‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 43 sur 112 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

ressentiment, se dirent : Les Cha men prennent nos lanternes et s’en servent pour les honneurs qu'ils rendent à Foê; pourquoi ne nous y opposerions-nous pas? Les Brahmanes donc se mirent la nuit à attendre; mais ils virent les dieux et les génies qu’ils adoraient prendre eux-mêmes les lanternes, faire trois fois le tour du temple de Foê et honorer Foê, puis disparaître tout à coup. Les Brahmanes apprirent ainsi à connaître la grandeur de Foê et celle des génies, et, abandonnant leurs familles, ils entrèrent dans la religion.

La tradition rapporte qu’à une époque voisine de cet événement, il y avait autour du temple de Tcht hounn quatre-vingtdix-huit sent) kia lan, tous pourvus de logements pour les religieux, et qui n’étaient vides qu’en un seul endroit. Dans le royaume du Milieu (3»), il y a quatre-vingt-seize sortes de sectaires qui tous connaissent le monde actuel (3a). Chaque secte a ses disciples qui sont nombreux; ils mendient leur nourriture, mais ils ne portent pas de marmite (33). Ils cherchent aussi le bonheur dans les déserts et sur les roules, et ils y établissent des maisons pour fournir aux voyageurs le couvert, des lits et de quoi boire et manger. Les hommes qui ont embrassé la vie religieuse y logent pareillement en allant et venant; mais le temps durant lequel ils sont hébergés ainsi n’est pas le même (que dans les monastères). Tliiao tkâ a aussi des sectateurs qui subsistent encore : ils honorent les trois Foc du temps passé (34); il n’y a que Chy kia wen foë (35) qu'ils n'houorent pas.

Au sud-est de la ville de Cite ’weï, à quatre li, le roi Lieou li (36) voulait attaquer le royaume de Che i (37). L’ honorable du siècle se plaça sur la route, et, à l'endroit où il était debout, on a élevé une tour.

A cinquante li à l’ouest de la ville, on vient à une bourgade nommée Tou wei (38); c’est le lieu de la naissance du Foc Kia chl (3g) . Au lieu où le père et le fds eurent une entrevue (4o), ainsi qu'au lieu

rlu pan ni houan (4i), on a élevé des tours. On a pareillement construit une grande tour pour les Che li (4a) du corps entier du Jou laï (43) Kia che.

NOTES SliR LE CHAPITRE XX.

(î) Huit yeoa y an.] Onze lieues un cinquième.

(2} Kiu sa lo. ] Ce royaume , appelé aussi Kiu sa b par Hiuan thsang , se reconnaît aisément pour le pays de Kôs'ala ou d’Aoude. C’est une des contrées les plus célèbres dans Thistoire du bouddhisme primitif. Il est important et làcile d’en déterminer la situation. Ce point bien fixé assurera d’autant plus les stations précédentes, et nous fournira une base solide pour la suite de la marche des pèlerins au travers d'une région qu’il est très-intéressant de reconnaître. La carte de l’Inde qui se trouve dans la grande Encyclopédie japonaise (liv. LXIV, pag. 1 3), que M. Klaproth a reproduite en français *, et qu’il a jointe à ce volume (PI. I), présente séparément les deux noms Kiaosa lo et Che 'ueî, faisant de l’un et de l’autre deux royaumes distincts, entre lesquels on voit celui de Kia pi lo. Cependant Fa liian réunit Kia sa lo et Che' wei daus un seul royaume, en faisant de Che ’weï la capitale de Kia sa lo. Comme il avait été sur les lieux, on peut donner la préférence à son témoignage sur celui du géographe inconnu qui a compilé les matériaux de la carte que nous venons de citer. Kiu sa lo est le Kosala des livres sanscrits, le célèbre royaume de Rama dont Ayodhya fut la capitale. La position de ce pays est donc un point des plus assurés dans l’itinéraire de Chy fâ hian, puisqu'il résulte à la fois d’une synonymie incontestable, et de la marche du voyageur avant et après, c’est-à-dire depuis Mathoura et Ranoudje jusqu'à Patna. On pourrait peut-être supposer que le nom de Kôs'ala s’est étendu à dautres contrées de l’Inde, puisqu'on retrouve, sur la carte citée, Kiao sa lo placé à l’occident de Bénarès, au midi de Kaous’anibi et de Mathoura, et indiqué comme un grand royaume de six mille li de tour. En outre, un pays de Kiu tse lo, dont le nom semblerait une autre transcription du même mot sanscrit Kôs'ala , se voit aussi sur la même carte au nord-ouest d’Oo che yan na (Oudjaïn). C’est celui que Hiuan thsang place daus l’Inde occidentale et dont il nomme la capitale Pi lo ma lo b. Ce doit être Guzarate.

Ma touan lin cite une histoire de Koa sse b, Kou sse lo tchouan, composée en un livre par un anonyme *; mais il ne donne aucun détail à ce sujet. Il est probable

* Méaioim relatifs à f Atit , tom. 11, pag. 4io. — k Pianiûan. liv. LXXV1, art. 17. — * 11 en Inan ihotuiy kkao . Uv. XCIX , pag. 7 v

qu'il ne s’agit pas là du kôs’ala, mais d’une famille Koa, établie dans la région d f occident da Fie ave (le Tangout), et avec laquelle un officier chinois, nommé Lieou bouan tchoung tchang, alla, par ordre de l’empereur de la Chine, nouer des rapports diplomatiques en io4i *.

Une difficulté relative à l’identité de Kôs'ala et de Che Veï, admise par Fâ hian et rejetée par Hiuan thsang, sera examinée dans la note suivante.

(3) Che ’wâ. ] On rend ce nom de ville par Fang të, vertu abondante ou florissante \ et aussi par IV en tvë, productions célèbres, parce que, par la réputation de ses productions, cette ville l’emporte sur tous les autres pays, et qu’on en tire beaucoup de choses précieuses0. Hiuan thsang assure que ce mot est altéré, et qu’il doit se prononcer Chy lofd sy ti (S’râvasti) A.

La ville de Che ’wcî était recommandable par quatre propriétés dignes de remarque. Elle renfermait toute espèce de richesses et de choses précieuses, de sorte qu'aucun autre royaume ne pouvait l’égaler. Les cinq sortes de désirs (correspondants aux cinq sens) y étaient plus vifs que partout ailleurs. Aucun autre pays n'oflrait une si grande abondance. Nulle part les habitants n'élaient plus en état de cultiver la doctrine et d’obtenir la délivrance absolue

Mais ce qu’il y a de plus remarquable, c'est que le même Hiuan thsang décrit séparément le Kôsala et le S’nhasti, tandis que Chÿ fà hian fait du second le nom de la capitale du premier. Hiuan thsang se rendit à S’râvasti en partant de Pi so kia, et passa de là à Kapilavastou; ce fut plus tard, après avoir traversé le Kalinga, qu’il trouva le Kôs’ala, d’où il atteignit ensuite le pays d 'Andhra, qui répond au Telinga moderne. Il est donc facile de voir que le nom de Kôsala s'appliquait, du temps de Hiuan thsang, à une partie de l'Inde que Fâ hian n'avait pas visitée, et dont il ne dit rien. Aussi les détails que le Si iu tchi donne sur cette contrée n ont-ils aucun rapport avec ce qu’en dit l’auteur du Foë koaë ki. Us concernent exclusivement la prédication que fit le treizième patriarche Nâga kochouna f, principalement dans les parties méridionales de l'Inde, 800 ans après Shâkya. D’un autre côté, les scènes de la vie de Shâkya que Fâ hian place dans le Kôs’ala et le Che ’weï (car ces deux noms sont pour lui synonymes), se retrouvent indiquées par Hiuan thsang dans le Chÿ lo fâ sy ti. Cest donc ce dernier pays qui est le Kôs'ala du Foë koaë ki; mais il est permis de supposer que le souvenir de la monarchie puissante dont les écrivains de la secte des Brahmanes attribuent la fondation à leur Rama, s’était perpétué dans d'autres régions de l'Inde, et notamment dans celle à laquelle le Si ia tchi conserve le nom de Kôs'ala.

* fVtt 1 hian thoanrj khao. liv. XCIX, pag. 17 t>. 4 Pian i tian. Ihr. LXXV, art. 6, pag. 1.

fc Santsangjù iou, liv. XXV, pag. 3 t. Liv. XXXI, * Fan $ minÿ i, liv. III, art. des royaumes, cité

pag. 6. dans le San tsangfd sou. liv. XVIII, pag. 19 a.

0 Ibid. liv. XXVI, pag. à 1 Vojei ci-deasoa, XVII, ai, pag. i5g.

FOË KOUË Kl.

(4) Pho sse no.] C’est le nom qu’on donne habituellement, dans les livres boud-

dhiques, au prince de kôs'ala qui était contemporain de Shàkya. On traduit ce nom par armée victorieuse bu triomphante Hiuan thsang le déclare altéré

et lé restitue Pô lo si na chi to, en le traduisant de la même manière. La forme sanscrite doit être Prasenddjit . Ce prince, peu de temps après qu’il fut monté sur le trône, demanda en mariage, au roi de Kapila, une princesse delà race de Chy tchoung ou Shtikya souta. line esclave de Ma ha nan ayant mis au monde une füle d'une beauté parfaite, on l’envoya au roi Prasenâdjit, qui en eut un prince nommé Licou li : il en sera parlé plus bas. Ma ha nan était fils du roi Iloa fan et cousin de Shâkya.

Sanang Sctscn nomme en mongol Saltckan, le prince qui, du temps de Bouddha, régnait à Kôs’ala, dans la ville de P'aïsâli, et dit qu'il était fils du roi Arighona œkaktchi h. Je soupçonne quelque erreur dans ce récit, au moins quant à la ville de Waïs’ali, qui ne devait pas, à l’époque dont il s’agit, être renfermée dans les limites du Kôs’ala. On sait que le traducteur de Sanang n’offre, dans scs notes, aucun éclaircissement sur la partie du texte de son auteur relative 4 l'ancienne histoire de l’Inde, et qu'il s’est borné 4 transcrire, sans les expliquer, les noms traduits en mongol des princes indiens.

(5) Sia tAd.] Ce nom est encore altéré, selon Hiuan thsang, qui l’orthographie

Sou ihâ to et le traduit par bien donnant c; ce doit donc être en sanscrit Soudâtd. Le titre de tchang tche, qu’on lui donne, désigne indifféremment la supé-

riorité de l’âge et celle du rang : cest donc, l'aiuum, le patriarche ou le chef, le grand. Ce Soadâtd était effectivement l’un des grauds ou des ministres du roi Prasenàdjit. Pieux et éclairé, sachant amasser les biens et les répandre, généreux envers les pauvres et secourable pour les nécessiteux, les orphelins, les hommes isolés, il mérita le beau surnom de Ky hou toii (largitor erga orphanos et derelictos). C’est lui qui érigea pour Bouddha le temple de Tchi hoaan , dont il sera parlé plus bas ; ce qui fit donner à cet emplacement le nom de Ky hoa toàyouan (jardin du bienfaiteur des orphelins)4. Hiuan thsang vit, au vu* siècle, les ruines du palais de ce ministre*.

(6) Le mauvais génie Yng kiaë, ] nommé ailleurs Yng kia ma lo. Ce nom signifie gai montre les vêtements ou la parure. On désignait ainsi un être malfaisant qui s’était rendu le fléau du royaume et de la ville de Chy lo fâ sf ti (S’ràvasti). Il tuait les hommes et prenait leurs bonnets et leurs tètes pour s’en faire une parure. Hiuan thsang raconte , au sujet de ce mauvais génie, une légende qu’on trouve dans le Si iu tchi, chapitre consacré au pays de Chy lo fd sy ti.

* San Uany fi son. liv. XXXII, pag. 9 r.

* Getch. drr Oti-MoNfoirn, p. 1 4.

* Fiant (»», liv. LXXV, pag. 1 r.

* Pian 1 lion . a. s.

* Fan y mi ni) i, cité dans le San Itang fi son, li». XXIV, pag. 20.

(7) Pan ni fcmmri.] Mort des personnages éminents dans le bouddhisme. Voyez ci-dessus, chap. XI J, note 3.

• (8) Les Brahmanes hérétiques.] C'est-à-dire ceux qui sont attachés au culte brahmanique et à la doctrine des Yédas. On a vu plus haut (chap. XVII, note 2 1 ) ce que les Bouddhistes appellent hérétiques.

(9) Deux pavillons.] Au lieu de jféj pf) Lkmg siang, qu'on lit dans le texte, le Pian i tian porte Si siang, ce qui parait une meilleure leçon. Il faut traduire

le pavillon occidental a deu± colonnes de pierre, etc.

( 1 o) Une roue. ] On sait que la roue ( tchahra ) est un emblème familier aux Bouddhistes ; il exprime le passage successif de lame dans le cercle des divers modes d’existence, la puissance des rois Tchakravartis (voyei chap. XVII, note 12 J sur toute la terre habitable, et la prédication des Bouddhas ainsi que les bons effets des prières et des invocations répétées comme à l’aide d’un chapelet (voyez chap. V, note 6). Faute d’explication, on ignore quel pouvait être le sens de la roue placée sur une colonne auprès du temple d e Djétâ.

(11) Le temple de Tchi houan.] C’est un des édifices les plus célèbres du bouddhisme : son nom est altéré par Fà hian, mais les autres auteurs samanéens l’écrivent Tchi tho, et l’interprètent par victoire Hiuan thsang, qui affecte beau-

coup d’exactitude dans la transcription des mots sanscrits, déclare corrompue la forme même de Tchi tho, et écrit ce nom Tchi to ou Chi to. 11 confirme au reste l’interprétation de ses devanciers : ainsi nous avons la certitude que ce temple célèbre s'appelait en sanscrit HrTT Djetfi, c’est-à-dire le temple du victorieux ou du triorn phateur. Les Chinois ajoutent à ce nom le mot tin , forêt; ce qui forme l'équivalent exact du terme pâli ou sanscrit Djetavana, si fréquemment employé dans les livres singalais. Il parait que ce nom de victorieux était celui du prince héritier du royaume, à qui appartenait le jardin sur l'emplacement duquel fut bâti le temple; et comme ce fut Soadâtâ qui fit les frais de cette acquisition, on appelle indifféremment cet édifice sacré et le terrain qui l’entourait temple de Djétâ et jardin du bienfaiteur des orphelins (Ky koa ton rouan ) fc. Voyez ci-dessus, note 5.

Le temple de Djétà est l’un des huit qu’on nomme Ling thd, Tours divines ou Tours des Esprits. Les sept autres sont celles du jardin de Loang mi ni ou Lan pi ni, dans la ville de Kapila; celui qui fut bâti sur les bords de la rivière Ai Kan, dans le pays de Magadha; celui du Parc des cerfs, près de Bénarès; celui de la ville de Kauoudje; celui de Kâdjagriha; celui de la Belle ville; et enfin celui de la ville de

‘ .San (sang fisc b, liv. XXXI, p*g. 5 ». — fc liai. li». XXIV, pag. ao.

180 FOË KOIIË Kl.

Kouchina. Il y a un livre qui porte le titre de Pà ta ling thâ ming hao king ou Livre sacré des noms et titres des hait grandes tours divines. Selon cet ouvrage, si quelqu’un, par lefiet d’une grande foi et l'impulsion d’un cœur bien dirigé, bâtit une tour ou un temple et y établit des cérémonies et un culte , il obtient de renaître parmi les dieux. Il y a dans le monde humain et dans les cieux un grand nombre de tours qui out été érigées pour les s'arira de Bouddha. Mais le9 huit tours dont parle ce livre sont celles qui ont été élevées dans les lieux où Tathâgata est descendu dans la naissance, et où il a accompli divers actes importants de sa vie terrestre.

On verra par la suite du récit de Fâ hian de quelle importance il était pour lui de visiter le temple de Djétâ, l'un des plus célèbres de tous ceux qui existaient encore â cette époque. Beaucoup de passages des livres sacrés sont supposés révélés par Bouddha quand il était dans la ville de S'râvasti (Chc ’weï ) et dans le temple de Djétâ.

( 1 a) Aa ciel de Tao li.] C’est-à-dire au Trayastrinshâ. Voyez chap. XVII, note a.

(i3) Les quatre classes.] Dans le texte, Sse pou : c'est ce qu'on nomme ailleurs Ssepeï, les quatre troupes; c’est-à-dire : i° Les Pi khieoa (Bikchoa), les mendiants ou religieux qui font profession de recevoir leur nourriture par aumône (voyez chap. VIII, note 5). Ils mendient en haut pour soutenir leur vie intellectuelle, et en bas pour sustenter leur corps visible, a* Les Pi khieoa ni ( Bikchouni ) ou mendiantes ( voyez chap. XVI , note 3o ). 3° Les Yeou pho s# ( Oapdsika ) ; ce mot signifie les purs, et indique que, bien que ceux qui le portent restent dans leur maison, c’est-à-dire mènent une vie laïque, ils observent les cinq préceptes et gardent une conduite pure. On rend aussi leur nom par hommes gui approchent du devoir, pour exprimer qu’en accomplissant les préceptes, ils se rendent propres à recevoir Ja loi des Bouddhas. 4* Yeou pho i (Oupayi) ou femmes pures, c’est-à-dire laïques*.

(i 4) Le petit temple oriental.] Je traduis d'après la leçon du Pian i tian, qui porte Toang siao tsing che. Le Foëkouë ki offre une faute en cet endroit; on y lit Toang yao tsing che au lieu de ce qui ne fait pas de sens.

(i5) On rétablit la stutue.] Il y a ici une lacune de deux caractères dans le texte du Foë kouë ki. Le Pian i tian la remplit par les deux mots ^ Tchoung youan.

Le premier est exact : quand on eut atteint le second étage Mais le second est

évidemment fautif. Il faut lire Uoan , retourner, rétablir .

(16) Vingt-cinq années.] Cette période de vingt-cinq années d’épreuves ne se * Fun f BÛAÿ i. li*. VII, art. d«t ducipta, cité dans le Son ttang/A toa. liv. XVI, pag. i4 ►.

trouve indiquée qu’en cet endroit. Shàkya mouni passa cinq ans dans les déserts avant d'atteindre la perfection absolue. Il devint Bouddha à trente ans, et vécut ensuite quarante- neuf ans occupé à prêcher sa doctrine. H s’agit apparemment de quelque temps de pénitence qu’il avait accompli dans une de ses existences antérieures en qualité de Bodhisattwa.

(17) L'instabilité de la rie.] En sanscrit anityam. C'est une des conditions de l’existence relative de ne pouvoir durer, d’être sujette au changement. Cette expression est bien pompeuse pour être employée dans une réflexion si simple. Peut-être est-elle empruntée de quelque passage des livres sacrés. La phrase entière a peutêtre un sens différent; je la rapporte ici pour qu'on puisse en juger : elle est la même dans les deux textes :

(18) Oà Foë n'était plus.] La phrase du texte a bien plus d’énergû littéralement : voyant cette place vide de Foë.

(19) Ho chang.] Ce terme, très-usité b la Chine, n’a jamais été bien explique. Les dictionnaires vulgaires le rendent par prêtre de la secte de Foë, bonze. B est étranger h la langue chinoise, et appartient à la langue de Khotan, dans laquelle il représente le mot sanscrit Oapâsika ( Yeou pho si, Yeoa pho chjï kia, Ou pho so kia). Les Chinois l’interprètent par fortes, robore nati, in vi vnentes ", et aussi par parissimi doctores et officio proximi; ce qu'on développe en disant que ce sont des hommes qui, par leur pureté, s'approchent de l’état où il faut être pour recevoir la loi de Foë k. On le reud encore ailleurs par magistri doctrinâ donati ou magistri doctrinœ proximi *. Oapâsika signifie simplement fidèles, dans un sens religieux, et c'est le nom générique des Bouddhistes à Ceylan et au Pégu. Mais ce rnot désigne particulièrement les laïques, ainsi qu'on l'a vu dans la note i3 ci-dessus. A ce qu'on y trouve sur les quatre classes des Bouddhistes, j’ajouterai qu'on en distingue aussi sept, qu’on nomme les sept multitudes ( Thsy tchoang). De ces sept, cinq sont réputées appartenir à la vie monastique, ou, comme on s’exprime dans les livres bouddhiques, être sorties de la maison; et deux sont désignées comme restant dans la maison, c’est-à-dire comme menant une vie laïque. Voici ce que je trouve au sujet de cette autre classification.

i° Les Pi khieou ou mendiants, aussi nommés Pi tsoa, par allusion à une plante odoriférante des monts Himâlaya, laquelle ressemble aux religieux mendiants sous cinq rapports : elle est molle et flexible, et marque ainsi la simplicité de leur exté-

* Sa* ttang fi son. liv. XXill, ptg. 16 el put. — ‘ Ibid. liv. XXXIX, p*g. >5- — * Ibid. liv. XXX, p&g 5 v. Liv. XXXIII, pag. 1 ».

FOË KOIJË Kl.

rieur et de leur langage annonçant la soumission et l’humilité; elle est tramante et s'étend latéralement, et en cela elle indique leur disposition continuelle à travailler au salut des autres hommes; son parfum se répand au loin, de même que l’odeur des préceptes qui est portée partout quand les religieux les accomplissent; elle a des propriétés curatives , qui sont l'emblème du pouvoir des mendiants pour faire cesser les passions et les vices; elle ne se détourne pas des rayons du soleil, et représente en cela les religieux qui ont constamment les yeux fixés sur le soleil de Bouddha.

a” Les Pi khieou ni ou Pi t sou ni, ou mendiantes : la finale ni marque le féminin. Suivant le Ta tchi /an, les mendiantes ont à pratiquer un grand nombre

de devoirs : c’est pour cela quelles viennent après les mendiants. On dit aussi quelles ont moins d’aptitude aux devoirs de la loi, aussi les place-t-on après les Pi khieou.

3° Les Oia mi ou Chÿ li mo li lo kia, dont le nom exprime qu'ils s'abstiennent des

affections qui sont la souillure du siècle, et qu'ils aiment et secourent tous les

êtres vivants. Comme ils commencent h entrer dans la loi de Foë, ils conservent encore beaucoup d’affections dont il est nécessaire qu’ils se débarrassent afin de s’abstenir du mal et de pratiquer la bonté.

h° Les Cha mi ni ou Chÿ li mo h kia, en chinois femme qui est diligente et qui s'évertue, pour marquer l’attention subtile et les efforts des femmes qui s’exercent aux bonnes actions de la loi de Foë.

5° Les Chÿ tcha ma na ou femmes qui étudient la loi. Le Hmg sse tchhao dit : Les Chy tcha ni ont trois sortes d’études à faire : î • Elles étudient les principes ou les bases (de la loi); ce sont les défenses de tuer, de voler, de commettre des impuretés, de mentir, a* Elles étudient les six lois, ce qui consiste à ne pas souiller sa pensée, son corps, son tact; à ne pas voler quatre deniers à autrui, à ne pas ôter la vie aux animaux, h ne pas commettre de petits mensonges, à ne pas manger hors des heures fixées (chap. XVI, note 18, pag. 107), à ne pas boire de vin. 3 Elles étudient la pratique, et par là on entend les préceptes que les grandes Aï (religieuses) doivent observer et pratiquer.

6° Les Yeou pho se, anciennement On pko so kia (Oupiîsika). Voyez ci-dessus.

7* Les Yeou pho i ou femmes très-pures. Anciennement on transcrivait ce nom Ou pho sse kia, et on le traduisait par mulieres appropinqaantes ad ojjiciam \ etc. Voyez ci-dessus, pag. ia3 et 180.

Qn voit, par tous ces passages, que loin de désigner les bonzes ou les prêtres de Foë , le mot Ho chang, dans la langue de Khotan , et son équivalent sanscrit Oupâsika, s’appliquent proprement aux Bouddhistes qui mènent la vie laïque, tout en

• J in uang ho à Itani phun jo liitÿ, liv XII. su mol ‘Ou. — Funÿ miag i. cilés doua te Sau tsangfà /eu, tir. XXIX, pag. ai.

observant les préceptes de la religion et en gardant une conduite régulière et sans souillure. Ce titre répond donc exactement à celui de Vadjra âtchârya que M. Hodgson a trouvé dans les livres bouddhiques du Népal \

(io) Des prêtres de Han.] Cest-à-dirc de religieux chinois. Le mot que je rends ici par prêtre est le même mot Tao jin, homme de raison, qu'on a déjà vu plus haut.

(ai) La mère de Pi che kkia,] Hiuan thsang parle en très-peu de mots de l’invitation adressée à Bouddha par la mère de Pi che hhia. Il n’ajoute à ce sujet aucune particularité.

(a a) L’argent poar tacheter.] Voyez ci-dessus, notes 5 et 1 1.

(a 3) De meurtre.] (Cette accusation appartient à ce que les Bouddhistes appellent Us neuf tribulations de Foi. « Foë raconta que jadis dans la ville de Pho lo naï (Bé- «narès), il y avait un comédien nommé Thsing van et une femme débauchée u appelée LoÜ siang. Thsing yan invita cette femme à sortir en char de la ville avec « lui. Parvenu dans un jardin planté d’arbres , comme ils s y réjouissaient ensemble, « il y avait un Pÿ tchi foc qui se livrait à ses actes de piété et étudiait la doctrine. « Thsing yan attendit que le Pÿ tchi foc fût entré dans la ville pour mendier sa h nourriture, puis il tua Loû siang et l’enterra dans la tente du Py tchi foë. Il h accusa le Pÿ tchi foë. Quand celui-ci fut parvenu au lieu du supplice, Tlising u yan, en le voyant, sentit des remords et dit : Pour ce que j’ai fait je dois re- « cevoir la punition. Il confessa donc son crime, et le roi fit tuer Thsing yan. Ce « Thsing yan d’alors, ajouta Foë, c’est ma personne; celte Loû siang d’alors, c'est « Sun to li. Par une conséquence de ce crime, j'ai subi des peines infinies durant « un nombre infini de milliers d’années ; et maintenant même que je suis devenu « Bouddha, il me reste encore des peines à subir par l'accusation injuste portée « contre moi par San to li \ » — Kl. ]

(a 4) Qaatre-vingt-scile sectes hérétiques.] Le San tsang fi sou n’en compte que quatre-vingt-quinze *, encore les réduit-il à onze principales sur lesquelles seules il entre dans quelques détails. Voyez ci-dessus, chap. XVII, note 20.

(2 5) D’avoir enfreint la foi.] Hiuan thsang raconte aussi cette autre aventure avec de légères différences dans les détails. La fille brahmane qui accusa Foë d'avoir péché Avec elle se nommait Tchin tchha, Tchin cha ou Tchen che. Foë expliqua plus

* Sketch oj BwdJkum, dérive, i from fAc Bouddha fc Ta Icht toa lun et I/iny ktu hirty king, cite» dans le

scriptarrs of Xepa t. dans Ica Transactions oj tke fiera/ .San tsangfâ job. Ihr. XXXIII, pag. aa.

asiatic Society, loin. II, pag. a45. * Liv. XLIII . pag. al.

FOË KOUË Kl.

tard à ses disciples pourquoi il avait été en butte à cette calomnie. « Très-ancienneu ment, dit-il, il y avait un Bouddha nommé Tsin ching Jou lai (le Tathâgata très- « victorieux). Dans l'assemblée que les religieux formaient autour de lui, se trou- « vaicnl deux bhikshous , nommés l’un, Wou ching (sans victoire), et l’autre Tchhang « koaan (toujours joyeux). Il y avait alors dans la ville de Bénarès un grand nommé « Ta ’aï (grand amour), dont la femme s'appelait Chenhoaan (bonne trompeuse). Les « deux mendiants fréquentaient cette maison, où ils recevaient d'abondantes lar- « gesses. fVoa ching, qui avait rompu avec les souillures du monde , ne se relâchait « jamais des devoirs de son état; Tckhang houan, au contraire, encore retenu dans « l'erreur et les actes (mondains), ne pouvait s'empêcher d'apporter quelque né- « gligence dans l'accomplissement du culte. De là naquit en lui un sentiment d’envie « qui le porta à répandre faussement le bruit que le commerce de Wou ching avec « Chcn houan n’était pas en vue de la loi et des cérémonies de la religion, mais qu’il o tenait à des sentiments tendres. Or, continua Foc, le Tchhang houan de ce temps- « là n’était autre que moi-même; et cette Chen houan, dont je viens de vous parler, « est la même que Tchin tchha. La calomnie que j'ai exercée à l’égard de Wou ching a m’a justement fait encourir plusieurs genres de punition ; et maintenant même « que je suis parvenu à la dignité de Bouddha, il me reste encore cette peine à u endurer. Au moment où je prêchais la loi en faveur des hérétiques, des menti diants, des rois et de leurs sujets, une fille vint tout à coup, ayant un bassin « suspendu sur son ventre, et, se plaçant devant moi, m’interrompit par ses dis- « cours injurieux. Samanéen ! me dit-elle, que ne t’occupes-tu des affaires de ta <i maison au lieu de discourir ainsi sur les affaires des autres? Tu ne songes qua ton « plaisir et tu ne t’embarrasses pas de mes souffrances. Tu as été précédemment avec « moi et tu m’as rendue grosse. Il faut que pour le mois prochain je puisse avoir du « beurre pour nourrir mon enfant, songe à m’en procurer. A ces paroles, tous ceux « qui étaient dans l'assemblée baissèrent la tête et gardèrent le silence. Mais Chÿ « thi houan in (Indra) se changea en rat, passa sous les vêtements de cette fille, et « rongeant le cordon qui attachait le bassin, le fit tomber à terre à la grande satis- « faction de l’assemblée \ »

Hiuan thsang vit encore la fosse pat où cette vierge calomniatrice était tombée vivante dans l’enfer b. C’est là encore un exemple des huit tribulations auxquelles Shâkya mouni se vit soumis, même après avoir atteint le rang de Bouddha, en expiation des fautes par lui commises en des existences antérieures, et pour lesquelles , malgré des châtiments prolongés durant des myriades de milliards de siècles , il demeurait encore assujetti à un reste de pénitence. Shakya mouni fit connaître ses tribulations à ses disciples afin de les animer à la pratique des bonnes actions, en leur faisant voir que même un Tathâgata, après avoir accompli la doctrine, fait

a Ta tchi to a lun. liv. IX, et Ming khi hing king. cités dans le San tuuujfi ten, liv. XXXIII, pag a5. — h Pian i liait, liv. LXXV, art 6 , pag. 5.

cesser tous le» maux qui appartenaient à sa condition humaine et acquis dix mille sortes de bonheur, ne pouvait se dérober aux effets de quelques péchés qu’il avait pu commettre dans les kalpas précédents,

(a 6) Thiao thâ, ] ou, d’après une orthographe plus régulière, Thi pho thâ tou ou Thi pho thâ tho (Dëvadatta), est un nom dont on donne la signification sanscrite de deux manières : chaleur céleste 4 ou don des dieux h. Cette dernière interprétation, qui est rapportée par Iliuan thsang, est la seule véritable. Le même auteur fait ce personnage fils du roi Hou fan (Amitodana). D’autres écrivains, qui ne semblent pas bien* informés, le font naître du roi Pi fan (I)hotodana). Dans l’un et dans l’autre cas, Dévadatta était le cousin germain de Shàkya rnouni. On s’accorde également à le représenter comme l'ennemi le plus acharné du fondateur de la religion. On trouvera plusieurs traits de cette haine implacable dans d'autres endroits de ces relations. Iliuan thsang raconte en détail l’aventure dont il s’agit ici, et dans Quelle Dévadatta, s’étant frotté les ongles avec une substance vénéneuse, vint de fort loin avec l’intention de faire mourir le Bouddha , en feignant de lui rendre hommage.

(ay) Sûr foijcj.] Environ 18" 3.

(a8) Une chapelle des dtViLc.] Il y a quelque difficulté pour trouver des équivalents aux divers termes chinois par lesquels on désigne les édifices consacrés au culte, suivant leur étendue, leur importance et leur destination. Le temple de Djétû, dont il vient deire donné uné si magnifique description, a le nom de Tsing che. Scion la généalogie de Shàkya*, un Tsing che est le lieu où s’arrêtent ceux qui se sont rendus maîtres de leurs pensées (les Bouddhas). Ce mot signifie séjour de la subtilité. On compte cinq édifices principaux qui ont reçu cette dénomination, i* Le temple du Bienfaiteur des orphelins, bâti par Soudata sur l’emplacement du jardin du prince Djélâ, et autrement nommé le temple de Djétâ . a“ Le temple de la montagne du Vautour, dont il sera parlé plus bas. 3® Le temple de la rivière des Singes : il en sera également fait mention dans un des chapitres suivants. 4* Le temple de t arbre An lo, qui fut offert à Bouddha par une femme de ce nom. 5® Le temple da jardin de liambous, dans la montagne Khi tche hhiû, autrement nommé le jardin de kia lan tho. Fà hian donne le même nom à beaucoup d’autres temples moins considérables, construits en des lieux où Bouddha avait fait quelque séjour.

Mais le mot dont l’auteur fait usage ici pour désigner un temple brahmanique, est celui de Ssc, et il y joint le mot Thian (' Thian sse, temple des dieux),

pour désigner les Dévas objets du culte des Brahmanes, et réduits, dans le système

* .Son Uamj JH «ou. lit. XXXVI, pag. 5». * Ch? km pou. cité dans le San tsang fà «ou,

‘ Pian i tian. liv. LXXV, art. 6. pag. 4 t. lit. XXIV, pag. jo.

186 TOË KOL'Ë Kl.

samanéen, à un rôle très-subordonné (en sanscrit Devàlaya). Hiuan thsang emploie toujours dans le même sens le mot jjj&J Thian sse.

(39) L'honorable du siècle.] Loliadjyés'ta, un des noms de Bouddha. Voyez cidessus, pag. 9, chap. II , note 6; et pag. 9 h , chap. XIII, note 1 1 .

(3o) Les Brahmanes. ] Il est souvent fait mention des Brahmanes dans les légendes qui se rapportent aux premiers temps du bouddhisme. Un livre fort ancien, le Ma teng kia king * , parle des quatre castes dans les termes suivants : « On suppose u faussement que nous (la famille de Bouddha] sommes nés de Brahma; c’est pour « cela que l’on nous donne le surnom d'enfants de Brahma. Les Brahmanes pré- « tendent qu’ils sont nés de la bouche de Brahma; les Cha ti U (Kshatryas), de son « nombril; les Pi che (Vais y as), de ses bras; et les Cheoa tho (Soùtras), de ses « pie&. D’après cet arrangement ils se regardent comme les premiers, et ils ne le « sont véritablement pas. Le mot Pho to men (Brahmana) signifie gui marche dans » la pareil*. Les uns sont laïques, et les autres embrassent la vie religieuse; ils se suc- « cèdent de génération en génération, faisant leur occupation de l'étude de la doca trine. Ils se disent les rejetons de Brahma : leur nom leur vient de ce qu'ils « gardent la doctrine et conservent la pureté. Le nom des Cha ti li signifie seigneurs « des champs. Ce sont en effet les possesseurs des grandes terres du monde , et ils •• sont de race royale. Les Pi che ou Feï che sont les marchands, et les Cheoa tho t * ou Chou tho lo forment la race des laboureur;. »

On voit, par l’histoire des patriarches, que* la distinction des castes n'empêchait pas de choisir indifféremment le principal chef de la religion dans l’une ou dans l'autre. Shâkya mouni était Kshatrya. Mahâ kàsyapa, son successeur, appartenait à la caste des Brahmanes. Chang ng ho sieou, troisième patriarche, qui fut revêtu de cette dignité quatre-vingts ans seulement après le Nirvàn’a de Bouddha , était VaiVya ; et sort successeur, Y cou pho kieou to, qui la reçut cent quarante-quatre ans après cette ère, était Soutra*. Ainsi, conformément au principe du bouddhisme, on avait exclusivement en vue le mérite moral de celui qu’on choisissait pour la transmission de la doctrine, sans avoir égard aux distinctions de la naissance et à la supériorité des castes.

Le mot Brâhman n’est décidément pris en mauvaise part, dans les livres bouddhiques, qu’autant qu'on y joint l’épithète de JFaï tao, hérétique, hétérodoxe; mais les accusations de jalousie et de malveillance portées contre celte caste sont très-ordinaires, et l’on en rencontrera plus d’une encore dans la suite du récit de Chÿ fa hian.

* Li». I, cité, concurremment avec le Fan f ming », liv. I, dans le .San tsany faso b. liv. XVI, |Mg. i3, art. des quatre familles des contrées occidentales

h Voyez la grande Eocydopcdie intitulée Son thsa> thou hoci, et rédigée par le docteur IVang khi : section des affaires de l'homme . liv. IX , pag. J v. et SUIT.

( 3 1 ) Le royaume du Milieu.] On a déjà vu cette expression employée pour désigner l'Inde centrale ou le Madhyadès’a, comprenant les pays de Mathourâ, Kôs'ala, Kapila, Magadha, etc.

(3a) Connaissent le monde actuel.] Cette phrase parait signifier que les hérétiques se bornent à parler des devoirs imposés à l'homme dans sa vie actuelle, sans la rattacher, par la potion de la métempsycose, aux périodes antérieures d'existence quil a dû traverser.

(33) Pas de marmite.] C’est une différence essentielle à l’égard des mendiants bouddhistes, dont on sait que la marmite est un attribut obligé. Voyez ci-dessus, chap. XII,- note 8, pag. 8a.

(34) Les trois Foë du temps passé,] Il s’agit des trois premiers Bouddhas de l'âge actuel, dit le kalpa des sages : Keou leoa sun (krakoutchtchhanda) , Keou na han mou ni (Ranaku mouni) et Kia che (Kâs’yapa). 11 sera parlé d’eux plus eu détail par la suite. Ou peut voir l'époque de leur apparition, selon la chronologie fabuleuse des Bouddhas, dans le tableau que j’en ai dressé *.

(35) Chÿ kia iwn,] autrement Shâkya mouni (chap. XVII, note a 6). Il est curieux de trouver l'indication d’une secte de Bouddhistes qui honoraient les Bouddhas des âges antérieurs, et qui refusaient de reconnaître le Bouddha de l’âge actuel, seul type réel d’après lequel on croit généralement que ces personnages imaginaires ont été créés après coup, pour être reportés à des périodes mythologiques. Il serait intéressant de connaître les opinions religieuses de ce Dévadaita, cousin de Shâkya, sou rival et son persécuteur. Ce passage a de l’importance , parce qu’il semble autoriser à penser que le dogme de la pluralité des Bouddhas et de leurs manifestations successives, remonte au temps même de la fondation du bouddhisme.

(36) Le roi Lieou If.] On sait que ce nom est la transcription d’un mot sanscrit qui désigne une pierre transparente de couleur bleue, et par extension le verre. Hiuan thsang nomme ce prince l*y /ou tse kia, et rappelle comme étant une orthographe altérée la forme Py lieou li. Lorsque Prasenadjit fut monté sur le trône de Kôs’ala, il fit demander en mariage une princesse du pays de Kapila et de la race de Shâkya (Cbjf teboung, Shakyif semen ). Line des esclaves de Mahànanda, fils d’Amitodana et cousin de Shâkya mouni, avait mis au monde une fille parfaitement belle. Ou l’offrit h Prasenadjit, qui l’épousa et en eut le prince Lieou li. A l'âge de huit ans, ce prince se rendit avec le brahmatchâri k Hao khou à la maison

• Estai fur ta cosmographie et tu cotmwjonu Jet ItouJJhisIrs . félon les auteur i chinois , dans («Jour-

nal dns Savant», cahier de décembre j83i, pag 7*3- . * Vojre* pag. 69, noie fr.

FOË KOIJË Kl.

de Mahânandn. On venait d’élever, dans le royaume de Kapila, une salle de conférence où l’on voulait inviter le Tathàgata à recevoir les hommages de ses sectateurs. Le prince Lieou li entra dans la salle des conférences, et monta sur le trône du Lion (Sinhàsana). A cet aspect, les enfants de Shàkya s’emportèrent en injures. « Ce fils d'esclave, s’écrièrent-ils , ose entrer et s’asseoir ici ! » 11 sortit et dit au brahniatchâri Hao kliou : u Les enfants de Shàkya viennent de me faire un affront mortel : « rappelle-moi cette insulte quand je serai monté sur le trône. >• En effet, quand par la suite le prince Lieou li fut devenu roi, Hao khou lui renouvela le souvenir de cette affaire. Lieou li rassembla des troupes et vint attaquer les enfants de Shàkya. Shàkya mouni prit part à cet événement qui menaçait la tribu d'où il était issu. Je vais transcrire ici l’explication qu’il en donna à ses disciples; c’est un exemple de plus de ces destinées auxquelles on est soumis en expiation des fautes commises dans des existences antérieures, et dont le Bouddha lui-même n’était pas exempt, ainsi qu’on l'a vu plus haut (note a 5), Voici dans quels termes il expliqua aux bhikchous les causes de l’aventure de Lieou li avec les enfants de Shàkya. « Fort u anciennement, dit-il, il y avait près de la ville de Loyouë un village habité par « des pêcheurs. Il arriva une famine, et comme il y avait à côté du village un étang « rempli de poissons, les gens de la ville en allaient chercher pour les manger. « Dans le nombre de ces poissons, il y en avait deux, l’un nommé fou (balle de u froment), l'autre to chi (babillard, médisant), qui conçurent du ressentiment u (contre les pécheurs). Dans le même temps, pn petit garçon qui s’amusait sur le « bord de l’étang à voir frétiller les poissons, prit un bâton et les frappa à la tête. « Or, les habitants de la ville de Lo voué sont maintenant les enfants de Shàkya; « le poisson fou, c’est le roi Licou li ; le poisson to chi, c'est le brahmatchèri Hao a khou ; et le petit garçon, c’est ma propre personne. Voilà par quel effet de la des- « tinée le roi Lieou li a fait périr la race de Shàkya «

(37) Le royaume de Che i.] La suite du récit fait voir qu’il s'agit du pays habité par les enfants de Shàkya, c’est-à-dire par la tribu à laquelle appartenait le fondateur de la religion bouddhique, surnommé lui-même Shàkya mouni (le religieux de la famille Shàkya), Shàkya Sinha (le lion de Shàkya), etc. ; car on ne doit pas oublier que Shàkya est proprement un nom de race et non |>oirit un nom d’homme, bien que nous nous en servions habituellement pour désigner le Bouddha , fils de Shouddhodana. Au reste, il faut que le nom de Che i, qu’on donne ici au royaume des enfants de Shàkya, soit une des dénominations applicables au pays de Kapila; mais l’étymologie en est jusqu’ici inconnue.

(38) Tou ’iccï.] J’ignore la forme sanscrite de ce nom; mais la note suivante fera

• Ta fcài too tan et Hing kki king king . cités dans le San tsany JA jou. liv. XXXIII, pag. j 4 v.

voir que ce n’est pas dans le pays de Kôs'hala que le Bouddha Kâs’yapa est supposé avoir pris naissance.

(39) Foë Kia ch ë, ] c’est-à-dire Kas’yapa Bouddha ; car ce mot doit être lu Kia chë et non pas Kia yë, bien que le second caractère ait habituellement la prononciation deyi . On le trouve quelquefois écrit en trois caractères, Kia chëpko \ Ce nom de Kâsyapa, emprunté aux antiquités brahmaniques, est appliqué parles Samanéens à un de leurs Bouddhas, à celui qui est supposé le prédécesseur immédiat de Shâkya mouni; son nom est rendu par laccm bibensh et aussi par testado \ La première explication n’est qu'un jeu de mots , Kasya pa pouvant effectivement être traduit par splendorem bibens tel absorbens, parce que l'éclat qui jaillissait de son corps effaçait toutes les autres lumières. C’est ce que les Mongols rendent par les mots de Gerel sakihlchi *. Beaucoup de légendes et de particularités mythologiques sont rapportées au temps du Bouddha Kâs’yapa. Suivant la Série chronologique des prédécesseurs de Bouddha \ le troisième Bouddha, Kâs’yapa, parut dans le siècle au neuvième petit kalpa de l’âge actuel, dans la période de décroissement, quand la vie des hommes était réduite à vingt mille ans, c’est-à-dire, il y a maintenant (i83a) 1,99a. 859 années. Suivant le long Agama t, il était de la race des Brahmanes, de la famille de Kàs’ynpa. Son père se nommait Fan té (vertu de Brahma, Bruhmas'ila?), sa mère Tsai tchu (opulente). Il demeurait dans la ville de Bénarès, et ce fut assis sous un nyagrodha [ficus indica ), qu’il prêcha la loi à une assemblée dans laquelle il convertit vingt mille hommes. Les deux esprits qui l'assistaient ( genii pedes) étaient Thi che et Pho lo pho; celui qui assemblait ses troupes était Chenjan tseu. J’ignore le sens de ces deux expressions, genii pedes, exercitam colligere : il y en a de semblables dans chacune des notices relatives aux six Bouddhas antérieurs à Shâkya mouni.

Selon le livre intitulé Procédés des Tathagatas ", si l’on récite convenablement les formules, Kâsyapa Bouddha se tient dans l’espace et étend sa protection sur un nombre infini d'êtres vivants : il les garantit de toutes les maladies, de tous les malheurs, de l'influence des mauvais génies. Voici ces formules divines : j’y joins autant qu’il se peut la restitution sanscrite.

1 . Nan wou Foi» tho ye, •x. Nan wou Thâ ma ye, 3. Nan wou Seng kia ye,

Namo Bouddhàya.

Narno Dharmâya.

Namo Sangâya.

* Sun tsang JÙ sou, liv. XXVIII, pag. 10 *. h Ibid. liv. XXXIII, pag. 33 elsuiv.

* Fan f ming i, calé dans le .Van tsung fi son, liv. LXI, j«g. 11*.

- Schmidt, Moles snrSanang Seism. pag 3o6.

* Fol tsoa toung ki (livre qui n'eat paaadmia dans le recueil sacré), cité dans le San tsang fi tou, 1. XVIII, pag. a.

1 Cité dans le Chia i liait . liv. LXXVII, pag. 7.

• Jeu lai fang pian. cité lé-mème.

FOË KOUË Kl.

à. Nan wou Kia che pho To kia to ye na, Namo Kàs'yapàya.

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