CHAPITRE XXXVIII
On y a élevé une salle à Foc*, 'avec des ciselures d’or et d’argent. Parmi toutes les choses précieuses qu’on y voit, il y a une image de jaspe bleu , haute de deux tchang : tout son coqis est formé des sept choses précieuses; elle est étincelante de splendeur et plus majestueuse qu’on ne saurait l’exprimer. Dans la main droite elle tient une perle d’un prix inestimable.
Depuis que Fit hian avait quitté la terre de Han (9), plusieurs années s’étaient écoulées; les gens avec lesquels il avait des rapports, étaient tous des hommes de contrées étrangères. Les montagnes, les rivières, les herbes, les arbres, tout ce qui avait frappé ses yeux était nouveau pour lui. De plus, ceux qui avaient fait route avec lui, s’en étaient séparés, les uns s’étant arrêtés et les autres étant morts. En réfléchissant au passé (10), son cœur était toujours rempli de pensées et de tristesse. Tout à coup, à côté de cette figure de jaspe, il vit un marchand qui faisait hommage à la statue d’un éventail de taffetas blanc du pays de Tsin (11). Sans qu’on s’en aperçût, cela lui causa ifne émotion telle que ses larmes coulèrent et remplirent ses yeux.
Les anciens rois de ce pays envoyèrent dans le royaume du Milieu (13) chercher des graines de l’arbre Pci to (i3). On les planta à côté de la salle de Foë. Quand l’arbre fut haut d’environ vingt tchang (i4), il pencha du côte du sud-est. Le roi craignant qu’il ne tombât, le fit étayer par huit ou neuf piliers qui formèrent une enceinte en le soutenant. L’arbre, au milieu de la place où il s’appuyait, poussa une branche qui perça un pilier, descendit à terre et prit racine. Sa grandenr est environ de quatre wei (i5). Ces piliers, quoiqu’ils soient fendus par le milieu, et tout déjetés, ne sont cependant pas enlevés par les hommes. Au-dessous de l’arbre on a élevé une chapelle dans laquelle est une statue assise. Les religieux de la Raison ont l’habitude de l’honorer sans relâche.
Dans la ville on a encore construit un édifice pour une dent de Foë. Il est entièrement fait avec les sept choses précieuses. Le roi se purifie et s’abstient de la pratique des rites brahmaniques. Les
FOË KOUË Kl.
habitants de la ville ont de la foi et du respect, et leurs sentiments sont fermes. Depuis l’origine de ce royaume, il n'y a jamais eu de famine, de disette, de calamités ni de troubles. Les religieux ont dans leur trésor une infinité de choses précieuses et des Mo ni sans prix. Le roi étant entré dans ce trésor, vit en le visitant un joyau Mo ni, et aussitôt il en eut envie et désira l’enlever. Trois jours après il vint à résipiscence. 11 manda les religieux, se prosterna devant eux et se repentit. Ouvrant son cœur aux religieux, il leur dit : Je désirerais que vous établissiez un règlement qui interdise aux rois à l'avenir l’entrée de votre trésor, à moins qu’ils li aient accompli quarante sacrifices en qualité de mendiants; alors il leur sera permis d’y entrer.
La ville est habitée par beaucoup de magistrats et de grands, et de marchands Sa plto (ifi). Les maisons y sont belles et les édifices bien ornés. Les rues et les chemins sont plans et droits. Dans tous les carrefours on a bâti des salles de prédication. Le huitième, le quatorzième et le quinzième jour de la lune on y établit une haute chaire, et il s’assemble une grande quantité de monde des quatre castes pour entendre la loi. Les gens du pays disent qu’il peut y avoir chez eux en tout cinquante à soixante mille religieux, qui tous mangent en commun. Le roi en a à part dans la ville cinq à six mille auxquels il donne à manger en commun. Quand ils ont faim , ils portent leur bassin particulier et vont chercher ce qu’il leur faut. Ils ne prennent que ce que leur vase peut contenir tout plein et s’en retournent.
La dent de Foë (<7) est communément exposée au public au milieu de la troisième lune. Dix jours auparavant, le roi ayant choisi avec soin un grand éléphant, envoie un prédicateur qui, revêtu d’habits royaux et monté sur l’éléphant, frappe du tambour et déclame en disant : « Photisâ, dans le cours de trois A seng ki( 18), a pratiqué des «austérités, sans ménagement pour son corps et sa vie. Il a aban- « donné la reine son épouse; il s’est arraché les yeux pour les donner