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envoyait le manteau de Shàkya, comme une précieuse relique, à l'empereur Kao tsoung. Ou a, en deux livres, le catalogue des relations écrites par cinquante-six religieux qui, pendant les trois siècles que dura la dynastie des Tang, entreprirent des voyages dans l’Occident. Mais l’expédition la plus considérable est celle qui eut lieu l'an 96/1. D'après un décret de l'empereur Taï tsou, trois cents Samanéens partirent pour l’Hindoustan, alin d'y recueillir des reliques de Bouddha et des livres écrits sur feuilles de latanier. 11 y avait parmi eux un homme versé dans la connaissance des trois doctrines (celles de Confucius, de Lao tseu et de Bouddha); il se nommait Wang et était natif de Iloeï tcheou; ce fut lui qui rédigea la relation du voyage. Elle n’est pas trèsdétaillée; mais ce qu’on y lit sur différents pays mérite d'autant plus d’attention, quelle se rapporte à une époque pour laquelle ou n’a que des notions très-imparfaites sur l’étal des royaumes situés à i’occideutde la Chine, et que beaucoup de particularités, dont on n’a que peu de connaissance d’ailleurs, s’y trouvent mentionnées.
Je ne puis indiquer que quelques traits principaux et rassemblés à la hâte de ce tableau que M. Rémusat aurait offert complet dans son ensemble, achevé dans ses moindres détails et revêtu des plus riches couleurs du savoir, de l’esprit et du style. Mais cette esquisse, quoique pâle et dénuée de formes, ne saurait avoir fait perdre au sujet rien de l'intérêt qu’il a par lui-mèrae. N’est-ce pas un grand et étonnant spectacle que de voir des doctrines religieuses où la morale et la métaphysique, la cosmogonie et la psychologie sont continuellement confondues, s’établir et se perpétuer loin des régions où elles sont nées et hors de l’influence des causes qui les ont produites; réunissant, par le système philosophique le plus abstrait, des peuples placés aux deux extrémités
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de la civilisation, comme ils le sont aux deux bouts de l'Asie, et séparés, moins encore par des distances aussi considérables que difficiles à franchir, que par la disparité de leur climat, la différence de leurs mœurs et de leurs idiomes? Qu’y a-t-il de plus digne d’attention, dans l’histoire intellectuelle de notre espèce, que de suivre la marche de ce culte voyageur? Qu’y a-t-il de plus remarquable que de voir les mêmes idées sur l'émanation universelle, sur la perfectibilité de l’âme humaine, sur l’identité de sa nature avec celle de la divinité, propagées, il y a des siècles, avec le langage qui leur est propre et les légendes qui les consacrent, de l’Inde à la Chine, du Bengale au Tibet, des profondes vallées de ITIimâlaya jusqu’au milieu des neiges de la Sibérie ? Et dans le domaine de la littérature orientale, qu’y a-t-il de plus important que de pénétrer la profonde obscurité qui enveloppe l’histoire des Indes avant la conquête des Musulmans; que de reconnaitre la situation sociale et la division politique des royaumes de la haute Asie, antérieurement à celte époque; que de marquer les rapports qui liaient entre eux ces peuples que l'opinion commune représente dans un état habituel d’isolement les uns à l'égard des autres? Et tant d’utiles renseignements de géographie et d’histoire, tant de faits précieux, négligés par les Indiens, altérés par les Persans, qu’y a-t-il de plus curieux que de les découvrir consignés, avec la plus minutieuse exactitude, dans des relations écrites à la Chine, et d’apprendre par des voyageurs chinois quel était l'emplacement des lieux auxquels s’attache, dans l’Inde, la plus grande célébrité religieuse ?
■ Cet aperçu, dont le but est de donner une idée des différents genres d’intérêt et d’utilité qui recommandent ces sortes d’ouvrages, pourra faire pressentir aussi l’extrême difficulté de résoudre tous les points obscurs qu’ils présentent. Il y a là beaucoup
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de questions auxquelles nous ne saurions atteindre, dans l’état actuel de nos connaissances, et que M. Rémusat aurait éclaircies, sinon résolues, dans cette série de mémoires et de commentaires, dont quelques autres voyages, tels que ceux de Soung yun et de Hiuan thsang, devaient être l’objet et qu’il se proposait de publier pour faire suite au Foë kouë xi. Le mérite de ce dernier travail, les faits nouveaux qui y sont exposés, les vues ingénieuses dont il est rempli, les observations pleines de sagacité qu’on y remarque, montrent assez tout ce que nous avons à regretter dans cette tâche si heureusement commencée, mais si inopinément, si cruellement interrompue.
Fa hian, Soung yun et Hiuan thsang ont tous les trois parcouru les mêmes contrées, à un siècle de dislauce l’un de l’autre. Leurs récits offrent, pour des époques diverses et bien déterminées, des détails, souvent semblables et quelquefois différents, qui, comparés et discutés, fixent des points très-importants de chronologie religieuse, et fournissent sur l'histoire et la géographie de l’Hindoustau , aux Ve, vi* et vil* siècles, beaucoup de renseignements précieux. Mais l’état du Bouddhisme et celui de l’Asie entière au temps de FX hian rendent la relation de ce dernier particulièrement recommandable, et lui ont fait accorder, sur les deux autres, par M. Rémusat, une préférence quelle ne doit pas seulement à son antériorité. Alors, en elfel, l’Inde semblait, pour ainsi dire, sortie de ses limites. Elle était partout où le Bouddhisme avait pénétré, et toutefois, en se répandant au loin, cette secte conservait encore, dans les lieux où elle était née, son influeuce de quatorze siècles. Dans l’Inde centrale, elle n’avait, au rapport de FX hian, rien perdu de sa supériorité sur le Brahmanisme; si, dans quelques contrées, les partisans de celui-ci l’avaient emporté, la pratique et les cérémonies du Boud-
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dhisme, les avantages assurés à ses adeptes, n'avaient pas pour cela cessé d’exister, et Bénarès, si renommée de nos jours comme une antique école de la sagesse des Brahmanes, était peuplée de Samanéens. La relation de Soung yuu et celle de Hiuan thsang constatent, au contraire, la suprématie que les premiers avaient fini par conquérir aux vt' et vu* siècles, et la décadence correspondante de leurs opposants dans les régions moyenne, occidentale et septentrionale de l’Uindoustan. Dans les pays situés hors de l’Inde, d’autres causes avaient contribué, les unes à l’altération, les autres à l’anéantissement de la foi bouddhique. Ainsi, elle avait perdu un grand nombre de ses sectateurs, même avant la conquête de la Perse par les Arabes, par suite de l’introduction de la religion de Zoroastre dans la Boukharie. Ainsi, au dire de Hiuan llisang, la domination des Turcs avait déjà, de son temps, altéré les mœurs et déplacé les populations à l’ouest des monts Tsoung ling; ainsi, la soumission des Tartares et la réunion des pays occidentaux à l’empire après la défaite des Turcs, devait, quelques années plus tard, amener encore d’autres bouleversements également fâcheux.
La ruine de la puissance des Gètes, qui modifia tout en Asie, n’eut pas une influence moins remarquable sur les destinées du Bouddhisme. Depuis longtemps, les pays que ces peuples s’étaient soumis, tant sur les deux rives de l’Indus, que dans la partie occidentale de la Chine, reconnaissaient les doctrines bouddhiques; mais la plupart, en changeant de maîtres, changèrent aussi de religion, et les Gètes, dispersés par petites tribus, réduits de nouveau à la vie errante qu’avaient menée leurs pères, portèrent partout, dans leurs émigrations, le culte auquel ils étaient demeurés fidèles, comme partout ils l’avaient introduit dans leurs envahissements. Si on ne le retrouvait plus dans