XL VIII
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les dislances, calcule les positions, compare les noms d’à présent à ceux d’autrefois, étudie les changements produits par le temps, les guerres, les révolutions de tout genre; et avec cette sagacité qui démêle le certain, le probable, le douteux et le faux, rapprochant les renseignements transmis par d’autres écrivains chinois, de ceux qui ont été tirés, en trop petit nombre, des livres indiens, ou qui appartiennent à des voyageurs occidentaux, il parvient à tracer sans interruption la série des points visités par FX hian, à déterminer leur position, à retrouver leurs noms anciens à travers les transformations modernes, à rétablir dans leur forme primitive ces noms d’origine indienne que les transcriptions chinoises avaient rendus méconnaissables. Les discussions dans lesquelles il est entré à cet égard constituent une des parties principales de son Commentaire et forment en outre le sujet d’un Mémoire particulier. Les faits de ce genre, pour être bien appréciés et facilement saisis, veulent être coordonnés avec soin, .présentés avec suite, résumés d’une manière spéciale. Il faut, avant de les généraliser on de les appliquer, procéder par analyse, par déductions et mettre au grand jour les moyens dont on s’est servi pour les établir. Tel a été le but de M. Réniusat en rassemblant dans un seul cadre tous les éclaircissements géographiques disséminés dans les notes jointes à sa traduction, et en présentant dans leur ensemble tant de propositions dont une réflexion scrupuleuse avait pesé et mis en ordre les divers éléments, dont un jugement sévère avait resserré la chaîne pour en démontrer d’avance fous les résultats. Ce Mémoire, qui a été lu à l’Académie des Inscriptions à la fin de l'année i83o, ne tardera pas à être imprimé dans le recueil des travaux de celle savante compagnie. Indépendant, par sa forme, de la publication actuelle, il y appartient par le fond, et les conclusions déduites
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des questions qui y sont agitées, s’appliquant à l'ouvrage en général, doivent trouver place ici.
« .l’offrirai, dit M. Rémusat, le résumé des principaux faits qui
■ résultent de l’examen du FoE koiië ki, et qui me semblaient, « avant le travail auquel il a donné lieu, ou incertains, ou enve7
• loppés d’obscurité, ou entièrement inconnus. Le caractère par- « ticulier des écrivains chinois, leur exactitude en matière de
• chronologie, permet d’atteindre une précision qu’obtiennent ra-
• renient les travaux les plus approfondis, quand ils ont pour « sujet les livres indiens, dont la date est ignorée et qu’on peut « toujours suspecter d’interpolation. On doit donc regarder comme
■ ayant été réputés constants à la Chine, au commencement du
• v' siècle, les huit points suivants. »
i° Le Bouddhisme était établi dans la Tartarie centrale, à l’ouest du grand désert, aux environs du lac de Lob, chez les Ouïgours, à Kliotan, dans tous les petits états au nord de l’Himâlaya. On y voyait des monastères peuplés de religieux, on y célébrait des cérémonies indiennes, on y cultivait la langue Fan, et cette langue y était assez connue pour donner naissance à des noms de localités.
2“ La même religion était encore plus florissante à l’ouest de l’Indus, dans les états tout indiens qui occupaient alors les montagnes de l’Afghanistan, Oudyàna, Gandhàra, Beloutcha, Tchyoutasira, etc. Les Bouddhistes y avaient porté les pompes de leur culte, et des traditions locales placent dans ces contrées le théâtre de plusieurs événements relatifs à Bouddha, à scs voyages, à la rédaction des textes sacrés. Une extension si remarquable des langues et des doctrines de l’Inde dans l’occident n’était encore que soupçonnée. Fâ Ht an en rend l’existence incontestable, en fait connaître l’époque et l’origine, et fournit à l’érudition des
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matériaux qui lui manquaient pour expliquer le mélange et la combinaison de plusieurs doctrines orientales.
3° L’Inde centrale, c’est-à-dire le pays qui est situé sur le bord du Gange, entre les montagnes du Népal, les rivières Djoumna et Gogra, est la véritable patrie du Bouddhisme, qu'on avait à tort transportée dans le Behar méridional. Shâkya mouni est né à Kapila, aux environs d’Aoude et de Lucknow. Son père était un prince de ce pays, tributaire du roi de Magadha, lequel résidait à Pât’aiipoutra. Toute sa prédication s’est accomplie au nord du Gange, dans les provinces d'Aoude, de Bénarès et dans le Behar septentrional; il a fini sa carrière au nord de Patna, dans le voisinage des montagnes du Népàl.
4° Formé dans l’Inde centrale, le Bouddhisme -y avait conservé, en opposition avec le Brahmanisme, une sorte de supério- * rite politique : des traditions la faisaient remonter sans interruption jusqu'au xe siècle avant notre ère. Des monuments, dont plusieurs subsistaient encore, dont quelques-uns étaient en ruine, confirmaient le témoignage de ces traditions.
5° Le Bouddhisme avait pénétré jusque dans le Bengale, et aux embouchures du Gange.
6° On assurait que la même religion avait aussi pénétré trèsanciennement dans le Décan, et il existait dès lors, dans cette contrée, des excavations en forme de temples, dont on faisait remonter la construction à des époques si reculées qu’on les comprenait dans les temps mythologiques.
7" Le Bouddhisme était dominant à Ceylan, et les cérémonies de ce culte s y célébraient avec magnificence. On y trouvait des livres religieux. On s’y croyait, dans le moment du voyage de Fi hun, à la 1497' année depuis le nirvana (l'extinction) de Shâkya mouni. Ces faits doivent être ajoutés à ceux que MM. E.
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Burnouf et Lassen ont si bien discutés pour fixer l’époque de l'introduction du Bouddhisme à Ceylan.
8° On cherchait par l’étude des langues sacrées, entreprise dans toutes les parties de l’Inde, à compléter la collection et à faciliter l’intelligence des textes religieux. On en avait recueilli un très-grand nombre dans la province d’Aoude, à Fatna, à Bénarès, au Bengale, à Ceylan ; et toutefois il n’est fait aucune mention de la différence qui devait exister entre le dialecte de ces textes, selon qu'ils étaient écrits en sanscrit ttu en pâli.
La recherche de ces livres, l’étude des différents idiomes dans lesquels ils étaient rédigés, la connaissance des doctrines et des faits qu’ils contenaient, tels étaient, avec la visite des lieux saints, les motifs du long pèlerinage entrepris par notre voyageur. Il revenait riche d’enseignements théologiques, de souvenirs édifiants, et les détails qu’il donne sur le titre et le sujet des volumes qu’il s’était procurés montrent que la collection en était choisie autant que nombreuse. A peine arrivé, son premier soin est de faire profiter les Samanéens des richesses qu’il rapporte et du savoir qu’il a acquis. Il ne reverra pas sa patrie, il ne prendra pas de repas que ce dernier devoir ne soit rempli. Au lieu d’aller à Tchhang ’an, il vient à Nanking, où avec le concours d'un docteur indien, nommé Pa lo thsan, il entreprend un travail de critique et de rédaction, relatif sans doute aux traités religieux et aux préceptes qu’il avait rassemblés, et qui pourrait avoir donné lieu à la grande traduction des livres du législateur de la haute Asie, en cent quatre-vingt-douxe mille versets, qui fut exécutée trois ou quatre ans après ( vers 4 1 8 ), et à laquelle Fï hian a probablement pris part. Ce qui est certain, c’est qu’il n’écrivit la relàtiou de son voyage que sous la dynastie des Soung, par conséquent postérieurement à l’année 4 19- Elle fut revue et
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publiée de nouveau sous les Ming, par Hou tchin heng et Mao thsin. Cette édition est celle qui nous a servi ; elle appartient à la Bibliothèque du roi ( Fourm . ccciv), et fait partie d'une collection de dissertations sur différents sujets de philosophie, d’histoire et de littérature, que M. Rémusat compare aux mémoires de nos académies, et que Fourmonl avait prise pour un recueil de traités sur la magie et l’art divinatoire. Telle est la réputation dont le FoË KOiif: ki jouit en Chine, qu’il n’est aucun répertoire de science et d’érudition où il ne soit reproduit par fragments, quelquefois même en totalité. Son autorité est mise en première ligne dans les ouvrages de géographie et d’histoire qui traitent des peuples étrangers, et on la trouve invoquée dans le Dictionnaire de Khang hi, dont tous les articles sont remplis de citations empruntées aux meilleurs écrivains.
Le style de FX hun est simple et concis; M. Rémusat s’est particulièrement appliqué à ne lui faire perdre rien de ce qu'il a d’original et de naïf. II fallait une traduction plus littérale qu’élégante, pour ne pas altérer ce caractère de bonne foi et de véracité que l’on remarque jusque dans les moindres expressions, et que chaque mot porte pour ainsi dire avec lui. J’en citerai un exemple la locution de FX hun est : de tel lieu on vient à tel autre, quand il parle d’un pays où il a élé, se servant presque toujours du pronom personnel indéfini pour se désigner lui-mème; tandis que, s’il s’agit d'un pays où il ne soit pas allé, il dira : à telle distance il y a telle ville. Il écrivit sa relation pour satisfaire à la demande de Kieou ma lo chi, son maître, et pour céder aux vœux de ses confrères, jaloux de conserver le souvenir d’aventures si extraordinaires et de travaux si méritoires. Mais observateur non moins scrupuleux que crédule, il n’a pas inventé une seule des fables qu’il mêle à sa narration. H était conduit dans ses explorations
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