CHAPITRE XXIII
Royaume de lam mO. — Étang du Dragon. — Aventure du roi A yü avec le roi des Dragons. — Éléphants qui font le service prese.rit par la loi.
En quittant le lieu où Foë est né, et en faisant cinq ytouyan (•} vers l’orient, on arrive à un royaume nommé Lan mil (a). Le roi tic ce pays ayant obtenu un fragment de clic li (3) de Foë, bâtit une tour appelée la tour de Lan mi 5 (4). A côté de cette tour il y a un étang, et dans l’étang un dragon qui garde continuellement la tour. Lorsque le roi A yü (5) sortit du siècle, il voulut briser les huit tours pour en faire quatre-vingt-quatre mille autres. 11 avait déjà brisé sept tours et voulait en venir à celle-ci, quand le dragon parut, et conduisant le roi A yü, le fit entrer dans son palais pour lui montrer les choses qui servaient à la célébration du culte. Ensuite il dit au roi : Si par tes offrandes, tu peux parvenir à l’emporter sur ceci, lu pourras détruire (la tour), je ne t’en empêcherai pas. Le roi Aja reconnut que les objets qui servaient à la célébration n’étaient pas de ceux qu’on a dans le siècle, et il s’en revint.
Dans cet endroit stérile et solitaire, il n’y a point d’hommes pour arroser cl balayer; mais on y voit continuellement des troupeaux d’éléphants qui prennent de l’eau avec leur trompe pour arroser la terre, et qui, recueillant toutes sortes de fleurs et de parfums, font le service de la tour. Il y eut des Tao sse (6) de divers pays qui vinrent pour faire leurs adoratiops à cette tour. Ils rencontrèrent les éléphants, et saisis de frayeur, ils se cachèrent dans les arbres, d’où ils virent les éléphants faire l’office conformément à la loi. Les Tao use furent extrêmement touchés de voir comment, quoiqu'il n’y eût personne en ce lieu pour faire le service de la tour, l’édifice était cependant arrosé et balayé. Les Tao sse abandonnèrent donc leurs grands
FOË KOUË Kl.
préceptes et revinrent se faire Cha mi. Eux-mêmes, ils arrachèrent les herbes et les arbres, aplanirent la terre et rendirent cet elid roit propre et net. Ils s'efforcèrent de convertir le roi et de l'engager à fonder un établissement de religieux ainsi qu'un temple. 11 y a maintenant une habitation de religieux. La chose s’est passée il n’y a pas longtemps, et la tradition nous en a été transmise jusqu’à présent : il y a toujours des Cha mi qui desservent le temple.
De là en allant à l’orient l’espace de trois yconyan (7), on arrive au lieu où le prince renvoya son char et quitta son cheval blanc (#). On y a aussi bâti une tour.
(1) Cinq yeoa /<m.] Environ six lieues et demie de France.
(a) Un royaume nomme Lan mô.] Hiuan tlisang qui, dans la première moitié du vu* siècle, visita ce pays, l'appelle Lan mo‘ , en écrivant la dernière syllabe de ce nom avec un autre caractère que celui qu’emploie Fâ hian. Il le trouva aussi désert, et il en raconte à peu près les mêmes choses que notre voyageur. On doit chercher le Lan mô au nord ou au nord-est de la ville actuelle de Gorakhpour, au pied du versant méridional des montagnes qui séparent le Népal du royaume d’Aoudc. Ce dernier est célèhre comme étant le pays de Rama, et il est vraisemblable que Lan mô, en chinois, est la transcription du nom de ce conquérant. Néanmoins, les deux bourgs appelés Rampour, situés dans le voisinage de l'endroit où la rivière Gandak entre du Népal daus l’Inde, me paraissent trop loin à l’est de la rivière Rohan ou Rohini pour être confondus avec le Lan mô de Fü liian, ■ — Kl.
(à) Un fragment de che li.] Che li est le mot sanscrit sùrim, qui siguilie pro]*ement corporel, ce qui rient du corps , puis aussi les reliques des Bouddhas et d’autres saints personnages. Les Mongols ont fait de ce mot leur s’aril. Comme le corps des Bouddhas , quand ils se montrent dans les trois mondes, n’appartient que d’une manière apparente au sansâra ou à la matière, les restes matériels de ce corps ne font nullement partie de l’essence immatérielle et étemelle des Bouddhas. Selon un passage du Mahâyâna souvarna prahhüsa (en mongol, .dllan gerel), traduit par M. I. J. Schmidt fc, Rontchiraketou , désirant être instruit sur ce point, adressa
* Pian t tian. liv . LXIV, art. 7. Abhandloug, dans les Mémoires de I'AcjJ. de Sajou
(Jthfreinige (imndtehrcn Jrr Bwidfuxîjmiu. Zweite PéienlnHirg, série scttiuei polit, etc. lom. I, pag. a3o.
à Shâkya mouni les paroles suivantes : « Très-glorieux accompli» si, d'après ce que u ces Bouddhas (les quatre précédents) ont enseigné, le très-glorieux accompli est « déjà devenu Nirvân’a avant qu’un sârîra soit laissé dans le monde, pourquoi donc « les Soufras disent-ils : Quand Bouddha devient Nirvân’a, les sarira qu’il laisse dans « le monde sont vénérés par les dieux et les hommes, avec recueillement et avec « une confiance religieuse? Par la vénération et la dévotion ardente que les dieux u et les hommes ont pour les s'ârirti des Bouddhas des époques passées, d’in- « commensurables mérites ont été acquis. Comment cela cadre-t-il avec l’assertion « qu’il n’y a pas véritablement de s'ârtra? Le Bouddha très-glorieusement accom « pli voudrait-il bien expliquer cette contradiction , et éclaircir la vérité sur ce point ? u Le très-glorieux accompli répondit alors à Boutchiraketou Bodhisattwa et à ceux « qui étaient présents, en disant : il faut regarder comme provisoire (c’est-à-dire « comme destinée à ceux qui nç sont pas encore assez éclairés) la doctrine, que le « très-glorieux accompli, en devenant Nirvân’a» laisse au monde un s'drira; car. «ô fils d’illustre origine, les Bodhisattwa s Mahàsatlwas enseignent que les Sra- « manas véritablement apparus et les Bouddhas entièrement accomplis, deviennent «• déjà indubitablement et parfaitement Nirvân’a parles dix qualités suivantes, etc. «
On voit par ces paroles de Shâkya mouni, que la doctrine de la sainteté des che li ou sârîra n’est destinée que pour le peuple. — Kl.
(6) La tour de Lan inû.] Cette tour n’est pas comprise parmi les hait tours divines dont il a été question dans la note i i du chapitre XX, pag. 179. — Kl.
(5) Lorsque le roi AyûJ\ C'est As’oka, roi de Magadha, arrière-petit-fds de Dim bàsâra et petit-fils de Adjâtasalrou, dans la huitième année du règne duquel Siddhârîa devint Bouddha. Âs’oka vivait cent ans après le Nirvana de Shâkya mouni. La chronologie chinoise japonaise ffa kan kwâ tô fen nen gakf oun-no tsou place la construction des quatre-vingt-quatre mille tours par Api, roi de l’Inde ( Ten zik), dans l'année du cycle mi, c’est-à-dire 833 ans avant notre ère*.
Les rois de Magadha avaient eu de longues guerres à soutenir contre ceux d .iiuja , pays situé du côté de Bagalpour sur le Gange inférieur. Peu de temps avant la naissance de Shâkya mouni, les rois de Magadha ou Behar devinrent tributaires de ceux d’Anga, et le furent jusqu’au règne de Mahd Padma ( Padma tchenbà, le grand lotus, en tuhétain). Bimbasâra ou lïmèoscra, fils de Malià Padma, lui succéda. 11 porta le surnom de S’renika. C’était lui qui avait encouragé son père à ne pas payer le tribut. Dans la guerre qui s’ensuivit, il tua le roi d’Anga, et ajouta ce pays aux états de sa propre famille. A l'époque de la naissance de Shâkya mouni, sa résidence était à Hâdjagrïha \
* tfotUTM Jaum*l osmliqmt. tom. XII, pag. 417.
fc Abitmci oj ikr cttnUnts oj tke f)*i/-ra, jnt pari aj
tke KaAtjkrour. by M. Ctoina de K»rôs. <Ln* U- Journal çf tke Asiatic society oj litnjal. i83s , L I, p j.
FOË KOUË Kl.
L’Histoire mongole de Sanang sotsen contient la liste suivante des prédécesseurs du roi As’oka de Magadha , mais leurs noms y paraissent traduits du sanscrit en mongol. Pour les reconnaître, j’ai mis leur signification en fraucais, et c’est par ce moyen que je suis parvenu à les retrouver dans la langue originale.
l $.ti à\^ Linlchoa (le Grand lotus ). C’est le MahA Padma pari Nanda, ou Manda
le maître «lu Grand lotus, du Bhâgavata pourana, et le Padma tchenbo des livres tubétains.
Tsoktsas-un djironken (la Cœur élevé}. E fut contemporain de Sbâkya mouni et résida à Vdrân'asi { Bénarrs). Ce prince est omis dans la liste du Bhâgavata pourana. tSuivant les auteurs hindous, Nanda, le Grand lotus, fut tué par le brahman Tchanakya, qui mit sur le trône Tchandragonpta , de la famille Maurya. Les livre* tubétaius, que M. Csoma de Kôrôs a extraits , font succéder Ihmbasdra ou Vimbatdra à son père Padma tchenbo {le Grand lotus).
Brdeni sarà (la Lune précieuse). C'est le Tchandrugonptn (le protégé par la lune) du Bhâgavuta, et le Tchandagoutta du*Mahàvamsa.
Margisiri amogolangà ouUedouktchi { Mànjas'ira, qui agit avec tranquillité). ÏX? Bhâgavata appelle ce roi YAruAra (Essence d’eau), et le Mahâvamsa lui donne le nom de Bindhomdru (Essence de la goutte d’eau). Les Chinois l'appellent Phing cha ou Pin potolo, ce qui est la transcription de liitnhdsdra (Essence de Birnba).
Aruihm (le Lion). Ce roi est appelé Adjâtas'atrou dans le» livres sanscrits. Dans la huitième année de son règne, Siddhdrtu devint Bouddha. Adjâtas’atrou régna trente-deux ans.
/irfam tcrghclou (qui a dix siégea). Je suppose que c’est le Diu’aratha (dix chars) du Bhâgavata. Ce livre l'indique connue second successeur d’.di’oAa ou As'okavardfmna , et non pas comme son prédécesseur.
Ghajalang oughei Nom-un khaghan (le roi de la loi. lequel est sans tristesse).
J* jjO-i- Cest As’oka (en cliinois , A yà) , qui régna cent dix ans après le Nirvân’n de Sbâkya mouni. Iliuan thsang transcrit son nom par A chou kia *.
(6) Il y eat des Tao ,ie.j II est tris-rcmarquablc que, dans sa relation, Fit hian parle si souvent des Tao szu qui, de son temps, existaient non-seulement dans l’Asie centrale, mais aussi dans l’Inde. Il paraît donc que la doctrine de cette secte philosophique était déjà très-anciennement répandue dans les contrées situées à l’ouest et au sud-ouest de la Chine. Nous avons déjà vu (chap. XXII, note 7) le Tao szu A i arriver à Kapila à la naissance de Sluîkya mouni, et tirer son horoscope. Les
szu, sont nommés en tubétain Bon bà, et
Young dhronng pa (sectateurs de la croix mystique, appelée en sanscrit swastika). Leur doctrine, nommée Bon ghii tsiôs, était l'ancienne religion du
* Pmui itian, liv. LXV, pag. 11.
Tubet; elle y prévalut jnême jusqu'au îx* siècle, époque de l'introduction générale du bouddhisme dans ce pays : encore aujourd'hui, il y a un grand nombre de ses sectateurs dans le K’ham yoal ou Tubet inférieur. Ils ont plusieurs livres qui contiennent l’exposé de leur doctrine , que les Mongols appellent Bom
bb-ün nom. Ourn nebs en a été le fondateur \
Sanang setsen raconte, dans son Histoire mongole, que quand le premier roi du Tubet, Segher sandalitou khagan (en tubétain, Gnia thri zzan Là), vint dans ce pays et descendit dans la vallée de Yarfaanq, il y rencontra le Dcbchin bon bb du ciel et le Yang bon bb de la terre, qui le proclamèrent roi L. M. I. J. Schmidt n’a pas su expliquer ce titre de Bon bo autrement qu’en disant : « Bon bb signifie seigneur en tubétain. « Je crois qu’il s’agit ici des habitants des montagnes et des vallées » Mais on voit que le prince hindou fut reçu par les grands prêtres de la religion qui régnait dans le pays, et reconnu à leur instigation par tous les habitants. Dans un autre endroit des notes de son Histoire mongole, M. I. J. Schmidt dit pourtant : «Il est souvent « question de la doctrine du Bon dans le Bodhimôr, sans qu’on voie en quoi elle « pouvait consister. Il parait seulement quelle était contraire au principe du boud- « dbisme. La doctrine du Bon ou des Bon bb était déjà répandue dans le Tubet long- « temps avant Srongdzan gambb : c’était peut-être une secte chinoise. » — Kl.
(7) Trais yeoa yan.] Environ quatre lieues. — Kl.
(8} Renvoya son char et quitta son cheval blanc . ] L’inscription en langue màgah , citée plus haut, dit : « Sliâkya quitta son palais, n’ayant avec lui qu’un domestique u et un cheval ; il traversa le fleuve Ganga et arriva à Baloû kâli où il posa son ar- « mure , après avoir ordonné à son serviteur de le quitter et d’emmener son chc- « val4. » La circonstance que Bouddha ait traversé le Gange pour arriver à ce lieu, est en contradiction avec le récit des livres bouddhiques traduits en chinois. Bouddha y arriva du palais de son père situé dans la ville de Kapila, et ne vint qu’après dans le royaume de Maghada , qui était au sud du Gange. Le lieu appelé Baloû kàli
dans cette inscription , est nommé A noa mo dans les livres des Boud-
dhistes chinois ; dans les livres pâli c’est la rivière Anoumanam \
Voici comment la légende raconte ce trait de la vie du Bodhisattwa. a Siddhârta parvenu à sa dix-neuvième année, le 7* jour de la 4* lune, fit serment « de sortir de sa maison; et la nuit suivante, après minuit, une étoile brillante
* Dicûonary oj tke Tibet an langüayc, by M- Csouia de Kôrâs, 9! et 36.
*■ GttckichU derOst-Mongolen, pag. a3.
* F u ne hunytn un Gcfcde der G ttekichU von MiUtL Arien- pag. 3 5.
* Rechercha asiatiques. Irai. françaiw , loua. Il, pag. 437.
* Voyez The tacred an J historié al liaohs oj Ceylan, publiahed by E. Upboiu, lom. III, pag. 89.
« parut, et tous les dieux remplissant l'espace exhortèrent le prince à s’en aller. Dans « ce même temps, Kteou i eut cinq songes qui firent qu elle s’éveilla très-eflrayée. Le « prince lui demanda ce qui l’avait ainsi éveillée avec épouvante. Elle lui répondit : <• J’ai vu en songe le mont Sou merou qui s'écroulait, la pleine lune qui tombait à « terre, la lumière des perles qui s’éteignait subitement; le nœud de mes cheveux « tombait, et quelqu’un me faisait violence : voilà ce qui m’a fait peur et nia réu veillée. Le Hodhisattwa fit en lui-même la réflexion que ces cinq songes se râper portaient à sa propre personne, et sur le point de sortir de sa maison, il dit à Kicoui : u Le Sou merou ne s’écroulera pas; la pleine lune continuera de nous éclairer; l'éclat » des perles ne s’étdndra pâs; le nœud de vos cheveux n'est pas tombé; personne « ne vous a fait violence: rendormez-vous donc tranquillement, et ne vous attris- « tez pas pour cela. Alors les dieux dirent au prince qu’il devait partir ; mais « craignant qu’il ne s’arrêtât ou ne fût retenu, ils appelèrent Oa sou man (l'esprit de « la satiété) pour qu’il entrât dans le palais. Tandis qu’on dormait, Nan ti ho lo • changea toutes les parties du palais en tombeaux, Kieoa i et toutes ses suivantes « en cadavres dont les ossements étaient dispersés, les crânes transportés en divers «■ endroits, les entrailles corrompues, fétides et vertes, le sang extravasé et coulant <■ mêlé de sanie. Le prince voyant les salles du palais changées en tombeaux, et « parmi ces tombeaux, les oiseaux de proie, les renards, les loups, les oiseaux qui « volent et les bêtes qui marchent; voyant que tout ce qui existe est comme une <■ illusion , un changement, un songe, une voix; que tout retourne au vide, et qu'il « faut être insensé pour s’y attacher, il appela ( tchhe ny ) l’écuyer, et lui commanda « de seller sur-le-champ son cheval L’écuyer lui représenta que le ciel n’était pas u encore clair : Quel si grand empressement de seller le cheval? Le prince répondit « à l'écuyer par un gâtliâ où il disait : u Je ne me plais pas maintenant dans le inonde; « écuyer, ne me retiens pas. Laisse-moi accomplir mon vœu primitif, et m’aflranchir <i des douleurs des trois mondes. » Alors l’écuyer alla pour seller le cheval ; mais le « cheval se cabrant ne voulait pas se laisser approcher. On retourna le dire au prince : «' Le cheval maintenant ne peut être sellé, lui dit-on. Le Bodhisattwa y alla lui-
à une hauteur proportionnée -, il était blanc comme une coquille polie. Le Bouddha monta KantaVanam attelé |i un char auperbe, dan» lequel il pouvait en quinte heures Taire le tour de l’univers Ayant Bouddha sur son dos, Kontakanam traversa d'un saut la rivière dniMimanom. large de huit cents coudées; là, le Bouddha voulant entrer dans l'état ecclésiastique , chargea son écuyer d avoir soin de son cheval, et le renvoya à la ville. Mais à l'endroit même où Kanlakanam Asvra ràdja perdit le Bouddha de vue, il mourut de douleur-, et son àmc entra dans la gloire éternelle, parce qu'il avait entendu les prédications du Bouddha. Voyet Upham, ton». III, pag. 53.
* Ce cheval de Shàkya mouni est nommé dons le teste chinois hkian tè C'est vraisemblablement la transcription du mot sanscrit qui, en pâli, est devenu Kantakanam. Les livres tubétains apprilent le même cheval jAÿOÿÀ* Urioa. c’est-à-dire le digne de louanges. Dans les livre» pâli il porte aussi le litre de À’uftta kanam AxwardJjah. Asvra ràdja signifie roi tics chevaux Dans des naissances antérieures, son kme espérant animer un jour une monture destinée à porter un Bouddha, avait, pendant un katpa entier, pratiqué des œuvres de sainteté. Ce cheval naquit en effet le même jour que le Bouddha Shàkya mouni ; il parvint à dix-huit coudée» de longueur et
<( même, et frappant doucement de sa main sur le dos du cheval, il récita ces vers : « Il y a longtemps que tu es dans la vie et la mort; à présent tu vas cesser de porter « et de traîner. Kian thé. conduis-moi seulement afin que je sorte : quand j’aurai a obtenu la loi, je ne t'oublierai pas. » Alors on acheva de seller le cheval. Kian thé « pensa en lui-même : il faut que je frappe maintenant la terre des pieds, de nta- « nière à causer un bruit qui aille jusqu’à ceux qui sont dehors. Mais quatre esprits « lui soutenaient les pieds, afin qu’ils ne touchassent pas à terre. Le cheval voulut en « suite hennir et faire entendre sa voix de près et de loin; mais les dieux la disper- « sèrent de manière qu’elle se perdit dans l’espace. Le prince monta donc à che- « val et se mit en route. Parvenu à la porte de la ville, les dieux, les dragons, les «génies, Indra, Brahma, les quatre rois du ciel s’assemblèrent pour le guider « jusqu'au désert. Le génie gardien des portes parut, et se prosternant, dit: Le « royaume de Kia ’treï h ’wn est le plus florissant et le plus fortuné de l’univers; •• le peuple y vil heureux : pourquoi l’abandonneriez-vous? Le fils du roi répondit « par ce gâthd : <i La naissance et la mort sont de longue durée; l’âme parcourt les « cinq voies. Si mes vœux primitifs sont accomplis, j’ouvrirai les portes du Nir- « vân’a. n Alors les portes de la ville s’ouvrant d'elles-mêmes, il sortit et s’éloigna « comme s’il eut volé.
a II marcha à la vue des dieux l’espace de quatre cent quatre-vingts li, et vint au « royaume d 'A nou ma. Là, le prince descendit de cheval, se dépouilla de scs vête- « ments précieux, de ses ornements, de sa tiare, et remettant le tout sur Kian thé. « Ramène, dit-il (à son serviteur), mon cheval au palais; remercie pour moi le « grand roi et ses officiers. Je veux vous suivre, disait Kian thé, pour vous fournir v ce qni vous sera nécessaire. Je ne puis m'en retourner seul; car si vous lâchez « votre cheval et le faites aller dans les montagnes, il y trouvera beaucoup d'ani- « maux dangereux, des tigres, des loups et des lions. Qui d’ailleurs pourrait vous u procurer à manger et à boire, de l’eau, de la bouillie et ce qu’il faut pour dormir? «i Comment auriez-vous tout cela? Il faut que je vous suive, que je vous aceom- « pagne. Kian thé lit une longue génuflexion. Ses larmes coulèrent, il baisa les pieds a (du prince). Il ne buvait plus d'eau, il ne mangeait pas d’herbes. Il pleurait et u gémissait, il hésitait à quitter le prince. Celui-ci lui adressa un nouveau gâlhâ: «i Le n corps, dit-il , est soumis à la maladie. L'action vitale gênée par la vieillesse arrive à « la décrépitude et à la mort. Le mort et le vif ne peuvent manquer de se séparer, u Quelle joie y a-t-il dans le monde?» Alors Kian thé, très-affligé et versant des b larmes, offrit ses hommages aux pieds du prince; ce cheval si doux prit sa réso- « lution et s'en retourna. Il n’était pas encore arrivé à la ville royale, quand, à « quarante li de distance, il fit entendre un gémissement douloureux. Sa voix rcb tentit dans tout le royaume, et tout le monde dit : Le prince revient pour soutenir b l'état. Le peuple sortit pour aller à sa rencontre; mais on vit l’écuyer qui rab menait le cheval à vide. Kieou i, à ce spectacle, sc précipita de son palais et vint
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u embrasser le cheval en gémissant et en pleurant une telle infortune. Le roi voyant <> Kieou i qui sc désolait et les cinq officiers de l'intérieur dans l'aflliction . se contint u et leur dit : Mon fils étudie sa propre nature. Mais dans le royaume , le peuple u ayant vu la tristesse du roi et de Kieoa i, il n’y eut personne qui n’éprouvât la plus « vive douleur. Kieou i y songeait le jour et la nuit. Le roi appela donc ses officiers « et leur dit : J’ai un fils aîné qui m’a quitté pour entrer dans les montagnes; il faut u que cinq d'entre vous, à tour de rôle, aillent faire la garde autour du prince « et veillent avec soin à ce qu’il puisse revenir »
La chronologie chinoise et japonaise PVa kan ku<6 tô fen nen gakf oan no tsoa place la fuite de Siddhdrta, lorsqu'il se rendit de la maison paternelle à Yu theoa lan foi, dans l’année Ÿ tmi, la i a* du xxvui* cycle, c’est-à-dire à l’an 1 006 avant
notre ère K — Kl.
* C'Ain i fia*, liv. LXXVII. pag. >6 «. «*t raiv. — * Novrem Journal ajiathjae, toni. XII, pag. j i ».