CHAPITRE XVIII
Ville de Ki jao i. — Rivière Heng. — Forêt de Ho li.
Fâ Ilian s’arrêta dans le temple (») du dragon et y séjourna quelque temps. Quand son séjour fut fini , il se dirigea vers le sud-est ; et ayant fait sept y cou y an, il vint à la ville de Ki jao i (a). Cette ville touche à la rivière Heng (3). Il y a deux seng kia lan (4) qui sont entièrement consacrés à l’étude de la petite translation (5).
A l’ouest de la ville , à la distance de six ou sept li, et sur la rive septentrionale de la rivière Heng, est un lieu où Foë prêcha en faveur de ses disciples. La tradition porte que c’est dans cet endroit qu’il a discouru sur l'instahilité (6) et sur la douleur (7), sur la comparaison du corps avec une bulle d’eau (8), et sur quelques autres sujets semblables. En ce lieu, on a élevé une tour qui subsiste encore actuellement.
En passant la rivière Heng, et se dirigeant au midi l’espace de trois yeou yan, on arrive à une forêt nommée IIu li. Foë y a prêché la loi. On a élevé des tours dans tous les lieux qu’il a traversés, où il a marché, où il s'est assis.
(1) Le temple.] Le mot du texte est jq Tsinj che, maison pure ou sainte. On donne ce nom aux seng kia tan { III , 5 ) , parce que ceux qui modèrent leurs pensées, c’est-à-dire les Samanéens, y font leur demeure. Il y a cinq Tsing che plus célèbres que tous les autres, et dont il sera parlé dans les chapitres suivants : ce sera une occasion pour revenir sur ce mot.
(a) Ki jao i.] Ce nom, que les Chinois n’expliquent pas, est identique avec
celui de Ka jo hÜ tche, dans la relation de Iliuan thsang. [C’est la transcription du nom sanscrit de la ville de Kanoadje ou plutôt ct^lc^l Kanyâkoabdja, qui signifie Jille bossue. Cette étymologie sc rapporte à une légende selon laquelle les cent filles du roi Koasanâbha, qui y régnait, furent toutes rendues bossues par fYiyou, parce quelles n’avaient pas voulu se soumettre à ses désirs effrénés. Kanyâhonbdja est la même ville que Ptoléméc (liv. VII, chap. a) appelle K aroyÇa, et qui de nos jours porte le nom de Kinnodje ou Kanoudje. Elle est située sur la droite du Gange, par 27” 4' lat. N. et 8a" 9' i5" long. E. de Paris. Le nom de celte ville se trouve aussi écrit Kanardji dans les livres sanscrits du moyen âge. Les ouvrages bouddhiques chinois traduisent Kanyûkoubdja par Lhiunia tchhing, ou ville des femmes
bossues. Dans celte ville, disent-ils, il y avait autrefois IVrmrte du grand arbre qui maudit quatre-vingt-dix-neuf femmes, lesquelles au même moment devinrent toutes bossues : c’est de là que vient ce nom. Foë descendit ici du ciel Tuo li (Trayastrinsha) où il avait prêché la loi; c’est pourquoi ou y a élevé une tour, qui est la cinquième parmi les huit grandes tours de Bouddha \ — Kl.]
(8) Im rivière Heng.] On <1 vu (VII, a) que les Chinois nommaient le Gange Heng ou Heng kia, et que le nom sanscrit, dont ces deux mots offraient la transcription, signifiait selon eux, renu de la maison céleste, parce que ce fleuve coulait d’un lieu élevé, c’est-à-dire du sommet des Montagnes de neige*. Nous ne répéterons pas ce qui a été dit dans cet endroit au sujet des sources du Gange e. Il y a une nymphe qui préside à cette rivière et qui en porte le nom; elle n'avait pas de nez et discernait très-bien les odeurs. Ce trait est cité pour faire voir que quand l’organe d’un sens nous manque, les autres y peuvent suppléer. Il est parié de même < Ysinarodha , qui, bien que privé des yeux, n’en voyait pas moins tout ce que contient un triple cbiliocosme, comme on distingue un fruit placé dans la main; du Naga Pa nan tho (Vananda), qui entendait sani le secours des oreilles; de kiao fan pa ihi (Kavanpati), qui ruminait comme un bœuf et ne laissait pas de discerner les saveurs; du génie de l’espace vide (S’ounyâta), qui , sans corps, était sensible aux corps extérieurs; et de Mâha Kâsyapa, qui n’avait pas besoin du mens pour connaître toutes les lois de l’univers4.
(4) Seng kia fan.] Voyez III, 5.
(5) La petite translation.] Voyez II, 4.
(6) L'instabilité. ] Proprement, dans le texte, la non-durée, la non-éternité, en
* Pi fa ling thà king. cité dans le San Isang Jà so a. liv. XXIV, p. i3 e. — Leng yan king. cité 1. XXVIII, liv. XXXI, pag. G. p. 2. — * Comp. Jfèm. des Mission, t. XIV, p. 176.
h Ta i tsang ÿ lan, cité dans le £an isang fi sou. 4 Leng yan king. cité au même endroit.
sanscrit anidyam, est une des conditions fondamentales de l’eiistence relative', ou, comme parlent les Bouddhistes, une des quatre réalités reconnues par Shâkya mouni. (Ce sujet sera traité à fond dans une des notes du chapitre XXII.)
(7) La dou/enr.] Une des quatre réalités reconnues par Shâkya, en sanscrit douhkham \ Voyez la note précédente.
(8) Avec une bulle d’eau.] Shâkya reconnut que le corps de l'homme, formé de la réunion des quatre éléments, n'avait pas plus de solidité qu'une bulle; mais cette observation fut faite par lui dans scs promenades autour de la ville de Kapilavastou (XXII). Il reprit apparemment ce sujet, ainsi que les dpux précédents, dans les prédications qu’il fit près de la ville de kanoudje.
* l oraiaZain? pe ntaylotte. sec» uni , o* 3 . — * Ibid. o° 1 .