‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 28 sur 112 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

On construisit alors un char à quatre roues, on y plaça le pot, et huit éléphants le tirèrent; mais il leur fut impossible de faire un pas. Le roi reconnut alors que la destinée du pot (> i) n’était pas encore arrivée : il en éprouva une vive mortification ; mais il fit élever en cet endroit une tour et un seng hiu lan (is). Il y laissa une garnison pour le garder, et y fit faire toutes sortes de cérémonies. Il peut y avoir environ sept cents religieux. Un peu avant le milieu du jour, ces religieux tirent le pot du lieu où il est enfermé, et, revêtus d'habits blancs, ils lui rendent toutes sortes d’honneurs. Ils dînent ensuite, et, quand le soir est venu, ils brûlent des parfums et s’en retournent après. Le pot peut contenir environ deux boisseaux (iî). Il est d’une couleur mélangée où le noir domine; il est bien formé des quatre côtés; il est épais d’environ deux lignes, luisant et bien poli. Il y a de pauvres gens qui parviennent à le remplir avec quelques fleurs, tandis que des gens riches, qui apporteraient des fleurs en offrande, pourraient en mettre cent, mille ou dix mille grandes mesures (iâ), sans jamais parvenir à le remplir.

Il n’y eut que Pao yun et Seng king qui firent leurs dévotions au pot de Foé : ils s’en revinrent ensuite. Hoeï king, Hoeï tba et Tao tching étaient partis en avant et s'étaient rendus dans le royaume de Na kiî pour y adorer l’ombre et la dent de Foê, ainsi que l’os de son crâne. Hoeï king étant tombé malade, Tao tching resta pour le veiller, et Hoeï tha revint seul dans le royaume de Foè leou cha. Quand il eut rejoint ses compagnons, Hoeï tha, Pao yun et Seng king repartirent immédiatement pour le pays de Thsin (i5). Hoeï king se plaisait extraordinairement dans le temple du pot de Foê. Il n’y eut donc que le seul Fâ hian qui se rendit au lieu où était l'os du crâne de Foê.

FOË KOUË Kl.

(i) Royaume de Foë leoa cha.] 11 n’y a guère lieu de douter qu’on n’ait ici la mention la plus ancienne du nom des Beloutches, $ous une forme vraisemblablement empruntée à la langue sanscrite. La ville de Pa lou cha, que Hiouan thsang place dans la partie sud-est du Gandhâra, et celle de Fou leou cha, qui était habitée par les Yuo ti (ci-dessous, note g), paraissent rappeler la même dénomination. J’avais hésité à reconnaître les Beloutches dans le pays de Foi leou cha, et je erbyais d'abord que ce nom pouvait être une altération de celui de Pars ou Fars; mais les circonstances géographiques et religieuses qui sont indiquées au sujet de Foi bou cha et de Pa bu cha ne permettent pas d’admettre cette conjecture Il est peut être assez singulier de retrouver ce mot dans une relation chinoise du v’ siècle, et plus encore d’apprendre, sur la religion de ce peuple, des détails qui ne sont point connus d’ailleurs. La tour la plus magnifique qui existât alors dans tout le Djambou dwîpa , c'est-à-dire, en style indien, dans le continent entier, avait été construite /:hez les Foé leou cha en l’honneur de Bouddha, et l’on y conservait sa marmite, ustensile indispensable et caractéristique du solitaire bouddhiste. La possession d’un tel trésor attira dans le pays une invasion du roi des Yué ti ou Gâtes , dont Fâ hian recueillit la tradition accompagnée de circonstances fabuleuses. Au reste, tous les géographes chinois sont d’accord au sujet de la domination que les Gèles ont exercée dans ces contrées, et nous verrons encore leur nom mêlé dans une autre tradition relative à la même marmite de Foë, que le voyageur eut l’occasion de noter pendant son séjour à Ceylan.

(a) A non,] souvent nommé A non tho ( Ananda ), et dont le nom est expliqué par joie, jubilation* , est lun des disciples favoris de Shâkya mouni, et l’un de ceux qui sont le plus fréquemment cités dans les légendes. C’était celui qui passait pour le plus savant (fo u»en*), le plus versé dans la doctrine des trois tsang ( Pitaka ) , c’est-à-dire des livres sacrés, des préceptes et des discours. Quand Bouddha eut accompli la loi, le roi Hou fan ( Amitodana ), son oncle, envoya dire à son frère aîné le roi Pi tsing (Shouklodana) qu’il venait de lui naître un fils. Pë tsing , ravi de cette nouvelle, dit aux ambassadeurs : « Puisque c’est un fils, il faut lui « donner le nom de Joie (Ananda). » Ce prince s’attacha par la suite à son cousin Shâkya mouni , quand celui-ci embrassa la vie religieuse.

Lue notice sur la vie d’ Ananda nous apprend qu'il était Kshatrya, natif de la ville des Bois ( Uâdjagrika ) , et fils du roi Pc fan. Ce dernier point est en opposition

Pian i tinn. liv. LXIII, pag, i 5. * Fan i minj i, cilé dans le San ha ng fi iou.

* San tsmg fi tau. liv. XXXI, pag. io wnn, et liv. XLT, pag. 1 3 ; Encyclopédie japonaise, liv. XIX, passim pag 8-

avec le texte précédent, qui fait Ananda fils du roi Amitodana. Après le Nirvana de son cousin, Ananda vint sur les bords du Gange, Cinq cents Arhàn descendirent au travers des airs : dans le nombre étaient Chang na ho sieou et Mo ti kia. Il savait que tous ces personnages étaient des vases de la grande loi, et il les appela â lui. u Jadis, leur dit-il , Tathàgata a confié au grand Kashyapa le trésor des yeux de « la droite foi. Quand celui-ci est entré dans l'extase, il me fa remis; et moi, qui « suis prêt h m’éteindre , je vais vous le transmettre. Ecoutez les vers que voici :

Il existe une loi que je vais vous confier,

El celte loi, c’est la non-existence (l’absolu).

11 fout distinguer ccs deux choses ,

El comprendre la loi de ce qui n’est pas le néant.

Ensuite l’Arhân s’éleva en l’air, et après avoir subi dix -huit transformations, il se laissa emporter par le vent, et s’éteignit en s'enfonçant subitement dans le san mi (l'extase). On se partagea ses sharîra (reliques), et on éleva des tours en leur honneur. Ceci se passa au temps de I wang de Tcheou (896-879 avant

Il y a un calcul chronologique À faire sur ces indications. Shâkya avait trente ans quand il accomplit la loi près de la ville de Bénarès ; c’est à cette époque qu’Ananda vint au monde. Shâkya vécut encore quarante-neuf ans : tel devait être l’âge d’ Ananda à l’époque du Nirvân’a. Mahà Kashyapa, le premier successeur de Shâkya mouni, en qualité de patriarche, se retira dans le mont Koukkouta pâda pour y attendre la venue de Maïtrcya, la cinquième année de Hiao wang des Tcheou, go5 avant J.C., quarante-cinq ans après le Nirvân’a, Ananda ayant quatrevingt-quatorze ans. On ne dit pas combien de temps il exerça les fonctions de patriarche ; mais pour qu’il eût pu mourir au temps de I wang, quand bien même c’eût été la première année de ce règne (896), il eût fallu qu’il vécût cent cinq ans. La chose n’est pas impossible; mais elle permet d’autant plus de doutes, que les auteurs bouddhistes dont nous possédons les ouvrages nous laissent ignorer les moyens dont ils se sont servis pour établir des synchronismes entre les dates des événements, dans les premiers siècles de leur religion, et celles de l'ancienne histoire chinoise. Voici le résumé de celle-ci, d’après l’ouvrage chinois que j’ai cité précédemment :

Naissance de Shâkya ........ o

U embrasse la vie religieuse. . . 19

Il accomplit la loi. Ananda naît. 3o

D entre dans le Nirvân’a 79

Mahà Kashyapa meurt îaA

Ananda meurt

' San tl*HÎ tkoa Itoet jin we. liv. IX, p. 6 v.

a4* de Tchao wang Avant J. C. 1039

3* de Mou wang 999

5a de Hiao wang 906

Sous le règne de I wang. . 896-879

FOË KOUÈ Kl.

D’autrc5 livres chinois fourniraient d'autres calculs qui seraient affectés de la même incertitude. La chronologie japonaise place la mort de Kashvapa en 905, et celle d'Ananda la onzième année de Li wang, en 868* : il aurait eu cent trente ans.

(3) Pan ni houan. ] Ai houan, ou Y extinction , se reconnaît sans difficulté pour la transcription du sanscrit nirvân'a. Mais on trouve fréquemment dans les livres chinois cette expression précédée de la syllabe pan : cCest toujours quand il est question, non de l'anéantissement ou de l’extase en général, mais du passage de la vie réelle et relative à l'état d'absorption, effectué par un Bouddha. Ni houan, c’est l’état auquel les saints aspirent; pan ni houan, c’est l’acte qui les y fait arriver. D’après cette observation , M. Burnou f pense que ce mol doit être la transcription de pari nirrân’a, qui s’emploie en sanscrit dans le même sens et dans les mêmes occasions. [Le texte porte ngo pan ni hoaan heou. Le mot

pan, ou plutôt pouan, signifie, selon les dictionnaires chinois, se transporter d'an endroit à l'autre. Il ne parait donc pas être la transcription d’un mot sanscrit dans la phrase citée, dont le sens est d’ailleurs assez clair, car elle signifie : «Après que je « me fus transporté dans le ni houan (ou nirvâna). » Le Son tsangfà son (liv. XXXIX, fol. aô verso ) dit pourtant que pan ni phan est une expression sanscrite qui signifie en chinois mf tou, c’est-à-dire, « le passage à l'état d’absorption. »] — Kl.

(h) Aï ni kia , ] et plus bas, par abréviation, Ni kia. C'est le même prince que Hiouan thsang fait régner dans leGandhâra, quatre cents ans après le Nirvana du Ta* thàgata , et qu’il nomme Kia ni se kia. Ce doit être le même que le Kanilîa de Sanang setsen , que cet auteur mongol place trois cents ans après le Nirvân’a de Bouddha , et qu’il désigne comme ayant été roi de Gatchoa fc, avec l’épithète de

prince de miséricorde, aumônier, bienfaisant. M. Schmidt a lu Gatchi au lieu de Gatchoa, le nom du royaume de Kanika; mais comme il n’a pas mis de note en cet endroit , j’ignore si la faute est dans le texte ou dans la traduction.

(5) Chy, l’empereur elles te. ] Indra. Voyez IX, a.

(6) Quarante toises,] environ iaa mètres. Voyez, pour l’indication d’un sthoupa encore plus élevé, dans la même contrée, III, 3, et la relation de Gandhâra par Hiouan thsang.

(7) Yan feou Ai.] Ce mot est une corruption de Pjambo a dwipa, que l’on rend quelquefois d’une manière plus exacte par île de Chen pou. La cosmographie bouddhique, comme celle des Brahmanes, partage la terre en quatre grands dmpa ou continents (îles), disposés autour du Soumcrou. Ces continents sont:

* fia kan ktrà toi Jtn nen gakj oun-no tioa, p. 16, — * Gtichickte dtr Ost-Mongoltn , pag. 1 6.

i° A l'orient du Soumerou, le Foëyu thaï ou Foë pho thi ( Pourvavidehâ ?). Ce nom signifie corps qui surpasse, parce que la superficie de ce continent l'emporte sur celle du continent méridional. On le traduit aussi par origine ou commencement, parce que le soleil se lève dans ce pays. Ce continent est étroit à l'orient et large à l'occident, ayant la forme d’une demi-lune; son diamètre est de neuf mille yodjanas . Le visage des habitants est aussi en forme de demi-lune. Leur stature est de huit coudées , chacune de huit pouces ; ils vivent deux cent cinquante ans. [Ce mot est proprement un synonyme de vidéha, oriental. — Kl. ]

a® Le Y an f cou thi ( Djambou dwipa). Y an fcoa , en sanscrit Djambou. Thi ( dih , dwipa) signifie ile. Djambou est le nom d’un arbre. Dans les contrées occidentales, il y a un arbre qu’on nomme Djambou . Au pied est un fleuve, et au fond de ce fleuve, il y a du sable aurifère". Ce continent est au midi du Soumerou; il est étroit du côté du midi, et large vers le nord, de la forme d'un coffre de char; son étendue est de sept mille yodjanas. Le visage des habitants est de la môme forme que le continent. Le plus grand nombre d’entre eux ont trois coudées et demie de haut (i*9ai5); et quelques-uns ont jusqu'à quatre coudées ( 1 96). La durée de leur \^e est de cent ans, mais beaucoup n’atteignent pas cet âge. [Les auteurs chinois disent que Djambou dwipa signifie tle d'or du levant. — Kl.]

3° Le Kiu ye ni ( Güdhanya ). Ce mot sanscrit signifie richesse de bœufs, parce que c’est en bœufs que consiste la richesse de ce pays; il est à l’ouest du Soumerou. Sa forme est comme la pleine lune; son diamètre est de huit mille yodjanas. Le visage des habitants est aussi semblable à la pleine lune. Leur taille est de seize coudées; ils vivent cinq cents ans.

àn Le Yâ tan yuô (Oattara-À'oaroa). Ce mot sanscrit signifie pays des vainqueurs, parce que ses habitants ont soumis les trois autres continents. [Le texte chinois dit que Yü tanyuë (en sanscrit Outtara-A'ourou) signifie en chinois :

è* MM 3. M £ & fa A B

« Endroit plus élev é , parce que ce pays est plus élevé que les trois autres tcheou u ou parties du monde. » La version de M. Abel-Rémusat : « Pays des vainqueurs,

« parce que scs habitants ont soumis les trois autres continents,» est inexacte. D'ailleurs mit lara en sanscrit signifie ce qui est prééminent ou élevé, et A'oanon est le nom propre d'une tribu. — Kl.] Il est au nord du Soumerou. Ce continent est carré contme une piscine ; sa largeur est de dix mille yodjanas. Le visage des habitants est de la même forme que le coutinent. Ils ont trente-deux coudées de haut, et vivent mille ans. On ne voit pas cher eux de mort prématurée k.

* Fan y ming i, cité dan» le San lumg fi ton, b Tchany A han (le long Agama] .'cité cbn* le .Son

l*v. XX, p. 8, tsong fi ton. liv. XVIII, p. 17.

FOË KOUË Kl.

[ Les noms de ces quatre continents , en tibétain et en mongol , sont :

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