung le prit par la manche et le tua. Les courtisans et les gardes poussèrent de grands cris, et furent troublés sur les degrés. Chÿ tchoung, tenant l’épée à la main, dit : «L’épée que je tiens » est celle que le dieu dragon a bien voulu me donner pour châtier, n Ensuite il lui trancha la tête. Tous ceux qui ne se soumirent pas furent épouvantés de ce. pouvoir surhumain, et les autres honorèrent son régne. Ensuite il établit son gouvernement, et la commisération qu’il montra pour les sages toucha la multitude. Ayant préparé la loi, il se rendit au palais du dragon, et ordonna à la fille de celuici d’aller en avant pour rapporter cette tète dans la capitale. La fille du dragon s’acquitta de ce devoir. Partout où elle allait, la tête de Yan sse montrait neuf têtes de dragon. Chÿ tchoung, effrayé, ne sut comment faire; et, attendant quelle fût endormie, il tira son épée et les coupa. I*a fille du dragon se réveilla en sursaut et dit : « Ceci n’est pas au profit de votre postérité. Mes ordres n’auront pas été vains. « C’est une petite blessure . et tes fils et tes petits-fils en ressentiront de la douleur « k la tête. « C’est effectivement le mal auquel on est exposé dans ce pays.

Chÿ tchoung étant mort, son fils lui succéda. C’est lui qui fut Wen td lo xy na.

( Ce mot signifie en chinois armée supérieure. )

Le roi de l’armée supérieure lui ayant succédé, sa mère porta le deuil. Le Jou laï revint de soumettre le dragon A po la lo. Il descendit du haut de l’air dans son palais. Le roi de la Haute armée se trouvait à la chasse. Le Jou lai, en faveur de sa mère, prêcha sommairement sur la loi. Rencontrant la sainte audition, elle reprit aussitôt son éclat. Le brUlant Jou laï demanda : « Votre fils est mon parent ; où est-il « maintenant? •> La mère répondit : «Il est parti ce matin pour aller à la chasse : il •« va bientôt revenir. » Le Jou laï et le peuple voulurent sortir pour l’aller chercher. La mère du roi dit : « Je suis heureuse d’avoir seule rencontré le saint parent « Jou lai, qui veut bien nous consoler, et qui daigne descendre auprès de mon « fils ; mais il va bientôt revenir, et je vous prie de l’attendre un peu. n L’honorable du siècle reprit : «Cet homme est mon parent; il peut apprendre la loi et « croire, etc. Je m’en vas. Quand il reviendra, dites-lui : Jou laï s’en va d’ici; dans « la ville de Keou chi, entre les arbres so lo, il entrera dans le ni pan (nirvdn'a). Il « convient de recueillir ses che li, et de fhonorer. » Le Jou laï et sa suite s’envolèrent

par les airs. Le roi de l'armée supérieure revint de la chasse, et voyant de loiu une vive lumière au-dessus de son palais, il craignit que ce ne fut un incendie. 11 quitta la chasse et s’en revint. Voyant sa mère rendue à son éclat et toute joyeuse, il lui demanda : >« Après que j'ai été sorti , quel heureux événement est venu et a pu ■ rendre à ma mère son ancien éclat?» La mère répondit : u Pendant que tu étais « sorti, le Jou lai est venu ici: après avoir entendu la loi, j’ai recouvré ma beauté. « D'ici, le Jou lai se rend à la ville de keoa cki, et il doit, entre des arbres so lo, u entrer dans le ni pan. Il t’invite à venir en toute hâte pour prendre part aux » che li. n Le roi ayant appris cette nouvelle, etc., pressa son char et arriva entre les deux arbres. Le Ni pan était déjà fini, et dans ce moment, les rois, méprisant son éloignement et estimant les che li, ne voulaient pas partager les che H avec lui. Alors la troupe des hommes célestes publia la volonté de Foë , et les rois, l’ayant apprise, lui donnèrent sa part équitablement.

Au nord-est de la ville de Meng kië li, on passe les montagne* on franchit les vallées, on remonte le fleuve Sin tou. Le chemin est périlleux et escarpé; les montagnes et les vallées sont très-profondes et obscures. On marche le long des cordes, ou sur des ponts faits de chaînes de fer, ou sur des poutres volantes, ou sur des ponts formés de bois assemblés. On grimpe ainsi plus de mille li, et l’on arrive au ruisseau de Tha li lo. C’est là que se trouve l'ancienne capitale du royaume d'Ou tchang na. On en tire beaucoup d’or, du parfum yü km. Dans le ruisseau Tha li lo, auprès d'uu grand monastère, il y a une statue du Phou s& bienfaisant, sculptée en bois; elle est de couleur d'or, resplendissante, majestueuse, et haute de plus de cent pieds. Elle a été faite par l’Arahan Mo thian ti lia. (Mo thian ti est une abréviation corrompue.) Il l’acheva après avoir lui-même contemplé trois fois ses perfections merveilleuses. Depuis que cette statue existe, la loi s’est répandue considérablement à l'orient. A l’orient de ce point, en traversant les montagnes et franchissant les vallées, remontant le fleuve Sin tou, marchant sur des ponts volants , des poutres assemblées, des précipices, des terrains marécageux, en faisant cinq cents li, on vient au pays de Po loa lo (limite de l'Inde du Nord).

( Ici suit, dans l’original, la figure d’an homme d’Ou tchang na avec un /won . )

(a) L'Inde centrale.] Vraisemblablement Madhya des’ a ou la région moyenne. On peut voir, dans le mémoire géographique, quelles paraissent avoir été les limites des cinq thian tchü ou des cinq parties de l’Hindoustan et de la partie centrale en particulier. Il est remarquable que, suivant Fà hian, on ait fait usage dans l’Oudyàna précisément du même langage que dans l'Inde moyenne. L’expression dont il se sert a même quelque chose de singulier : jfe on fait (pour

on empbie ) tout à fait la langue de l’Inde centrale.

[Je pense qu’il faut traduire : fnem fecil lingua India media, ou «jusqu’ici s’é- « tend la langue de l’Iode moyenne. » — Kl.]

60 FOË KOUË Kl.

(3) Le roytaane du Milieu,] dans le texte, Tchoung fiouü. Comme cest précisément l’expression dont on sc sert pour désigner communément la Chine, il faut prendre garde, dans les relations bouddhiques, à ne pas confondre les passages qui se rapportent à la Chine avec ceux qui sont relatifs aux contrées de Matoura, de Magadlia, et autres royaumes situés dans l’Inde centrale. Cette confusion ne peut avoir lieu dans le livre de Chy Fâ hian, qui, en parlant de son pays natal, le désigne toujours par les noms de dynasties Han, Thsin, etc. Sur le mot de royaume du Milieu, voyex le chap. XVI.

(4) Seng kia km l'étude de la petite translation. ] Voyez II, 4 ; III, 5.

(5) Des Pi khieoa ; ] c’est ia transcription du sanscrit bhikchou, mendiant. On les

nomme en tibétain dGe shng \ «Lorsque quatre fleuves se jettent dans la mer, « ils ne reparaissait plus avec leur nom de fleuve. Lorsque les hommes des quatre « castes sont devenus Samanécns, ils ont le titre commun de Cfcf tchoung,

«race de Shakya (synonyme de bhikchou). Le Tsun ching king les nomme ^ Pi « thsiu (nom d’une herbe des monts Himalaya b), et les autres king fr frVjP* khieoa0. » Les religieuses mendiantes sont appelées ^hieou ni (bhikchouni). Ce

terme est honorable, parce qu’il ne s’applique qu'aux religieux qui mendient par un principe de dévotion et d'humilité. Ceux qui se dévouent à ce genre de vie ont à pratiquer douze sortes d’observances qu’on nomme lheou tho, d'un mot sanscrit qui signifie secouer , parce que ces observances servent à secouer la poussière et les souillures du vice. Les mendiants doivent écarter d’eux toutes les occasions de trouble, fuir les vains ornements, détruire dans leur cœur le germe des désirs, éviter l’orgueil, et, en purifiant leur vie, chercher la suprême raison, la rectitude et la vérité. Les douze observances qui leur sont recommandées dans celte vue se rapportent aux quatre actions ou manières d’être qu’on nomme ’wéiyi [gravité, ou ce qui doit être fait gravement), savoir : marcher, s'arrêter, s’asseoir, être couché. Ce qui suit est extrait d’un livre spécialement consacré aux douze observances et qui en porte le titre Chi eul theou tho king d.

i* Le mendiant doit habiter dans un lieu qui soit a lanjo ( àranyaka ), c’est-4dire , en sanscrit, lieu de repos, lieu tranquille. C’est le moyen d’éloigner les troubles d’esprit, d’écarter la poussière des désirs, de détruire 4 jamais toutes les causes de révolte , et d’obtenir la raison suprême , etc.

Il doit constamment mendier sa nourriture ( en pâli pind'apâtika ) , afin d’étein-

Al/ikah. Tibet, p, ai a, a45, et alibi. 4 Chi toi theoa tho ling , le Livre sacré des doutr

h Thscng i A knnhing, cité <lan« le Yuan kum obvnanccs , cité dans le .Sun itatuj fà tou , 1. XLIV, (mu han , Irv. CCCXVH , p. p. 10. Cf. Kafalslain' pcntaglotte , aect. xtr.

* San Itang fâ jou , tir. XXII , p. 9 c.

dre tous les désirs. Le mendiant ne doit accepter d'invitation de personne. U faut qu'il mendie la nourriture nécessaire à la sustentation de son corps matériel et à l'accomplissement de s es devoirs moraux. 11 ne doit faire aucune différence des aliments qu’il obtient, bons ou mauvais, ni concevoir aucun ressentiment lorsqu'on lui en refuse, mais être toujours dans une égalité d’esprit parfaite.

3* En mendiant il doit prendre son rang (en pâli yâthâpant’ari) sans être attiré par les mets savoureux , sans dédaigner les personnes , sans choisir entre les pauvres et les riches, et prendre son rang avec patience.

à* Le mendiant qui s'occupe de bonnes œuvres doit faire cette réflexion : « C'est beaucoup d’obtenir un repas ; c'est trop de faire un petit repas (déjeuner), « et un second repas (après midi). Si je n’en retranche un, je perdrai le mérite « d'une demi-journée , et mon esprit ne sera pas entièrement livré à la raison. » En conséquence, il évite la multiplicité des repas, et adopte l’habitude de n'en faire qu’un seul (eha pânika).

5° Les aliments que le mendiant a obtenus seront divisés en trois portions : une portion sera donnée à la personne qu’il verra souffrir de la faim ; une autre sera portée dans un lieu désert et tranquille, et déposée sur une pierre, pour les oiseaux et les bêtes. Si le mendiant ne rencontre personne qui soit dans le besoin, il ne doit pas pour cela manger la totalité des aliments qu’il a reçus, mais les deux tiers seulement. Par là son corps sera plus léger et plus dispos, sa digestion plus prompte et moins laborieuse. Il pourra sans peine se livrer à la pratique des bonnes œuvres. Quand on mange avec avidité, les entrailles et le ventre grossissent, la respiration est gênée, rien ne nuit davantage aux progrès de la raison. Cette cinquième observance se nomme en sanscrit khaloapas uwldhaktinka.

6° Le suc des fruits, le miel et autres choses du même genre ne doivent jamais être prises par le mendiant passé midi. S’il en boit, son cœur se laisse aller aux désirs et se dégoûte de la pratique de la vertu.

7° Le mendiant ne doit désirer aucun ornement; il ne recherche pas les habits somptueux, mais il prend les vieux haillons déchirés que d’autres ont rejetés, il les lave et lés nettoie, et s’en fait des vêtements rapiècetés, seulement pour se garantir du froid et pour couvrir sa nudité. Les vêtements neufs, les beaux habits donnent lieu aux désirs de renaître, ils troublent la raison; ils peuvent aussi attirer les voleurs.

8° Traitchnarika, ou seulement trois habits. (Cf. XIII, io.)’Ces mots signifient que le mendiant se contente du kia cha de neuf, de sept ou de cinq pièces. Il a peu de désirs et il est facile à satisfaire. Il ne veut avoir ni trop, ni trop peu de vêtements. Il s’éloigne également des hommes vêtus de blanc, qui sont pourvus de nombreux habits, et des hérétiques qui, par esprit de mortification, vont entièrement nus , au mépris de toute pudeur : l’un et l’autre excès sont également

contraire» à la raison. Les trois habits tiennent un juste milieu. Au reste, le mot de kia cha signifie de couleurs diverses , à cause des pièces qui Tonnent le vêtement du premier, du second et dû troisième ordre.

9° S’mâs'ânïka, ou l’habitation au milieu des tombeaux, procure au mendiant des idées justes sur les trois choses qui sont la première porte de la loi deFoë : f instabilité, ou le peu de durée du corps, composé des cinq amas, qui retournent à leur origine et se détruisent ; la douleur, qui presse et opprime le corps entre l’époque de la naissance et celle de la mort; et le vide, puisque ce corps est d’emprunt, formé parla réunion des quatre éléments et sujet à la destruction. C’est effectivement l’observation qu'eu fit Shàkya inouni, qui lui ouvrit le chemin de la sagesse suprême. En demeurant au milieu des tombeaux, le mendiant voit le spectacle de la mort et des funérailles. La puanteur et la corruption, les impuretés de toute espèce, les bûchers, les oiseaux de proie, font germer en lui les pensées relatives à l’instabilité, et hâtent ses progrès dans le bien.

io° l'rikchamoûlika , ou être assis sous un arbre. Le mendiant qui n’a pas atteint la sagesse au milieu des tombeaux, doit aller méditer sous un arbre, y chercher la raison, comme fit Bouddha, qui accomplit sous un arbre les principales circonstances de sa vie : il y naquit, il y compléta la doctrine, y tourna la roue de la loi, et finalement, y exécuta son pari nirvâna. C’est un effet de la destinée. Nous apprenons d’ailleurs que d’autres Bouddhas s’y sont également soumis, et I’arère est tellement inhérent à l’accomplissement de ces opérations suprêmes, que le mot bodhi désigne également l'arbre et la doctrine.

1 1* Être assis sur la terre, âbhyatakâshika , est encore un avantage pour le mendiant. Assis sous un arbre, comme à moitié couvert par l’ombrage, il jouit de la fraîcheur. 11 est vrai que la pluie et l’humidité l’atteignent, que la fiente des oiseaux le souille, qu'il est exposé à la morsure des bêtes venimeuses; mais aussi il se livre à la méditation. Assis à terre, son esprit se récrée; la lune, en l’éclairant, semble éclairer son esprit, et il y gagne de pouvoir plus facilement être en extase.

1 1° Naïchadhika, être assis, et non couché. La position de l'homme assises! celle qui convient le mieux au mendiant. Sa digestion, sa respiratidh sont également faciles, et il peut aisément atteindre la sagesse. Les vices font irruption sur celui qui se livre à la paresse, et le surprennent à leur avantage. La marche, la station, mettent le cœur en mouvement et l’esprit en défaut. Le mendiant doit prendre son repos assis, et sans que ses reins touchent à terre.

J'ai pensé que cet extrait d'un livre consacré aux liabitudes du mendiant bouddliiste , ferait mieux connaître les idées de la secte que la répétition de ce qu’on trouve sur le même sujet dans les relations des voyageurs. On remarquera ce qui est dit sous le n“ 8, comme étant en opposition avec les manières de voir attribuées aux digambaras ou gymnosophistes.

(6) La dimension de cette empreinte varie. ] Le texte dit : tantôt longue, tantôt coarfe, cela dépend de la pensée des hommes \ On pourrait croire ce passage altéré, si la même idée bizarre n’était reproduite, d’une manière encore plus précise, par les autres pèlerins bouddhistes qui ont visité l’empreinte du pied de Foè dans le pays d’Oudyâna.

(7) La pierre oà les habits ont été séchés.] Cette aventure, arrivée à Bouddha, est racontée en détail pat Soung yun. La manière abrégée dont F«1 hian indique les traits de la vie des personnages de sa religion, par une simple allusion à quelque circonstance qu’il suppose bien connue de ceux à qui il s'adresse, est une des choses qui jettent le plus d’obscurité dans sa relation, parce que nous sommes loin de posséder des légendes complètes où soient rapportés tous les miracles attribués aux divers Bouddhas, Bodhisattwas , Arhans, etc. Le sens commun n'aide en rien pour éclaircir ces endroits , car la plupart de ces actions fabuleuses sont à un degré d’extravagance qu’il n’est pas facile de deviner. Il en serait à peu près ainsi, si, dans la vie de Mahomet, on disait simplement et sans explication, l’orefiture de F aiguière, Yaffaire de la montagne, le miracle de la lune et de la manche; de telles indications seraient inintelligibles pour celui qui ne serait aidé d’aucun livre propre à expliquer ces fables.

(8) L’ombre de Foé.] Pour ce prodige, l'un des plus absurdes dont il soit fait mention dans les légendes bouddhiques, voyez ci-dessous le chapitre XIII , les notes sur ce chapitre, et la partie du Si yu ki relative au pays de Na kiè lo ho.

(9) Du pays d’Oudyâna, Fâ hian franchit, en allant vers le midi, une distance qu’il a négligé d’énoncer, mais qui ne saurait avoir été très-considérable, à en juger par la suite de son récit. On ne doit pas oublier qu’il était resté h l’ouest du Sind, en des contrées que l’on comprend ordinairement dans la Perse, qui faisaient alôrs partie de l’Inde, et qui sont véritablement intermédiaires entre ces deux pays, et distinctes de l'un et de l’autre par la nature de leur population comme par leur situation géographique. C’est là qu’il trouva un petit état qu’il nomme Sà ho to, et qui est absolument inconnu d'ailleurs.

* ( Ou plutôt : «cel» dépend de la fémur de l’âme en priant • — Kl. ]

Page 1