‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 38 sur 112 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

mauvais génie. Foê convertit jadis ce mauvais génie, et les hommes <jui sont venus après ont bâti une chapelle en cet endroit, et ils en ont fait un don aux A lo han. Il (Foê) se lava les mains avec de l'eau dont quelques gouttes tombèrent par terre; on les voit encore dans ce lieu : on a beau les balayer, elles reparaissent toujours et ne se dessèchent pas. Il y a en outre dans cet endroit une tour de Foë, qu’un bon génie avait coutume de balayer et d’arroser, de manière qu’il n’y avait pas besoin de l’œuvre des hommes. Un roi pervers dit : Puisque tu peux faire de la sorte, je vais assembler une grande armée qui séjournera dans cet endroit ; pourras-tu enlever de même le fumier et les ordures quelle y amassera ? Le génie fil souffler un grand vent qui enleva et purifia tout. Il y a cent petites tours dans cet endroit; mais on passerait toute la journée à les compter, qu’on n’en connaîtrait pas le nombre exactement. Si l’on veut absolument le savoir, on place un homme à côté de chaque tour et on fait ensuite le compte de ces hommes; mais il y en a tantôt plus et tantôt moins, de sorte qu'il est impossible d'en avoir une connaissance exacte.

Il y a un Scng Lia lan (5i) qui peut contenir six ou sept cents religieux. C’est dans ce lieu qu'un Pi ichijoi (ïi) prenait sa nourriture. La terre du Ni houan (33) est grande comme la roue d’un char. Les autres endroits produisent de l’herbe; cet endroit seul n’en produit pas. Il en est de même dans le lieu où l’on a fait sécher les habits (34); il n'y croit pas d’herbes. Les raies des vêtements sont marquées sur la terre, et ces traces subsistent encore à présent comme autrefois.

( i j Seng kia chi .] On ne peut guère douter que Seng kia chi ou Seng kia chc ne soit la transcription du Samkassam ou Samkassa des livres pâli*. Iliouan tsang, qui visita le temple où l'escalier de Bouddha était conservé , nomme Kiê pi tha le pays où ce temple existait de son temps, ainsi que ceux qu'on avait élevés à Brahma et à Indra, pour avoir accompagné Bouddha à son retour du ciel : l'identité de Seng kia chi et de Kië pi tha est constatée par ces rapprochements. La position de ce pays, par rapport à Mathoura et à Kanoudje, résulte également du double témoignage de Iliouan tsang et de Chy fa hian, et elle doit répondre au district actuel de Fertmhh abâd.

(a) Aa ciel de Tao li.] C’est le Trayastrwsha ou ciel des trente-trois, c’est-à-dire le lieu de l’habitation d’Indra et des trente-deux dieux qui sont placés sous sa dépendance. Il occupe la seconde place dans le monde inférieur, dit le monde des désirs, et par conséquent dans l’ordre des vingt-huit cieux superposés qui composent un univers \ C’est donc comme si Ton disait que Bouddha monta au second ciel. Ces trente-trois dieux sont autant d’hommes qui , dans les générations antérieures, ont mérité, par des actions vertueuses, de renaître en cet endroit avec la qualité divine*. La durée de leur vie est fixée à mille ans dont chaque jour vaut cent de nos années d, ce qui fait trente-six millions d’années. Au bout de ce temps, ils meurent et renaissent en d’autres qualités, inférieures ou supérieures à celles des habitants du Trayastrinsha, selon qu’ils ont acquis ou perdu sous le rapport du mérite moral. C’est ce qui fait qu’on rencontre, dans les légendes, des personnages qui ont été Indras ou Brahmas, ou telle autre divinité, dont le nom n’indique pas un état définitif et invariable, une fois acquis pour toujours au même individu, mais une qualité passagère à laquelle chacun peut parvenir à son tour.

Selon la cosmographie tibétaine, la ville habitée par les trente-trois dieux est de forme carrée; son circuit est de 10,000 dPag thsad ou 4o milles romains; les murailles, formées d’or pur, ont 2 dPag thsad 7 ou 10 milles de hauteur. Le palais est placé dans le milieu de la ville; il a 1 000 dPag thsad de tour. Aux quatre angles sont des jardins délicieux dans l’un desquels est un éléphant à six trompes, à tête rouge, et qui conduit une troupe d’un million d'animaux de la même espèce. Les dieux ont des épouses qui leur donnent des fils, lesquels sont conçus, naissent et grandissent au même instant. Leur stature est de i5o Dom pa ou quadruples coudées*.

Suivant un livre bouddhique, sur le sommet du mont Sou merou est la demeure

1 .4SAirWi«na. section d» villes, si. a-5- — Piinidjika. Toi. 8, 1. 6- Ces deux citations nie sont communiquées par M. E. Burnou f

* Cornière* IWaM. prntugl. sert- îLlx, n“ a. — Drshauterayrs, Recherche» sur ta religion Je Fot. dans le Journal asiatique. tom. VU, pag 3i4 —

Alphab. Tibet, pag 48a — Palias, Satnmlung. u s. f. tom. II, pag. 46.

1 San tsang Jà jou. liv, XLVII, pag. a6 v.

* Desltautcrayes, u. s. tom- VIII, pag. 44. — Alpkab. Tibet. Inc. cil

* Alphab Tibet, ut supni.

des dieux. Là, il y a une ville nommée Chen hian ou la bonne apparence, dans laquelle demeure Indra. Cette ville a mille portes; elle est magnifique et remplie des plus riches ornements. Le palais qu’elle renferme surpasse tout ce qu’on peut imaginer de plus précieux. Aux quatre angles de la ville , il y a quatre tours ou pavillons, les plus beaux qui se puissent voir, construits en or, en argent et en autres matières précieuses. Hors de la ville, de chacun des côtés de la muraille, il y a un jardin de forme exactement carrée, dans le milieu duquel est un lac nommé Jou i (conforme aux désirs), et dont l’eau a huit agréables propriétés : elle est pure, fraîche, douce, légère, limpide, tranquille, désaltérante et nutritive. C'est là que les dieux vont prendre le plaisir de la promenade. Le premier jardin s’appelle le jardin des chars, parce que quand Indra et les autres dieux vont s’y promener, des chars précieux y paraissent d’eux-mémes pour leur servir. Le second est le jardin des objets grossiers et mauvais , ainsi nommé de ce que des cuirasses, des lances et d’autres armes s’y présentent d'elles-mêmes quand Indra et les dieux veulent combattre. Le troisième est le jardin des forêts mélangées , parce que toutes sortes d’objets agréables et charmants, propres à récréer les dieux, y naissent et se présentent à eux quand ils s’y promènent. Le quatrième est le jardin de la forêt délicieuse, ainsi appelé parce que tout ce qui peut flatter les sens s’y trouve en foule et produit uue joie parfaite à laquelle ne se mêle aucun ennui \

(3) En faveur de sa mère.] Mahà mâyâ ou la dame , comme l’appellent les Bouddhistes, fille de K cou U cita ti et femme du roi Tsin fan (Shoaddhodana) , mourut sept jours après la naissance de son fils Shàkva. Mais en considération du mérite d'avoir porté daus son sein le maitre ( magister ) des dieux, elle naquit de nouveau dans le Trayastrinsha, où elle fut reçue parmi les dieux. L’un des cinq devoirs que Tathâgata avait à remplir, était de prêcher la loi à sa mère. Ainsi donc , après qu’il eut accompli la doctrine, il ne songea plus qu’à la bonté de cette mère qui l’avait nourri (dans son sein); mais outre la profondeur de son affection, il avait encore pris rengagement de retourner pour sauver son père et sa mère. C’est pourquoi il voulut prêcher pour celle-ci et lui faire obtenir la délivrance; ce fut dans cette intention qu'il monta dans le palais du ciel au Trayastrinsha fc.

(6) Ses facultés surnaturelles . ] Ou a déjà vu (chap. VI, note 5) quelques détails sur la puissance surnaturelle attribuée aux saints du bouddhisme. L'expression du texte ( pénétration divine ) est ici la même que dans le trait relatif aux facultés

des Brahmatcharis, rapporté ci-dessus (chap. X, note /i) ; et ail lieu de dix puissances, on compte six facultés seulement. On pourra comparer ce qui a été dit précé-

* A pi tka ma. Tapi pho cka /un, cité dans le Sun U angfû t ou. liv XVI, pag, i o r

fc Thtentj ÿ A hnn kiny. cité dans le Sun ttany fit tou, liv. XIX, pag- 33.

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déminent à ce sujet , avec l'explication suivante rapportée dans un autre traité religieux.

« Oiin (spirituel, surnaturel, divin) se dit de l’âme ou de la pensée des dieux;

« Tkoung (pénétration, intelligence) se dit de la nature intelligente. Ce qui fait « qu’on pénètre et qu’on voit à la manière des dieux s’appelle Chin ihoung \ »

i* L'œil divin. On nomme ainsi la faculté de voir tous les êtres, vivants ou morts, qui appartiennent aux six conditions; savoir : à celles des dieux, des hommes, des Asouras, des démons de la faim, des brutes et des enfers. De voiries signes de la douleur et de la joie de ces êtres, et tous les corps, de quelque espèce qu’ils soient, qui se trouvent dans tous les mondes, sans éprouver ni obstacle ni empêchement.

a* L'oreille da ine. Quand on la possède, on entend toutes les paroles de joie ou de tristesse que prononcent les êtres appartenant aux six conditions, et tous les sons et bruits, de quelque espèce qu’ils soient, qui ont lieu dans le monde.

3* Connaissance de la pensée des aulres. Cest la faculté de connaître ce que pensent, dans le fond de leur cœur, tous les êtres des six conditions.

4° Connaissance de l'existence. On appelle ainsi la faculté qui fait qu’on sait tout ce qui a rapport à sa propre existence, à une, à deux, à trois générations de distance, et jusqu’à cent, mille, et dix mille générations, et tout ce qu’on a fait durant ces diverses existences; que l’on connaît celles de tous et de chacun des êtres des six conditions, ainsi que toutes leurs actions.

5° Le corps d volonté . Cela veut dire qu’on peut passer corporellement en volant par-dessus les mers et les montagnes, sans éprouver d’obstacle; disparaître dans ce monde et reparaître dans un autre, ou réciproquement; de grand devenir petit , de petit devenir grand , et enfin changer de forme à volonté.

6* La fin du dégoultcment ( || yft stillationis finis). Cette expression singulière, le dégoatlement, l’écoulement par gouttes, désigne les erreurs de la vue et de la pensée dans les trois mondes. On entend par les erreurs de la vue, les divisions ou distinctions qui naissent du rapport de la racine du mens à la poussière de la loi (voyez pag. i 5a ) ; et par les erreurs de la pensée, les désira et les affections qui naissent du rapport des cinq racines de l’œil, de l’oreille, du nez, de la langue et du corps, avec les cinq poussières de la couleur, du son, de l’odeur, du goût et de la tactilité. Les Arhan délivrés des erreurs de la vue cl de la pensée obtiennent les facultés surnaturelles, parce qu’ils ne reçoivent plus la naissance ni la vie dans les trois mondes b.

(5) Leurs facultés divines.] 11 y a ici (force) suffisante des dieux. Com-

• /nj lo ktny. dté dans le San tiang fi tou. H*. fc Fâ kiaî tien li. ci lé dans le San lia ng fd *o«.

XXVI, pag- 7 *• liv. XXVI, pag. 7 teno. — Cf. U*. XLI, pag 1 1.

parez ce qui est dit de ces facultés surnaturelles, cbap. VI . note 5 , et dans la note précédente.

(6) A na /iu.] L'un des dix grands disciples de Shâkya et celui qui était renommé pour sa vue perçante : il avait l'œil divin \ Son nom s’écrit plus exactement Ana lia thoh, ce qui en sanscrit signifie inextinguible ; il était ainsi nommé, parce qu'ayant autrefois pratiqué l’aumône, il avait mérité de renaître parmi les hommes et les dieux , et d'y jouir d’un bonheur inextinguible. Il était cousin de Bouddha*, et second fils du roi Hou-lan; il embrassa la vie religieuse à la suite de Shâkya. On explique aussi son nom par exempt de pauvreté*. On l'écrit ailleurs A ni hoa trou et A neou leoa tho, et on le traduit par 7^^ *7 conforme aux vœux ( anuvrata ?), parce que, très-anciennement, quatre-vingt-onze kalpas avant Shâkya, il était né parmi les hommes et les dieux, avec le don d'une félicité qui comblait tous ses vœux *.

(7) La rue des dieux.] Voyez ci-dessus, cbap. VI, note 5, n* a; la note U sur le présent chapitre , n” i , et la précédente note.

(8) L'honorable du siècle.] En sanscrit Lokadjyeshtlui. Voyez cbap. XVI, note 3i.

(9) Mou lian] est le même que Moù ban lian, en sanscrit Manggalàyana , le sixième des dix grands disciples de Shâkya. Voyez cbap. X, note h.

(10) Le Yan feou thi.] Le l)jambou duipa. Voyez cbap. XII. note 7.

(11) La mendiante Y cou pho lo.] Ce nom parait être la transcription du sanscrit outpala, et signifier lotus, nymphéa bleu f. Il n'est question du trait attribué A cette religieuse par Chi fa hian , ni daris le Si vu tchi », ni dans les autres légendes chinoises que nous possédons sur la vie de Shâkya.

(n) Saint roi faisant tourner la roue.] Dans le texte, jL : c’est la

traduction de Mahâ tchakravarti râdja, dénomination qui revient à celle de monarque universel . C’est ici le lieu d’expliquer ce titre pompeux , qui n’est complètement défini nulle part, pas même dans l’Histoire de Sanang Setsen **.

Le Saint Roi de la Roue est celui qui domine sur les quatre continents (compa-

’ Voyci U Grande Encyclopédie japonais, liv. XIX, P*8 8-

k San tsang fi sou. liv. XXt , pag. a3 ht».

• 5m Uangfi so*. liv. XU, pag. i3 verso.

* Chrkta pou. cité dans le .San tsang fd jo« . I XVI, p*g »L

• Ni pan king, ke ou feu, cil» dans le San tsang fi «m. Ht. XV, pag. t3 MW.

1 San tsang fi sou. Ut. XIX, pag. 36.

r Voyez ci-di-»*o»i» la description du pays de Kitï pi tka

(irsek. der Ost-Mongolen . c i, p. 7, 3o4 et pas».

FOË KOUÈ Kl.

rez cbap. XII , note 7 ) \ Il jouit de quatre avantages spéciaux qu’on décore du nom de vertus : 1 * Il est très-riche; il possède une grande abondance de trésors, des champs, des habitations, des esclaves des deux sexes, des perles et des pierres précieuses, des éléphants, des chevaux. Nul homme sous le ciel ne peut l'égaler. 2* Il est d’une beauté sans pareille. 3° Il n'est jamais malade et jouit d’un calme parfait. 4® Sa vie se prolonge au delà de celle de tous les autres hommes b. Quand il sort pour se promener, il est suivi et gardé par quatre sortes de troupes : des hommes montés sur des éléphants, des hommes à cheval, des hommes sur des chars, et des fantassins qui marchent à pied et revêtus de cuirasses et de casques*.

On sait que, selon les Bouddhistes, l’âge des hommes est sujet à une suite d’accroissements et de diminutions, dont la révolution complète s’appelle un petit kalfm. Le plus grand accroissement de la vie humaine en porte la durée à 8/1,000 ans. Quand il s’est écoulé cent ans, elle diminue d’un an, et décroît dans la même proportion (c’est-à-dire d’un an tous les cent ans), jusqu’à ce qu’elle ait atteint la durée de dix ans : c’est ce qu’on appelle le katpa (ou la période) du décroissement. 11 se passe encore cent ans, après quoi elle augmente d'un an, ou, comme on dit, le fils vil le double de la vie de son père; car si celui-ci a vécu dix ans, le fds en vit vingt. C’est cette période que l’on nomme le kdpa de l'accroissement. Cet accroissement va jusqu’à 84, 000 ans, et c’est alors qu’il parait un roi de la roue d’or, qui naît dans une famille royale; il obtient la dignité suprême en succédant à son père, et en se faisant baptiser avec de l’eau des quatre océans. Pendant quinze jours il se baigne dans des eaux de senteur et garde le jeûne; puis il monte sur une tour élevée, entouré de ses ministres et de ses courtisans. Tout d’un coup une roue d’or paraît du côté de l’orient, répandant une vive et admirable clarté’, et vieut se placer dans le lieu où est le roi. Si le roi veut aller à l’orieut, la roue tourne de ce côté, et le roi, accompagné de ses troupes, la suit. Devant la roue, quatre géuics lui servent de guides. Là où elle s’arrête , le roi en fait autant; et la chose a lieu de la même manière, au midi, à l'ouest et au septentrion, où on suit pareillement la roue jusqu’au point où elle parvient. Dans les quatre continents, il invite les peuples à suivre les dix bonnes voies, c’est-àdire à ne pas tuer, à ne pas voler, à ne pas commettre d'adultère, à ne point mentir, à ne point avoir la langue double, à ne pas calomnier, à ne pas parler avec une élégance recherchée, à ne pas se livrer à ses désirs, à ne point éprouver de colère ni de haine,. à ne point avoir de vues déshonnêtes. O11 le nomme roi de la roue d’or, ou saint roi qui fait tourner la roue. 11 a en sa possession sept choses précieuses , savoir :

* On trouve d'ample» renseignement» sur le»

Saints Roi» de b Houe, dan» le For pen king l ty king. livre sacré où sont recueillies les actions du Bouddha, cité dan» le San Uang fâ smi. liv. V, psg. a ».

k ijt ou ttan king, cité dans le San (rang JA son. liv. XVI , |wg. 1 a kmo.

' Tckang .4 han king ( le Ion;; .-tjnmn] , cité dan» le San IsnngJAsou, liv. XIX, |>ag. 16.

i* Le trésor de la roue d'or, aussi nommé seigneur victorieux ( é) 0 )■ Cette roue a mille rayons; son diamètre est d’une toise et quatre pieds (4*, 270). Le moyeu et les jantes sont sculptés et ciselés avec des ornements précieux qui jettent un grand éclat; c’est l’ouvrage des artisans du ciel, et rien dans le monde n’en approche. On appelle son possesseur le saint roi gui fait tourner la roue, parce que dès qu'il l'a obtenue, la roue, selon la pensée du roi , tourne et parcourt successivement l'univers en roulant.

2* Le trésor de l'éléphant, blanc, aussi nommé la montagne bleue ( ). Le

saint roi de la roue étant, le matin, venu à son palais, il y a un éléphant blanc qui paraît tout d'un coup à sa vue; sou corps est tout entier d’un blanc uni, et sa tète de couleurs mélangées; il a dans la bouche six dents, qui sont de la couleur des sept choses précieuses. Il est si robuste qu’il peut voler en l’air; et quand le roi l’a monté, il peut en un jour faire le tour de l’univers, partir le matin et revenir le soir, sans éprouver ni peine ni lassitude. S’il passe une rivière, l’eau n’en est pas agitée, et ne mouille pas même ses pieds. (On voit ici , pour le dire eu passant , pourquoi les monarques de l’Inde ultérieure mettent tant de prix à avoir un éléphant blanc dans leurs écuries, et prennent le titre de possesseur de C éléphant blanc. Ce titre équivaut à celui de souverain du monde.)

3* Lec/iera/ pourpre, aussi nommé vent fort et rapide. Ce cheval est d’une teiute entre le rouge et le bleu. Le saint roi de la roue étant, de grand malin, venu â son palais, il y a un cheval de couleur violette qui se présente tout d’un coup à sa vue. Scs crins sont passés dans des perles, qui tombent quand on le lave et qu'on l’étrille, et qui se reproduise ni à l’instant, plus fraîches et plus brillantes qu’auparavant. Quand il hennit, on l’entend à la distance d'un yodjana. Il a une force suffisante pour voler. Quand le roi le monte pour parcourir le monde, il part le malin et revient le soir, sans éprouver aucune lassitude. Tous les grains de poussière que touchent les pieds de ce cheval se convertissent en sable d’or.

A* Les perles divines, aussi nommées nuages oà ta lumière est recelée. Ces perles s’oflrent subitement à la vue du saint roi de la roue, comme les objets précédents. Leur couleur et leur eau sont parfaites , sans taches et sans nuances. Suspendues en l'air pendant la nuit, elles éclairent de leur lumière les grands et les petits états; et à l'intérieur comine à l’extérieur, elles jettent une clarté pareille h celle du jour.

5* Le trésor de la fUe de jaspe autrement appelée la vertu pare et

admirable. Elle est douée d’une beauté exquise. Son corps est tiède l'hiver et frais l’été. De tous scs pores s'échappe le parfum du santal; sa bouche exhale l'odeur du lotus bleu. Ses paroles sont douces, et sa démarche est posée. Ce quelle mange sc dissipe et s’évapore ; elle n’est sujette à aucune des impuretés des autres femmes du monde.

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6* Le docteur des richesses ( ) , autrement les grandes richesses, ou le

docteur des trésors. Quand le roi de la roue désire posséder les sept sortes de richesses, le magistrat chargé des mines ou trésors se tourne vers la terre, et la terre produit les sept choses précieuses; ou vers l’eau, les montagnes, les pierres, et l’eau, les montagnes ou les pierres produisent également les sept choses précieuses. Le livre intitulé Agama ajoute que le fonctionnaire qui remplit cette charge est sous l’influence d’une haute prospérité, et que ses yeux peuvent apercevoir les trésors qui sont cachés dans la terre , soit qu’ils aient ou n'aient pas de maitre. S'ils en ont un, il veille à leur conservation; s’ils n’en ont pas, il s’ en empare pour l'usage de son souverain.

7* Le général d'armée, aussi nommé fait sans tache, ou ïojficier chargé de la conduite des troupes. Quand le saint roi de la roue veut avoir quatre sortes de troupes, au nombre de mille hommes, de dix mille ou meme jusqu’à un asankhya (une quantité innombrable), il n’a qu’à tourner les yeux, et déjà les troupes sont rangées dans le plus bel ordre. Le livre Agama dit encore ; «• Cet officier « est habile et prudent , brave et intrépide, consommé dans les ruses de guerre. II u se présente seul et revient dire au roi : Seigneur, si vous avez des ennemis à « combattre, ne vous affligez pas. Vous voulez quatre sortes de troupes, des hommes « montés sur des éléphants ou sur des chars de guerre, des cavaliers ou des fan- « tassins. Je puis les mettre à votre disposition \ »

Lorsque Siddartha (Shâkya mouni) vint au monde, il possédait dans sa physionomie des signes qui présentaient une alternative des plus heureuses, au jugement des astrologues. « Si le prince re*te dans la maison (s’il mène une vie laïque), m dirent-ils, il deviendra saint roi de la roue, et possesseur des quatre continents; » car les rois de la roue ont dans leur extérieur les trente-deux beautés ( Laks'apa )\ et le prince les possédait, u S’il sort de la maison (s’il embrasse la vie religieuse), continuèrent-ils, qu'il dédaigne la dignité royale pour chercher la doc- « trine [Iwdhi), il deviendra infailliblement Bouddha, et recevra le titre de guide « universel (-feÿ—

Le livre intitulé Long. fyama ne parle que du roi de la roue d'or, possesseur du trésor dont on vient de faire l'énumération; mais si l'on s’en rapporte au Kiu che lan (livre qui parait être une partie de YAbhidharma ), il y a quatre rois décorés du signe de la roue; ce sont :

ia Le roi de la roue de fer. Il parait à l'époque où la vie de l’homme, après avoir touché au terme de sa plus grande brièveté (dix ans), est revenue, par une suite d’accroissements successifs, à qo.ooo ans. Il ne règne que sur les royaumes de sou seul continent méridional ou Djambou dtvipa. Si quelqu'un résiste à son

* Sitouhing prn khi kintj. cité dan» le San tsaitgjà h Tocttfc. prnlayl. nect. in

«ott, liv. XXX, pag. il. * Foêptn kiny tsf kiny. lûr. V, pag. a.

influence bienfaisante, le roi fait éclater sa puissance, l'oblige à se soumettre, et établit ensuite la pratique des dix bonnes voies.

a* Le roi de la roue de cuivre . Il parait quand la durée de la vie des hommes est reportée à 4o,ooo ans. Il commande il deux continents : l'oriental ou Feiu thai ; et le méridional , /ÿamftou duipa. 11 agit comme le précédent; et par sa puissance et sa vertu, il convertit tous ceux qui se sont écartés de la bonne voie.

3* Le roi de la roue d'argent. H se montre quand la vie des hommes est arrivée à 60,000 ans. Il commande à trois continents, savoir: à ceux qui ont été nommés ci-dessus, et de plus au continent occidental ou Kiaye ni. Si parmi les royaumes qui s’y trouvent, il en est un qui résiste à son influence, il le subjugue et y rétablit par la force la pratique de la vertu.

4° Le roi de la roue d'or, qui gouverne les quatre coutinents * , ainsi qu'on l'a vu plus haut.

(1 3) Des sept choses précieuses . ] Ou en a vu ci-dessus l'énumération , chap. XJII , note 4.

( 1 4) Le roi des dieux, Fan;] dan» le texte, « y a vingt ans que

j’ai expliqué pour la première fois ce mot chinois \ Les missionnaires n’avaient jamais interprété le Fan, que Deguignes avait toujours rendu vaguement par Indien \ et auquel il parait avoir attribué la signification de preces *. Il y a donc longtemps qu’on sait que Fan est, en chinois, l’équivalent du mot sanscrit Brahma, et que l’on désigne «aussi par ce terme l’écriture et la langue sanscrites, ainsi que les livres composés dans cette langue. Mais la véritable étymologie de cette expression se trouve pour la première fois dans mes Observations sur les Mémoires de Deguignes \ Elle m’a été fournie par un seul passage d'un livre bouddhique, car on n’emploie jamais ce mot Fan que sous cette forme abrégée, qui le rend méconnaissable et qui est universellement admise. Fan est la contraction de F°n I an ma,

transcription de Brahma {. Le sens de ce mot est exempt de désir ou pur *.

Brahma est, dans le système bouddhique, le premier des vingt dieux quisout nommés comme ayant des fonctions et une protection à exercer à l’égard des autres êtres. On lui donne le litre de roi. Son corps et son âme sont également remplis d’une majesté parfaite et d’une pureté exempte de toute imperfection. 11 est strict observateur des préceptes, éclairé, et sait gouverner la troupe des Brah-

■ San Isangfi son. üv. XVI, pag. 1 1. * Nom. Jour n. a. uat. ton. VII, pag. ag8.

k De tHude des langue» étrangères chez tes Chinois . * Id. pag. 399.

dans le Magasin encyclopédique d'octobre 1811. — * Thian tchouan ( Histoire des dieux ) , cité dans le

Compares Met. asiut. Paris, i8»6, tom. U, pag. a4a. San isang fa tau . liv XL VI . pag i3.

— /teck, taries langues tartanes, tom. I , pag. 373. 1 fd ièid.

* Mim. de f Acad. des insc. et Mi lett. t. XL, pas*.

156 FOË KOUË Kl.

mas secondaires. G est lui qui, dans le F il houa king, est appelé seigneur da Savaloka ( Chi khi : ce mot signifie le rertex ou le tubercule du sommet de la tête et aussi le feu), giand Brahma qui gouverne le grand chiliocosme , c’est-à-dire la plus grande des trois agrégations d'univers, contenant mille millions de soleils, de Sou mérou, de continents quadruples de ceux que nous voyons4, etc.

D'autres distributions du Panthéon bouddhique présentent Brahma dans une situation un peu moins relevée. Il y occupe, soit par lui-même, soit par ses sujets et ses ministres, les trois deux de la première contemplation, dans le inonde des formes (Roupya vatchara), c’est-à-dire le septième ciel, le huitième et le neuvième eu montant du mont Sou merou. Dans le septième est la troupe ou l’armée de Brahma ( Brahmaparipatyâ). Les ministres de Brahma ( Bruhmapourohita ) sont dans le huitième; et le neuvième est le séjour du grand Brahma lui-même [Mahâbrahmana). A compter de cette manière, Brahma serait bien éloigné d'être le suprême seigneur du grand chiliocosme, puisque le petit chiliocosme est recouvert par les deux de la deuxième contemplation à laquelle il est rapporté, et que ce petit chiliocosme est compris un million de fois sous le ciel de la quatrième contemplation, qui recouvre le grand chiliocosme. Le Savaloka a un sens encore plus vaste, puisqu’on réunit sous cette dénomination toutes les parties des trois mondes; savoir : le monde des désirs; les dix-huit deux du monde des formes, rapportés à la première, à la seconde, à la troisième et à la quatrième contemplation; et le monde des êtres sans formes.

Les Bouddhistes du Nipal comptent, dans le monde des formes, treiie deux sujets à Brahma, et parmi lesquels il y en a quatre dont les noms expriment plus particulièrement cette dépendance; savoir: Brahma- Kâyikâ, Brahma -poûrôhita, Brahma- prashûdy a et Mahd-Brahmana k. Lu sloka du •Poudja-Kanda, ouvrage moderne composé dans le Nipal, mais, à ce qu’on assure, d’après des autorités respectables, donne à penser que Padma-pani (Avalolutcs’wara) a produit Brahma pour créer, Vishnou pour conserver, et Mahêsa pour détruire®. Un autre livre plus ancien porte que le soleil et la lune naquirent des yeux d'Avalokitcs’wara , Mahadcva de son front, Brahma de l’intervalle de scs épaules, Vishnou de sa poitrine, Parasvati de scs dents, Vàyou de sa bouche, Prithvi de ses pieds, et Varouna de son nombril4. Après la création de ces divinités, est-il dit ailleurs, Avalokitcs’wara leur adressa la parole en ces termes : « Toi, Brahma, sois le « seigneur de la vertu Satya, et crée; toi, Vishnou, sois le seigneur de la vertu Badjas, « et conserve; toi, Mahêsa, sois le seigneur de la vertu Tamas , et détruis*. » Selon Sarvadjna Mitrapada, religieux du Cachemire , les trois divinités indiennes sont

' Thuin t< 'Jioiuin l Histoire des dieu») , cité dan* le * Kdrtuula t-'yo-ûha, cité par M. Hodgson dan» le

.Sun Itang Jà tou, liv. XI .VI , pag. 1 3- même mémoire, pag. *4 a.

fc Trwuaci. oftke «unifie Saçulj. (oui. H . pag. adâ * Goutta hârnnda. cité par le médite, pag. j&8-

• IJ ibid.

nées avec les mêmes circonstances, mais du sein du Pradjnâ suprême (ou de la pensée divine) *.

On reconnaît aisément que l'origine assignée à Brahma dans ce passage tient au syncrétisme hrahmanico-bouddliiquc du Ni pal, que M. Hodgson nous a exposé le premier. Les Bouddhistes, dont nous avons les livres en chinois, ne regardent nullement Brahma comme un dieu créateur, et même ils placent l’idée de la création du monde par Brahma au nombre des neuf erreurs sur ce point, lesquelles, disent-ils, sont enseignées par les hérétiques.

Les docteurs qui suivent les Védas , tiennent que le dieu Nârifyana a pu engeudrer les quatre familles (les Brahmanes, les Kshatrvas, les Vcîsyas et les Soudras); que de son nombril est né un grand nymphéa, et que sur ce nymphéa est le dieu Brahma, surnommé laïcul, parce qu’il est le grand-père de tous les êtres. Brahma a eu la puissance de créer tous les êtres vivants et non vivants. Ils estiment donc que ce dieu est éternel, qu’il est unique, qu’il est la cause de toutes choses, et même la cause du nirvdn'ah, c’est-à-dire de l’état absolu où l’on conçoit la nature, antérieurement à la formation de l'univers, et à la naissance, tant des individus que des rapports qui les lient entre eux. On verra plus bas quelques détails au sujet de ces opinions hétérodoxes*.

Suivant la cosmographie bouddhique, les dieux de la troupe de Brahma habitant le premier ciel de la première contemplation dans le monde des formes, ont 870 dom-pa ou quadruples coudées, et vivent la moitié d’une révolution du monde; les ministres de Brahma, dans le ciel immédiatement supérieur au précédent, ont 1000 dom-pa et vivent les trois quarts d’une révolution; les grands Brahmas, enfin, dans le troisième ciel de la première contemplation, ont iiî5 dom-pa, et accomplissent la durée d’une révolution entière, c'est-à-dire une période de i,3àà,ooo,ooo d’années d, ou, suivant un autre calcul, six fois le cours entier des neuf «âges de l’homme , ce qui fait un nombre d'années bien plus considérable', et qu’on aurait peine à exprimer avec des chiffres. Ailleurs on donne à Brahma une vie de 60 petits kalpas , c’cst-à-dire de 1,008,000,000 d’années f.

Les Tibétains ont rendu, dans leur langue, le nom de Brahma par celui de Thsangs-pa, dont la composition répond à l'idée de pureté que les Bouddhistes attachent au mot sanscrit. Les Tartares le remplacent par celui d’Esroun, qui semble être formé de celui d 'Isuren (/s’trara), et avoir été transporté de l’une des personnes de la Trimourti à l’autre.

(i5) Un chasse-mouche.] Le chasse-mouche ou epoussetoir est un des instru-

* .SarflAa dtu iru, cité là même.

k Hoa rem kiny, tout toa ranyi tchhao. cité dam le

•San tsanyfii ma. liv. XXXV, pag. 3.

* Voyci ci-dessous la noie ao sur 1rs opinions des hérétiques.

Alphab. Tibet, pag, 484. — Dcshaulcrayes, dans le Joam. a liât. tom. VIII, pag. 44 * Cf. Alphab. Tibtt. n. s. cl pag. 47»,

1 Fai (jo4i taun.j ki. cité dans le San ttang fa io«i, liv. XVIII, pag. 1 1 .

ments du culte bouddhique, formé d'un manche et d’une touffe de poils de la queue d’un cerf, de poils d’ours, ou de soie rouge. Celui que les religieux livrés è la contemplation tiennent à la main, est de couleur blanche : on peut en voir une figure dans l'Encyclopédie japonaise \

( 1 6) Le seigneur Ghj.] Indra. Voycx chap. IX, note a.

(17) Une foule de dieux. ] Le mot de dicu.r est consacré, dans le bouddhisme, pour désigner les êtres supérieurs à l’homme, qui habitent les régions élevées du monde des désirs , ainsi que le monde des formes et celui des êtres incorporels ; mais ce mot ne doit pas être pris dans le sens que la mythologie d'Occident y a attaché. Les dieux du bouddhisme sont des êtres imparfaits, limités dans leur pouvoir et dans la durée de leur existence, parmi lesquels on peut espérer de renaître en pratiquant la vertu, mais que les hommes eux-mêmes peuvent surpasser en atteignant le rang d’intelligence purifiée (Bouddha et BodhisattwaJ* et en s’affranchissant des vicissitudes de la naissance dans les trois mondes. Leur nom en sanscrit est Déva. Les Tibétains les appellent Lah. Les Chinois n’ayant pas, dans leur langue, de mol qui s’applique en particulier à l’idée d’un être incorporel et de nature divine , les désignent par le ternie qui signifie ciel, Thian. A leur exemple, les Mongols les ont nommés Tagri, et les Mandchous Abka, ce qui signifie la même chose.

O11 distingue quatre sortes de dieux : Les dieux du monde, ou les rois, qui, tout en habitant parmi les hommes, reçoivent l'influence d'un bonheur céleste. Les dieux par naissance; ce sont les êtres qui, par la pratique des préceptes et des vertus, ou par l'exercice de la contemplation, ont mérité de renaître parmi les dieux des trois mondes : c’est de ceux-là qu’il est surtout question en ce moment. Les dieux de pureté, ou les hommes des deux translations, c'est-à-dire les Skraiakas et les Pratycka-Boudtlkas , qui, en s’attachant à la contemplation du vide (de l’esprit) , suppriment les erreurs des sens et de la pensée , et atteignent un haut degré* de pureté. Les dieux de justice, ou les Bodhisattwas qui ont, par dix genres de perfection morale, accompli le sens de toutes les lois de la délivrance h. Les huit classes d’êtres vivants supérieurs à l’homme sont, en commençant par les moins élevés, les Mahoragas ou dragons terrestres ; les kinnaras, génies cornus et musiciens d’Indra; les Garoudas, oiseaux aux ailes d’or; les Asouras , les Gandharras, autres musiciens d'Indra; les Yakshas, les Nâgas ou dragons, et les Détas oU dieux. Ces derniers sont des êtres célestes, qui jouissent d’une haute félicité, dont le corps est pur et éclatant de lumière , et qui méritent d’être honorés d’une

Lir, XIX, pig- 1 *. liv. XXI, cités d*n» le .San Itang JA «ni, liv. XVI,

h T* t®* tan. liv. XXII , et fJrrt du Airwin u, pag. S verto Voyez auisi liv. XI , pag. 1 3.

vénération sans égale. Ils sont les plus élevés dans les cinq conditions (les dieux, les hommes, les damnés, les prêtas et les brutes), très-supérieurs (à l'homme), très-grands, très-respectables. Ils trouvent en eux-mêmes les causes de leur joie; rien ne contrarie leurs désirs. Ces avantages sont la récompense de la conduite pure qu’ils ont menée jadis*. La couleur blanche leur est attribuée, à cause de la pureté de leurs actions; de là vient que les métaphores qu'on leur applique sont tirées de la couleur blanche, et aussi du côté de l'occident où cette couleur est supposée dominer k. Leur nombre est très-considérable; mais ils ont pour chefs Brahma, le seigneur du grand ckiliocosme, et Indra, prince des trente-deux dieux du Sou mérou*.

Anciennement on ne comptait que seize dieux principaux, dont on avait les images, et dont chacun avait son influence et sa domination particulière. Par la suite, on en a ajouté quatre : le soleil, parce qu'il dissipe l'obscurité; la lune, parce quelle éclaire la nuit; So kiei, roi des dragons, parce qu’il tient caché le trésor de la loi (ci-dessous, note i’])\ et l'an ma lo, parce qu’il règne dans les ténèbres.

Il faut faire connaître par quelques mots ces dieux du Panthéon bouddhique, d’après les mythographes chinois.

i# Le roi des dieux, Fan ou Fan tan ma. Voyez ci-dessus, note i 4.

a* Le roi dn ciel, Indra. Voyez ci-dessus, note 16.

3* Fi cha men ou le glorieux. Ce dieu est ainsi appelé, parce que la renommée de sa gloire et de sa vertu est répandue de toutes parts. 11 est le roi des dieux de la partie du nord, habitant à moitié de la hauteur du Sou merou, au quatrième étage de cette montagne, du côté du septentrion, sur la paroi de cristal. Il commande h des myriades innombrables de Yakshas ou génies valeureux, et il a le nord sous sa protection. Les Mongols l'appellent Bisman tâgri.

6* Thi theou laî tho ou Thi to lo tho, le protecteur des royaumes , ou le pacificateur des peuples. Ce dieu, dont la puissance est favorable aux royaumes terrestres, est le roi de la partie orientale du ciel. Il habite & moitié de la hauteur du Sou merou, au quatrième étage, du côté de l’est, sur la paroi d’or. Il commande aux Gandharvas ou musiciens d’Indra, et aux Foudannas ou démons qui président aux lièvres. Il a le côté de l’orient sous sa domination , et c’est lui qui procure la paix et le repos aux peuples. En mongol, Ortchilong tetkouktchi.

5° Pi leou lé tcha ou Fi lieoa li, dont le nom signifie grandeur accrue , pour exprimer que sa puissance, sa majesté et ses vertus s’accroissent et accroissent celles des autres. Ce dieu habite au même étage du Sou merou que les précédents,

* Yoyct l'article Ou tao. ou Ica cinq conditions. Tchtnrj jà lùan t chou king. cité dan» le San t sang fi l sou. liv. XXIII. pag 30.

* J u« r kt>\ king lit tou tekkao. livre qui ne fait

pas partie de la collection sacrée , cité dans le Sua tsangfà tau. liv. XXIII, pag. si ccno.

* Fan i mingjf. liv. II , cité dans le San Luing jà sou , liv XXXIU, pag i3 tw».

140 FOË KOUË Kl.

mais sur le coté méridional, et sur la paroi de saphir {Lieoa li). Il commande aux Kheou phan tho (Kambhânda?) , et à d’autres génies et démons en nombre infini. 11 préside au côté du midi. Les Mongols l'appellent Vlumtchi tare Uon.

6° Pi licou po tcha ou Pi licou pho tcha, dont le nom se traduit de deux manières : langage mêle, parce qu’il peut parler toutes sortes de langues; grands yetsx, parce que ses yeux sont beaucoup plus grands que ceux des hommes. Ce dieu habile la même région que les précédents, mais sur le côté occidental du Sou mérou, et sur la paroi d’argent. Il commande aux démons nommés Pi chc tche (/ isatchas) , et à des quantités innombrables de dragons et d’autres démons. 11 garde le côté de l’occident. C’est le .Sam bousou nidontou des Mongols.

Ces quatre derniers dieux sont appelés les quatre rois du ciel . Ils sont les ministres d’Indra. On les nomme aussi les protecteurs du monde, à cause du rôle qu’ils sont appelés à jouer*.

7® Kin kang mi tsi, c'est-à-dire en chinois, le dieu qui tient à la main une massue précieuse de diamant ( Vadjra puni), et qui connaît à fond toutes les actions et toutes les démarches des Tatiuujatas. Il y eut, dans les anciens temps, un roi qui donna le jour à mille fils et à deux de plus. Les mille premiers atteignirent également au rang de Bouddhas, et toutes leurs pensées se rapportaient au perfectionnement de la doctrine. Mais les deux plus jeunes ne la connaissaient pas. L’un des deux fit un vœu. <i Si mes mille frères aînés accomplissent la loi, s’écria-t-il, « puissé-je devenir démon pour les attaquer et leur quire!» L’autre, au contraire, demanda d’être un guerrier en état de les défendre. C’est ce dernier qui déviât Kin kang ou Vadjra pdn'i k. Il commande à cinq cents l e cha { Yakshas ) et autres génies, qui tous sont de grands Bodhisattwas. Il habite avec eux sur le sommet des monts les plus élevés, et tous ensemble sont les protecteurs de la loi des mille Bouddhas du kalpa des sages, c’est-à-dire de la période actuelle.

8® Ma i cheou lo ( Mahâ Jshwara) , le grand seigneur, ou comme d'autres traduisent, la majestueuse Intelligence. Quelques-uns lui donnent trois yeux, parce qu’il est le seigneur le plus vénérable des trois mondes. Le Fou hing ki dit à ce sujet : « Le dieu du monde des formes a trois yeux et huit bras. Il est monté sur « un bœuf blanc, et tient à la main une époussette blanche. 11 est doué de beau- « coup de force et de majesté. II habite dans le lieu où résident les Ikxlhisattwas , « et peut connaître le nombre des gouttes de pluie qui tombent dans un grand chi- « liocosme . 11 gouverne un grand chiliocosme, et dans les trois mondes il est le plus « digne d’étre honoré. »

9° Le grand général Sa tchi ou Sa tchi sieou ma : ce nom signifie silence, repos ê La collection des Dharanis ou formules contient un passage oii il est dit que

• Fâ hoaa mtr kin, liv. II, cité dan* le Sa» tsamjfà h Ütckir-bani en mongol. Voyei Sammluny. u. a. f.

tam. livre XVI, pag. 9 tmo. — Compare* l’allas , lom. II, pag. 101.

Sammi kitt- SuchrickUn . lom. II, pag. $G.

la mère de» démons eut trois fils : le premier nommé fVeï che uvn, le second le général Sa tchi, et le plus jeune Mani pa tho, lesquels peuvent protéger tous les êtres dans tous les mondes de l'espace , écarter d’eux tous les vices et toutes les erreurs. Ils habitent sur la terre ou dans l’air. Chacun d’eux a cinq cents officiers qui lui sont attachés, et vingt-huit classes de démons et de génies qui en dépendent. Partout où la doctrine sacrée se répand, ils s’y rendent pour protéger ceux qui la prêchent, éloigner d’eux les maux, et les maintenir dans la paix. Ils lès favorisent du triple repos du corps, de la bouche et de l’esprit, faisant en sorte que toutes les saveurs et les émanations les plus subtiles pénètrent dans leur corps par les pores; que de belles paroles et une éloquence qui ne s’interrompt pas ornent leur bouche; et que l’activité, le courage et la pénétration fortifient leur esprit. Ils font aussi que ceux qui entendent prêcher la loi, reçoivent le bonheur qui appartient aux hommes et aux dieux, et puissent obtenir promptement le lodhi. Tels sont les bons offices qu'ils rendent en récompensant les vertus et en punissant les vices.

1 o* Le grand discemeur, ainsi nommé à cause de sa haute intelligence et de sa profonde pénétration. 11 demeure dans les endroits les plus escarpés des montagnes, ou dans les antres et au fond des forêts. Dans les lieux où il habite, il a toujours la tête haute, un seul pied, huit bras et un bel extérieur. H tient un arc, des flèches, un sabre, une lance, une longue massue, une roue de fer. Indra et les autres dieux l’honorent beaucoup et célèbrent ses louanges. Il est pourvu d’un discernement que rien u’arrète; et dans toutes les circonstances , il protège le monde, vient au secours des êtres, répand la doctrine de Bouddha, sans jamais se lasser, à raison de son intelligence et de ses dons heureux. Par la lumière qu’il répand sur les assemblées religiçuscs, il est le plus favorable de tous les dieux.

1 1° Le dieu des vertus ou des mérites, ainsi nommé dans le livre du Niivâna et dans la collection des Dharanis, et appelé le premier en majesté, promoteur des actions vertueuses, grand dieu des mérites, dans le Kouang ming hing et le Sa tchi phin. C'est en lui que le Tatliàgata Kin chan tchao ming (lumière de la montagne d'or) a placé les semences de toutes les vertus qui ont attiré sur lui toutes sortes de bénédictions. Sa figure et son extérieur sont admirables. Il répand le bonheur et les vertus sur tous les êtres. Il habite dans un magnifique jardin qu'on nomme Pavillon d’or. Il fournit tout ce qui est nécessaire à ceux qui prêchent la loi, et se plaît à les combler sans relâche de tous les dons de la vertu et de la science.

î a* Le général, dieu des tf cï ou ff 'eï to ( Védas ) ; ce dernier mot signifie discours de science. Le Ling weî yao lio dit que ce dieu, nommé IV ci et surnommé Khuen, est l’un des généraux soumis au roi des dieux du midi ( Pi leou lé tcha, ci-dessus, n° 5). Il y a ainsi trente-deux généraux sous les ordres des quatre rois des dieux, et celui-ci est le premier de tous. Il est doué d’une

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grande intelligence; il a su, de bonne heure, s'affranchir des désirs des sens; il a adopté une conduite pure et brahmanique ( Fan hing), et s’est consacré à la virginité et à des actes pleins de sincérité. Au lieu des voluptés des dieux, il a reçu les instructions de Bouddha. Il défend sa religion au dehors, et protège les trois continents (le Djamboa duipa, le f idéha et le Goyeni ) , au grand avantage des êtres vivants qu’il convertit et qu'il secourt en foule. Aussi toutes les fois qu’on bâtit un kiu lan (temple), on y place sa statue que l'on adore en considération de la glorieuse protection qu’il accorde à la religion.

i 3° Le génie appelé Terre de solidité. La solidité est la qualité de ce qui est indestructible, de ce qu’on ne peut briser, comme le diamant. Le mot de terre indique que ce génie a des mérites profitables au monde , et que l’on peut comparer à la grande terre qui soutient tout, produit les arbres, les plantes, les grains et toutes les choses précieuses. 11 garde et défend tous les lieux où la doctrine est répandue. Il porte sur sa tête les prédicateurs de la loi, fait éprouver à ceux qui l’entendent le goût d’une douce rosée, et accroît les forces de leur corps. Dans le Ti tsang king, Foé dit au génie de la terre : « Toutes les terres du Djambou » dwipa reçoivent ta protection. Tout ce que la terre produit est fourni en abonu dance. Tu protèges la doctrine de Bouddha. Dans le siècle et hors du siècle, tes « mérites sont également grands. »

1 4° Le génie de l'arbre Bodhi ou de Y intelligence ; il est constamment à veiller sur les lieux où les Tathâgatas accomplissent la doctrine, et c’est de là que vient son nom. Il parle de lui-même en ces termes dans le Soa chi in : « Je songe cona tinucllcment à Bouddha ; je jouis à la vue de Y honorable du siècle. J’ai fait vœu de u ne pas ni’érarter du soleil de Bouddha. » il montre ainsi sa puissance et son attention à le suivre jusque dans ses actions les plus minutieuses et les plus subtiles; il couvre de sa protection tous les êtres vivants, et leur assure les avantages corporels; c’est pourquoi les livres sacrés sont remplis de ses louanges, et célèbrent ses mérites immenses.

i5* La déesse mère des démons. Cette déesse a eu mille fils. Le plus petit, nommé 'Ai non, était celui qu’elle chérissait le plus tendrement : il avait coutume de dévorer les enfants des hommes. Foé convertit cet Aï nou et le cacha sous sa marmite. La mère le chercha au ciel et parmi les hommes sans pouvoir le découvrir. Elle se soumit alors (à Foë),et Foë relevant sa marmite, lui rendit son fils. Ces mille enfants sont devenus les rois des démons, et commandent à plusieurs légions de dix mille démons. 11 y en a cinq cents au ciel, toujours occupés à séduire et à tourmenter les dieux, et cinq cents dans le monde, qui s’attachent pareillement à séduire les peuples. Foc a donné (à la mère des démons) les cinq préceptes pour la ramener à la bonne loi-, elle est devenue Protapanna \ et elle habite dans les chapelles de Foè. Les hommes qui n’ont pas d’enfants sV

* Voyei ci-aprè», noie 3i.

dressent à elle pour en obtenir. Ceux qui sont malades lui font des prières et recouvrent la santé. Après quelle eut reru les préceptes de Foë, elle appela ses mille fils et les engagea à s’y soumettre avec elle, et à ne plus offenser les hommes ni les dieux.

i6* Ma li tchi , ainsi nommé d’un mot qui signifie fiamme du jour (Yangyan), parce que son corps ne peut être ni aperçu ni saisi. Ce dieu marche toujours devant le soleil et la lune. Il protège les royaumes et les peuples, et délivre ceux-ci des fureurs de la guerre et des autres calamités. H y a dans le livre du grand dieu Ma li tchi une phrase d'une extrême efficacité; c’est celle-ci : An! Ma li tchi so po ho ( Om / Maritchi sirûhd). Tout homme qui possède cette formule peut suffire à tout; une force surnaturelle lui est assurée, et on peut se reposer sur lui.

17* Le fils des dieux qui habite dans le palais du soleil. Ce dieu, tandis qu’il était dans les liens des causes (dans le moude), pratiquait l’aumône, observait les préceptes, cultivait la vertu et honorait Bouddha. C’est ainsi qu’il a mérité de renaître parmi les dieux. Son palais a des murailles qui sont ornées des matières les plus précieuses, et cinq tourbillons l’entraînent, sans lui permettre de jamais s’arrêter. Il tourne circulairement , à moitié de la hauteur du Sou mérou, et éclaire les quatre continents. Quand il est le milieu du jour dans celui qu’on nomme Djambou du'ipa, le soleil commence à se coucher dans le Videha, il se lève pour le Goyeni, et il est minuit dans l'On/fara Koaroa. C'est ainsi qu’un seul soleil éclaire quatre continents, en écarte la nuit, dissipe les ténèbres, favorise la maturité de toutes choses. Tels sont ses grands et réels mérites. C’est le même dieu qui est nommé, dans le Fa hoa king, fils des dieux; de la précieuse lumière.

180 Le fils des dieux du palais de la lune. Le dieu qu’on nomme ainsi s’est acquis les mêmes avantages que le précédent, en pratiquant les memes vertus. Son palais est pareillement orné de matières précieuses, et entraîné autour du mont Sou merou par cinq tourbillons, de manière à éclairer les quatre continents. La pleine et la nouvelle lune ont lieu de la manière suivante. Au commencement de la lune blanche (l'apparition), le soleil est devant. Au commencement de la lune noire (la conjonction), le soleil est par derrière. Suivant que le reflet du soleil est couvert ou darde ses rayons, il y a pleine et nouvelle lune : c’est ce qu’on nomme l’approche du soleil; et quand le reflet du soleil se couvre, alors le disque de la lune est en décours. Or, la lumière de la lune verse de douces et secrètes influences sur tous les êtres; elle éclaire la nuit. Les services quelle rend viennent après ceux que procure le soleil. C’est le même dieu qu’on nomme, dans le Fa hoa king, fils des dieux de la brillante lune.

1 9* So ko lo ( Sâgara ) , c’est-à-dire mer salée (Océan) , nom qu’on traduit aussi par roi des dragons; c’est le septième des cent soixante et dix-sept rois des dragons qui sont dans la nier salée. Il est le seul que l’on cite maintenant, parce qu’il est au

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rang des plus puissants Bodhisattwa», et qu’il habite dans les dix terres*, c’està-dire qu’il a parcouru les dix degrés qui conduisent les saints de cette classe à la perfection. 11 se montre sous la figure d’un dragon, et il fait son séjour dans la mer salée. Quand il doit pleuvoir, c’est lui qui d’avance étend les nuages et veille à ce que la pluie soit également distribuée. 11 suit les assemblées de Foë, protège sa loi et les peuples, et s’acquiert ainsi de grands mérites. Son palais, orné des sept choses précieuses , ne diffère en rien de celui des dieux.

ao° Y an ma lo , dont le nom signifie roi double, ou selon d’autres, roi unique : roi double , parce que ce roi et sa sœur cadette sont les souverains des enfers; roi unique, parce quil est chargé seul de ce qui concerne les hommes, et que sa sœur cadette a le soin de ce qui est relatif aux femmes. On traduit aussi son nom par celui qui apaise les querelles, parce qu’il met fin aux disputes des pécheurs. Oo prétend que c’est un Bodhisattwa qui a pris cette forme pour l’avantage des êtres vivants. Le Tching fâ nion king contient un gotha adressé aux hommes par Yan ma lo cil ces termes : « Vous avez reçu un corps d’homme, et vous ne cultivez ■* pas la doctrine : c’est comme si vous entriez dans un trésor et que vous en sor- « tissiez les mains vides. A quoi sert de pousser maintenant des cris pour les peines « que vous endurez, puisque vous recevez en retour de ce que vous avez fait * vous-même ? » Le Livre des rois dit : « Le roi Yan ( Yan ma lo) doit, dans l’avenir, « devenir Bouddha, et il s’appellera Phou uang Jou laï, le Tathâgata roi universel. « Tel sera l’excellent effet de la transformation de ce Bodhisattwa \ » Son nom actuel Yan ma ou l e ma est la transcription du sanscrit l ama. On nomme ce dieu en tibétain gChin otche, en mandchou Ilmoan khan, et en mongol Erlik khakan.

Outre les vingt dieux qui viennent d’être nommés, il y en a beaucoup d’autres qui n’out pas de rôle mythologique à jouer, ou qui remplissent simplement les divers étages célestes. Tels sont les trente-deux compagnons d’Indra, qui habitent avec lui le sommet du Sou inerou, et qui ont fait donner à la région où ils sont le nom de Trajastrinsha ou ciel des trente-trois. Ce sont trente-trois personnes qui , ayant contribué ensemble à des bonnes œuvres, ont mérité de renaître en cet endroit. Elles occupent autant de palais, disposés par huit à chacun des quatre angles du Soumerou; et le seigneur du ciel, Indra, a le sien dans la partie centrale. On ne connaît pas le nom des dieux du Trayastrinsha; mais on sait qu’Indra était leur chef au temps de l'ancien Bouddha.

On nomme encore Yema, en sanscrit Yâma (différent du lama des enfers), en tibétain Thab bral ( celai qui est éloigné de la guerre, ou selon la traduction chinoise, bon temps, parce qu’il chante et se réjouit sans cesse), un dieu qui est parvenu, par la pratique de l’aumône et des préceptes, à l’emporter même sur les

* f ocab. pentagl. soct. XI. de la collection sacrée , cité dans le San Isa/y Jit sou .

h Histoire des dieux, ouvrage qui ne Tait pas partie liv. XL VI, pag. 1 3,

trente-trois \ En récompense , il a été élevé au troisième ciel du monde des désirs. Viennent ensuite les dieux du Tous’ita ou ciel de la connaissance suffisante, et des autres cicux, en remontant jusqu'à ceux des Brahmas et du grand Bralmia roi, qui naît le premier au commencement de chaque kalpa, et meurt le dernier à la fin de ce même kalpa. Enfin, on donne encore le nom de dieux à tous les êtres qui habitent les autres étages célestes, lesquels, jointe à ceux dont on a déjà parlé, sont au nombre de vingt-huit. On peut voir ce que les Tibétains rapportent de leur taille, de la durée de leur vie, et de quelques autres particularités qui les concernent11. Les auteurs chinois que j’ai pu consulter, fournissent beaucoup moins de détails sur ce sujet.

Quelque supérieurs que soient les dieux aux passions humaines, il en est une dont ils ne sont pas complètement exempts, au moins dans les régions inférieures. Ceux qui habitent dans les deux étages terrestres, sur les flancs et au sommet du mont Sou merou , c'est-à-dire les rois des quatre points cardinaux et les trente-trois, ne sont pas étrangers à la distinction des sexes : aussi s’unissent-ils à la manière du siècle. Les die^x du Yâma se propagent par de simples embrassements; ceux du Toas'itâ, par l'attouchement des mains. Ceux du ciel de la joie de la conversion ont si peu de désirs, qu'ils se bornent à des sourires qu’ils échangent entre eux. Et enfin les dieux du sixième ciel, où Ton convertit autrui, n’éprouvent presque aucun sentiment de concupiscence; les regards mutuels sont les seules marques de désir qu’ils s’adressent les uns aux autres*, et ce moyen suffit à leur propagation d.

Dans le monde des formes , les dix-huit étages célestes sont pareillement habités par des dieux de divers rangs. A la première contemplation sont les Brahmas, ou le peuple des Brahmas, sujets du grand Brahma roi, purs, exempts de souillures et de désirs; les ministres de Brahma, ou ses compagnons; le grand Brahma roi, aussi nommé Sikhi \ La pureté est l’attribut commun de ces trois sortes de dieux. A la seconde contemplation, il y a aussi trois cieux , dont les habitants ont pour caractère la lumière, faible dans le premier, immense dans le second, et leur tenant lieu de voix dans le troisième. Les trois sortes de dieux de la troisième contemplation jouissent, selon les mêmes degrés, d’une pureté de pensée qui leur procure une joie céleste, ineffable, immense, universelle. Tous ces dieux habitent dans l’espace, et reposent sur des nuages. Au-dessus d’eux viennent les dieux de la quatrième contemplation , répartis dans neuf cieux différents. Celui d'en bas est appelé sans nuage, parce que les dieux qui l’habitent n’ont plus besoin de l'appui que les nuages prêtent aux dieux inférieurs. Le ciel immédiatement supérieur est

* tu km ne ti ton

* Giorgi, dlphabetim Tibetanum, Homae, 176a, in-4*. pag. .483 sqq.

1 Thian lai tse kiao i ttf Ichn , livre qui oc fait pas

partie de la collection sacrée, cité Jaus le iwn luiny Jàtoa, liv. XXII, pag. aa.

4 Comparez Jlfikak. Tibet, loc. cil- * Voyot note 1 4.

146 FOË KOUË Kl.

celui de la vie heureuse. On trouve ensuite, en remontant, celui des grandes récompenses; le ciel où il n'y a pas de réjlexion , cest-À-dire où les dieux, pendant toute la durée de leur vie, sont exempts du travail de la pensée; le ciel sans fatigue, le ciel où les dieux ont atteint le terme de la pensée, pures intelligences sans soutien, sans localité, libres, exemptes de trouble; le ciel des dieux qui voient admirablement tous les mondes répandus dans l'espace; celui des dieux pour qui tout est présent et manifeste, sans restriction et sans obstacle; enfin Y Aghanichtd, ou le ciel des dieux qui ont atteint le dernier terme de la ténuité de la matière. On s’est efforcé, comme il est facile d’en juger, de graduer les genres 'de perfection de ces dix-huit classes de dieux, en entassant les idées de pureté, de lumière, de pénétration, de repos et de subtilité, et on n’y a que très-imparfaitement réussi; car il se trouve, dans cette classification, des répétitions et des incohérences; elle est d'ailleurs sujette à varier chez les differents auteurs. Quelquesuns placent, au-dessus de Ydghanichtiî, le ciel du suprême seigneur, Mahés’ivararasanam \

Dans le monde des êtres immatériels, il y a encore quatre classes de dieux : ceux qui, fatigués des liens de la substance corporelle, résident dans le vide ou l'immatériel; ceux qui n’ont de lieu (substratum) que la connaissance, parce que le vide est encore trop grossier pour eux; les dieux qui n’ont pas de lieu-, et les derniers de tous, placés au sommet du monde des êtres immatériels, qui n'ont ni les attributs des dieux non pensants et sans localité, ni ceux qui appartiennent aux dieux dont la connaissance est l’unique localité b : définition qui ressemble trop à du galimatias pour que j’entreprenne de l’éclaircir en cet endroit. H faut remarquer que cette longue classification ne comprend pas les Dodhisattwas , ni surtout les Bouddhas, dont le» perfections morales et intellectuelles sont infiniment au-dessus de celles de tous les dieux des divers ordres.

La durée de la vie des dieux est proportionnée à leur rang dans la hiérarchie mythologique qui vient d’être exposée. Un Judra, roi dos dieux du Sou merou, vit 36,ooo,ooo d'années. Un grand Brahma roi égale, par sa longévité, une grande révolution du monde, 1 ,344,000,000 d'années. Un dieu de la gu atrième contemplation ( exempt de pensée) voit se succéder cinq cents révolutions pareilles*, et un habitant du dernier ciel du monde incorporel eu traverse quatre-vingt mille. Le P. Horace d et Deshautcrayes* ont fait connaître ces divers degrés de longévité, sur lesquels je crois superflu de m'arrêter. Au reste, il ne faut pas croire que cette longue durée de la vie soit regardée comme uu privilège qui ne soit joint à aucune privation pour les dieux qui en jouissent; car, par exemple, le dieu qui vit cinq

1 f ocal), prntagl. wcl- Llll, n* 9. * Wtl nto » chouê kiiu p cité dans te San Uang Jd

h Thian ta? su K* o i, cilc dan» le San lia ni / fi iou, liv. XXXI II, pag. 9.

s<ni . Ii«. XLV1I, pas;. 36. * Y'oyci Alphab. Tibet.

* Journ. «uia*. loin. VIH, pag. 4

cents révolutions du inonde sans penser, est dans l'inaction, comme une personne emprisonnée dans la glace, et durant ce temps il est privé de l'avantage de voir des Bouddhas et d’entendre prêcher la religion : aussi, beaucoup d'hérétiques qui ont pratiqué la vertu renaissent dans cette qualité \

Les dieux étant astreints à la nécessité de naître et de mourir comme les autres êtres, bien qu'en parcourant des périodes immenses, il y a pour eux des signes de décadence qui leur annoncent une fin plus ou moins prochaine. Ils cessent de faire entendre des chants joyeux, la lumière dont brille leur corps s'affaiblit et s’éteint. Dans leur état ordinaire, une huile parfumée, pareille à celle du lotus, garantit leur poitrine du contact de l’eau : quand leur gloire est sur son déclin, l’eau commence à mouiller leur corps, et ils ne sont plus secs quand ils sortent du bain. Habituellement rien n’arrête leur marche et ne retarde l’exécution de leurs volontés : ils éprouvent des retards et des embarras. Leur vue qui s’étendait sans obstacle à tout un grand chiliocosmc, s’affaiblit et leurs yeux commencent à clignoter. Ce sont là les cinq petits signes de la décadence de leurs facultés b; il y en a cinq grands qui présagent leur mort prochaine. Les dieux sont ordinairement revêtus d’une rohe légère, du poids de six Ichu (le tchn est évalué à dix grains de millet), qu’on nomme à cause de cela tchayi ; cette robe est toujours propre et brillante de l’éclat de la nouveauté: quand leur bonheur s’épuise, et que la duree de leur vie va se terminer, leur robe se tache d'elle-même, et c'est un des grands symptômes de la décadence des dieux. Ils ont sur la tête des couronnes de fleurs ou de pierres précieuses, des plumes et des ornements de différentes couleurs : ces fleurs se fanent cl se dessèchent. Leur corps, formé d’une substance si subtile et si pure, commence à laisser échapper de la transpiration et des humeurs. Les parfums d’une suavité inexprimable qu’il exhalait, se changent en vapeurs fétides. Ils cessent de se plaire dans le séjour qui leur appartieut, malgré les délices qui y sont réunies e.

il y a cinq actions ou règles de conduite qui procurent à l’homme l’avantage de renaître parmi les dieux, et tous les êtres vivants peuvent pratiquer ces actions: i° avoir le cœur compatissant, ne pas tuer les êtres vivants, prendre pitié d’eux, leur assurer du repos; a0 suivre la sagesse, ne pas voler le bien d’autrui, faire l'aumône, se garantir de l’avarice, secourir tous les nécessiteux; 3* être pur, ne pas se rendre coupable de voluptés extérieures, garder les préceptes, observer le jeune; 4* être sincère, ne point tromper autrui, se garantir des quatre péchés de la bouche (le mensonge, l’affectation dans le langage, la duplicité, ta calomnie), •De jamais flatter; 5° un homme qui honora la bonne loi, et qui inarche solide-

fVeî mo to c/war kiity, clup. Pi mtn . ou des huit circonstances mnllicumiscs, cité dans le San tsany fi tou, liv. XXX III, |Mg. io.

* FJ ytmn tchn lin, liv. V, cité dans le Sun tsany Jâ ton. Ihr. XXII, pag. al

* Id. ibid.

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ment dans la voie brahmanique , ne boit pas de liqueurs qui enivrent et troublent la raison \

Il y a cinq signes qui annoncent qu’un homme va renaître parmi les dieux : i* Une vive lumière recouvre son corps; et comme celui-ci est nu, l'âme fait cette réflexion : Pourvu que les autres dieux ne voient pas ma nqditè. Mais à l’instant même elle parait aux yeux des autres être vêtue, bien qu’en réalité elle ne le soit pas. a" En découvrant les choses qui sont dans le ciel, l'homme conçoit des pensées extraordinaires; et apercevant dans les bosquets et les jardins célestes des objets qu’il n’a jamais vus, il les regarde et les considère de tous côtés. 3“ Il est frappé de confusion à l’aspect des filles du ciel; et à la vue de leur beauté, il n’ose les regarder en face. 4° Il est tenté d’approcher des autres dieux qu’il aperçoit, il réfléchit, il hésite et doute de ce qu’il doit faire. 5* Lorsqu'il veut s’élever dans l’espace, il lui vient des craintes; il ne monte pas haut, il ne s'éloigne pas beaucoup; il côtoie les murailles ou reste appuyé sur la terre \

(î 8) Le roi Ayeou. ] Àsoka. Voyez chap. X, note 3.

(19) Six toises,] environ 18", 3o. On lit dans les deux textes : cc qui semblerait signifier plutôt six statues debout, hautes d’une toise. Mais la phrase serait iucorrecte et uc présenterait qu’un sens invraisemblable.

(ao) Trente coudées.] La mesure dont il est parlé ici est le tchcoa ou coudée. Sa longueur a varié : on l’estime tantôt à deux tchhi (o“, 610), tantôt à un tchhi et deux tsun ( o", 4575 ). Quatre tcheou valent un honni) (arc), et trois cents koang font un h. Le li, d’après cc calcul, serait de Sigm, ou même de 7 3a“.

(ai) Des philosophes hétérodoxes. ] Dans le texte : Offrit 4- Il est fréquemment parlé des philosophes hétérodoxes dans les livres bouddhiques : le plus souvent on doit entendre par là les Brahmanes; quelquefois il peut être question , sous cette dénomination , de quelques autres sectes orientales. Leurs discussions avec les Samanéens sont l’objet de mentions multipliées dans les récits qui se rapportent à la vie de Shàkya mouni et de scs successeurs. La relation de Soung yan et celle de Hiuan thsaug constatent les avantages que les Brahmanes avaient fini par remporter sur leurs adversaires, aux vt* et vit* siècles, et la décadence correspondante de la religion de Bouddha dans les régions moyennes, occidentale et septentrionale de l’IIindoustan. 11 ne sera question ici que des opinions des hérétiques en tant quelles paraissent se rapporter aux premiers temps du bouddhisme.

* Pian i king ou Pian t tchang Ichr ttca to uwn king, cité lit. XXII, pag. 18 rrn*.

k Tckingfi niai i Ichm king. liv. XXXIX , cil4 dans le Son tsang fà ion, liv. XXJI , |»g. iÿ.

On compte six hérésiarques principaux, dont le cœur dépravé, les vues perverses et la fausse prudence, qui ne se rapportait pas à la véritable doctrine, ont enfanté les erreurs. Le principe de toutes les hérésies remonte à Kia pi lo (le Jaune, en sanscrit Kapila ); mais elles se sont divisées en branches, et leur propagation en a lait naître six principales :

i# Fou lan na kia che. Fou lan na était le titre de cet hérésiarque; on n*en donne pas la traduction. Kia che ( Kâs’yapa ) était le nom de sa mère, et devint son nom de famille. L’hérésie fondée par cet homme consiste à anéantir toutes les lois : il ne reconnaît ni prince, ni sujet; ni père, ni fils; ni droiture de cœur, ni piété filiale. Il appelle cela forme et vide (éther). La forme, selon cet hérétique, brise tout ce qui est dans le monde des désirs; le vide brise tout ce qui est dans le monde des formes : le vide est donc le faîte suprême , l’être au-dessus de tous les êtres.

a° Mo kia li kia che li. Mo kia li (en sanscrit, non videns rationem) est le titre de cet homme. Kia che li, dont on ne donne pas le sens, est le nom de sa mère. 11 pensait faussement que les maux et le bonheur des êtres vivants ne découlent pas de leurs actions antérieures, mais que ce bonheur et ces maux viennent d'eux-mêmes. Cette opinion sur la spontanéité des choses, est une erreur qui exclut la succession des causes.

3° Chan tchc ye pi lo tchi \ Chan tche ye (Sandjaya) signifie reclavicloria; c'est le titre de cet hérétique. Pi lo tchi (Faïragi), non agens, est le nom de sa mère. Son hérésie consiste à penser qu'il n’est pas nécessaire de chercher la doctrine ( bodhi ) dans les livres sacrés, et quelle s'obtient d’ elle-même quand le nombre des kalpas de naissance cl de mort est épuisé. Il pensait aussi qu* après quatre-vingt mille kalpas la doctrine s'obtient naturellement.

4° A khi to hiui che khin pho lo. A khi to hiué che était le titre de cet hérétique; on n’en donne pas la signification. Khin pho lo est son surnom : Khin pho b (Kambala) veut dire vêtements grossiers. Son erreur était de supposer qu’on peut forcer la destinée, obtenir, par exemple, le bonheur dont la cause n’est pas dans l’existence antérieure; que la doctrine consiste à porter des vêtements grossiers, à s'arracher les cheveux, à exposer ses narines à la fumée, et son corps à la chaleur de cinq côtés (des quatre côtés du corps, et h avoir de plus du feu sur le sommet de la tête), à se soumettre enfin h toutes sortes de macérations, dans l’espoir que le corps ayant, dans la vie présente, souffert toutes sortes de maux, on obtiendra, dans un corps futur, un éternel bonheur.

5° Kia lo kieou tho kia tchin y an. Kia lo kieoa tho, titre de cet hérétique, signifie encolure de bœuf. Kia ichin yan, nom de sa famille, veut dire cheveux rasés. Son erreur, assex mal définie, consistait à dire que, parmi les lois, les unes sont accessibles aux sens, et que les autres ne le sont pas.

* Chan touye ou Chan tche yr.

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6# Ni làan tho jô thi tseu. Ni hian tho signifie exempt de liens; cest le titre commun des religieux hétérodoxes. Celui-ci tenait de sa mère le nom de Jô thi, dont on ne donne pas la signification. Cet hérétique disait que les péchés, le bonheur (les vertus), les maux et la félicite étaient déterminés par la destinée, et que selon qu’on y était soumis, on ne pouvait éviter de les recevoir; que la pratique de la doctrine ne pouvait en garantir. C’est dans cette idée que consistait son hérésie \

On nomme turs, c’est-à dire, manières de voir particulières , opinions énoncées, • hypothèses, les idées que les hérétiques adoptent sur certaine partie de la loi. Ils prennent, dans les diverses doctrines, des choses fausses pour vraies, et des vérités pour des erreurs; ils s’embrouillent dans leurs explications, et s'écartent de la droite raison. Il y a sept rues de cette espèce. La première consiste à calomnier la vraie loi, à l'attaquer sans preuve, à traiter d’erreur l'opinion sur la rétribution des bonnes et des mauvaises actions, sur la véritable origine des six sens et des six qualités sensibles; à la rapporter, par exemple, au dieu Brahma ou aux atomes.

La seconde est la tac du moi, qui pose la personne comme une sorte de seigneur et maitre, toujours existant par sa propre force, constituant le moi (l'individualité) ; on ignore que cette personne n’est autre chose que la vaine et fausse réunion des cinq skandha \ La vue de la duive perpétuelle méconnaît la variabilité de la jicrsonne et du corps, ainsi que de tous les êtres extérieurs, lesquels sont tous, sans exception, sujets à la destruction, et retournent à l’extinction. Ceux qui admettent la vue de la terminaison, ne savent pas que les lois (de la nature) sont toutes naturellement spirituelles, éternelles, indestructibles; ils les croient sujettes à avoir un terme, et imaginent faussement qu après la mort, le corps ne sera plus sujet à renaître. La cinquième vue s'appelle pnecepiorum furhim ou visionis captio : elle consiste à méconnaître les véritables préceptes fondés par les Talhàgatas, et à suivre quelques mauvais préceptes par lesquels on se distingue et on se sépare des autres pour y faire des progrès; comme par exemple, quand, se persuadant qu’on a été, dans mie existence antérieure, au rang des bœufs ou des chiens, on s’astreint à ne se nourrir que d’hedbes ou d’objets impurs, ce qui s'appelle suivre le prtkeple du ferra/ ou du chien. On acquiert véritablement ainsi quelques légers mérites, mais on se persuade qu’ils sont suffisants. On se livre h une vie déréglée, et l’on néglige d’observer le véritable enchaînement des choses. Par la sixième rue, appelée/racfoom fariam, méconnaissant ce même enchaînement, ainsi que les fruits qu'on est en droit d’attendre de ses actions, on puise d’excellentes résolutions dans une conduite blâmable, et Ton s’évertue pour obtenir les mérites de la macération, en s'exposant nu aux impressions du froid, aux ardeurs

* Tho to ni tir h'uiy (Collection de Uhirants ). — Fan f mimj i, ciié dans te San tsany Ja job, liv. XXVII, paç. il. — * f ocal/, fitnlayl. scct. xxxiii

de la flamme et du soleil (ce qu'on nomme les cinq chaleurs ), en se souillant avec des cendres, en couchant sur des herbes épineuses; et le faible mérite qu’on retire de toutes ces actions, on se l'exagère par une fausse persuasion qu’il n’en est point de supérieur. Enfin, la septième vue, qu’on appelle da doute , cousiste à prendre dans toutes les opinions, tantôt l’individualité, tantôt la non-individualité, tantôt la durée éternelle, tantôt la non-éternité, sans pouvoir se fixer sur ces idées ni sur les autres du même genre \

On assure ailleurs que les opinions hétérodoxes ne dépassent pas en réalité le nombre de quatre; mais les vues sont en cet endroit énoncées d’une manière presque énigmatique. Les partisans du système des nombres (sankhya), dit-on, n’admettent parmi les causes et les effets que l'onont, et non le diversum. Ceux du système supérieur n’y voient que le diversum. Ceux de Le so pho ( Rishabna ) admettent également l’anum et le diversum. Ni hian (ho jo thi tseu repousse également l'anom et le diversum h. Il est, faute d'éclaircissements, difficile de dire s’il est ici question de logique ou de cosmogonie.

Les hérétiques se divisent pareillement sur l’identité du moi et des cinq ( skandha)e . Les uns croient que le moi et les. cinq sliandha existent également; les autres que ni le moi ni les cinq shandha n’existent. D’autres encore, pour éviter les deux erreurs précédentes, assurent que le moi et les cinq skandha existent et n’existent pas, et tombent ainsi dans une contradiction manifeste. Les derniers, enfin, pour s’écarter de cette contradiction, disent, par une sorte de jeu de mots, que le moi et les cinq shandha ne sont ni existants ni privés d’existence4; difficulté dont le bouddhisme orthodoxe peut seul donner la solution. Les hérétiques varient encore sur la durée du moi : il en est qui pensent que le moi des générations précédentes est le même que celui de la génération actuelle, sans aucune interruption, et ils tombent par là dans l’erreur de la perpétuité. D’autres supposent que le moi d'à présent a commencé dans la génération actuelle, et n’a point son origine dans les précédentes; ils ne le croient donc pas éternel, et ils tombent ainsi dans l’hypothèse de l’interruption. Il en est qui posent que le moi est éternel, et que le corps ne l’est pas ; mais de cette manière, le corps étant mis à part, il n'y a pas de moi; c’est donc encore une idée erronée. Enfin , d’autres remarquent que le corps étant composé ( diversum), n’est pas éternel; et que le moi n’étant pas composé, ne peut ne pas être éternel. Mais de cette manière encore, il ne peut y avoir de moi sans le corps \

Il est parié, dans quelques légendes sur Shâkya mouni, de controverses que ce personnage et ses disciples eurent avec les partisans de quatre-vingt-quinze

* Hoaayan kmng mod, cilé (Uns le San tuinj Jà «ou, liv. XXX, pag. 3 «r»o

k Ihuayan tring so a. cilé dans le San /sang Jà «oet , liv. XVII, pag. a6t>mo

* Cf. suprà , pag. 1 5o

* Idem , cilé dans ie San Uanij Jà «ou. liv. XVIII, pag- i.

Ida n, cité là même, pag. i rerso.

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sectes : mais nous apprenons que ce nombre se réduit à onze, dont renseignement, les livres et les habitudes s étaient répandus dans l’Occident. On les indique de la manière suivante.

Ie Les sectateurs de la doctrine des nombres ( Sânkfya ); on les appelle ainsi, ou parce qu’ils parlent en premier lieu des nombres , ou parce que le raisonnement engendre (procède par) les nombres, ou parce qu'ils traitent des nombres et en font leur étude. Ils enseignent que l’obscurité engendre l'intelligence, et qu'il y a ainsi, jusqu'au moi spirituel, vingt-cinq principes ou réalités; savoir : i° l’obscurité ou la primordiale nature ( nalnra per se); a* le principe de la connaissance ou l’intelligence (Bouddha); 3® la pensée du moi (conscience); 4®, 5*, 6“, y", 8°, les cinq choses subtiles, ou la couleur, le son, l'odeur, la saveur, la tactilité; 9®, io°, 1 1#, ia°, 1 3°, les cinq grands (êtres), la terre, l’eau, le feu, le vent, l’éther; i4®, i5®, 1 6°, 1 7e, 1 8°, les cinq racines de connaissance , l'œil , l'oreille , le nez , la langue , le corps; 19®, ao®, ai0, 22®, a 3®, les cinq racines d'action, la bouche, la main, le pied, le fondement, l’urètre; a 4° la racine coordonnante du cœur, ou le mens, composée des cinq éléments, et complétant, avec les dix précédentes, le nombre de onze racines; a 5® le moi spirituel ou la connaissance qui a son siège dans le huitième viscère. Les hérétiques croient que le moi spirituel a pu engendrer les lois, qu’il est éternel, indestructible, que c’est le nirvana \

On attribue l’invention de ces vingt-cinq principes à Kia pi lo ( Kapila , ou le Jaune). Ceux qui suivent ses opinions se livrent h la contemplation ; ils prétendent avoir une intelligence divine, et parvenir à la Connaissance de ce qui s’est passé durant quatre-vingt mille kalpas. Quant à ce qui a précédé ces kalpas, ils n’en savent rien, et c’est ce qu’ils nomment l’otacurùé, d'où sort la nature, puis l’intelligence, jusqu’au moi intellectuel, le principe suprême. Ils classent ces vingt-cinq principes sous neuf divisions h; mais en réalité ils font naître les vingt-quatre premiers principes du vingt-cinquième, le moi spirituel, qu’ils considèrent comme le seigneur, toujours intelligent et éclairé, éternel, indestructible, embrassant et renfermant toutes les lois, unique par conséquent, cause de tous les êtres et du nirvâna lui-même ®.

a® Les sectateurs des fVéi chi. fi ei chi ( Vaîshesika ) est un mot sanscrit qui signifie sans supérieur (littéralement sine rictore). Cet homme parut dans le monde huit cents ans avant Bouddha. Les gens de ce temps se cachaient le jour dans les montagnes et les marécages, pour éviter le bruit et les séductions. La nuit ils voyaient et entendaient très-bien , et ils sortaient pour aller mendier. En cela , ils ressemblaient aux . chouettes , et on les nommait ermites chouettes. fVei chi avait les

* San tuiny Jà tou, üv. XLVÏI, pag. 16. — Comparai Colffhroolc, On îke PluLiiaphv of Üv llimias, dans I» Transactions, etc. loin. I , pag. 3o. — Vote*

aussi Août eaux Mclanyr.% au ai. loin. Il, 336. 4 Id pag. *5.

* Vote* ci-dwous, pag. i55

cinq facultés il composa dix fois dix mille vers pour rendre témoignage au bodhi; puis il entra joyeux dans le nirodn'a. Il mit en avant les six mots générateurs; savoir : i° )a substance, qui est le corps des lois (de la pâture), sur quoi s’appuient la qualité et l'action; a" la vertu ou la qualité; 3* l’action, l'usage ou emploi; IC le grand être, c'est-à-dire ce qu’il y a de commun à la substance, à la qualité et à l’action, ou ces trois prédicaments considérés dans leur unité; 5* le commun et le différent, comme par exemple : la terre considérée par rapport à la terre, c'est le commun; par rapport à l’eau, c'est le différent. 11 en est ainsi de l'eau, du feu, du vent, etc. 6° L'union ou l’agrégation k : on entend par là l’union de toutes les lois (de la nature). Par exemple, un oiseau vole dans l’espace : tout à coup il arrive sur une branche d'arbre; il s’y arrête. 11 en est de môme des lois (de la nature), dont l'union fait la stabilité.

3* Les sectaires qui se couvrent de cendres [fribhoâli}\ ceux-ci imaginent que le sixième dieu du monde des désirs, le dieu Is’irara, a créé toutes choses.

i i° Les sectateurs des Védas imaginent que N&rûyana (celui dont la force est comparable à un cadenas, à cause de la vigueur des articulations de scs membres) a créé les quatre familles; que de sa bouche sont nés les Brahmanes; de ses deux bras, les Kshatryas; de ses deux cuisses, les Yeïsyas; et de ses pieds, les Soûtras.

5* Les partisans de An tekha ( And'a )*: on ignore la signification de ce mot. Ceux-ci admettent un premier principe ou terme dans le passé. Ils croient qu’à la première origine du monde, il y avait une grande eau. Alors naquit le grand An tchha, qui avait la forme d’un œuf de poule. 11 se divisa ensuite en deux fragments : celui d’en haut produisit le ciel; et celui d’en bas, la terre. Dans l’intervalle naquit un dieu Brahma, qui eut le pouvoir d’engendrer tous les autres êtres animés ou non animés, sans exception. Ils considèrent ainsi Brahma comme le créateur et le seigneur. Par une autre erreur, ils le croient immortel d.

6" Les sectaires qui admettent le temps, c'est-à-dire qui croient que les êtres sont nés du temps, remarquent que les plantes, les arbres et les autres végétaux ont un temps pour produire des fleurs, un autre pour donner des fruits; qu’il y a un temps pour les employer; que tantôt il y a expansion et tantôt resserrement ; de sorte que telle branche d’arbre, suivant le temps, se couvre de feuilles ou se dessèche. Ils en concluent que le temps existe, quoique ce soit une chose infiniment subtile et invisible.

• Voyez ci-dessus, pag. iag. On dit ici que ccs cinq faculté* étaient le» suivantes : Son pied ne foulait pas la terre; il connaissait la vie des autres et leur pensée ; son œil voyait à mille li; s'il appelait, ou arrivait; les rocher» et les pierre» ûe lui opposaient pas d'obstacles.

b Comparez Colebrookc, dans les Transactions, etc. tom. I, pog. 9.) , et les Nouveaux Mélanges asiatiques . loin. II, pag. 3yo.

* C est l'œuf (««‘if a) nommé IlirvnYagarl'ha dans la mythologie indienne. — E- B

4 San isang fà JOB, liv. XVII, pag. a6 tiffN.

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7° Les sectaires qui reconnaissent l'espace pour principe des choses. L cspace. ou l’étendue dans les quatre sens, peut , selon eux, engendrer les hommes, le ciel et la terre; et après leur extinction, ils rentrent dans l'espace.

8* Les Lou kia ye [ Laokiku ), ainsi nommés d’un mot (pii signifie conforme au siècle, croient que la forme, la pensée et autres lois (de la nature) sont des principes infiniment subtils. Ils pensent que ces principes naissent dos quatre grands êtres (les éléments); que le subtil peut engendrer le grossier; qnc la forme, bien qu infiniment subtile, est cependant une substance; que les êtres grossiers du monde sont périssables, mais que les causes subtiles sont indestructibles.

9* Les sectaires forts de la bouche, lesquels admettent l’éther comme principe de toutes choses, croient que l’éther naît du vent, du vent le feu, du feu la chaleur. La chaleur produit l'eau; l’eau produit la glace; solidifiée elle fait la terre. La terre engendre les cinq sortes de grains. Les cinq sortes de grains produisent la vie. En se détruisant , la vie retourne à l’éther.

î o* La secte de ceux qui croient que le bonheur ou les châtiments suivent les actes de la vie; qui admettent, pour les êtres vivants, une punition ou une récompense conformes aux actes qu’ils ont effectués durant leur vie. Si quelqu'un observe les préceptes et pratique la vertu, les maux dn corps et de l'âme qu’il endure effacent ses actions antérieures; et quand celles-ci sont détruites, les souffrances cessent également, et il arrive même au ftirrdna. Les actes antérieurs sont donc, pour ces sectaires, la cause universelle.

1 1° Les sectaires qui n’admettent pas de cause, et qui croient que tout arrive de soi-même; qui soutiennent que les êtres n’ont nirmni voaan, c’est-à-dire ni dépendance â parte priori, ni liaison à parte posteriori; que tout naît et se détruit de soi-même *.

On a vu précédemment ( note î à , ci-dessus . pag. 1 3*7 ) , que neuf opinions différentes sur l’origine et la naissance du monde étaient déclarées hétérodoxes par les Bouddhistes. Les hérétiques, disent ceux-ci, ne conçoivent pas que les lois (de la nature) n’aient pas eu de commencement et quelles n'aient pas de fin. Quand les causes et les effets sont unis et enchaînés , on appelle faussement cela naissance; quand les causes et les effets sont désunis et isolés, on appelle faussement cela extinction. La naissance et l’extinction suivent la destinée ( sont des effets), et ne sont point des réalités de la nature. Mais suivant leur caprice particulier, quelques-uns ont supposé que ce qui produisait la naissance était un être distinct, qui avait eu le pouvoir de former le monde et tous les êtres. Il y a, à cet égard, neuf fausses vues (hypothèses erronées), i 0 11 y a des hérétiques qui croient que tous les êtres sont nés du temps ; comme les plantes et les arbres ont un temps pour porter des fleurs , et un autre pour n’en pas porter. Le temps exerce donc une action : il dilate ou il resserre. Il fait que les branches d'arbre , selon le

* l/oaa yan iing, .Sont jo« ran i khhao, cilw dans le San UangjA ion. lîv XUll.

temps, se couvrent de feuilles ou se dessèchent. Le temps, bien que chose trèssubtile et qu'on ne peut apercevoir, manifeste son existence par l’action de ses parties sur les fleurs, les fruits et autres objets de même genre. On a donc pris le temps pour un être éternel, unique cause de tous les êtres, et même du nimSfta. a* Les partisans de l 'espace supposent que les quatre parties de l’espace, à l’orient, à l’occident, au sud et au nord, peuvent produire des hommes, le ciel, la terre, et qu’après l'extinction, tout rentre de nouveau dans l’espace. L’éther, le monde entier, tout est espace : l'espace est ce par quoi les hommes et tous les êtres vivent et meurent; rien n’est séparé de l'espace. On a donc pris l’espace pour un être éternel, unique, etc. 3* Les atomes, c’est-à-dire les parcelles de poussière les plus ténues, ont été regardés, par les partisans du Loti kia ye (ce mot signifie conforme au siècle), comme engendrant la forme, la pensée et les autres lois. Ils disaient que les parties les plus subtiles des quatre grands (êtres), c’est-à-dire des quatre éléments, sont éternelles, et capables d’engendrer les êtres grossiers ; que, bien que la forme soit extrêmement subtile, la substance ou matière eiiste; et que tandis que les êtres grossiers du monde sont variables, leur cause, extrêmement subtile, est indestructible. En conséquence, ils soutenaient que ces éléments subtils étaient l’être unique, étemel, etc. h° L'éther, ou l’espace vide, est considéré par les sectaires appelés ore fortes, comme la cause de tous les êtres ; car ils disaient que de l'éther naissait le vent; du vent, le feu; du feu, la chaleur; la chaleur engendrait l’eau; l'eau, la glace; la glace endurcie produisait la terre; la terre produisait les cinq sortes de grains; ceux-ci produisaient la vie; et la vie, en finissant, rentrait dans l’espace vide. Pour eux donc l’éther était l’être éternel, unique, etc. 5* Les sectaires qui se conforment au siècle admettent la semence des éléments, c’est-à-dire de la terre, de l’eau, du feu et du vent, comme ayant pu produire la cause de tous les êtres; ils croient que tous les êtres de l’univers sont nés des quatre éléments, et qu’ils y rentrent après leur destruction. Par exemple, dans le corps (litt. la racine du corps), la partie solide répond à la terre; la partie humide à l’eau ; la partie chaude au feu; la partie mobile (ou la mobilité) au vent. On voit par là que le corps et tous les êtres ne diffèrent en rien des quatre éléments. Ainsi donc la semence des quatre éléments est pour ces sectaires l’être éternel, unique, etc. 6° Le moi spirituel, ou ce que les hérétiques nomment la connaissance du huitième viscère. KJa pi lo et ses sectateurs enseignent, comme on l’a déjà vu, que le principe des vingt-cinq réalités \ ou le principe obscur, a produit l’intelligence; que de l’intelligence est née la pensée du moi; que la pensée du moi a engendré la couleur, le son, l’odeur, le goût et la tact il i té, ou les cinq atomes; que des cinq atomes sont nés les cinq éléments, la terre, l’eau, le feu, le vent et l’éther; que des cinq éléments sont nées les onze racines, l’œil, l’oreille, le nez, la langue, le corps, le mens , la main, le pied, la bouche, l’orifice intestinal cl l’urètre, ce qui, avec le moi * Voy» d-ilwiui. p. 1S1.

1 56 FOË KOUË Kl.

spirituel, fait vingt-cinq principes, dont les vingt-quatre derniers sont nés du moi spirituel et en dépendent comme d’un maître. Us considèrent ce moi spirituel comme éternel, intelligent, éclairé et tranquille. En lui résident l’éternité, 1 indestructibilité; il contient et embrasse toutes les lois (de la nature). Us le regardent donc comme l’ètre unique, etc. 7* Les partisans des Védas reconnaissent 1 excellent vainqueur ou Nârâyana , le plus excellent et te plus victorieux des dieux, celui qui a engendré les quatre familles ou castes. De son nombril sortit un grand nymphéa, et sur ce nymphéa naquit le dieu Brahma, qui eut le pouvoir de créer toutes choses. Le dieu vainqueur est, dans ce système, supérieur à Brahma, et c’est lui qu'on regarde comme l’être unique, éternel, etc. 8“ Les adorateurs du dieu seigneur ( Is'wara ), ou du dominateur des trois mille mondes qui réside dans le ciel appelé Aghanishtâ. Ce sont les sectaires qui se frottent de cendres, et tous les Brahmanes en général, qui regardent ce dieu comme la cause de toutes choses. Ils lui attribuent quatre vertus (tjotma) : la substance ou réalité substantielle, l’ubiquité, l’éternité, le pouvoir de créer toutes les lois (de la nature). Ils disent encore que ce dieu a trois corps : le corps de la loi, ce qui signifie que sa substance est éternelle, universellement répandue et de la même étendue que l’espace vide, ayant le pouvoir de créer toutes choses; le corps qui dispose, parce qu’il est audessus des formes; le corps des transformations, parce qu’il convertit, dans les six conditions, tous les êtres dont il prend la forme. 9* Les partisans de Mahà- Brahnia *.

On compte encore neuf points sur lesquels les hérétiques sont dans l'erreur, relativement à la forme, aux rapports, à la cause, à l’effet, à la vue, ii la nature, à l'enchaînement (destinée), à l'action, à la conduite k, et qui ont été exposés par Tathâgata au très-intelligent Bodhisattwa, dans l’assemblée de Lanka, pour épargner aux siècles postérieurs toute méprise à ce sujet. Ils se trompent encore de vingt manières, à l'égard du nirvdn'a : i* Ils appellent ainsi la mort du corps quand il se détruit, et que la respiration s’arrête, comme une lampe qui s'éteint. 2“ Ceux qui croient que l’espace est le premier de tous les êtres, le nomment ntrrdna, quand l'univers détruit revient k son origine. 3* Ceux qui croient que le vent peut produire, prolonger et détruire la vie, et qu’il a donné la naissance à toutes choses, appellent le vent nirvana, 4* Les hérétiques partisans des Védas croient ainsi qu’on l’a vu. que du nombril du dieu Nârayan'a est sorti un nymphéa sur lequel a paru le prince et aïeul des dieux, Brahma, qui a donné la naissance k tous les êtres vivants et nou vivants, lesquels sont sortis de sa bouche, ainsi que toutes les grandes terres, théâtre du bonheur, des vertus et des préceptes, où sont présentées en offrande des fleurs et des plantes, et des victimes telles que des

' Voyc* ci-dessu*, note » S, pag. »36. — Hotiajrtui k Lemj Aria kinf [ou Livre sacré de Lanka), cité

ki ny. Scai hw von i Irhhao. cités dans le San tmnj fi dans le San ttany fi tou, liv. XXXV, pag. 5 rmo

u, liv. XXXV, pag. 3.

porcs, des brebis, des ânes, des chevaux, etc. La naissance dans une de ces terres s'appelle rii/vda'a, 5° Les hérétiques du / cke na et leurs différentes branches disent que le vénérable maître / che na est invisible de corps et remplit [tous les lieux, et que de ce qui est sans forme et sans apparence, il a pu produire les êtres vivants et non rivants, et toutes choses sans exception. Ils l'appellent donc nirvAn'a. 6® Les hérétiques qui vont nu-corps estiment que la daire et distincte perception de toutes choses dans leurs différentes manières d'ètre, est le nirvan a. 7* Les partisans du Pi chi disent que de la réunion et combinaison de la terre, de l’eau, du feu, du vent, de l’éther, des atomes et autres êtres, naît le monde, avec les êtres intelligents ou privés d'intelligence; que quand il n'y a pas réunion et combinaison, il y a dispersion, et que cette dispersion est le nirvan a. 8° Les hérétiques qui macèrent leur corps, appellent ainsi la fin de ce corps et du bonheur dont il peut jouir. 9* Ceux qui se placent dans la dépendance de la femme, croient que le suprême seigneur Ma i ckeoa lo (Mahû Isuara) a formé une femme qui a engendré les dieux, les hommes, les dragons, les oiseaux, ainsi que l'universalité des êtres qui naissent d’un oeuf, les serpents, les scorpious, les mouches, etc.; que celui qui sait cela est dans le nirvana. io° Les sectaires qui se livrent à des macérations corporelles [tapasvi), pensent que les péchés et le bonheur ont une lin ; que la vertu même eu a une, et que c'est là le nîrrdn'a. 1 i° Les sectaires que l’on nomme ail par, croient que les passions ont un terme : ils s’attachent donc à la prudence ( pradjna ), qui est pour eux le ninAn'a. 12* Les sectateurs de Ma tho lo croient que leur maître Nârtfyan’a a dit : C’est moi qui ai fait toutes choses; je suis l’être par excellence au milieu de tous les êtres. J'ai créé tous les inondes. Les êtres vivants et non vivants sont nés de moi; et quand ib retournent dans an autre lieu ( paratra ), cela s’appelle nirvéna. 1 3° Les partisans de Ni kian tseu disent qu’il est né en premier lieu un mâle et une femelle, et que de leur union sont nés tous les êtres tant animés qu’inanimés; que quand ils se séparent, et retournent, en se détruisant, dans un autre lieu, c’est le nirvana. 1 Les sectateurs du Seng kia ( Sunkhya ) admettent les vingt-cinq principes*, comme étant la cause de la nature et ayant formé tous les êtres, et c'est ce qu’ils appellent nirvâna. 1 5® Les sectateurs de A/a i cheou lo (Mahâ Is'wara) disent que c’est en réalité le Brahma qu’a produit Nârâyana qui est la cause. Ce qu'on appelle Brahma et Nârâyana sont les souverains dieux et seigneurs, la cause de la naissance et de l'extinction ; toutes choses naissent du seigneur et s’éteignent par le seigneur : il est donc le nirvâna. 16® Les sectaires qui n'admettent pas de cause , disent qu’il n’y a ni cause ni effet qui aient engendré tous les êtres ; qu’il 11’y a point de cause impure ni de cause pure; que les aiguillons d’une plante épineuse et les couleurs du paon ne sont l’ouvrage de personne, qu'ils existent d’euxmémes et ne sont nés d'aucune cause. 1 7® Les partisans du temps disent que le * Voyti ci-deut», p»g. i5a.

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temps mûrit tous les éléments, qu’il forme tous les êtres, qu’il les disperse. Il est dit dans les livres de ces sectaires, que frappé de cent flèches, si le temps n'est pas venu, on ne mourra pas; et que s’il est venu, le contact de la plus petite plante fera mourir immédiatement. Toutes choses naissent par le temps, mûrissent par le temps, s’éteignent par le temps. 180 Les sectateurs de l’eau croient que l’eau est le principe de toutes choses, quelle a formé le ciel, la terre, tous les êtres animés et inanimés, quelle peut faire et détruire; ils l’appellent donc nindna. 19* Les partisans du système de l'éther pensent qu’il est la cause de toutes choses; cpie le premier de tous les principes est l'éther; que de l'éther est né le vent, puis successivement tous les éléments, comme il a déjà été dit. La terre engendre toutes les semences et herbes médicinales selon leurs espèces, au nombre desquelles sont les grains qui produisent la vie, qui, après s cire alimentée, rentre dans l’éther. 90° Les sectaires qui croient au / In tchha ( An'd'a ), pensent que primitivement il n’y avait ni soleil, ni lune, ni étoiles, ni terre, ni éther. Il y avait seulement une grande eau. Le grand An tchha y naquit, ayant la forme de l’œuf d'une poule, tout entouré de couleur d’or; quand il fut parvenu à maturité, il se partagea en deux fragments, et Brahma naquit entre-deux, ainsi qu'on l’a vu plus haut. Quand les êtres animés ou inanimés se dissipent et se perdent dans l'autre lieu, cela se nomme nrrvdn'a *.

Indépendamment des opinions erronées qu'ils professent sur des points de doctrine, il y a des pratiques que les sectaires regardent comme propres à leur assurer des mérites réels. On compte six sortes de macérations en usage chex les hérétiques. »° Ils se refusent le boire et le manger, et souffrent longtemps la faim et la soif, se persuadant vainement qu'ils acquièrent ainsi des droits à une récompense. a0 Ils se plongent dans des sources froides. 3° Ils endurent des brûlures en différents eudroils du corps, ou aspirent par le nez des vapeurs brûlantes. lx * Us demeurent perpétuellement assis, nus et bravant le froid et le chaud. 5® Ils choisissent les cimetières et les bocages funéraires pour leur demeure, et s’y astreignent à un silence absolu. 6° Il en est qui prétendent avoir été, dans les générations antérieures, des bœufs et des chiens, et qui gardent en conséquence ce qu’on appelle les préceptes du bœuf et du chien, c’est-à-dire qu’ils broutent l’herbe et boivent de l’eau impure, dans l’espoir de renaître au ciel b.

U y a cinq sortes de doutes auxquels sont enclins les hérétiques, et que l’on nomme les cinq pensées coupées ( cogitation uni prœcisiones). i° Ils doutent de Foë; ils raisonnent ainsi : « Foc est-il grand? Est-ce Fou lan na ou tout autre qui est «1 grand? » Ce qui revient à blasphémer et à détruire en soi les bons principes (racines) des pensées. Ces hérétiques croient que toutes les lois sont sans existence,

* Thi pho Phou là, Chjf Img kia king, If ai f«w tiao h Ta ni phan king, cité dans le San tsangfd «mi.

hfung. Ni phan king. cité* dam le .San hangjd ton, iiv. XXVII, pag. i s trno lir. XLVT , pag 10.

comme le vide, et ue sout sujettes ni à la naissance ni à l’extinction. i° Ils doutent de la loi, se demandant si c’est la loi de Foë qui est la meilleure, ou si c’est celle des Vcdas. Les Védas ( W et tho), dont le titre signifie discours de science,

sont des compositions remplies de la fausse science des hérétiques. 3° Ils ont des doutes sur les Seng (Sanga) , ue sachant si les disciples de Foë doivent l’emporter, ou si les disciples de Fou fan na méritent la préférence. De cette manière ils ne croient pas aux trois (êtres) précieux. Bouddha, Dharma, Sanga, et l’on dit ailleurs* que c’est un péché irrémissible; que les hommes stupides et ignorants qui, dans leur vue perverse, ne croient pas aux trois êtres précieux, et qui sont sans droiture et sans piété filiale, ont en eux le principe de tous les crimes, qu’ils s’exposent à tous les châtiments; qu’à leur mort, ils sont aussi assurés de tomber dans les conditions mauvaises \ qu'on l'est de voir l’ombre suivre le corps. Ce crime est de ceux dont on ne saurait être délivré , quelque désir que l’on en éprouve. h° Ils doutent des préceptes : au lieu d’avoir confiance aux préceptes, ils se demandent s’il ne serait pas plus utile de s’attacher à la pratique dite de la poule et du chien, et qui consiste à se tenir sur un seul pied comme la poule, ou à sc nourrir d’aliments impurs comme le chien, ou à d'autres austérités, qui les font renoncer aux lois de l’honnêteté. 5” Ils doutent de la vérité des enseignements, c’est-à-dire qu’ils balancent entre les enseignements de Foë et ceux de Fou lan na e.

Suivant ce que rapporte le maître de la loi Seng tchao , huit cents ans après que Foc fut entré dans le nirvâna, les hérétiques se multiplièrent; il s’éleva des sectes violentes; de mauvaises doctrines opprimèrent la vérité et troublèrent la saine raison. Ce fut alors que Deva Bodhisattwa , disciple de Loung chou ( Naga krôchouna ) composa le livre intitulé Pi lan (les cent discours), pour défendre la vérité et fermer la route à l’erreur

Quelque longue que soit cette note , on ne la trouvera peut-être pas trop étendue, si l’on veut considérer que les passages qui y sont rapportés, en nous montrant les opinions que les Bouddhistes traitent d’hétérodoxes, nous mettent sur la voie pour mieux juger celles qui constituent à leurs yeux l’oilliodoxie. C’est une manière détournée, mais assez sûre, de connaître à fond une doctrine, que de rassembler tout ce que ses partisans jugent erroné dans les doctrines qui leur sont étrangères. Au reste, parmi les passages des auteurs chinois relatifs à ce que les Bouddhistes nomment hérésies, je n'en ai trouvé aucun qui fût plus particulièrement applicable aux pyrolâtres de la Perse, dont il paraît que certaines légendes écrites en mongol font mention sous le nom de Tarsa •.

* Fi yuan teku lin, cité dans te Sa* tsanç fi «jb, liv. XXIX, pag. *8.

* Voyez ci-dessus

* Tckhing chf Ion, cité dan» le San ttang fi ion. liv.'XXïV, pag. 9 ver ta.

* .San tutng fi soa, chapitre des San lan, ou trois discours, liv IX, pag. i5 vmo.

* Comparez Vie de Bouddha, dan» les Mém. relatif» à l’Asie . de M- Klaproth, tozn. II, pag. 81

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(12) Un grand rugissement.] Ce prodige a de la célébrité, et il y est vraisemblablement fait allusion dans un livre que j’ai trouvé cité quelquefois, mais dont j’ignore la date et le sujet spécial, parce qu’il n’est pas compris dans la bibliographie bouddhique de Ma touan lin \ non plus que dans le catalogue intitulé Soaï thsoa thartg chou mou \ lequel comprend les titres de mille trois cent quatrevingt-dix-huit ouvrages religieux, avec des notices littéraires. Il est intitulé Ta fang kouang ssc tse a heoa king, c’est-à-dire, selon toute apparence, en sanscrit, Maha vmpoufya siiütanâdanâdi.

11 y a un Bodhisattwa dont le nom, Sinhanâdanâdi (rugissement du lion*), parait se rapporter à une circonstance semblable. Le rugissement du lion sert de point de comparaison, sous onze rapports différents, à la prédication de la loi par Bouddha d.

(2 3) La nourriture divine.] Dans le texte, la nourriture des dieux ou les

aliments célestes. Cette expression ascétique désigne vraisemblablement la contemplation, ou la méditation appliquée aux plus sublimes perfections de l’intelligence. A l’origine du monde , les /Mas du monde des formes ne faisaient point usage des aliments grossiers dont on se nourrit à présent; mais ils se sustentaient par la pure contemplation; c’est ce que nous apprend le passage suivant de Sanang setsen* :

(2 à) Les hommes du siècle.] les hommes de la génération ou du siècle. On

désigne ainsi le commun des hommes, par opposition aux saints de différents degrés, qui ont su sc délivrer des liens corporels, et qui sont garantis de toutes les infirmités humaines.

(a5) Ses cheveux et ses ongles.] Comparez la relation de Hiuan thsang, description d 'Ayodhya, de Sou Ion kin na et de Kiu pi chouang na. Les cheveux, les ongles et les dents des Bouddhas, des Bodhisattwas et des autres saints sont les reliques les plus ordinairement indiquées, et au-dessus desquelles on élevait des sthoûpa.

(26) Les trois Foi du temps passé.] Les trois Bouddhas qui ont précédé Shakva rnouni dans l’âge actuel, sont karkoutchanda, kanaka mouni et Kâsrapa.

d Voy. le Litre du Sindnu. liv. XX Vit, cbap. du titre de roi. cité dans le San ttangfâ sou. liv, XLIII ,

* GesckickU drr Oit-.Vpnyolrn , pag A

• Voy « Wen hian Ihnuug khao. liv. CCCXXV1 el CCCXXXVII.

‘ Chin i tka. liv. XCY-CI.

* Focah. pentaijl. seel. ix, art. 18- — Sun Uantj JA ton. lit. XXIX, pag. a5 tenu.

(37) Chy kia uen. ] On dit indifféremment Chy kia mouni et Chy kia wen, le Solitaire ou l’ornement de la maison de Skâkya ; car Shàkya est le nom de la famille où naquit le dernier Bouddha, et non pas le nom individuel de celui-ci : c'est abusivement et. pour abréger qu’on l'emploie en ce dernier sens.

• I) y a un très-ancien Bouddha du nom de Skâkya, au temps duquel notre Bouddha commença la période de son existence que l’on nomme les trois Asankhyat\ il s’appelait alors Ta kouang ming, le très-lumineux. C’est un fait peu remarqué que cette application d’un même nom à deux ou plusieurs personnages du rang de Bouddha ou de Bodhisattwa. Il y a ainsi deux Amitabha, deux Shàkya mouni , deux AvalolitcsVara , etc.

(a 8) Un dragon.] Le mot chinois Loang répond au terme indien j \âga. L’idée d’un être fabuleux, analogue aux reptiles par la forme générale de son corps, mais doué de la faculté de voler, est bien plus ancienne à la Chine que la religion de Bouddha. Il pourrait être curieux de rechercher si cette idée avait été apportée de l’Inde dès la plus haute antiquité, et si le nom même de cet animal fantastique, Loung, n’est pas une altération du sans^it Nâga. Il n’est pas question du rôle que les dragons jouent dans la mythologie nationale des Chinois, mais de celui qui leur est assigné dans les fables bouddhiques.

Il y a huit classes d’êtres intelligents auxquels la doctrine léguée par les Bouddhas peut devenir profitable et assurer les bienfaits de la délivrance finale : ce sont ces huit classes que l’on désigne comme assistant en foule (comme les arbustes d’un bocage) aux prédications et aux assemblées des saints des trois translations, c’est-à-dire des S’ràvakas, des Nidàna Bouddhas et des Bodhisattwas : i° les dieux (Dévas); a° les dragons [I^oung, Nàgas); 3° les Y é cha (Yakshas) ; k° les Kan thà pho (Gandharvas); 5° les A sieoa lo (Asouras) ; G" les Kia leon lo (Garourasj; 7* les Kin na lo (Kinnaras); 8* les Ma heoa lo kia (Mahoragas).

J'aurai, dans la suite de ces notes, l’occasion de revenir sur ces différentes classes de génies e : je ne dois parler en ce moment que des Nâgas, qui occupent, comme on voit, une place parmi les êtres supérieurs à l'homme et doués de raison. Ce sont, dit-on, des animaux intelligents. Dans le livre du Paon ( Khoung tsiô king), le livre des grands Nuages ( Ta y an king), et d'autres livres sacrés, on trouve des dragons nommés par leurs titres, et leurs rois sont désignés comme protecteurs de la loi de Bouddha11. 11 y a dans la mer cent soixante et dix-sept rois des dragons. Le septième est nommé So kié lo, c’csl-à-dirc , mer salée (Sahara); il est le dix-neuvième des vingt dieux, et le plus puissant des rois des dragons. C’est lui qui,

* Comparez ci -dessus, chap. X, noie — Voyez aluni Euai sur la Cosmologie samatui nne. inséré dans le Journal des .Saidiiti de i83i; octobre, psg. S97- 616; novembre, pag. 668-G7 .4 ; décembre, pag. 716.

k Mi iho king jou tekkao , liv. IV, pag. 39 verso.

* Voyez ci-dessus, chap XVI, note 36, pag. it>. 4 Fan f mil vj i. iit. II, cbap. des huit classes, cité dans le San tsawj fd sou. liv. XXXIII, pag. i3 verso.

162 FOË KOUË Kl.

quand les Bodhisattwas résident dans les dix Terres (ou. degrés d’unification), apparaît avec son corps de dragon et au-dessus de l’Océan. S’il vient à pleuvoir, c’est lui qui répand (dans le ciel) des nuages serrés, dans le but de faire en sorte que la pluie soit profitable à tous. 11 suit constamment les assemblées de Bouddha; il est défenseur de la loi et protège les peuples, ce qui lui procure de grand» avantages. Le palais qu'il habite est orné des sept choses précieuses, et offre la même magnificence que ceux des dieux \ C’est dans ce palais que les dragons recueillirent le livre appelé Hia pen king, ou le dernier volume, après les prédications faites par Maûdjousri et par Ananda ; et c’est là que le Vil le Bodhisattwa Nâga kochouna , lorsqu’il eut pénétré dans le palais des dragons. Ce livre était partagé en trois parties ou volumes : le supérieur, le moyen, et l’inférieur. L'inférieur contenait cent mille gâthâs, distribués en quarante-huit classes. Nâga kochouna les retint dans sa mémoire, et les publia dans le monde Là sont encore conservés des livres d’une étendue merveilleuse, puisque l’un d’entre eux contient autant de gâthâs qu'il y a d’atomes dans dix grands chiliocosmes , et autant de sections qu’il y a d’atomes dans les quatre continents du monde f.

Les dragons peuvent naître de quatre ^|panières : d’un œuf, d’une matrice, de l’humidité, par transformation, selon qu'Üs habitent à l’orient, au midi, à l’occident ou au nord de l’arbre Tcha che ma li (troupe de cerfs). Leurs palais sont tous ornés des sept choses précieuses J. Ils jouissent, comme les autres créatures supérieures à l’homme , de la faculté de se transformer, hormis dans cinq occasions particulières, qui ne leur permettent pas de cacher leur forme : 1* à leur naissance; a0 à leur mort; 3* au moment de leurs ébats; quand ils sont animés par la colère; 5* quand ils se livrent au sommeil. On raconte à ce sujet que dans le temps où Bouddha était avec les Sangas dans le jardin Kÿ kou toû, il y avait un roi des dragons de la mer, qui, ayant revêtu la forme humaine, était venu demander à embrasser la vie religieuse. Les bhikchous, ignorant qu'ils avaient afTaire à un dragon, le reçurent conformément à sa demande. Le dragon religieux se retira pour se livrer à la contemplation; mais les dragons sont d'un tempérament trèslourd : celui-ci s’assoupit, et perdit ainsi la faculté de cacher sa forme naturelle, et son corps remplit toute la chambre. Les bhikchous qui demeuraient avec lui, étant venus à rentrer dans la maison, furent saisis d’épouvante en l’apercevant. Es poussèrent de grands cris pour appeler leurs compagnons, et le dragon s'étant réveillé, l'éprit la figure d’un bhikchou, et s'assit les jambes croisées pour continuer ses méditations. La disparition du dragon et l’apparition du religieux renouvelèrent l'effroi de l'assemblée , et on alla rapporter la chose à Bouddha. « Ce n'est point un

‘ 77«ùin Ickhûimn ou l'i/ütotne (Ut dieux, citée dans le San tsanyfî tou. liv. XL VI, pag. 1 8 verso.

h Hoaayun king tou. liv. III, chap. Yuuit/j tseu. dlé dans le Sfla tsang jd <ou , liv XXXVI, pag. a 4.

• Ibid. pag. 1 4 verso. — Cf. Mélanges asial. tom. I , pag. 1 48

* Kki chi i pen keng. liv. V. chap. Ou Oeu . cité dans le Sun tsang JS tou. liv. XVIII, pag 3 veno.

« homme, dit cclui-ci, c’est un roi des dragons. » Il l’appela ensuite et prêcha en sa faveur, puis il lui ordonna de retourner au palais des dragons, et défendit aux bhikchous de faire embrasser désormais la vie religieuse à aucun dragon. Ce fut pour Bouddha l'occasion d'expliquer les cinq circonstances attachées à la destinée de cette classe d'êtres*.

Les dragons sont les rois des animaux à écailles et de ceux auxquels on donne le nom d’insectes. Ils peuvent se cacher ou briller d’un vif éclat, prendre une taille plus grande ou plus petite; mais ils sont sujets à trois fléaux qui troublent leur existence. Ils redoutent les vents brûlants et le sable échauffé, qui consument leur peau et leur chair, et leur causent dans les os les plus vives douleurs. Ils sont exposés à tomber au milieu des tempêtes, qui leur font perdre les ornements qui parent leurs vêtements , et mettent leur corps à nu , ce qui leur est infiniment désagréable. Enfin, ils craignent que le Garouda, tandis qu'ils sont à se jouer, n’entre dans leur palais, et ne saisisse les petits dragons qui viennent de naître, et dont il fait sa nourriture h.

On verra, dans la suite de ces relations, beaucoup d’aventures fabuleuses où figurent des dragons de l'un et de l’autre sexe : elles seront pour nous l'occasion de revenir sur ce sujet.

(29) Cinquante y eou y an.] Environ soixante et dix lieues communes de France.

(30) Limite du feu.] Dans le texte, //o hng. La distance considérable

énoncée ci-dessus, si elle n’est pas fautive, nous reporte sur les limites septentrionales de l'Inde , ou même au Tibet , dans la direction des sources du Gange.

Il y a sans doute, dans le nom du mauvais génie, Limite da feu, une allusion à quelque légende qui a jusqu'ici échappé à nos recherches, et peut-être quelque souvenir d'une éruption volcanique, ou du moins de la présence d’eaux thermales, comme on en trouve dans les chaînes méridionales de l'Himâlaya. Le P. d’Àndrada raconte, sur l'élément du feu, une fable qui se rapporte à une source chaude, située presque dans les mêmes contrées*, lîn pays nommé Agniya est compris dans l’énumération des pays du nord de l’Inde'1. Agni déva, ou le dieu du feu , résidant à Agni poura, est mentionné parmi les divinités du Népal \

(3 1 ) Seng ha tan.] Sangâgaram, temple bouddhique. Voycx chap. UT, note 5.

(3a) Py tchi foi. ] On a déjà vu qu’on nommait ainsi une classe de saints qui

• l'ii<yooft ui ko à kiny. cité datas le San isajuj fà tôt. Ht. XXIII, pag. *3.

k Tchoa hny yo tiy. liv. XII, cité dans le Son Uaiy fi soa. Ht. XII , pag. 8 veno.

* Voyages aa Tibrt, pag- i o.

4 Markanday Pour-An a. cité par Ward, A View on Ilittory of the liindui, ton». II, pag. 1 1.

* Atiat. Retearck. loin. XVI, pag. 466, noir 37.

ai*

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occupe un rang très-éminent dans la liiérarchie bouddhique. L’expression sanscrite est Pratyeka-bouddha4, en pâli Patcheka-bouddha, en mongol Pradigaboud*. M. Schmidt n'a pas reconnu cette dernière forme, et s’est borné à la transcrire sans la rapporter à son origine*. C’est vraisemblablement de la forme pâli patcheka, que les traducteurs chinois ont tiré le mot Py Ichi ; mais il se présente là une difficulté : ces traducteurs prétendent que le terme fan entier est Py tchi kia lo ce qui donnerait une forme inconnue en sanscrit, Pratyekara, et ce qui ne répondrait plus à l’analyse qu’on fait eu chinois du nom sanscrit. Quoiqu'il en soit, quand les auteurs des versions chinoises, au lieu de se borner à transcrire ce mot, veulent en donner l'interprétation , ils en rendent le sens de trois manières , ce qui permet de supposer quelque équivoque dans le radical sanscrit. Ils prétendent que Py tchi foi signifie Yuan kiô, intelligence complète; * uan intelligence produite par la

destinée {ou l'enchaînement des causes); et Tou kio, intelligence isolée ou

distincte. Cette triple traduction doit tenir à quelque sens équivoque du radical sanscrit ; la dernière est la seule qui s’accorde complètement avec le sens bien connu du mot Pratyeka.

Quoi qu’il en soit, la place que les Pratyeka-Bouddhas occupent dans la hiérarchie des saints, est fixée avec précision par les livres bouddhiques. Il y a cinq fruits qui mettent ceux qui les ont recueillis, sur la voie de revenir au suprême Bodhi; et l’on donne des noms particuliers aux degrés de perfection que représentent ces cinq fruits. Le plus humble est celui des S rotâpanna, qui ont encore 80,000 kalpas à parcourir avant d’être complètement affranchis de l'influence des erreurs et des passions. Au-dessus d’eux sont, toujours en s’élevant, les Sakridûgdmî, les Anagâmi et les Arhan. Au-dessus de ceux-ci sont les Pratyeka-Bouddhas, qui ont recueilli le cinquième fruit. Ils ont à jamais renoncé aux erreurs des trois mondes, aux désirs, à la colère, à la haine, à l’ignorance; et quand ils auront traversé dix mille kalpas, ils obtiendront le premier degré au-dessus duquel il n’y a rien*. Bouddha luimême a dit ; «Cent méchants ne valent pas un seul homme vertueux; mille « hommes vertueux ne valent pas un seul observateur des cinq préceptes1; dix mille « observateurs des cinq préceptes ne valent pas un S rotapanna; un million de S’ro- <1 lâpannas ne valent pas un Sakridâgâmi; dix millions de Sakridâgâmis ne valent « pas un Ànâgâmt; cent millions d'Anâgàmîs ne valent pas un Arhân; un milliard « d'Arhâns ne valent pas un Pratyeka- Bouddha. « Mais il ajoute ; « Dix milliards de « Pfatveka-Bouddhas ne valent pas l’un des Bouddhas des trois temps, c’est-à-dire «du temps passé, du présent et de l’avenir; et cent milliards de ces Bouddhas

* Atiatk Hnrarch. loin. XVI, pag. 445.

* Foculutairr pcnlagh>Ur , gcct. xu.

* Gt! dichit lier Utl- Mongclm , pag. 4ig, 47a.

4 San fiony fâ *w»j liv. XXXXT. pag. 1 8 et pas».

* Livre du y ru mi Sirvâua, cité dans le San Uang fâ sou. liv. XXII, pag. 3 ». — Compare! ci-dmo», XU1, i3.

'Votez XVI,»*.

<i ne valent pas l'être exempt de pensée, de localité, d’action et de manifestation *. »

Le Yuan kiô, par la contemplation des douze Yuan (Nidânas) , se délivre de l’assujettissement du moi et des autres erreurs ) , connaît et comprend

le véritable vide (la substance spirituelle) et la nature du Nirvân’a. C’est ainsi qu’il est porté hors de l’enceinte des trois mondes : c’est son yâna ou moyeu de translation dans le Nirvân’a k; et comme ce sont les yuan (les douze degrés de la destinée individuelle) qui lui en tiennent lieu, on le nomme pour cette raison ïaan frio, ce qui semblerait être la traduction de Niduna-Bouddha.

Les Toà kiü paraissent aux époques où il n’y a point de Bouddhas. Ils sont isolés et livrés à eux-mêmes dans la contemplation des choses et de leurs vicissitudes , et c’est sans maître et par leur propre entendement qu’ils parviennent à comprendre le véritable vide; de là leur dénomination de Toii kiô (Intelligence isolée), apparemment Pratyeka-Boaddha. Les hommes parvenus à ce degré rte peuvent opérer que leur salut personnel ; il ne leur est pas donné d’atteindre à ces grands mouvements de compassion qui profitent à tous les êtres vivants sans exception et qui sont le propre des Bodhisattwas. Telle est la limite posée aux efforts des Toil kiô, et c’est ce qui fait qu'ils ne deviennent pas Bouddhas (immédiatement)4.

Les Tou kiô et les Yuan kiô sont nommés concurremment dans un même passage*, ce qui semble prouver qu’au moins les Bouddhistes de la Chine ont établi quelque distinction entre les Nidânn-Bouddhas et les Pratyeka-Bouddhas , distinction qui toutefois n’est nullement justifiée en cet endroit même.

On distingue deux sortes de Tou kiô : ceux qui font classe ou troupeau, c’est-à-dire qui, à l’exemple des cerfs, s’occupent de leurs semblables et regardent derrière eux si on les suit; on les nomme en sanscrit Yarggatchdri . Les autres ne songent qu’à leur propre salut, et n’entretiennent aucune pensée relative au salut des autres hommes; on les compare à l’animal qui n’a qu’une corne (Khi lin en chinois), et on les uomme en conséquence Khadgaris’ûnâkalpa, Pratyekas semblables à la licorne f.

La contemplation des douze Nidânas, telle que la font les Yuan kiô, est un point important mais difficile à éclaircir. 11 serait intéressant de déterminer comment la succession de ces douze causes et effets conduit l'esprit à saisir la nature du véritable vide ou de la substance spirituelle; mais je ne trouve à ce sujet qu’un passage conçu en termes presque énigmatiques : le Tuan kiô voit que YAridyA (igno-

* ckf eal trhan/f king. pag. 4 ».

b Houa yan y Urktng kit w i.fen l«i tchung. ôté dans le San twngfa taa. liv. XXII, pag. 16, 17, 18».-— Sur Yina, voye « II, 4.

* K if ou king 9 Iching pao itncj lun. c.hap. III, cité dans le San tsangfi tou, liv. XVIII, pag. 4 ».

* Hoi ta \ an king son, liv. 1, cité dan» le San isang fi job, liv. XX , pag. a5. — Houa yan king sotü yan i

tchhao, liv. 111, cité dans le Santsangfl u>a. liv. XXII, pag 1 ».

* Ltng yan king, liv. AT, cité dan» le tsang fi job. liv. XLYIII pasa.

1 Vocabulaire pentagloUe . XIX. — Sy hiuan ki (ouvrage qui nVst point compris dans la collection sacrée), cité dans le San tsang fi sou , liv, VII, pag. s.

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rance) parvient au DjArâmarariam (vieillesse et mort), et qu’ ainsi naissent les doute Nidànas. H voit ensuite que l'extinction de VÀwtyA conduit à l'extinction du DjârAmaranam, et il comprend ainsi qu’il n'y a ni naissance ni mort, ou il comprend ce qui n’est sujet ni à la naissance ni à la mort, c'est-à-dire la nature spirituelle*. La perfection à laquelle les Yuan kio sont arrivés, leur exemption des vicissitudes de la vie et de la mort, la faculté qu’ils ont de devenir hommes ou dieux, les rendent dignes d’adoration ; aussi sont-ils du nombre des huit classes d’êtres en l’honneur desquels on bâtit des tours h. Les sept autres classes sont les Bouddhas, les Bodhisattwas , les Arhan, les Anâgâmi, les Sakridâgâmi, les S’rotâpanna, et les rois Tchakravatii.

Par tout ce qui précède, on voit que le mot de Bouddha, qui entre dans le nom des Prafyeka-Bouddhas , n’en doit point imposer sur la véritable condition de ces personnages, et qu’ils sont bien éloignés de pouvoir être classés parmi les Intelligences absolues. C’est donc une grave inexactitude que de dire avec M. Schmidt : « Les livres bouddhiques font une grande différence entre les u divers Ëouddhas, non sous le rapport de leur sainteté, mais sous le rapport de « leur activité pour le salut des êtres vivants, » et de comprendre dans cette classe les S’ravakas et les Pratyckas*. La confusion n’est pas sauvée par les distinctions qui suivent, et l’on vient de voir qu'il en faut établir d’autres entre les Bouddhas et les Pratyekas, séparés dans la hiérarchie des saints par les Bodhisattwas qui sont infiniment au-dessus des seconds, quoiqu'ils soient encore bien inférieurs aux premiers.

(33) La terre du Ni houan.) Le lieu où le Pratyeka-Bouddha, dont il vient d’être parlé, avait passé dans le Nirvân’a, c’est-à-dire où il était mort, vraisemblablement sur un bûcher, comme on le verra plus bas pour Shàkya mouni.

(3 à) Oà l'on a fait sécher les habits,] Comparez le chapitre VIII, note 7.

* Fd hom king, liv. II, chap. des comparaisons tirées des plantes , ci lé dans le Son tsany fd son, liv. XI, pag. 9 v.

* Fan y ming i, cité dans le San Uang fà jou. liv. XXXII, psg. a6.

• Ueber einitjt GrmdUhren des Buddhaismns. Zweit- JbhanJl. (lu le i5 septembre i83o). Mémoires de l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg, totn. I, pag. té»

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