‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 7 sur 112 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

par un sentiment qui n’admet pas l’inexactitude, une consciencieuse superstition; aussi il u’a embelli aucun lait, dissimulé aucune circonstance, même dans ce qu’il pouvait avoir intérêt d’embellir ou de dissimuler. Ce qu'il a vu, il le dit avec la même fidélité qu’il rapporte tout ce qu’on lui a conté; seulement, dans ce dernier cas, il a toujours grand soin de prévenir qu’il ne parle que sur la foi d'autrui. Si l’on rapproche ses récits de ceux des autres voyageurs chinois et occidentaux qui, plusieurs siècles après lui, ont parcouru les mêmes contrées, on a de nouvelles raisons d'être persuadé de sa sincérité. Il devait à l’habit qu’il portait, aux pieux motifs qui le soutenaient dans son entreprise, de voir les choses comme il les a vues, et de les dire comme il les a dites. Tout entier aux obligations de son apostolat, ce qui l’occupe avant tout, ce. sont les prodiges dont le souvenir s’est perpétué dans certains lieux, les reliques qu'on y conserve, les cérémonies qu’on y pratique, les temples et les monastères qu’on y a élevés et le nombre des religieux qui desservent les uns et qui habitent les autres. Mais quelque attaché qu’il soit à son culte, il n’est pas encore parvenu à ce point d’idéalisme, à ce degré de perfection où l’on considère le repos comme la demeure de l’âme, où l'absence de toute qualité est le propre de la raison. L’inaction est loin d'être toute sa morale et la contemplation son unique vertu. Il est superstitieux sans être fanatique. Chez le religieux, l’exaltation n’a pu éteindre tous les sentiments, commander à toutes les impressions, faire taire toutes les faiblesses de l’homme, et ces faiblesses nous le font aimer davantage, nous inspirent plus de sympathie pour sa personne, plus d’intérêt pour ses actions et pour ses paroles. Quand il dit ce qu’il a souffert, son expression n’exagère rien ; elle est modeste sans être humble et humble sans être basse. « En récapitulant ce que j’ai éprouvé, dit-il, mon cœur

INTRODUCTION

• s'émeut involontairement. Les sueurs qui ont coulé dans mes « périls ne sont pas Je sujet de cette émotion. Ce corps a été con- « serve par les sentiments qui m'animaient. C’est mon but qui » m'a fait hasarder ma vie. dans des pays où l’on n’est pas sûr « de sa conservation, pour parvenir jusqu'à ce qui était l’objet de « mon espoir, à tout risque. » La description des dangers auxquels il échappe en traversant les défilés impraticables du Caucase indien. les larmes qu’il donne à son compagnon succombant au milieu des neiges de l’Hirnâlaya, l’émotion qu’il éprouve à Ceylan en rencontrant un de ses compatriotes, le récit de sa navigation, ses craintes pendant la tempête, quelques autres passages encore, ofFrent des traits touchants de candeur et de véritable sensibilité.

■ Le Foè kouë Kl, dit M. Rémusa t dans son Mémoire géogra- « phique, est écrit dans un style très-simple et qui ne présente- « rait par lui-même aucune difficulté ; mais le sujet que le vova- « geur affectionne nous est encore fort peu connu. Il en parle » en homme à qui ce sujet est familier et qui s’adresse à « d’autres hommes qui en sont pareillement imbus. Les reliques,

• les prodiges, les traits de la vie de Bouddha et des autres saints « de la même religion, sont le plus souvent indiqués par un seul « mot, et ce mot suffit pour en rappeler le souvenir à des sec- « taires qui sont nourris de la lecture des livres sacrés. Pour nous

• qui ne possédons que des lambeaux de légeudes, qui nous « viennent de peuples divers et ont passé par différents idiomes,

• de telles indications nous laissent nécessairement beaucoup « d'obscurités. Un grand nombre d’expressions ascétiques, de « termes de liturgie, de tours de phrases qui attestent des habi-

• tudes monastiques, contribuent à rendre la lecture de ce petit « ouvrage embarrassante. Tout cela sera expliqué ailleurs, et la

INTRODUCTION

« seule observation que j’aie à présenter dans ce moment est re-

• lative à la nature des renseignements qu'on est en droit d’al- « tendre d’un voyageur de cette espèce. Ayant pour objet principal « de s’instruire des traditions de sa religion, il aura négligé de « s’informer de ce qui ne s’y rapportait pas, directement ou indi- « rectement. Les temples, les monastères, les chapelles, les lieux

• rendus célèbres par des prodiges, ou par les reliques que l’on « y conservait, ou parce que de saints personnages s’y étaient « arrêtés ou y avaient laissé des traces de leur passage, voilà ce

• qu’il se proposait de voir, et c’est aussi ce qui est devenu le « sujet habituel de ses remarques. Partout où il est conduit, ce « qu’il voit avant tout, c’est le nombre des moines bouddhistes « qui peuplent les monastères; voilà les notions statistiques qu’il « a recueillies de préférence à toutes autres; et comme une pré-

• diiection exclusive a dû produire ici son effet ordinaire, il a pu « grossir le nombre des Samanéens, de la même manière et par « la même raison que Benjamin de Tudèle a été accusé d’exa- « gérer celui des Juils qu’il avait trouvés dans ses voyages. La « course de Fi tus* est un pèlerinage entrepris pour s’instruire

• de tout ce qui pouvait intéresser le culte auquel il était voué, et « cela même le rend intéressant à consulter. Des fables absurdes, « des traditions mythologiques, des observations sur la liturgie

• sont surtout ce dont il a rempli et voulu remplir son livre ; « mais cela n’empèche pas qu’il n’ait occasionnellement recueilli , « sur les noms et la position relative des états et des villes de

• l’Inde, à une époque pour laquelle on ne possède pas d’autres « renseignements, des indications que l’on chercherait vainement « dans les écrits des occidentaux, et peut-être dans ceux des In- « diens eux-mêmes. Sa relation est donc aussi précieuse pour la « géographie comparée, que pour l'histoire des régions orientales.

lvi INTRODUCTION.

«•Il faut seulement s’entourer, pour l’entendre, de toutes les lu- « mières que l'histoire de l’Inde peut fournir, et user de critique « pour tracer un si long itinéraire à travers des contrées encore « si peu connues. • •

Dans les ouvrages de la nature de celui-ci, le premier soin doit être, en elfet, d’éclaircir par des concordances analogues à celles qui servent de base à la géographie ancienne, tout ce qui tient à la détermination des localités. Celles-ci bien reconnues, les événéments dont elles ont été le théâtre se conçoivent et s’expliquent mieux, se vérifient plus facilement, et deviennent ou plus certains ou moins vraisemblables. Si nous avions, pour le voyage de Hiuan thsang, les mêmes moyens de critique que pour le Foi koi'ë Kl, il nous manquerait peu de notions importantes pour la géographie et l’histoire des royaumes de l’Inde, dans les sept premiers siècles de notre ère. Mais ce serait entreprendre un ouvrage inutile, que de se borner à traduire ce que ce voyageur a raconté, sans examiner les titres qu’il peut avoir à notre, confiance; et malheureusement celle entreprise exige des recherches si considérables, elle suppose une 'réunion de connaissances que si peu de personnes possèdent, qu’il n’est guère permis d’espérer de la voir tenter de sitôt. On pourra juger, par les résultats auxquels M. Rémusa t a été conduit, si le travail indispensable dans cette occasion peut être négligé sans inconvénient. Des pays et des villes, qui n’étaient connus que de nom ou qui étaient complètement ignorés, reprennent, au centre' de l’Asie, leur place que le compas n’a jamais mesurée; d’autres, qui n’avaient d'existence que dans la mythologie, recouvrent leur réalité géographique. La position de kôs’ala „ de Vais ali, de kapila, de Kous’inagara et d’autres royaumes, tous plus ou moins fameux dans les annales du Bouddhisme primitif, est déterminée pour la

INTRODUCTION. t.v»

première fois avec précision ; et par royaunie, FX hi\n entend tout canton ou petit pays ayant un nom particulier. L’époque où il voyageait n’était pas celle des grands empires, et l'Inde, comme la Tartarie, se trouvait morcelée en beaucoup de petites principautés indépendantes qu’il appelle des royaumes. 11 nous en a transmis les noms, et ceux-ci sont également intéressants à recueillir, soit qu'ils correspondent à des territoires où les dénominations musulmanes les ont remplacés, soit qu’ils appartiennent à des villes aujourd'hui détruites, ou à des états dont les révolutions qui ont bouleversé le sol de l’Inde ont cent fois changé la forme et déplacé les limites. Mais ces noms sont orthographiés à la manière chinoise, ce qui les défigure au point de les rendre souvent fort difficiles à reconnaître; néanmoins. M. Rémusat a su retrouver les dénominations originales et établir sa synoymie géographique, en n’employant que des combinaisons que la critique la plus sévère puisse avouer. Il a généralement cherché à appuyer ses rapprochements, moins sur des rapports de sons qui peuvent facilement induire en erreur, que sur l’accord complet des indications relatives à la situation des lieux. Quelque frappante que soit la ressemblance du nom recueilli par fauteur chinois avec un nom indien reconnu pour ancien, il ne l'admet qu’après avoir discuté les circonstances historiques qui peuvent la confirmer ou la détruire, dans la crainte de tirer d’une coïncidence fortuite des conséquences erronées, de la même manière qu’une première méprise, commise au sujet d’un point fondamental, a, d’erreur en erreur, conduit Deguignes à déplacer tous les pays occidentaux dont les Chinois ont eu connaissance.

« On ne doit pas, dit M. Rémusat, dans le Mémoire déjà cité,

* se représenter la marche d’un voyageur qui sortait de Chine à « cette époque, comme si elle avait lieu maintenant, dans de

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