CHAPITRE XIV
Petites Montagnes de neige. — Royaume de Lo i. — Royaume de Po na. — Fleuve Sin theou.
A la seconde lune de l’hiver (•) , Fa ltian et trois autres passèrent au midi des petites Montagnes de neige (a). La neige s’amasse sur ces montagnes l'été comme l’iiiver. Du côté du nord, le froid y est excessif, et sa violence est cause qu'on est presque transi. Il n’y eut pourtant que Hoeï kifig qui ne put en supporter la rigueur et qui se vit hors d’état d'avancer. 11 lui sortait de la bouche une écume blanche. Il dit à Fâ hian : 11 est impossible que j’en revienne. Partez, à l’instant : il ne faut pas que nous mourions tous ici. Et là-dessus, il expira. Fâ hian lui avait adressé toutes sortes de consolations; il le pleura , et regretta vivement que leur projet commun se trouvât contraire à la destinée ; mais, dans l’impuissance d’y remédier, il recueillit ses forces, parvint au midi de la chaîne (3) et arriva dans le royaume de Lo i (4).
11 y a dans ce pays près de trois mille religieux, appartenant tant à la grande qu’à la petite translation (5). On s’arrêta pour y séjourner; et quand ce séjour fut terminé , on descendit au midi , et en dix jours de marche on atteignit le royaume de Po na (6).
Dans ce royaume, il y a aussi trois mille religieux environ, tous appartenant à la petite translation (7). De là, en allant à (Prient pendant trois journées, on passa de nouveau le fleuve Sin tlteou (8), dont les deux rives sont un pays plat et uni.
(i) La seconde lune de t'hner . ] Si cette époque est marquée d’après le calendrier chinois, le printemps commençant à la nouvelle lune la plus voisine du jour où le soleil entre dans le 1 5* degré du Verseau, la deuxième lune de l'Im-er avait commencé deux mois auparavant, c’est-à-dire vers le 5 décembre, sauf réduction. 11 est assez singulier que les pèlerins aient entrepris dans une telle saison un voyage à travers des montagnes couvertes de neiges perpétuelles, et l’on n’a pas lieu de s’étonner de l’accident survenu à l’un d’entre eux.
(а) Les petites Montagnes de neiyc. ) Ces montagnes ne peuvent être que les rameaux qui portent actuellement le nom de Souleiman kouk, daus l'Afghanistan. La dénomination de petites Montagnes de neige doit avoir eu quelque rapport avec celle à'Himâfaya, attendu fusage de la langue sanscrite, alors établi dans ces contrées. On la trouve fréquemment reproduite dans la relation de Hiouan tsang.
(3) Aa midi de la chaine. ] Vraisemblablement dans le canton de Gundava , où les montagnes laissent, jusqu’à l'indus, un espace libre que doivent avoir occupé les petits états de Lo i et de Po na, et que Fâ hian traversa en treize journées.
(4) Le royaume de Lo i.] Pays totalement inconnu d’ailleurs. Fâ hian ne rapporte aucune circonstance qui permette de restituer cette dénomination géographique.
(5) La grande et la petite translation.] Voyez chap. II, note 6.
(б) Le royaume de Po na. ] Même observation que pour celui de Lo i, ci-dessus , note 4.
(7) La petite translation.] Voyez chap. II, note 4.
(8) Le fleuve Sin theou.] Voyez chap. VII . note a. La circonstance remarquée par Fâ hian, que les deux rives du fleuve étaient un pays plat et uni, montre qu’il s’agit du bas ou du moyen Indus. On a vu que ce fleuve dut être passé* par les voyageiu'5 vers Bhukor. La suite de leur itinéraire va bientôt confirmer cette supposition.