CHAPITRE XXXV
Royaume de Thü thscn. — Le seng kia lan Pho lo yuè.
De là au sud, à deux cents yeonyan (i), il y a un royaume nommé Ta thsen (i), où est un seul] kia lan du Foë passé Kia chê (î). On a percé une grande montagne de rochers pour le faire. Il a en tout cinq étages; l’inférieur, qui a la forme d’un éléphant, renferme cinq cents chambres de pierre. Le second étage, qui a la forme d'un lion, contient quatre cents chambres. Le troisième, qui a la forme d’un cheval, contient trois cents chambres. Le quatrième, qui a la forme d’un bœuf, contient deux cents chambres. Le cinquième, qui a la forme d’une colombe, contient cent chambres. A l’étage supérieur il y a une source d’eau qui suit les circonvolutions du rocher; en coulant, elle entoure les appartements, et descend, en faisant ainsi le tour de l'édifice, jusqu’à l'ctagc inférieur, dont elle arrose aussi les appartements; puis elle sort par la porte. Dans les chambres de tous les étages, il y a partout des fenêtres percées dans le roc pour laisser entrer la lumière, de sorte que chaque chambre est parfaitement éclairée et qu’il n’y a pas d’obscurité. Aux quatre angles de l’édifice on avait percé le roc, et on y avait pratiqué des escaliers pour monter; à présent les hommes montent par des espèces de petites échelles, pour arriver a l’endroit où autrefois un homme a laissé l'empreinte d'un de ses pieds. Voilà pourquoi on appelle ce temple Pho lo yue. Pho lo yue en indien signifie colombe (4). Dans ce temple, il y a habituellement des Arhans qui y demeurent. Cette colline est déserte et inhabitée; ce n’est qu’à une distance très-cloignée de la montagne qu’il y a des villages. Les habitants sont des gens pervers qui ne connaissent pas la loi de Foe. Les Samanécns, les Brahmanes, d’autres hétérodoxes et tous les gens de ce pays avaient souvent vu
des hommes arriver en volant à ce temple; quand donc les religieux de la Raison des autres royaumes voulurent venir y pratiquer les rites, les habitants leur dirent : Pourquoi ne venez-vous pas en volant? Nous avons vu des religieux y arriver en volant (5). Les religieux répondirent : Nos ailes ne sont pas encore formées.
Les routes du royaume de Thâ thsen sont dangereuses, pénibles , et difficiles à connaître. Ceux qui veulent y aller doivent d’abord payer une certaine somme d’argent au roi du pays, alors il leur envoie des gens pour les accompagner et leur montrer le chemin. A leur retour, ils s’indiquent le chemin les uns aux autres. Fâ hian *■ n’a pu y aller, et il tient des gens du pays ce qu'il en a pu dire.
(1) A deux ernh yeon y an. ] Environ deux cent soixante et dix lieues.
(a) Un royaume nommé Tha thsen. ] Le nom de ce royaume s'écrit en chinois <x$f jjï ; il fi il 1ère par conséquent, sous tous les rapports, de celui de Ta thsin, par lequel les Chinois désignent l’empire romain. Néanmoins les rédacteurs de la grande collection géographique, faite par ordre de l’empereur Rang hi, et intitulée Pian i tian*t n'ont pas manqué de confondre le royaume indien de Thâ thsen avec cet empire. Le Tha thsen de la relation de Fâ hian n'est évidemment que la transcription du mot sanscrit Dakchina (1e sud), dénomination qu’on ap-
plique à la vaste contrée appelée encore aujourd'hui Deccan, ce qui n'est qu’une prononciation vulgaire de Dakchina. Thâ thsen est le pays des Aa^aCeUkc de l’auteur du Périple de la mer Érythrée, qui ajoute que JÜ%ucç désignait le sad dans la langue des Indiens. — Kl.
(3) Unseng kia fan da Foi passé Kia cte.] Il s’agit ici du Bouddha kâs'Yapa, dont l'époque religieuse a précédé celle du Bouddha ShàJtja mouni, qui est celui de l'époque actuelle, kis'yapa est le troisième des Tathâgatas qui ont paru dans le kalpa dans lequel nous vivons; il est par conséquent censé avoir vécu presque deux millions d’années avant Shâkya mouni. Voyez chap. XX, note 3g, p. 189. — Kl.
* Pian i tian, article 7 Ta ihtin, liv, LX, p«g. 8.
516 FOË KOIJË Kl.
(6) Pho lo \ tio en indien signifie colombe.] I*ho loyaé n'est pas tout à fait la transcription du mot sanscrit m^ictn Pdrôiata (pigeon); c'est plutôt celle de Pâ-
ravâ, qui, en mahratte*, et dans d'autres dialectes de l'Jnde méridionale \ désigne le pigeon gris ou pourpre. Il serait difficile de déterminer dans quel canton du Deccau ce monastère bouddhiste de la Colombe était situé; l'indication de Vu hian, qui n’y avait pas été lui-mème, est trop vague pour pouvoir guider à le retrouver parmi les nombreuses excavations qu’on rencontre dans les montagnes de l'Inde. Cependant le fait même de l'existence de ce monument au commencement du v* siècle de notre ère, est déjà très-intéressant; il pourra servir à modifier l'opinion de quelques savants anglais qui ont visité l’Inde, et qui se croient autorisés à ne pas attribuer une très-haute antiquité aux excavations qui se trouvent dans les rochers de rilindoustau. Voici, par exemple, ce que le célèbre II. 11. Wilson dit sur ce sujet : « Un aperçu des révolutions religieuses de la péninsule resterait incomplet, sans « quelques notions sur ces temples fameux, pratiqués dans des cavernes, qu’on y »■ rencontre en grand nombre , et sur ses autres monuments religieux. La collection « du colonel Mackenzie n'ajoute rien à ce que nous savons sur les premiers; il est « même difficile de les faire connaître autrement que par des dessins, et le peu de « plans de ce genre qui se trouvent dans sa collection, n'ont presque aucune va- « leur. Ce défaut est de peu d’importance, puisque ce sujet a été amplement traité « dans les Recherches asiatiques et dans les Transactions de la Société littéraire de Boni - « bay; dans ces dernières principalement, par M. Erskine, d'une manière qui ne ii laisse rien à désirer. Cet écrivain joint à des connaissances très-étendues, un «jugement sain, un esprit critique d'observation, une conception distincte, et le « talent de décrire avec clarté. Sa description d'Elephanta, et ses observations sur « les restes des monuments des Bouddhistes dans l'Inde, doivent être étudiées a avec attention par tous ceux qui s’occupent de recherches sur l’histoire des Boud - « dhistes et des Djains. Les cavernes appartiennent en général ou au culte de Siwa « ou à celui de Bouddha. 11 ny a que fort peu d’excavations de Djains à Ellora, et n il n*y en a aucune à Elepbanla ou Kenneri. Nous manquons d'indications suffi- « santés pour déterminer l’antiquité de ces excavations ; cependant il n*y a pas de « raison de croire qu'aucune d’elles soit d’une haute antiquité; on ne saurait non u plus dire précisément si ce sont les sectateurs de S’iwa ou les Bouddhistes qui, les u premiers, ont exécuté ces édifices : on pourrait cependant supposer que ce furent « les derniers; dans ce cas, les sectateurs de S’iwa se les seraient appropriés après « la chute des Bouddhistes ; aussi M. Erskine suppose que les cavernes d'Elephanta a ne peuvent avoir plus de huit siècles de date. Selon une tradition dont j’ai déjà « parlé plus haut, les Bouddhistes ne vinrent dans la péninsule de l’Inde, que dans
• A Dictionary oj tht Marat ha langage, by licul. col. Van» Kennedy. Bombay, i8ai, in-fol. pag. 71.
k En bindouitaoi J pair ne a.
« le ni* siècle après J. 0.; leurs excavations n’ont donc pu être faites que dans le « v* ou vi*. Les adhérents de 5’iwa qui creusèrent des cavernes du même genre, " appartenaient à une secte de Djoghis , comme le prouvent, dans leurs sculp- « turcs, les grands pendants d’oreilles, les ligures amaigries des pénitents, les réu pétitions et tous les détails du sacrifice de Dakcha, qui est une histoire favo- « rite des Saïtca poarâna, dont aucun n’est vraisemblablement plus ancien que le « vin* siècle \ i*
Le Foë liant ki réfute suffisamment l'hypothèse de ceux qui veulent que les Bouddhistes n’aient paru dans l’Inde qu’au ni* siècle de notre ère; et une perquisition minutieuse dans les environs de Patna, de Gaya ou de Bénarès, pourrait peut-être faire retrouver quelques débris des monuments que Fâ hian y a vus , et qu’il a décrits. H est même présumable que le monastère de la Colombe existe encore dans le rocher du Deccan où il a été primitivement taillé, et que la découverte en est réservée à quelque savant anglais qui parcourra ce pays en scrutateur habile et en observateur exercé. — Kl.
(5) Voyez, k propos de cette faculté de voler par les airs, la note ti du chapitre précédent, page 3o6.
* Mackenzie Collection- A descriptive Catalogue oj tke orientai manuscripts. etc. coilected hy licut. col. Collin Mackenzie, by H. H. Wilson. Câlculta, 1828, i.n-8*, vol. I, introd. pag. liix et luiv.