CHAPITRE XIII
Royaume de Na kië. — Ville de Hi lo. — Os du crâne de Foë. — Dent de Foë. — Bâton de Foë. — - Manteau de Foë. — Ombre de Foë.
En marchant vers l'occident l’espace de seize yeou yan (i), on arriva à la frontière du royaume de Na kiê (a), et à la ville de Hi lo (3) . C’est là qu’est la chapelle de l’os du crâne de Foë. Elle est entièrement dorée et revêtue de toutes sortes d’ornements précieux (4). Le roi du pays a la plus grande vénération pour l’os du crâne; et, dans la crainte que quelqu’un ne vienne à l’enlever, il a fait choix des huit chefs des principales familles de son royaume : chacun d'eux a un sceau que l’on met à la porte de la chapelle. De grand matin , ils vont tous les huit vérifier leur sceau, et ils ouvrent ensuite la porte. Quand elle est ouverte, ils se lavent les mains avec des eaux de senteur, retirent l’os du crâne de Foë et le portent hors de la chapelle, sur un trône élevé, pourvu d’une table de pierre ronde et de toutes sortes de choses précieuses. La table de pierre qui est dessous, la cloche de verre qui le recouvre, sont également ornées de perles et de pierres fines. L’os est de couleur jaune blanchâtre ; il a quatre pouces de circonférence et une éminence à la partie supérieure. Chaque jour, après le lever du soleil, les gens de la chapelle montent sur un pavillon élevé; là ils frappent de gros tambours, sonnent de la conque et font retentir des cymbales de cuivre. Dès que le roi les a entendus, il se rend à la chapelle, où il fait ses dévotions en offrant des fleurs et des parfums. Quand l’adoration est finie, chacun à son rang porte (la relique) à sa tête (5) et s’en va. On entre par la porte orientale et on sort par celle de l’occident. Le roi en use ainsi tous les matins, et ce n’est qu’àprès qu’il a fait ses dévotions et accompli la cérémonie d’adoration, qu’il s’occupe
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des aflaires de l'état. Les grands et les principaux officiers commencent de même par cet acte d'adoration, avant de se livrer à leurs aflaires particulières. Il en est ainsi tous les jours, et ce premier devoir n’admet aucune diflèrcnce de xèle ou de relâchement. Quand tout le monde a fini ses dévotions, on rapporte l’os du crâne dans la chapelle. H y a des tours de délivrance (6), ornées de toutes sortes de choses précieuses, les unes ouvertes, les autres fermées, hautes d’environ cinqpieds. Pour les remplir, il y a constamment, chaque matin, des marchands de fleurs et de parfums devant la porte de la chapelle, et ceux qui veulent faire leurs dévotions en achètent de toute espèce. Les rois des pays voisins ont aussi coutume denvoyer des personnes chargées de faire les cérémonies d’adoration en leur nom. Le lieu occupé par la chapelle est de quarante pas en carré. Quand le ciel s’abîmerait et que la terre s'entrouvrirait, cet espace n’en serait point ébranlé.
De ce lieu, en allant au nord, à la distance d’un y cou yan, on arrive à la capitale du royaume de Na kië. C’est l’endroit où jadis Phou sa acheta, avec de la monnaie d’argent, cinq fleurs, pour en faire hommage à Tint) houantj Foi (7). Dans cette ville, il y a une tour élevée pour une dent de Foê (8) . On y pratique les mêmes cérémonies que pour l’os du crâne.
Au nord-est de la ville, à un yeou yan, est, à l’entrée d'une vallée, le bâton de Foê (9). On a aussi élevé en cet endroit une chapelle, et l’on y pratique pareillement des cérémonies. Ce bâton est surmonté d’une tête de bœuf en santal ; il est long de six à sept toises environ. On l’a placé dans un tube de bois, d’où cent et même mille hommes ne pourraient le retirer.
En entrant dans la vallée, et marchant quatre journées du côté de l’occident, on trouve la chapelle du seng L'a li (10) de Foë, où se font les cérémonies d'adoration. Quand il y a une sécheresse dans le royaume, les habitants vont tous ensemble tirer le sent) La li et l’adorer; le ciel alors envoie de grandes pluies.
Au midi de la ville de Na kiê, à un demi yeoayan, il y a un édifice en pierre adossé à une montagne et tourné du côté du sud-ouest. C’est l’endroit où Foë a laissé son ombre (u). Quand on la considère à dix pas de distance, c'est comme si l’on voyait le corps véritable de Foë lui-même, de couleur d’or, avec ses beautés caractéristiques, et tout resplendissant de lumière. Plus on approche, plus l’ombre s’affaiblit. C’est une représentation toute semblable à la réalité. Les rois de tous les pays ont envoyé des peintres pour la dessiner, mais aucun n’a pu y réussir. Les gens du pays ont une tradition suivant laquelle mille Foë doivent finir par laisser leur ombre en cet endroit.
A cent pas environ à l’ouest de l’ombre, Foë, dans le temps où il était au monde, se coupa les cheveux et les ongles; et de concert avec ses disciples, il construisit une tour haute de sept à huit toises (iï), pour servir de modèle à toutes les tours que l’on bâtirait par la suite. Elle subsiste encore à présent. A côté est un monastère, dans lequel sont environ sept cents religieux. Dans ce lieu est la tour des Lo han et des Py tchi foi (iî), où ont demeuré mille (de ces saints personnages).
( i ) L'espace de seize ye ou yan .] La longueur du yeoa yan ou yodjana de l’Inde est estimée à 4 kros, c'est-à-dire Uj, 5 ou même 9 milles anglais. L'usage que Fâ hian a (ait de cette mesure inconnue à la Chine , montre qu’il a pris des Hindous les indications des distances. Par plusieurs de celles dont il fait mention , et qui se rapportent fort bien aux distances de nos cartes , on peut croire qu'il a rendu fidèlement, à cet égard, les indications des géographes ou des voyageurs de l’Inde au commencement du v' siècle. Cependant, la plupart de ses mesures, exprimées soit en b, soit en journées , soit même en yodjanas, semblent un peu trop fortes, et quelques-unes même sont exagérées. Les sinuosités des routes et la variation de la mesure itinéraire dans différentes provinces peuvent , jusqu'à un certain point, rendre
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raison d’une trop forte évaluation. Dans quelques occasions, il a été trompé par des rapports fautifs et presque fabuleux ; mais c’est quand il parie de distances qu’il n’a pas été en état de vérifier, ou de pays qu’il n’a pas visités lui-même, et les erreurs de cette espèce sont pour nous sans importance. Nous croyons pouvoir adopter, comme terme moyen de la valeur du yodjana du Foë kouè ki, le plus petit de ceux dont parle M. Wilson , c’est-à-dire celui de 4 milles \ anglais ou de quinze au degré ( t lieue j), lequel s’applique avec exactitude aux points les plus célèbres, et dont la synonymie sera plus tard reconnue incontestable.
Je dois encore ajouter ici quelques observations littéraires ou historiques. On écrit le nom de cette mesure, en chinois, yeoa yan, yeoa siun ou yn chen na; ce qui est une triple transcription du sanscrit yodjana, et on l’interprète par mesure, terme ou station. Le Yê soa * en attribue l’origine aux stations que les monarques de la roue ( tchakravarti rddja) ont faites en visitant les diverses parties de leur empire. C’est, dit un auteur chinois, comme le relais de poste de ce pays-ci. Un autre écrivain l’évalue à 4o U, du temps des Tsin h. Les traducteurs des livres bouddhiques en distinguent trois d’après le Ta tchi tou lan ' : le grand yodjana de 80 /i, qui sert à mesurer les pays de plaine , où les montagnes et les rivières laissent un chemin facile; 1 e yodjana moyen, de 6o U, quand les montagnes et les rivières opposent quelques difficultés aux voyageurs; et le petit yodjana; valant 4o li, pour les pays où les montagnes sont très-escarpées et les rivières très-profondes. On peut voir, pour la longueur du yodjana évalué dans l’Inde, YAyin ahberiA et M. Wilson*; et pour l’évaluation d'après les distances rapportées par Fa hian , ce qui en a été dit plus haut. On doit supposer que ce voyageur a recueilli les indications qu’il donne de la bouche des naturels , ou peut-être de quelque ouvrage géographique indien qu’il aura eu à sa disposition. Dans l’un et dans l'autre cas, on ne peut espérer d'atteindre qu'une détermination approximative, une sorte de moyenne, satisfaisante seulement pour la géographie historique d’une contrée presque entièrement inconnue. On doit remarquer encore que Fâ hian commence à faire usage de cette mesure itinéraire dans le pays de Na kiè , après s'etre servi jusque-là du U chinois ou de la journée de voyage. Ce fait est du nombre de ceux qui attestent la prédominance de la langue et des coutumes de l'Hindoustan hors des limites actuelles de cette contrée, du côté du nord et du nord-ouest.
(a) Du royaume de Na kië.] La position de ce pays est assez difficile à déterminer, tant à cause du peu de points de comparaison qui nous sont offerts par les géographes occidentaux pour cette partie de l’Asie, que parce que Fâ hian et Hiouan thsang ne sont pas entièrement d’accord sur la marche que chacun d’eux a
* Voyez ce nom cité dans le .San Isany fâ jou ,
liv. XIII, p. 5.
h ïoaun lian loui Kan, lir. GCCXVI, p. 6-
1 Fan r miftÿ i , cité dans le San ttangfa ton. ibid .
* Trad. ongl. t. II, p. 187,34g'
* Sa ruent Dicùonary, b. voc.
suivie pour y arriver. Le premier l’atteint en faisant seize yodjanas à l’ouest du pays des Beloutchcs. Le second y vient par Caboul , après avoir traversé une grande rivière, qui doit être un des affluents de flndus, et marche ensuite à l’est jusqu’au pays des Gandhàras. On ne peut néanmoins s’éloigner beaucoup de la vérité, en plaçant le pays de Ara Idë à l’orient de Ghazna et du Kandaliar actuel. Mais pour ne parler ici que des noms, celui de Na kië, écrit Na kië lo ho par Iliouan thsang, sc trouve, dans la relation des deux voyageurs chinois, Soung y un et Hocl sang, appelé Na kia b ho. On lit dans le Si yn ki une légende qui peut en expliquer l’origine. Au reste, le royaume de Na kië lo ho envoya un tribut à la Chine en 6 a 8. C’était alors une dépendance de celui de kia pi che.
La Chine eut, sous la dynastie des Thang, des rapports politiques avec le royaume de Na kië, qui doit conséquemment avoir eu une certaine durée. On apprit alors qu’il n’était pas soumis à un seul roi, mais était partagé entre plusieurs tribus qui, chacune, avaient leur chef; c’est la condition la plus ordinaire de la population du Sind , du Béloutchistan et de l'Afghanistan. Le pays est raboteux, inégal , coupé par des vallées, entouré de hautes montagnes. Cette description s'applique également à toutes les parties de cette contrée. Enfin, cinq cents li vers le sud-est nous ramènent au pays de Gandhàra. Ces indications, quoique vagues, nous reportent au centre de l’Afghanistan, et la ville de Ui b doit avoir été située aux confins de ce pays, du côté de la Perse. Or, au vu* siècle, le Bouddhisme était encore la religion des habitants, parmi lesquels on trouvait peu d’hérétiques. Cependant le nombre des solitaires y était diminué , et beaucoup d’édifices religieux tombaient en ruine. Chy kia, en sa qualité de Bodhisattwa, avait autrefois laissé des traces de son passage dans ce royaume.
(3) La ville de Hi lo.] Cette ville n'était pas la capitale du royaume de Na kiè; mais elle était située h trente U au sud-est de cette capitale, et paraît surtout-avoir été remarquable par le grand nombre de reliques de Bouddha que l’on y conservait.
(4) Tontes sortes d’ornements précieux.] Plus littéralement , sept choses précieuses. Mais le plus souvent cette expression s’emploie dans un sens indéterminé, defmitnm pro imUjinito. On varie dans la désignation des sept choses précieuses : en voici deux séries avec quelques détails qui paraissent assez curieux, i" Son fa b ( sonvnrna ), nom sanscrit de l’or. Suivant le Ta tchi tou lun, l'or sc tire des montagnes, des pierres, du sable, du cuivre rouge. Il a quatre propriétés : il ne change pas de couleur; il ne s’altère jamais; rien ne l’empêche de reprendre sa forme4; il rend l’homme opulent. a° A bu pa (rwipya), nom sanscrit de l’argent. Selon le même ouvrage, l’argent se tire des pierres fondues; on l’appelle communément or bbne.
* O »cn» est douteux. On lit dam le texte
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11 a les quatre propriétés de l’or. 3“ Lieoa li, nom sanscrit d’une pierre bleue. Le Kouan king soa, ou l 'Explication des litres des contemplations, l'appelle aussi fel lieoa liye, ce qui signifie non loin ; ce nom lui vient de ce qu’on la trouve dans une montagne des contrées occidentales, laquelle n'est pas éloignée de Bénarès. [C’est sans doute le vaïdoùrya ou lapis lazuli. Vidoûra, qui signifie non loin, est le nom de la montagne où l’on trouve cette pierre. — E. Bausour. ] La couleur bleue ou verte de cette précieuse substance ne saurait être détruite par aucune autre matière. Son éclat, sa dureté, sont uniques dans le monde. U* Pho li, autrement se pho ti kia [sphaiika, spath) , est le nom sanscrit du chouî vu ou cristal de roche*. Sa transparence et son éclat sont uniques dans le monde. 5* Meoa pho là kit la pho; ce mot sanscrit désigne une substance précieuse de couleur bleue et blanche. Sa forme est celle d’une roue avec un moyeu et des rayons (je pense que c’est une espèce d’ammonite); sa dureté et la beauté de ses teintes la font rechercher dans le monde. 6° Mo lo kia li ou l’agate, pierre mêlée de teintes rouges et blanches comme le cerveau d’un cheval, d’où lui vient son nom (chinois) de ma nao (eqai cerebram). On peut la polir et en faire des vases, ce qui lui donne de la valeur. Po ma lo kia (padmarâga k) ; ce mot sanscrit signifie gemme rouge (plus exactement couleur du nelombo ). Le Foi ti lun (Discours sur la terre de Bouddha) dit que c’est un produit d’insectes rouges. Le Ta iehi tou lun dit que cette pierre sort du ventre d’un poisson et du cerveau d’un serpent. Sa couleur rouge est extrêmement brillante et éclatante; c’est ce qui la fait rechercher. [ Padmarâga en sanscrit est le rubis. — Kl.]
La seconde série se compose exclusivement de pierres précieuses, i® Po lo so (en sanscrit prabâla, en bengali palâ), le corail. Le Ta tchi tou lan l’appelle arbre de pierre marin. On dit que dans la mer du sud-ouest, à sept ou huit lir, il y a une île de corail dont le fond est une pierre sur laquelle croît cette substance. On en détache le corail avec des filets de fer. a" A chy ma kit pho (as’magarbha?) ou succin. Il est de couleur rouge et transparent. 3° Ma ni ou Mo ni (ouui'i), mot qui signifie exempt de tache, et qui désigne la perle. Cette substance est brillante et pure, exempte de taches et de souillures. C’est pourquoi le ïiian kiô tchhao (Manuel des Pratyêka Bouddhas) l'appelle aussi jo a i ( conforme au désir, à ^intention ) ; les richesses que l’on désire de posséder, les vêtements, la nourriture, toutes choses enfin qui sont nécessaires, on se les procure au moyen de cet objet précieux, conformément à ses désirs, et c’est d’où vient ce nom. h° Tchin chou kia; ce nom sanscrit désigne une pierre précieuse de couleur rouge. Selon l’histoire des contrées occidentales, il y a un arbre nommé tchin chou kia dont les fleurs sont de couleur rouge et grandes comme la main. La substance à laquelle on donne aussi ce nom est de la même couleur que ces fleurs. [C’est le kims’ouka ou buteafrondosa.] 5° Chy kia pi Img kia. Ce mot sanscrit signifie vainqueur, qui surpasse, parce que cette substance l’emporte
* Cf. HitL Je Kkotan. p. 169. * Cette distance parait fautive : il faut, je crois,
fc Mdaryei asiatiques , t. II, p. a6a. lire, d sept oa huit nulle li.
sur toutes les autres pierres précieuses du monde. 6° Mo lo kia tho ( marakata , émeraude). Le Ta tchi toa lan appelle ainsi une pierre précieuse de couleur verte. File sort du bec de l'oiseau aux ailes d’or, et peut garantir de toutes sortes de poisons. 70 Pu tchi lo ( vadjra ) ou le diamant. Cette substance naît dans l’or; sa couleur est semblable à celle de l’améthyste. Elle est incorruptible et infusible, extrêmement dure et tranchante, et on s’en sert pour tailler le jade.
On peut voir sept autres objets précieux énumérés comme appartenant au monarque de la terre, X, h.
(5) Porte (/a relique) à sa tête.] Cette phrase est obscure dans le texte, et l’on pourrait lui donner des sens différents.
Thing thaï signifie porter à sa tête, et ce qui se porte sur la tête , le bouton du bonnet qui sert à marquer les rangs, et ceux qui ont cette distinction. Tsea ti veut dire per ordinem .
(6) Tours de délivrance.] Le mot tour , en sanscrit sthoupa, ne s’entend pas seulement des grands édifices religieux , mais il s’applique encore , ainsi qu'on l’a déjà vu, à de petites constructions qui en sont comme le diminutif, ou le simulacre, dans des dimensions réduites. On en distingue de plusieurs sortes et on leur donne des noms différents, comme sthoupa, ta pho (éminence) ,feoa thou ( acervas ) , sou theou pho (précieuse tour), teou seou pho ; mais plusieurs de ces dénominations paraissent dérivées du même radical sanscrit sthoupa, et les interprétations variées qu'on en donne semblent arbitraires. Ces petites constructions sont faites en pierres ou en briques , en forme de toiir, sans couronnement. Il y en a à un , à deux, à trois, à quatre étages, pour les Srâvakas ou auditeurs de Bouddha des quatre premiers rangs. Les pi phao tha sont consacrées à des reliques de Bouddha, antérieures à son entrée dans le Nirvana. Celles des Pratyêka Bouddhas ont onze étages; celles de Bouddha en ont treize, pour montrer qu’il a dépassé les douze nidânas ou conditions de l’existence relative ; mais on ne marque point d'étages à celles que l'on élève à des mendiants ordinaires, à des hommes vertueux*.
Suivant le Fâ hoaa uen kiu h, on n’élève pas de tours ou de sthoupa sur la tombe des religieux et des laïques , mais on y place de simples pierres , qui, par leur forme , représentent les cinq éléments : l’éther, le vent, le feu, l’eau et la terre, et conséquemment le corps humain qui en est formé. Ou les nomme aussi sthoupa par analogie. La figure jointe à celte explication donne une idée de la forme assignée à chaque élément.
* Ckjf chiyao lan. cité dans l'Encyclopédie japonaise. Ht. XfX, p. i J. — fc Cité là même
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Le plus bas ou la terre, est sur une plaque rectangulaire; l’eau, immédiatement au-dessus, occupe un cercle; le feu, un triangle; le vent, un croissant; et l'éther, un cercle plus petit, terminé en pointe. Au lieu des noms chinois, on inscrit aussi sur ces différentes parties du sthoûpa des lettres sanscrites qui sont l’abréviation du nom sanscrit de chaque élément : kha, l’éther; ka, le vent; ra, le feu; va, l’eau; a, la terre (?).En yjoignant une sixième syllabe, ma ou sa, pour la connaissance ou la pensée, on a les noms des six éléments et une formule dont l’efficacité est immense. On parle encore d’une espèce de tour appelée sthoûpa d vue, et d’une formule qui a la vertu de garantir à jamais des trois mauvaises voies (l’enfer, la condition de brute et celle de démon) ; beaucoup de gens la vautent; mais cette formule ne se rencontre pas dans les textes sacrés; c'est une invention des temps postérieurs et dont on ne connaît pas l'origine.
Les tours de délivrance dont Fa hian parle en cet endroit, paraissent être des autels creux , destinés h recevoir des offrandes de fleurs et de parfums. Le mot de délivrance désigne l'affranchissement définitif de lame, son retour à la perfection originelle, en chinois kiaï thon, en sanscrit moukti.
(y) T in g kouang Foë. ] L'aventure à laquelle il est fait allusion ici a été racontée en détail (X, 4). On voit que le pays de Thi ho * weï , où régnait le père de cet antique Bouddha, devait être situé dans la Perse orientale; ainsi, tout en conservant, pour la vie réelle de Sliàkya mouni, les traditious locales qui se rapportent à l'Inde centrale et septentrionale , les Bouddhistes ne craignent pas de transporter la scène des actions mythologiques de leurs saints fabuleux hors des limites de l llindoustan, dans les contrées qu'ils nomment Jndc du nord, et où vraisemblablement leur religion n’a pénétré qu’à une époque récente, comparativement à celle de son origine.
(8) Une dent de Foë.] On a déjà vu la mention d’une relique de cette espèce (chap. V), et il s’en présentera d’autres encore parla suite, notamment dans le voyage à Ceylan. Au reste, une observation qui sera faite dans la note suivante, et qui peut s'appliquer à la dent dont il s’agit, permettrait de penser que ces restes précieux appartenaient à un autre personnage que le Bouddha historique, Shàkya mouni, peut-être au Ting kouang Foë dont il est parlé dans la note 7. La dent dont il est ici question avait disparu lors du voyage de iliouan tlisang, deux cent vingtsept ans après Fà hian.
(9) Le bâton de FoS.] Le bâton est , comme le pot ( chap. XII . note 8 ) , un attribut obligé du mendiant bouddhiste. Le nom sanscrit de cet ustensile est hi ki lo; on l’appelle en chinois sy tchang (bâton d'étain), tchi tchang, të tchang, ching tchang, bâton de prudence, de vertu, bâton à voix, à cause du bruit que font les anneaux dont il est garni;* en mandchou on le nomme douldouri II y a un Litre du bâton ( Sy tchang king). On y lit que Bouddha dit à son disciple Kàs’yapa : «L’é- « tain est ce qu'il y a de plus léger (parmi les métaux); le bâton est à la fois un « appui et un préservatif contre les vices, à l’aide duquel on sort de l’enceinte « des trois mondes. » Le bâton de Kâs’yapa Bouddha avait une tête h deux ouvertures, où étaient engagés six anneaux. Celui de Shâkya Bouddha avait quatre ouvertures et douze anneaux*. Le douldouri moderne en a neuf k. Ce qui est dit ici des proportions du bâton de Foë , qui avait six ou sept toises chinoises ( 1 8 à a 1 m ) , prouverait, s’il ny a pas de faute en cet endroit du texte, qu’il s’agit, non du bâton de Shâkya, mais de celui de quelqu'un de ces Bouddhas nés dans les temps où la vie des hommes était prodigieusement longue et leur taille colossale. Par exemple, Kâs’yapa naquit â une époque où la vie des hommes était de vingt mille ans, et sa stature était de seize toises (48* 80); Vipas’yi, né dans un temps où les hommes vivaient quatre-vingt mille ans, était haut de soixante y ixljanas, et l'auréole qui entourait sa tête en avait cent vingt. C’est à quelque géant de cette espèce que pouvait avoir appartenu un bâton de dix-huit à vingt mètres.
(10) Du seng kia h de Foë.] Seng kia li, et plus exactement s en g kia ti, est la transcription du sanscrit sanghâl’i. Les religieux bouddhistes ont trois sortes de vêtements : i°Le seng kia li, ainsi nommé d’un mot sanscrit qui signifie réuni ou doublé, parce qu’il est fait de pièces coupées et réunies ensemble. Le / tching fâ sse dit que le mot sanscrit seng kia ti désigne un habit doublé; mais le Siaan liü sse assure que les noms des trois sortes de vêtements des religieux ne sauraient être traduits très-exactement; que le grand vêtement s'appelle tsa souï i (habit de pièces mélangées), à cause de la multitude de morceaux dont il se compose. Quant à son usage, on l’appelle habit pour entrer dans le palais des rois ou habit de place publigue, parce que l’on s’en sert pour aller prêcher la loi dans les palais, aussi bien que pour aller mendier dans les carrefours. Le Su pho to ton distingue trois sortes de grand habit : l'inférieur, qui est à neuf, â onze ou à treize pièces; le moyen, qui a quinze, dix-sept ou dix-neuf pièces; et le supérieur, qui en a vingt et une, vingt-trois ou vingtcinq. a* Yi ï to lo seng ( outtarasanghât’i)\ ce mot sanscrit signifie habit de dessus, surtout : il est à sept pièces. Le Siuan liu sse appelle habit da moyen ordre, le vêtement de sept pièces; et, d’après son usage, il le nomme habit pour aller dans t assemblée. C’est celui qu'on met pour les cérémonies, les prières, les fêtes et la prédication.
* Ckjf chiyao lan. cité «Uns l'Encyclopédie japonaise, liv. XIX, p. 9 t. Voyez en cet endroit la figure du bâton dont il s agit. — b Tksûtg «* n hion, liv. XIX, p. 5.
9û FOË KOUË Kl.
3° An tho hoei; ce mot sanscrit désigne un vêtement intérieur qu’on met pour dormir et qui touche au corps. Le même ouvrage l’appelle habit de dessous, en disant qu’il est formé de cinq pièces; et sous le rapport de son usage, il le définit comme un vêtement formé de diverses pièces, servant, dans (intérieur de la maison, à ceux qui pratiquent la loi ( yuan neï hing tao tsa tso i *). [Ce vêtement se nomme en sanscrit a/itaravdsaka. ]
(11) Son omére.] Cette relique, d’un genre particulier, a pareillement été vue par Hiouan thsang. Comme on n’en saurait l'évoquer en doute l’existence, on doit l’attribuer à quelque effet de catoplrique , adroitement ménagé pour tromper les pèlerins superstitieux. Les beautés caractéristiques dont il est parié ici sont les trente-deux lakchana du corps visible et transfiguré de Bouddha k. Hiouan thsang raconte* à quelle occasion Tatliàgata a laissé son ombre en cet endroit, et confirme la prédiction qui annonce que tous les Chi tsun ( Lokadjyecht’ha , illustres du siècle, Bouddhas) de la période des sages ou de la période actuelle, doivent imiter à cet égard l’exemple de Shakya mouni.
(ia) Sept â huit toises.] a 1“ 35 ou a 4" ko.
( 1 3) Des Lo han et des Pÿ tclii foè.] On a déjà vu (cliap. VI , note k ) que Lo han, ou plus exactement A lo han, était la transcription d'Arhân, et que ce terme sanscrit désignait l'un des degrés supérieurs dans l’échelle des saints ou intelligences purifiées. Le degré qui est immédiatement au-dessous est celui des Pÿ tchi foë ou Pÿ tchi kia b, dont le nom est interprété par 0u «a intelligence simple ou
complète, et représente le nom sanscrit de Pratyika Bouddha d, ou Bouddha séparé, Bouddha distinct. Sans entrer dans les distinctions presque infinies que les Bouddhistes établissent entre les différents degrés de perfection auxquels on peut parvenir par la contemplation et la pratique des vertus , je transcrirai ici un passage d’un livre sacré qui fera connaître la place qu’occupent les Pratyéka Bouddhas dans la hiérarchie des saints bouddhistes.
« On appelle les cinq fruits, les fruits que témoignent les Siu tho ican, les Sse tho han, « les A na han, les A b han et les Pÿ tchi foè, pour dire que ces cinq classes d’hommes , <i en traversant les siècles, n'attendent pas d’avoir totalement supprimé les imper- « lèc lions morales , pour retourner leur âme vprs la grande purification, et cueillir «i les fruits de (l'arbre) bodhi ou de la raison.
« i" Le premier fruit est celui de l’âme dont le retour dure quatre-vingt mille Kal- « pas; ce sont les Siu tho i oan (S’ rotâpanna) qui l'obtiennent. Leur nom signifie qu’ils
* Fan V mi ng i. cité dan» l« San (tant) fi * Voyei ci-aprvs . Kdalion du pays de Sa kir
Itv. XIII, psg. 1 3 t tno. b ho.
'■ Poe. [imta/jl sert. III — Mtl. atial i I.p. 168. 4 Comparez Aiiat Utirarrhrt, loin, XVI, pag. 415.
h sont parvenus en coulant, ccst-à-dire qu'ils sont sortis de l’écoulement général (des « êtres du monde) et parvenus à l’écoulement des saints. Ils ont coupé les trois nœuds « (qui rattachent le corps aux trois mondes) , franchi les trois assujettissements ( ou « la condition d'Asoura , de brute et de damné ) ; et » après être nés sept fois parmi « les hommes ou parmi les dieux, délivrés de toute douleur, ils entrent dans le « nirvâna où ils obtiennent le bodhi du premier ordre au-dessus duquel il n’y a rien.
« a* Le second fruit est celui de l’âme dont le retour dure soixante mille Kalpas. Il « est obtenu par les tho han ( Sakridâgâml ). Leur nom signifie une allée et venue, « parce qu’après être nés une fois parmi les hommes et une fois parmi les dieux, ils « obtiennent le nirvâna qui rend parfait. Ils ont supprimé six classes d'erreurs atta- « chées à l’action des sens et aux désirs qui en naissent ; et après être renés une fois « parmi les dieux ou parmi les hommes , ils sont délivrés de toute douleur et passent « soixante mille Kalpas dans le nirvâna, pour obtenir ensuite le suprême bodhi.
« 3“ Le troisième fruit est celui de l’âme dont le retour dure quarante mille Kal- « pas. H appartient aux A na han (Anâgâmil t), personnages dont le nom signifie *i qu’ils ne viennent plus, c’est-à-dire qu’ils ne renaissent pas dan« le monde des désirs. « Us sont affranchis des cinq liens inférieurs , et de la nécessité de renaître , de sorte « qu'après quarante mille Kalpas, ils obtiennent le suprême bodhi.
ü 4° Le quatrième fruit est celui de lame dont le retour dure vingt mille Kalpas. « Il est le partage des Arhân, qui, ayant supprimé pour tm(}ours les imperfections u qui naissent dans les trois mondes, des désirs, de la colère, delà haine et de u l'ignorance, obtiennent, après vingt mille Kalpas, le bodhi suprême.
« 5* Le cinquième fruit est celui de l'âme dont le retour dure dix mille Kalpas. ü « appartient aux Pÿ tchi foë ( Pratyêka Bouddha), qui obtiennent, après dix mille Kal- <i pas, le bodhi suprême qu’ils ont mérité en supprimant les imperfections qui résul- « tent des désirs des trois mondes, de la colère, de la haine et de l'ignorance*. » Il n'y a, comme on voit, aucune dilférence exprimée entre les mérites acquis par les Pratyêka Bouddhas et les Arhân.
Un autre passage du même livre* place les Pratyêka Bouddhas dans une situation intermédiaire entre les S'râvakas et les Bodhisattwas , par rapport aux progrès qu’ils ont faits dans la science qui consiste à contempler la succession non interrompue des douze niddnas ou conditions de l’existence individuelle4, à reconnaître leur enchainemer^continu, et par conséquent la non-réalité de ce qu'on appelle naissance et mort, à détruire les erreurs qui proviennent de la vue et de la pensée , et à remonter à la véritable condition des choses qui est le vide (l’immatérialité). On trouvera ci-après des explications plus étendues sur les Pratyêka Bouddhas J.
* Livre sacré du Mîrrâoa ( Si phan Untj ), cité dans te Sanitangfl ton . liv. XXII , pag. 3 reno.
h Cité dans le San tsangfa «ou, liv. XI , pag.
* Vocabulaire penlaglottf, sect. XXII. — Cf. Alphab.
Tibet, pag. 699. —Trunsaci. of the royal asiatic Society. tom. I, pag. 56a- — UbsenalmnJ sur quelques points de la doctrine samanêenne, pag. 54.
* Comparez ci -apré*. cbap. XVII.