‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 70 sur 112 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Royaume de Tchcn pho. — Royaume de To mo li ti. — FS hian s'embarque, il arrive au royaume des Lions.

En suivant le cours du Gange à l’orient, et le descendant pendant dix-huit yeouyan (■) , il y a, sur sa rive méridionale, le grand royaume de Tchcn pho (a). Dans les chapelles de Foë sur notre route, et dans quatre endroits où Foc s’est assis, ou a élevé des tours, qui paraissent habitées par des religieux (3). De là en allant à l’orient pendant près de cinquante yeou yan (4), on parvient au royaume de To mo li ti (5); là est l'embouchure dans la mer (6). Dans ce royaume, il y a vingtquatre sent/ kia lan, tous peuplés de religieux, et la loi de Foc y est florissante.

Fà hian y séjourna deux ans, occupé à écrire des livrés sacrés et à peindre des images. A cette époque, des marchands, se mettant en mer avec de grands vaisseaux, firent route vers le sud-ouest; et au commencement de l’hiver, le vent étant favorable, après une navigation de quatorze nuits et d'autant de jours, on arriva au royaume des Lions (7). Les gens du pays (de To mo li ti) disent que celui-ci est éloigné du leur d’environ sept cents yeou yan (8). Ce royaume est grand et situé dans une île; il a de l’est à l’ouest cinquante yeou yan (9), et du nord au sud trente yeou yan (10). A droite et à gauche il y a de petites îles qui sont au nombre d’une centaine; leur distance entre elles est pour les unes de dix li, pour les autres de vingt à deux cents li ; toutes sont dans la dépendance de la grande île. On en tire beaucoup de choses précieuses et de perles; il y a un canton qui produit le joyau Mo ni (11), et qui peut avoir dix li en carré. Le roi envoie des gens pour le garder, et quand on en ramasse, de dix pièces il en prend trois.

(1) Pendant dix-huit yeou y an. ] Environ vingt-quatre lieues.

(a) Le grand royaume de Tchen pho.) Tchampâ , ou Tchampâpouri .

est le nom de l'ancienne capitale de Karn'a , roi du pays <T Anqaâesa, et frère aîné, par sa inère, des princes Pând’ou, puisqu’il était le fils de Sotoya et de kounii , avant le mariage de cette dernière avec Pând’ou, Cette ville qui, pour cette raison, portait aussi le nom de Karnapoura, était située sur remplacement du Bhâgalpowr actuel (89° *8' i5" long, E., a5# 11' lat. N.), ou du moins très-près de cette place. Nous avons vu (chap. XXIII, note 5) que les rois d’Anga avaient été pendant longtemps les suzerains des princes de Maghada, mais que ceux-ci se délivrèrent, sous le règne de Mahâ padma, du tribut quils étaient obligés de leur payer, et que Maliâ padma et son fds Bimbasâra conquirent meme le royaume d’Anga dont ils firent une province.

Hiuan tbsang place le royaume de Tchen pho dans l’Inde du milieu et lui donne quatre mille H de tour. La grande ville capitale était adossée au nord du Gange , et avait plus de quarante li de circuit. « Le pays, ajoute-t-il, est fertile, et le climat u est chaud. Les mœurs des habitants sont douces et polies. » De son temps il y avait une dizaine de kia lan, pour la plupart délabrés; on n’y comptait qti’cnviron deux cents religieux, tas hétérodoxes y avaient une vingtaine de temples \ Le nom de Tchampâ, qui se retrouve encore sur quelques cartes, s'est conservé dans celui de la ville de Tchampanagar . — Kl.

(3) Qui paraissent htibilèes par des religieux.) Cette phrase fait présumer que Fâ hian ne descendit pas du bâtiment sur lequel il faisait la route en suivant le cours du Gange. — Kl.

(4) Près de cinquante yeou yan.] Environ soixante-huit lieues.

(5) Au royaume de To mo li ti.] Hiuan ihsang appelle ce royaume Tan mo ty ti. « Il appartient, dit-il, à l'Inde du milieu; il a quatorze cents li de tour, et sa capitale « a plus de dix li de circuit. Elle est située sur le bord de la mer, et il s’y fait un « grand commerce par eau et par terre. » Il y trouva dix kia lan, dans lesquels habitaient plus de mille religieux. Les hérétiques y avaient environ cinquante temples. A côté de la ville il y avait une tour bâtie par le roi As’oka , en l’honneur d’un trône des quatre Bouddhas passés, et d’autres souvenirs de leur vie et de leurs actions, dont les traces existaient dans le voisinage de ce lieu fc.

To mo li ti ou Tan mo lÿ ti est la transcription du terme sanscrit flTyfrôWl

• Pian i (mm, li*. LXXV, «ri. i3. — h IbUL $rt. »8.

330 FOË KOUË Kl.

TâmraUpti , qui signifie taché par le cuivre. La place qui portait autrefois ce nom est la moderne Tamloak (go° i8' i5" long. E., a a* 18' lat. N.), située sur la droite de la rivière Ilougli, un peu au-dessus de son embouchure dans la mer, et h peu de distance de Calcutta. Le Afahdvamsa (XI, 38), dont M. E. Bumoufme communique un passage très-curieux, nomme ce pays exactement comme notre voyageur, Tâmaliiti; ainsi FS hian a recueilli et rendu avec fidélité la forme pâli de ce nom. Ce pays jouissait, chez les Bouddhistes, d’une ancienne renommée. A la fin du 5* siècle avant notre ère, le roi Dharmâs’oha , souverain de tout le Djamboudvîpa , envoya au roi de Ceylan une ambassade qui partit de ce port. Par le récit de Fà hian et de Iliuan thsang, on voit que cette ville était encore d'une grande importance, tant au v* qu’au vu* siècle. — Kl.

[Il est bon de remarquer que, suivant Wilson, le notn de cette province est Tâmalipti (afTecté de tristesse); d’où il résulterait, si cette orthographe est bien authentique, qu’il n’est pas besoin d’inventer la forme Tdmralipti, pour en tirer le pâli Tâmalitti. ) — E. B.

(6) L'embouchure dans la mer.] Cest-à-dirc l'embouchure du Gange dans la mer. Cette circonstance ne laisse aucun doute sur l’emplacement du pays nommé ici par le voyageur, et on voit, par l’expression dont il se sert, que la rivière Hougii formait du temps de Fâ hian une des principales branches du Gange. — Kl.

(7) Au. royaume des Lions.] En chinois j pf Sse tse 0 kouê, c’est la traduction du sanscrit Sinhala (qui a des lions). Hiuan Üisang transcrit ce nom par

JftL f ej ^n9 kiu lo, et dit que ce royaume n’était pas compris dans les limites

de l'Inde : il lui donne sept mille li de circonférence; l'étendue de la ville principale est de plus de quaruntc H. Il ajoute que ce* pays s’appelait autrefois 17/c des Joyaux , à cause de la quantité considérable de choses précieuses qu'il produisait*. On trouvera des détails sur l'origine du nom de ce royaume dans les notes sur le chapitre suivant. — Kl.

(8) Sept cents yeouyan. ] Environ neuf cent trente-cinq lieues.

(9) Cinquante yeou yan. ] Soixante-huit lieues.

(10) Trente yeou yan.] Environ quarante lieues. Ainsi que le remarque M. Rémusat, dans son Mémoire sur le présent voyage, ces mesures et cette proportion sont exactes; mais Fâ hian se trompe de la même manière qu’Ératosthène, en don-

* Pian i tian. liv LXVI , »rt 4 , pag 1 1 *.

naut à Ceylan plus d’étendue dans le sens de la longitude, que dans celui de la latitude \ Par les petites îles qu’il groupe à droite et à gauche, il est évident qu'il entend parler des Maldives. — C. L.

(11) Le joy au Mo ni. ] Il y a dans l’original Mo ni tchu. Le mot tchu

signifie proprement perle, mais aussi en général un joyau, et c’est dans ce sens qu’il faut le prendre ici. 5|fur| Man’i en sanscrit, est joyau , pierre précieuse; ce terme est en quelque sorte synonyme du mot chinois tchu. Les perles s'appellent dans la même langue Moaktâ ; aussi ne s'agit-il pas ici de perles, mais d’une pierre précieuse appelée le joyau de Mani: c’est l’escarboucle , de laquelle ou dit quelle jette des traits de lumière pendant la nuit. La description que le» livres bouddhiques donnent du Mani est fabuleuse. — Kl.

* Conf. Gossetlin, Recherches sur la géographie df4 anciens, t. III, pag. 196-

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