‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 25 sur 112 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Royaume de kian tho wci.

On descendit de Su ho to vers lorient, pendant cinq journées de chemin, et on arriva au royaume de Kian tho weï (1) : c’est le lieu où régna Fâ i (a), fils du roi A yu (3). Dans le temps où For? était Phou sa (4), il fit dans ce pays l’aumône de ses yeux (5). On a pareillement élevé en cet endroit une grande tour avec des ornements d’or et d’argent. Parmi les habitants de ce royaume, beaucoup sont livrés à l’étude de la petite translation.

(i) Le royaume de Kian tho wcï.] On serait tenté de prendre ce nom pour celui du canton de Gandhava, qui a été introduit assez récemment sur nos cartes*. Mais l'opinion d'un autre voyageur chinois, qui, postérieurement à Fâ hian, a visité les mêmes contrées, et qui s’est attaché à rectifier les erreurs commises par son prédécesseur dans l'expression des noms géographiques , nous conduit à considérer Kian tho wei comine une altération du nom bien connu de Kian tho lo : or, dans ce dernier sc retrouve évidemment celui des Gandari de Strahon b, le Gandhâra des Pouranas \ le Kandahar des géographes musulmans , lequel est resté affecté à une ville célèbre. Il ne faut pas que la position plus occidentale de cette ville soit regardée comme le sujet d'une objection contre une synonymie incontestable. Divers témoignages, au nombre desquels il faut placer ceux des géographes chinois de la dynastie des Thang, font voir qu' antérieurement h l’invasion des Musulmans, les Gandhara avaient formé un état puissant et étendu à l’ouest de l’Indus. Nous en possédons , dans les collections chinoises, une description détaillée, postérieure de deux siècles à celle du Foé kouë ki. Plusieurs traditions importantes pour le Bouddhisme avaient, à cette époque, cours chez les Gandhara et dans les petits états voisins.

* Poltmgcr, Voyage dant le Bdoatchistan . trad- fir. t. II, pag. 117. — Lit. XV- — * Ward, 1 1, p. »»

Quelques-unes rappelaient les actions attribuées à Foè, ou temps où il était Bodhisattwa, c’est-à-dire, comme on la observé plus haut, dans une des périodes de son existence que la mythologie place avant l'époque de sa vie réelle.

(a) Fâ i. ] Ce nom paraît significatif : Fâ i, avantage ou accroissement de la loi. Ce doit être la traduction de quelque nom sanscrit comme Dharmavardhana, qui a appartenu à plusieurs princes indiens. D'apres cette tradition, le fils d’un roi de Mâgadha aurait régné dans le paya de Gandbara. Ce point d’histoire aurait besoin d’être éclairci par l’examen des livres sanscrits, qui, à en juger d’après les extraits cités par M. Wilson ", peuvent fournir d'autres faits à l’appui d’une réunion quelconque entre Mâgadha etGandhara, à des éppques anciennes de l’histoire de l’Inde.

(3) A ya.\ Ce roi est plus souvent appelé flou yu. Son nom transcrit exactement est A chou kia (asoka, sans tristesse). Il était arrière-petit-fds du roi Ping cha ou Pinposolo ( Bimbâsâra ) , dont il sera parlé plus bas, et il vivait cent ans après le Nirvana de Shâkya mouni. En mongol, on le nomme Khasolang ougei b, mot qui a la même signification, mais que M. Schmidt n’a pas restitué, ni peut-être reconnu. Comme on attribue à ce roi la fondation de presque tous les édifices religieux qui existaient autrefois dans les diverses parties de l’Inde, et qu’on la rapporte à l’an i i b après le Nirvana de Bouddha, 9* de la régence Koung hoe, 833 avant J. C. , c'est là un synchronisme de la plus haute importance; et comme il est fondé sur l’époque du règne d’Asoka, et qu’il en sera fait mention très-fréquemment dans la suite de ces relations , nous reviendrons plus d’une fois sur l’histoire de ce monarque. Il faut surtout voir ce qu’en dit Iliouan thsang, dans sa Description de Mâgadha, et les notes sur ces endroits.

(à) Dans le temps où Foè était Phou $d,] c’est-à-dire, dans celle des existences, antérieures à l’existence que nous reconnaissons comme historique , où Shâkya mouni était déjà parvenu à l’avant-dernier degré de la perfection morale et intellectuelle, et avait obtenu la qualité de Bodhisattwa. Cette partie de la légende étant peu connue, et Tonnant , s’il est permis de parler ainsi , l 'avant-scène de la vie de Bouddha , j’en vais donner un extrait, d’après une prédication que Shâkya mouni fit, dans le royaume de Kapila, dans la chapelle de la famille Shâkya, sous un arbre de l’espèce appelée nyagrodha [ficus religiosa) , et à laquelle assistèrent, avec les mille deux cent cinquante grands mendiants , tous parvenus au rang d’Arhân , cinq cents religieuses mendiantes, un nombre infini à'Oupâsika et d'Oapâsikt (fidèles de l’un et de l’autre sexe ) , de Brahmanes ; les quatre rois du ciel, le roi duTrayastrinsha ( Indra) , Yaina , les dieux du Toucliita (VI, 6), le dieu Nimalothi, le dieu Pholonimi, Brahma elles

* M udra ItaUttuua, préface, p. il. — k GesckickU derÜst-Monyoltn, p. i6. — * H'a kan ktcô là Jtn «m yu kj oun-no hou. ( Table chronol. comparée de V Histoire jupon* me etchinouc, liv. I, p. 17 »-)

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dieux mêmes de l'Aghanichta, avec les princes des Nagas, des Asoura, des kia lieou lo, des Tchin tho lo, des Ma hicou le, etc. ; et de plus le roi Pe tsing, le roi Wou nou (sans colère), le roi Wou youan (sans indignation), le roi Kan lou tsing (pureté de la rosée), ainsi que neuf cent mille grands et magistrats du pays de Kapila , qui tous étaient venus honorer Shakya dans sa qualité récemment reconnue de Bouddha. Maha Moi l kian lian ', un des disciples favoris de Shàkya , fut celui qui prov&jua de sa part des explications sur sa destinée passée. Shakya fil alors un discours, dont je me borne à transcrire les principales circonstances 11 : « Ma vie » actuelle a duré pendant d'innombrables kalpas. J’étais d’abord un homme ordi- « naire qui cherchait la doctrine de Bouddha. Mon âme reçut une forme maté- « rielle en passant par les cinq voies- Quand uu corps était détruit, j’en recevais « un autre. Le nombre de mes naissances et de mes morts ne peut se comparer u qu’à celui des plantes et des arbres de l’univers entier. On ne pourrait compter « les corps que j’ai eus. La période de temps qui comprend le commencement et i> la fin du ciel et de la terre s’appelle un kalpa, et moi-même je ne puis énoncer « les renouvellements et destructions du ciel et de la terre que j’ai vus. La cause « des émotions pénibles, ce sont les passions mondaines. J'ai été longtemps flot- « tant et comme submergé dans l’océan des désirs, mais je n’ai souhaité que de « remonter à leur source : tel a été le but de mes efforts, et c’est ainsi que j’ai « réussi à en sortir....... Anciennement, au temps oii le Bouddha Ting kouang

« (lumière du vase, Dipankara) releva le monde, il y avait un saint roi nommé « Teng ching (abondance de lampes), qui régnait dans le pays de Thi ho ’wei. Son « peuple était favorisé d’une grande longévité, et vivait dans la piété et la justice. <■ La terre était fertile, et l’on jouissait d’une paix profonde. Ce fut alors que naquit « le prince qui porta le nom de Ting kouang. Ce prince était doué de facultés « sans pareilles. Le saint roi, qui le chérissait, sentant approcher sa vieillesse, « voulut lui résigner son royaume; mais le prince le céda à son frère cadet, et, « embrassant la vie religieuse, il fonda la doctrine samanéenne et devint Bouddha. « Il parcourut le monde à la tête d’une troupe innombrable de disciples. Quand il « voulut revenir au royaume de Thi ho ’weï, pour convertir sa famille et les prin- « cipaux du pays, on craignit la multitude qui l’accompagnait, et I on voulut lui « opposer une armée. Le Bouddha , par les six facultés surnaturelles dont il jouis-

* [ Maha Moi kian lian lignifie U grand Mai kian lian. Le mot Moi kian lian e»t traduit dam Ica livre» bouddhiques de» Cbinoi» par yf hou trou,

c’eit-à-dire , IrntiUr ( cicvr lens }. C’est le sanscrit Manggolyam , qui a la mfmr signification. Un ermite de la haute antiquité aimait beaucoup les lentille», d’où lui vint son nom de famille Mnnggalyam , qui est devenu son nom propre, Il est le sixième des dix grands disciples de -Sliükya et celui qui avait acquis

la plus grande force surnaturelle ; c’est pourquoi on le nomme — ■— ou U premier dans la

saintr pénétration. ( San tsmngfà son. I. XLI , p, 1 3 c. ) 1* môme personnage est ailleurs appelé en sanscrit Jui/ifLi. ce que les Tibétains, les Mongols et les Mandchous rendent par ex grrmio Tel or amjAem notas. | iomLitJaire prnlaglutU, sect. XX! , n“ 3.) — Kl. J k D’après le Sieoa king pen ktï king , cité dan» le Chin i tian. liv. LXXVI1 , p. 6.

« sait*, connut ce dessein, et il éleva une forte et haute muraille, puis une seconde, « et rendit ces deux murailles transparentes comme du verre, de sorte que l'on « voyait très - distinctement au travers six cent vingt mille Bikchou (mendiants) , « tous pareils à des Bouddhas. Le roi reconnut son erreur. On adora le Bouddha, « et Ton fit les préparatifs d'une grande fête pour le recevoir. Dans un espace de « quarante U, on aplanit les chemins, on les arrosa d'eau de senteur, on éleva « des pavillons et des tentures avec toutes sortes d’ornements d’or, d’argent et de « pierres précieuses. Le roi vint à la rencontre du Bouddha, et celui-ci ordonna

« aux Bikchou de répondre aux honneurs qu’on lui rendait Sur ces entrefaites.

a il y avait un jeune lettré Fan tchi (Brahmatchàri ) b , nommé Lumière sans tache. «Dès sa jeunesse, il avait donné des preuves d'une intelligence supérieure. Son « âme s’était ouverte aux plus rares connaissances. Retiré dans les forêts et les « montagnes , il y menait une vie pure , s'adonnant à la contemplation , méditant « sur les écritures, et il n’y avait rien qu'il ne sût parfaitement. Il avait converti « un grand nombre d'hommes. Dans ce nombre était un Brahmatchàri nommé « Pou tsi tho, qui desservait un grand temple où il célébrait toute l’année les céréu mornes et les sacrifices. La foule de ses disciples s’élevant à quatre-vingt mille u lui avaient apporté , â la fin de l’année , de for du Dakshin , de l’argent , des pierres «précieuses, des chars, des chevaux, des moutons, de riches vêtements, des « étoffes, d'élégantes chaussures, des dais enrichis de perles, des bâtons d'étain « (à l’usage des mendiants), des aiguières. Le plus habile et le plus intelligent u devait posséder tous ces trésors. Sept jours n’étaient pas encore écoulés, quand « le jeune Bodhisattwa entra dans cette compagnie. Il y prêcha sept jours et sept « nuits. Les auditeurs furent ravis, et leur chef, plus content qu'eux encore, voulut u offrir au Bodhisattwa une fille vertueuse; mais le Bodhisattwa ne l’accepta pas, « et ne voulut prendre qu'un parasol, un bâton, une aiguière, des chaussures et « mille pièces de monnaie. 11 rendit tout le reste au maître, qui voulut du moins « partager avec lui; mais le Bodhisattwa refusa encore, et lorsqu’il quitta ses dis- « ciples, il leur distribua à chacun une pièce d’aigent. En continuant sa route, il « vint dans un pays où les habitants paraissaient joyeux et où se montraient de « toutes parts des préparatifs de fêtes. Il s’informa du motif de ces fetes : on lui « dit que Ting kouang allait venir recevoir les hommages du peuple. Le jeune

4 Voyei ci-dessus, VI , 5.

dit *c t,an 3 fi sou

(tiv XVI, pag i5 rerso), est un mol sanscrit qui signifie en chinois yÔ, cVst-À-dirc, Uporfénh1

(/«i purs ( on des Brahmane* ) . Dans (ouïes les légendes bouddhiques, ce terme chinois remplace le sanscrit Hrakmakhàri, que M. Wilson explique dans son dictionnaire par : «The religiou* sludcnl; Üie young

• Hrdhman. front the tinte of his investiture with the

• cord , to the period of his bccoming a householdcr : « it U also applicd lo « person, who continue* with « his spiritual tcachcr, through life, studying tho

• i'rdas. and obwrving thcdulicsof tbc Mudent ; it is « also given «sa tille to Pandits Icarned in the Vrd/tt •

■ to a dm of ascetic»; bjr the Tantms, it i* nssigncd

■ to persons whme chicf virloc is tbe observance of

• continence; and it is assnmed hy many religion*

• vagabonds. — Kl.)

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<• Bodhisattwa sauta de joie en apprenant la venue du Bouddha, et demanda quel a hommage on allait lui rendre. Rien que de lui offrir des fleurs, répondit-on, des u parfums, des étoffes, des banderoles. Il entra en hâte dans la ville; mais le « roi avait fait défendre de vendre des fleurs pendant sept jours, afin de les réserver » pour la cérémonie. Le Bodhisattwa se sentit très mortifié de ce contre-temps ; « mais le Bouddha avait pénétré la pensée du jeune homme. Une fille vint à passer « avec une cruche pleine de fleurs : le Bouddha l'éclaira d'un rayon de lumière; « la cruche devint transparente comme du verre, et le Bodhisattwa, lui ayant acheté <i ses fleurs , s'en alla fort content

« Le Bouddha étant arrivé, une multitude immense l'accompagna, formant « autour de lui plusieurs milliers de fois cent rangs. Le Bodhisattwa voulait approu cher pour répandre ses fleurs, mais il ne pouvait y réussir. Le Bouddha, qui k s'en aperçut , fit sortir de terre un grand nombre d’hommes d'argile qui l’aidèrent « à pénétrer dans la foule. Alors le Bodhisattwa jeta cinq fleurs qui demeurèrent en « l'air, et formèrent un dais large de soixante et dix li. Deux autres fleurs s'arrêtèrent u sur les épaules du Bouddha comme si elles y eussent pris racine. Le Bodhisattwa « charmé répandit ses cheveux à terre , et supplia le saint personnage de marcher u dessus. Après quelques façons et de nouvelles instances , le Bouddha y consentit ; « alors sa bouche souriante projeta deux rayons de lumière de diverses couleurs, « qui se séparant à *sept pieds de distance, firent trois fois le tour de sa personne, « et dont l'un éclaira les trois mille grands milliers de mondes, sans que rien y « échappât, et revint sur le vertex (du saint); l'autre descendit dans les dix- « huit régions infernales, et suspendit un moment les tourments qu'on y endure. « Les disciples demandèrent au Bouddha l'explication de son sourire. Vous voyex « ce jeune homme, leur répondit-il, l'honorable du siècle vous annonce que la * pureté qu’il a voulu acquérir dans un nombre infini de Kalpas, en soumettant « son cœur, surmontant la destinée, et chassant les passions; que ce vide suprême «i sans commencement ni fin , qui résulte de lamas des vertus et qui doit accomii plir ses vœux, il les a obtenus dès à présent. Puis s'adressant au jeune homme « lui-même : Dans cent Kalpas, continua le Bouddha, tu obtiendras de devenir « Bouddha; tu t’appelleras Chy kia wen (ou le pieux, l'humain). Le nom du Kalpa u où tu naîtras sera Pho tho (sage); le monde s’appellera Ota fou. Tou père sera u Pt1 tsing, ta mère Maye, ta femme Kieou i, ton fils Lo. Ton compagnon sera u A non; ton disciple de droite, Chy li foi ; ton disciple de gauche , Maha Mou kian u lion. Tu instruiras les hommes des cinq mondes grossiers; tu sauveras les dix « parties, le tout exactement comme moi. Là-deftSUS Bodhisattwa le Pieux, que « celte prédiction comblait de joie, perdit la faculté de penser, et tomba en extase; u mais en même temps son corps s’éleva en l'air et y demeura suspendu à la distance « de cinquante -six pieds de terre. Il redescendit ensuite et se prosterna aux pieds du ot Bouddha. Alors il se lit Samanéen; et quand le Bouddha prêchait la loi, Bodhi-

u sattwa le Pieux l’assistait. Lorsque Ting kouang parvint au Nirvàn'a , ce Bouddha « reçut ses préceptes et maintint la loi dans toute sa pureté. 11 ne sc lassa jamais « de pratiquer la bonté, l'humanité, la charité et toutes sortes de vertus. Quand sa « vie fut terminée , il naquit dans le Touchita ; mais comme il désirait toujours sauver n ceux qui étaient dans l'aveuglement et l’obscurité, il descendit sous la forme de « roi tourneur de roue ( tchakravarti) , l’empereur qui marche en volant. Il était posses-

« seur de sept trésors plus précieux les uns que les autres la roue d’or, les

« perles divines, la femme parfaite (de jaspe), le ministre rempli de science, « une armée bien disciplinée, la crinière enrichie de perles d’un cheval couleur « de pourpre, et la queue pareillement ornée de perles de l'éléphant blanc. » (Comparez XVII, ta.)

a L’âge des hommes était alors de quatre-vingt-quatre mille ans. 11 avait dans son « palais quatre-vingt-quatre mille femmes. Il lui naquit mille fds , tous vertueux et « braves, de telle sorte qu'un seul d'entre eux en valait mille. Le saint roi gouverna «I avec la plus grande sagesse , et fil fleurir la vertu. Il établit la paix dans tout « l’univers. Le vent et la pluie venaient h propos pour faire mûrir tous les grains. « Ceux qui s’en nourrissaient , n’avaient que peu de maladies. La saveur en était « comme une douce rosée, et ces aliments procuraient une santé parfaite. Il n’y « avait que sept infirmités : le froid, le chaud , la faim , la soif, les deux besoins naît turels et les désirs de l’esprit. Quand le saiot roi eut épuisé son âge, il monta u au ciel de Brahma, où il devint Brahma. La durée de la vie d’un Brahma est u de deux régénérations du monde ou deux mille six cent quatre-vingt-huit millions u d’années. Au ciel, il était Indra. La vie d’un Indra est de mille ans, dont chaque u jour vaut cent de nos années, ou trente-six millions cinq cent mille ans. Sur la « terre, il était roi saint. Ces vicissitudes eurent lieu trente-six fois; mais enfin il u éprouva de nouveau le désir de sauver les hommes, et au temps convenable, il « redevint Bodhisattwa. En se soumettant à la douleur, il avait traversé trois u asankhya de Kalpas (trois cents quadrillions de fois seize millions huit cent mille « ans). Au bout de cette période, il voulut témoigner sa commisération pour « toutes les douleurs, et faire tourner la roue en faveur de tous les êtres vivants. « Il fit l'abandon de son corps à un tigre affamé ‘, et traversa ainsi neuf Kalpas en « se livrant aux plus grands efforts. Dans les quatre-vingt-onze Kalpas restants (dcu puis le temps du Bouddha Ting kouang), il s'appliqua à l’étude de la raison et « de la vertu, s'introduisit dans les pensées du Bouddha, pratiqua les six moyens « de salut, et réunit dans son cœur la vérité de l’aumône ( dâna ), de l'observation « des préceptes ( s’ila ), de la confusion salutaire [kshânti), de l’activité sainte (v/rya), « avec l'exquise connaissance ( prâdjhâ ), et la subtilité ( oupâya ) ; il s'accoutuma à

’ [ Il naquit alors comme troisième fils du puis- Deuil. L'ùine incarnée dans le premier était celte de

aant monarque J/aÀd rathà, et s'appelait Makâ Satwa. J iaitreya, et l'àme du second celle de Mamdjous'ri,

Scs deux frères aînés étaient Mahà Yd <fa et Ma lui — Kl. ]

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4* traiter tous les êtres vivants avec la tendresse qu’il aurait montrée à l’égard d’un « enfant nouveau-né. Enfin» il amassa toutes les vertus d’un Bouddha, de sorte « qu’ayant, dans le cours des Kalpas, parcouru avec effort les dix terres (ou sta- « lions pour l’unification*), il se trouva dans la vie parvenu à ce point qu’on « nomme ekavitchika , et oii l’âme n’a plus qu’un seul obstacle à surmonter pour « atteindre la suprême intelligence. Alors ses mérites étant accomplis, et le cercle 4i immense de la divine prudence étant entièrement parcouru, il dut descendre « pour devenir Bouddha.

« Il se donna à lui-même dans le Touchita quatre sujets d’observation : il observa « le pays où il devait naître, et le père cl la mère dont il {je dans le texte) devait <« recevoir la naissance, et ce qui convenait pour l’enseignement et la conversion « qu’il projetait. Je savais d’avance, continue Shâkya (en parlant désormais à la « première personne), que c’était le roi Pi tsing qui devait être mon père dans le «4 siècle. Keoa li cha ti avait deux filles qui étaient alors à se baigner dans un étang u du jardin des femmes. Le Bodhisattwa étendit la main et dit : Voici la mère qui i> doit m’engendrer dans le siècle. Quand le temps de ma naissance fut venu , il y « eut cinq cents Fan tchi (Brahinatchâri) , tous jouissant de cinq facultés surnatu- <i l'eues (sur six), qui passèrent en volant sur les murailles du palais sans pouvoir « y pénétrer. Frappés d’étonnement, ils se dirent les uns aux autres : Nos facultés « divines nous permettent de passer au travers des murailles ; pourquoi donc ne « pouvons-nous pénétrer ici? Le maître des Brahmatcbâri leur dit : Voyez-vous ces 4i deux filles? L’une des deux doit engendrer le grand homme, possesseur des trente- •• deux lakchana (beautés corporelles), et l’autre doit nourrir ce meme grand u homme. Cet être divin et redoutable va nous priver de nos facultés surnatuu relies. Cette nouvelle se répandit bientôt dans tout l’univers. Le roi Pô tsing, u transporté de joie et désirant que tempereur qui ■ marche en volant vînt naître u dans sa maison, demanda la jeune fille en mariage, et vint la recevoir comme u son épouse. Le pieux Bodhisattwa, monté sur un éléphant blanc, s’approcha « du sein de sa mère, et choisit pour naître le huitième jour de la quatrième lune. « La dame s’étant baignée et parfumée, prenait du repos, quand elle vit en songe « un éléphant blanc qui répandait la lumière dans tout l’univers. Un concert de voix « et d'instruments se faisait entendre, on répandait des fleurs, on brûlait des parti fums. Quand ce cortège, qui traversait les airs, fut parvenu au-dessus d’elle, u tout disparut subitement. Elle s’éveilla tout effrayée, et le roi lui ayant demandé « la cause de son épouvante, elle lui raconta le songe qu’elle venait d’avoir. Le roi, « inquiet à son tour, consulta les devins, qui le rassurèrent. Ce songe , dirent-ils, *4 est la marque de votre bonheur, ô roi! Il annonce qu'un saint esprit est des- « cendu dans le sein (de la princesse). Elle concevra de ce songe, et le fils quelle

* Cf. Vocabulaire pentaglotte. sert, xi

« engendrera sera, dans votre maison (comme prince), empereur qui marche en « volant et faisant tourner la roue ; et hors de la maison ( dans la vie religieuse ) , « il étudiera la loi, deviendra Bouddha, et délivrera les dix parties du monde. « Le roi fut ravi de cette assurance ; la dame en éprouva de corps et d’esprit la « plus salutaire influence. Les princes des petits états voisins, apprenant que la « femme du grand roi avait conçu, vinrent lui rendre hommage; chacun d’eux « lui paya tribut avec de l’or, de l’argent, des perles, des habits précieux, des « fleurs et des parfums, lui exprima son respect, et lui souhaita mille bonheurs. « La dame étendit la main et refusa leurs offres avec civilité. Depuis que la dame « avait conçu, les dieux lui présentaient les mets les plus savoureux ; une vapeur u subtile la nourrissait sans quelle eut besoin de recourir aux cuisines du roi. A la « fin du dixième mois , le corps du prince étant tout à fait formé , le huitième « jour de la quatrième lune, la dame sortit, traversa la foule et alla se placer sous <i un arbre : les fleurs s'épanouirent , et une brillante étoile apparut »

J'interromps cette légende au point où commence la partie de l’existence du saint personnage, pendant laquelle il atteignit à la dignité de Bouddha. Plusieurs traits de cette dernière carrière pourront trouver place dans les notes qui suivront ; mais il faut remarquer que le nom de Bodhisallwa est encore appliqué à Shâkya dans plusieurs aventures de sa vie terrestre, relatives à un temps où il n’était pas encore devenu Bouddha, c’est-à-dire antérieures à sa trentième année. (Voyez XII, a.)

(5) L aumône de ses yeux. ] Il est parlé dans les autres relations de ce trait de charité du Bodhisattwa.

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