‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 34 sur 112 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

tour leurs habits et leur pot (17). Ils leur apportèrent de l’eau pour se laver les pieds, de l'huile pour les oindre, et une collation extraordinaire (18). Après que ceux-ci se furent reposés un instant, ils s'informèrent du nombre et de l'ordre des sacrifices qu’ils avaient à pratiquer; et quand ils se furent rendus à l'habitation,- on les fit reposer après les avoir pourvus de tout ce qui leur était nécessaire, conformément à la règle.

Les lieux où les religieux s’arrêtèrent sont la tour de Che li foi (19), les tours de Mou lian (ao) et d’d nan (ai), ainsi que les tours de Y A pi than (aa), des Préceptes (a3) et des Livres sacrés (a4). Après qu’ils y eurent goûté le repos pendant un mois, tous les gens qui espèrent le bonheur (a5) les exhortèrent à reprendre leurs exercices pieux. Ils firent une collation extraordinaire (a6) ; ensuite tous les religieux tinrent une grande assemblée où l’on discourut sur la loi (37). Cette conférence terminée, on alla dans la tour de Che li foë, faire offrande de toutes sortes de parfums, et la nuit entière on tint des lampes allumées : ensuite on fit faire la même chose par d’autres personnes (a8j. Clie li foc était jadis un Brahmane qui vint auprès (39) de Foë pour embrasser la vie religieuse. II en est de même du grand Mou lian et du grand Kia chi. Les Pi hhieou ni (3o) adressent pour la plupart leurs hommages à la tour d’d nan, parce que ce fut A nan qui pria Yhonorable du siècle (3i) d’accorder aux femmes la permission d’embrasser la vie religieuse (3j). Il y a aussi un ordre dans lequel les Cha mi (33) remplissent leurs devoirs religieux. Ceux qui ont un maître d’A pi than, rendent leurs hommages à l'A pi than; ceux qui ont un maître en fait de préceptes, honorent les préceptes. Chaque année, il y a un service de ce genre, et chacun d’eux a son jour. Les dévots au Ma ho yan (34) rendent hommage au P lian jo pho lo mi (35), à li en tchu sse li (36) , à Kouan chi in (37) , etc.

Les religieux reçurent les présents qu’il est d’usage de faire à la fin de l’année (38). Les anciens, les hommes en charge, les Brahmanes et autres leur donnèrent des habits de différentes espèces, et d’autres

FOË kOUË Kl.

objets qui sont nécessaires aux Samanéens, et qu’on offre en aumône aux religieux. Les religieux, de leur côté, firent pareillement des aumônes. Les rites et les cérémonies que la sainte troupe (39) pratique, se sont ainsi succédé sans interruption depuis le ni houan de Foe (4o).

Après qu on a passé le fleuve Sin tbcou, en venant vers l'Inde méridionale, et jusquà la mer du Midi, il y a quarante ou cinquante mille li (4i) : ce sont partout des plaines où l’on 11e voit ni grandes montagnes, ni grands fleuves, mais seulement des rivières et des courants d’eau.

INOTES SLR LE CHAPITRE XVI.

( i ) Quatre-vingts yeou yan. ] Du point où nos voyageurs ont passé l'Indus, jusqu'à Matoora, on compte environ huit degrés d’un grand cercle. Cette indication donnerait environ dix yodjanas par degré.

(a) Plusieurs dizaines de mille.] Comme Fà liian n'entre dans aucun detail au sujet de ces religieux, et qu’il ne parait pas s'être arrêté pour visiter leurs monastères, on peut en inférer quils n'appartenaient pas à la religion samanéenne , mais qu’ils étaient vraisemblablement attachés au culte brahmanique; sans cela , on s’expliquerait difficilement commentées pèlerins, qui parcouraient l’Inde pour visiter les temples où ils pouvaient apprendre quelques particularités relatives à leur croyance, et qui, dans d’autres parties de leur voyage, décrivent presque topographiquement les points où se présentaient des objets propres à fixer leur pieuse attention, n*en auraient rencontré aucun dans cet espace, et auraient franchi tout d’un coup une distance de cent vingt lieues. Cette observation sera confirmée dans la note fi.

(3) Mo Üu-tni b, ] et dans la relation de lliouan thsaug, Mo thou lo, est la transcription la plus exacte qui se puisse du nom de Mathourd. [C’est encore une ville de la province d’Agra, située par 37* 3 1' lat. N. et 70* 1 3' 45" long. E. de Paris, sur la rive droite du Djanmah. Elle est célèbre parmi les Hindous, comme ville natale et premier séjour de Kriclina; et pour cette raison, c’est un lieu où ils se 'renient fréquemment en pèlerinage. — Kl.]

(4) La rivière Pou na.] Ce nom est fort altéré; mais la position ne permet pas de

méconnaître la rivière f)jamnâ ou Yamoanrî, sur la rive droite de laquelle est située la ville de Mathourâ. (Le nom de lyoa na est vraisemblablement le mot sanscrit Pounya, qui signifie par, saint. — Kl.]

(5) Seng kia fan.] Voy er. ci-dessus, chap. III, note 5.

(6) Recommence à être en honneur.] Il y a dans le texte Cette

phrase serait susceptible de plusieurs interprétations; la plus naturelle semble celleci : la loi (le Fo# rejlearil; mais on peut encore l’entendre en deux sens assez différents, en appliquant l’idée de renouvellement, soit au temps, soit à l’espace. On peut supposer qu’après avoir été persécutée ou négligée, la religion de Bouddha commençait, à l’époque du voyage de Fa hian, h trouver un plus grand nombre de partisans; ou bien, qu’après avoir parcouru des pays où le bouddhisme était dominant, puis traversé d'autres contrées où le brahmanisme l’avait emporté sur le culte des Samanéens, le voyageur trouva de nouveau celui-ci en faveur dans le pays de Mathourâ, où nous le voyons parvenu. Cette dernière explication me parait la plus probable; car Fâ hian dit expressément que la pratique des cérémonies du bouddhisme et les avantages assurés à ses sectateurs n’avaient point été interrompus depuis le Pari nirvân’a de Shâkya mouni. On a vu ci-dessus (note a), qu’en effet la région qu'il avait parcourue après avoir traversé l’Indus, devait avoir été habitée par des Hindous attachés à la secte des Brahmanes, puisque le voyageur, qui cherchait partout des objets intéressants pour sa religion, n’y avait trouvé matière à aucune observation, et qu’il avait passé* rapidement et en quelques mots sur un espace de quatre-vingts yodjanas.

(7) Les sables.] Le grand désert salé, à l’est de l’Jndus, et qu'il faut traverser quand on vient des bords de ce fleuve et qu’on se rend directement dans le centre de l'Inde.

(8) Leur tiare.] Il y a dans le texte ^ bonnet céleste ou divin. C'est l'ornement de la tête d’un roi, une tiare, un diadème, une couronne.

(9) Jusqu'à présent.] Ce passage est très-remarquable; il fait voir qu’au cinquième siècle, le bouddhisme n'avait encore, dans l’Inde centrale, rien perdu de sa supériorité sur le culte brahmanique, et qu’il en avait joui sans interruption depuis le temps de Shâkya mouni , c’est-à-dire , depuis le dixième siècle avant J„ C, , scion le calcul chinois. Les voyageurs postérieurs, quoique animés du même esprit que Fâ hian , avouent au contraire que la religion samanéenne laissait voir , en plusieurs endroits, des signes de décadence. Des temples tombaient eu ruine, des reliques célèbres avaient disparu, le nombre des religieux diminuait dans plusieurs

104 FOË KOliË Kl.

monastères , et ceux qui restaient vivaient mêlés avec les hérétiques ou Brahmanes. L'histoire du bouddhisme dans l'Inde reçoit un grand jour de la comparaison de res divers passages, qui fixent des points très-importants de chronologie religieuse.

(10) Le royaume du Milieu.] Nous avons déjà rencontré cette expression, qui a été relevée. Voyez chap. \ 111, note 3.

(11) Registres de population.] Ces registres sont ceux qui servent en Chine à fixer le rôle des contribuables ; c’est pourquoi l’auteur compte, au nombre des avantages dont jouissent les Hindous, de ne pas être soumis aux conditions du recensement.

(îa) D’ail ni d'oignons.] Le vin. l'ail et les oignons sont du nombre des choses dont le Bouddhiste doit s’abstenir d’après le cinquième précepte. Les cinq préceptes sont * :

i® Ne pas tuer les êtres vivants, a" Ne pas commettre de larcin.

3° Ne pas commettre d'adultère.

4° Ne pas mentir.

5" Ne pas boire de vin.

Ces cinq préceptes sont en rapport avec cinq vertus correspondantes: l’humanité, la prudence, la justice, la sincérité, et l'urbanité \

On en ajoute trois, qui , joints à ces cinq , comptent au nombre des huit préceptes. 6° Ne pas s’asseoir sur un grand lit ou siège large et élevé.

7° Ne pas porter de lleurs et de rubans sur ses habits.

8“ Ne point se livrer aux chansons, aux danses, aux comédies *.

Les deux suivants sont encore énoncés comme complétant le nombre de dix. q® Ne pas porter à ses mains d’ornements précieux d’or et d’argent, i oB Ne pas manger au delà de midi.

Tels sont les dix préceptes que les aspirants à la qualité de Samanéen doivent observer. On les nomme les dix préceptes des religieu.r 4. Il y a un

autre calcul qui en porte le nombre à deux cent cinquante, appelés suffisants, parce qu’ils suffisent au plein et entier exercice de la vie religieuse. On les distribue de la manière suivante :

i* Règles contre le Pho lo i (corruption, extrême méchanceté ). Quatre articles, a” Règles contre le Seng Lia pho chi cha; ce mot sanscrit signifie ruine du Sanga, parce que. celui qui enfreint ces préceptes, est comme s’il avait été assassiné par

* Cf. A DicUonary oj the Burma* Language. b\

A Judson. Calcutta, 1836, pog. 388

b Jin wang king toa. cité dam le San (rang J* I tau.

liv XXIII. png 7®

* Pi plia cha lun, cité dan» le .San tsang Jâ sou. liv. VII, pag. 16.

4 Thian (hui ur kiao ne i far tcha , cité dans le San (rang fi tau. liv VU. pag. i5 t

un autre; son corps vit toujours, mais il n'en est pas moins perdu. Treite articles.

3° Règles indéterminées, deux articles. Les infractions à ces articles sc mesurent ou d'après le Pho lo i, ou d’après le Seng kia pho chi ctia , ou d’après le Pho y thi ( voyez ci-dessous ) ; c’est ce qui fait nommer ces règles indéterminées.

Règles relatives au Ni sa khi et au Pho y thi, trente articles. Le mot sanscrit ni sâ khi signifie abandonner; ce terme s'applique à l'amour des richesses et à la négligence, qui fout renoncer à entrer dans le corps des Sangas. Celui de pho 9 thi veut dire tomber, et exprime que si l’on n abandonne pas, on tombe dans l'enfer.

5“ Régi es relatives au Phof thi, quatre-vingt-dix articles; et 6° règles relatives nu-Pho lo thi thi che ni , quatre articles. Le mot de Pho y thi vient d’être expliqué; celui de Pho lo thi thi che ni signifie, littéralement, se repentir vis-à-vis de quelqu'un. Selon le Seng khi liù, les fautes dont il s’agit doivent être déclarées à l’assemblée ; de là vient cette dénomination.

7* Règles qui prescrivent aux mendiants detudicr. Cent articles.

8° Règles pour étoufler les contestations. Sept articles.

Ces deux cent cinquante préceptes sont imposés aux religieux et aux mendiants, qui doivent les observer \

( 1 3) Les Tchen tchha lo.] On reconnaît aisément les Tchan'dtilâs, nom dont la seconde syllabe est altérée par la substitution d’une palatale à une dentale, ce qui, comme on l’a déjà observé, a lieu fréquemment dans la transcription des mots sanscrits en caractères chinois. Les Bouddhistes semblent partager le mépris des Brahmanes pour les Tchan'dtilâs, les derniers des mortels, comme les appelle Menou *■. M. Wilson explique ce mot, comme le texte du Foékoui ki, par haïssable*. Les Chinois prétendent cpi’il signifie boucher et aussi stemm signum, parce que ces individus, qui s’avilissent par la pratique de la profession de boucher et d’autres mauvaises actions, sont tenus, quand ils marchent, d’agiter une clochette ou de tenir comme signe un morceau de bambou , pour qu’on puisse les reconnaître pour ce qu’ils sont. Il y a cinq sortes de personnes auprès desquelles les religieux doivent prendre garde de ne pas aller demander l’aumône. i° Les chanteurs et comédiens, qui ne songent qu’à badiner et se réjouir et qui troublent la contemplation. 2* Les femmes de mauvaise vie, qui ont une conduite impure et une mauvaise réputation, qui sont dévouées au libertinage et qui ferment la bonne voie. 3“ Les marchands de vin, parce que le vin fait naître tous les vices, tous les excès, tous les crimes. â° Les rois, parce que leur palais est rempli de courtisans et d’officiers qui en interdisent l’entrée et qu’il faut se garder d'ofTcnser. 5° Enfin les Tchen Iho lo ou Tchen tchha lo (Tchan’dâlàs) ,

4 \funaiu tlharma shaxira. cb. X, n* u, 1 6 ; édil. do Ilaughtou, tain. II, pug. 3 h a.

* Sauter Dtcitonary. h. V.

* Tkian thaï sw kiao i Uy teku. cité dans le San ttnnj fi\ sou. liv VII, pog. i5 v — Compare* Euai surir pâli. pog. soi

FOÉ KOUË Kl.

c'est-à-dire les bouchers, qui se plaisent à tuer et à tourmenter les êtres vivants, et qui, détruisant la sensibilité, détruisent la vertu et les bonnes inclinations*. [On sait que les Tckan'dâlds passent pour descendre du mélange des Soûdras avec des femmes de la caste des Brahmcs. — Kl. ]

(»é) De coquilles.] [M. Rémusat avait traduit de coquilles et de dents, et il ajoute en note : « Je traduis conformément à la correction du llian i tian. Le texte du Foë « kouë ki porte ^ Jï , ce qui n’a pas’ de sens. Les coquilles dont il s’agit ici sont « les cowries ( cyprœa moneta), qui servent de monnaie courante dans l'Inde. » Cependant il n’y a pas de différence entre le texte du Pian i tian et celui du Fat kouë ki; tous les deux portent :

â % n sj t #•

c’est-à-dire : « pour faire le commerce. Us se servent aussi de coquülcs. » Le terme j||j Jpl Pei tchhi, est consacré pour désigner les petites coquilles ou cowries dont on se sert en place de monnaie. La grande Encyclopédie japonaise donne pour raison de cette dénomination , que la n-prœa moneta

« porte des empreintes dentelées , qui ressemblent aux dents des poissons k. i> — Kl.]

(i 5) Le pan ni hoaan de Foi. ] On a déjà vu ( ehap. XII , note 3 ) l'explication de cette expression. Au reste, ce passage, ainsi que le précédent ( voyez note g ) , fait voir que, selon les traditions recueillies par Kâ hian, le bouddhisme n'avait pas encore éprouvé, dans l’Inde centrale, les effets de la rivalité des Brahmanes, quatorze siècles après son institution.

( 1 6) Tracé sur le fer. ] Les actes portant donation de terres ( Granlha ) à des temples bouddhiques , sont la matière la plus ordinaire des inscriptions qu'on a relevées dans l'Inde. Telles sont en particulier celles qui ont été traduites par M. Wilkins celle que M. Burnoufa fait connaître1*, et beaucoup de celles qui lont partie de la collection du colonel Mackensie. Ces donations étaient gravées sur des plaques de cuivre ou d'autre métal.

(i 7) Leurs habits et leur pot,] c’est-à-dire leur bagage. Voyez chap. XII, note 8.

* Htm, yauy chiny kiaolun. cité daiu l« S an tsany grande Encyzlopitltt japonais* . tom XL VII, |i i a. fi «m. itv XXII, pag. 1 1 v. — Nota. Journal asiat. tom. XIII, pag. 1 54- ]

è [ Ptn thsao liant} moi . tom. XLVI, pag. aov. — * Atiat. lits. trad. fr. tom. I , pag Ga

Viian ktaj i lo ni kan. *ec*. cceLxif, pag. a3. — La ' Journal asiatique, tom. VIII, pag. no.

(18) Une collation extraordinaire.] Ii y a dans ic texte jjj? 3)|î, littéralement da bouillon à contre-temps. Ce qu’on appelle temps en fait de repas, s'entend ainsi chez les religieux bouddhistes. Le temps des die ax, c’est le grand matin, qui est le moment où les dieux prennent leur repas. Le temps de la loi, c’est midi, qui est l’heure choisie parles Bouddhas passés, présents et à venir pour leur réfection. Le temps des brutes est le soir où les animaux mangent. Le temps des génies est la nuit, pendant laquelle mangent les bons et les mauvais esprits*. Ainsi, tout repas pris après midi est à contre temps pour les religieux, et ceux qui observent rigoureusement les préceptes s’en abstiennent. Ceux qui sont malades ne tiennent pas compte de ces distinctions, et mangent quand il leur plaît k. Le déjeuner s’appelle chez les religieux Tchaï, abstinence, et le souper Feï chi, contre-temps. Bouddha a recommande à tous ses disciples d’observer le temps K ta lo, c’est-à-dire véritable, et de fuir le San moye ou faux { Fet chi ) *.

Quant à Tsiang, ce mot signifie sauce, jus, bouillon, bouillie, toute espèce d’aliments liquides. Il est ici, sans doute par synecdoche, pour désigner la collation tout entière, comme quand on dit en chinois inviter au vin, pour inviter à un repas, et dans l'usage vulgaire en français, manger la soupe, au lieu de dîner. On conçoit qu’à raison des fatigues que les voyageurs avaient endurées, on ait dérogé à la stricte rigueur des règles, en leur offrant une collation à contre-temps; mais la même expression se retrouve un peu plus bas, dans un autre passage où elle semble plus difficile à expliquer.

(19) Ote li foé,] que l’on nomme aussi Ote U tsea; sous cette forme, (a dernière svllahe chinoise est la traduction de la terminaison indienne du nom original, Sdri poutra. Ce nom signifie fils de la grue de l'Inde, parce que sa mère avait des yeux semblables à ceux de cet oiseau 4. C'était l’un des principaux disciples de Shàkya, et celui qui excellait dans le Pradjnâ , la science divine , dans laquelle il avait été instruit par Avalokites'wara. Le Pian i tian, ici et plus loin, écrit le nom de ce personnage

Page 1