‹ Foe koue ki ou relation des royaumes bouddhiquesChapitre 73 sur 112 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

«à un homme; il s’est coupe la chair pour racheter un pigeon; il a «sacrifié sa tête pour faire l’aumône; il a jeté son corps à un tigre « a (lamé , et n'a pas épargné la moelle de ses os (19). C’est ainsi, par des ■ austérités de cette espèce et en pratiquant des macérations pour tous « les êtres vivants, c’est ainsi qu’il est devenu Foc. Pendant quaraute- « neuf ans qu’il fut dans le siècle, il prêcha la loi et convertit par la « doctrine. Ceux qui n'étaient pas fermes, il les affermit; ceux qui ne «connaissaient pas de règles, en connurent. Tous les êtres vivants « étant ainsi sauvés, il entra dans le Ni liouan. Depuis le Ni houan, il • s’est écoulé 1497 ans (ao). Quand les yeux du siècle furent éteints, tous « les êtres vivants éprouvèrent une grande douleur. • Dix jours après, la dent de Foë est portée à la chapelle de la Montagne sans crainte. Dans le royaume, les gens éclairés par la doctrine qui veulent planter le bonheur, viennent chacun de leur côté aplanir la route, orner les chemins et les rues, répandre toutes sortes de fleurs et de parfums pour l’honorer. Alors, après les chants, le roi fait disposer, des deux côtés de la route, des représentations des cinq cents manifestations successives (»0 dans lesquelles Phou sa a revêtu diverses formes, telles que celle de Sia ta nou (>»), la transformation en éclair (i3), celle du roi des éléphants (ai), celle du cerf-cheval (a5). Ces figures, peintes de différentes couleurs, sont exécutées avec soin et comme vivantes. Ensuite la dent de Foë est portée par le milieu de la route, et on l’adore partout où elle passe. Arrivé dans la chapelle delà Montagne sans crainte, on monte à la salle de Foë; on y hrûle des parfums qui forment comme des nuages amoncelés; on allume des lampes; on pratique toutes sortes d’actes religieux, jour et nuit, sans interruption , le tout durant quatre-vingt-dix jours. Alors la dent est reportée à la chapelle dans la ville. Cette chapelle est très-élégante; le jour on en ouvre les portes, et on y pratique les cérémonies conformément à la loi.

A l'orient de la Chapelle sans crainte, à quarante li, il y a une montagne, dans laquelle est une chapelle nommée Po thi (j6), où il peut y

avoir dnax mille religieux. Dans le nombre, il y a un Samanéen d'une grande vertu, nommé Tliâ mo hia ti, jxmr lequel les gens du pays ont la plus grande vénération. 11 a demeuré dans une maison de pierre pendant près de quarante ans , constamment occupé d'actions charitables. 11 était parvenu à faire vivre dans la même maison des serpents et des rats, sans qu'ils se nuisissent les uns aux autres.

(i) Ce royaume. ] L’origine fabuleuse de Ccylan, telle quelle est racontée par Iliuan tlisang, est évidemment empruntée à des traditions recueillies sur les lieux mêmes, ou puisées dans les originaux, quoiqu’elle ollVe des différence* assez notables avec les récits des SinghalaLs \ Suivant le voyageur chinois, la fille d’un roi de l’Inde méridionale partit, un jour heureux, pour aller épouser le prince d’un pays voisin. L’escorte qui raccompagnait s’enfuit à la vue d’un lion, la laissant ainsi exposée nu péril. Mais le roi des lions, la plaçant sur son dos, la porta dans sa caverne, située dans un endroit reculé des montagnes. Là il prit des cerfs pour elle, il lui apporta des fruits et fournit «à tous ses besoins suivant les saisons. Pendant des mois et des années, la princesse vécut ainsi avec lui, et étant devenue enceinte, elle donna le jour à un fils et à une fille, qui, pour la figure, ressemblaient à des hommes, quoiqu'ils eussent été engendrés par un être d’une nature toute différente. Le fils grandit, et bientôt il eut acquis une force égale à celle de son père. Parvenu à lage de puberté, et se sentant être homme, il dit à sa mère : «Comment un animal du désert peut-il être mon père, tandis que ma » mère est un être humain? N’étant pas de la même espèce, comment ont-ils pu « s’unir l’un à l’autre ? i» La mère lui ayant appris ce qui s’était passé jadis, «Los «hommes et les bêtes sont de nature différente, ajouta-t-il; il faut sur-le-champ « nous enfuir de ces lieux pour n’y plus revenir. — Avant de nous enfuir, lui u répondit sa mère, il faudrait savoir si nous le pourrons.» Alors son fils commença à suivre le lion; il gravit avec lui les montagnes, passa par les défilés et examina son chemin avec soin; puis son père s’étant éloigné une autre fois, il prit aussitôt sa mère et sa soeur sur ses épaules, et gagna avec elles les lieux habités par des hommes. La mère leur dit : «Cachons tous soigneusement notre

* Coilf. Upham's The «icm/ and hutarical Uooktof Ceylon, vol. Il, («g. i63.

« secret et gardons-nous de raconter notre histoire; car si on la savait, on nous « mépriserait. Tâchons d'aller d'ici dans le royaume de mon père; nous ne sommes « pas en sécurité dans un pays où la religion est différente de la nôtre. » Les habitants leur ayant demandé d'où ils étaient, ils répondirent : <■ Nous sommes ori- « ginaires de ces contrées; exilés dans des lieux éloignés, les enfants et la mère, « s'aidant mutuellement, cherchent à retourner chez eux.» Aussitôt les gens du pays , touchés de compassion , s’empressèrent de leur fournir ce dont ils avaient besoin. Cependant le roi des lions revenu dans sa caverne, et ne trouvant nulle part son fils et sa fille chéris, sortit furieux des profondeurs de la montagne et se dirigea vers les habitations des hommes. Ses rugissements faisaient trembler la terre. Il attaqua les gens et les bestiaux, et détruisit tout ce qui avait vie. Les habitants sortirent aussitôt pour le prendre et le tuer. Us battirent le tambour, sonnèrent de leurs grandes conques, et s’étant armés d’arbalètes et de lances, se formèrent en troupes, afin de mieux résister au danger. Le roi leur ordonna de ne pas s’écarter les uns des autres, et s’étant lui-même mis à leur tête, on circonvint peu à peu la forêt et on passa les montagnes. Les rugissements du lion furieux frappèrent de terreur les hommes et les animaux , qui s’enfuirent épouvantés. Alors le roi fit proclamer que celui qui prendrait le lion et délivrerait le royaume de la calamité qui l'affligeait, recevrait toutes sortes de récompenses et d’honneurs. En entendant cet édit du roi, le fils, s'adressant à sa mère, lui dit : « Notre misère est extrême; je ne sais plus que faire pour y subvenir; il faut u que je réponde à cet appel. — Ne parlez pas ainsi, dit la mère; quoique ce soit « une bête féroce , ce n’en est pas moins votre père , et notre infortune ne saurait » être une raison pour que vous alliez le tuer. » Le fils répondit : « Les hommes b et les bêtes sont de nature différente; quels rapports de justice peut-il y avoir « entre eux? Pour nous, le droit est celui de la résistance; pour lui, quel espoir « peut-il nourrir en son cœur?» Cela dit, il s’arma d’un poignard et s’offrit pour exécuter ce que l’on demandait. Une srmée nombreuse se joignit à lui. Le lion était couché dans la forêt, et aucun des hommes n'osait en approcher. Dès que le fils se montra, le lion fondit sur lui et le terrassa; aussitôt l'autre, saisi de fureur, oublia qu'il était son père et lui plongea son poignard dans le ventre. Le lion ressentit une vive souffrance de cette blessure, et mourut en conservant encore de la tendresse pour son fils, comme si celui-ci ne lui eût fait aucun mal. Le roi demanda : «Quel est cet homme? S’il y a quelque chose de surnaturel en lui, il « faudra lui accorder des récompenses , mais le frapper d’une peine sévère. » Le fils ayant raconté son histoire : « Approche , lui dit le roi. Ton père était très-cruel ; » il ne pouvait avoir aucune affection paternelle. L'espèce des animaux féroces a est difficile à vaincre, et les mauvais sentiments naissent facilement dans leur a cœur. Détruire ce qui nuisait au peuple est une grande action; trancher la vie « de son père est une violation du cœur. Des récompenses de toute sorte pour

FOË KOUË Kl.

u honorer cette action, l’exil pour punir cette transgression; de cette manière u la loi de l’état est respectée, et la parole du roi n’est pas double.» Alors il fit équiper deux grands vaisseaux qu’il chargea de provisions et de vivres, et ne voulant pas que le fils du lion restât plus longtemps dans le royaume, il lui donna en récompense des jeunes gens et des jeunes filles, qui se mirent en mer sur un vaisseau différent, suivant leur sexe. Celui qui portait les hommes arriva à l’île des Joyaux; et comme ils y trouvèrent beaucoup de choses précieuses, ils s'y établirent. Dans la suite, des marchands ayant abordé dans cette île. le* habitants tuèrent le chef de ces marchands, retinrent leurs femmes et en eurent beaucoup d’enfants. Ils élurent des chefs pour gouverner, et des magistrats pour régler toutes les affaires; iis fondèrent des villes, bâtirent des villages; et en mémoire de faction courageuse de leur aïeul, ils donnèrent son nom au royaume qu’ils formèrent. Le vaisseau des femmes aborda à l'ouest de la Perse, dans une contrée habitée par des génies; celles qui le montaient eurent des enfants de leur commerce avec ccs génies et formèrent le grand royaume occidental des Femmes.

Les hommes du royaume des Lions ont la figure ovale, le teint noir, le menton carré, le Iront élevé; ils sont courageux et robustes; leur caractère est emporte et violent. Comment supporteraient-ils l’outrage, eux, les descendants d’une bête féroce*? — C. L.

(a) Il n’y avait que des démons et des génies.] La plupart des voyageurs qui ont été à portée de connaître les traditions religieuses et historiques de Ceylan. ont parlé de ces êtres surnaturels, avec lesquels les premières colonies venues de l’Inde luttèrent pendant longtemps avant de posséder file entière et de pouvoir y vivre sans trouble. Suivant le Rddjâvaü, les démons passaient pour avoir habité Ceylan pendant i844 ans, c'est-à-dire depuis l’époque où cette île fut dépeuplée par suite des fameuses guerres qui eurent lieu entre Rama et Râvana, jusqu'au temps où Shâkya raouni, voulant y établir sa religion, suscita un feu considérable qui brûla tout le pays et força les démons de se précipiter dans la mer, et de se réfugier dans l’île de Yakgiri dewina h. Suivant la supputation de quelques auteurs , ce fait aurait eu fieu quand Bouddha avait 35 ans, 588 ans avant J. C. , et 45 ans avant l’entrée dans le Nirvana c.

Hiuan tbsang rapporte, avec toute la prolixité prétentieuse qui lui est ordinaire, les légendes bouddhiques où l’on raconte comment Seng kia lo (Sinhala) acheva de purger Ceylan pour toujours des démons qui s'étaient soustraits à la puissance de Shâkya, au moment où celui-ci avait soumis ceux de leur race. Dans ce récit, que nous abrégeons considérablement, il est dit qu’il y avait autrefois, dans file

* Pian i lion. liv. LXYI , pjg. 1 1 cl *oiv. — * .Sacre dand kàlariral ftoattt nf Crrlon. hy Lphom, 1 II, p 16. et p. 168 et auiv. — * Tnmwcttons of tke Asûüic Society. t. III, p. 58-

des Jovaux, une ville de fer qui était habitée par cinq cents femmes Lomcha (Râk chasi). ou démons femelles, dont les artifices égalaient la cruauté. Des marchands étant venus dans l'ilc pour y commercer, les Lo cha, portant des parfums et des fleurs, et jouant de divers instruments, s'avancèrent à leur rencontre et les engagèrent à entrer dans la ville pour se reposer et se divertir. Séduits par la beauté et par le langage de ces femmes, les marchands eurent commerce avec elles et chacune mit au monde un fils. Le chef de ces étrangers se nommait Seng kia et son lils Seng kia b. Celui-ci ayant eu en songe la révélation des dangers qui le menaçaient , lui et ses compagnons, ils gagnèrent tous secrètement le rivage de la mer, et avec le secours d’un cheval céleste, parvinrent à s'échapper de file. La reine des Lo cha s’envola à la poursuite de Seng kia h, et l’ayant rejoint, elle essaya, par ses caresses et ses charmes, de -l'entraîner à revenir; mais Seng kia lo, inébranlable, prononça contre elle des imprécations, et la menaçant de son glaive, il lui dit : a Vous êtes une Lo cha, et moi je suis un homme. Étant de nature difle- « rente, nous ne devons pas nous unir; si nous le faisons, nous serons mutuelle* « ment malheureux. Il faut que votre destinée s'accomplisse. » Alors la Lo cha, reprochant publiquement h Seng kia lo sa conduite et son ingratitude, l'accusa de l'avoir abandonnée, rejetée, accablée de malédictions et d'injures, après l’avoir prise pour épouse et avoir accepté ses présents. Le roi, touché de ses plaintes et aveuglé par sa beauté, la protégea contre Seng kia fo, et rejetant les avertissements de celui-ci, il la prit pour épouse. Mais à la moitié de la nuit elle s’envola à file des Joyaux et revint aussitôt, avec les cinq cents autres Lo cha, porter la désolation et le carnage dans le palais du roi. filles s’emparèrent de tous ceux qui y étaient, s’assouvirent de la chair et du sang des uns, et enlevant les cadavres des autres, retournèrent dans file. Le lendemain, quand il fit jour, les magistrats et les courtisans, assemblés pour l’audience du roi, attendirent longtemps que la porte du palais s’ouvrit. Ne voyant personne et n’entendant aucun bruit, ils en franchirent le seuil et ne trouvèrent dans la salle que des os amoncelés. Détournant les yeux de ce spectacle, ils poussèrent de grands cris et se lamentèrent sans savoir quelle était la cause d’un si grand malheur. Seng kia lo les en instruisit, et leur ayant appris ce qui lui était arrivé à lui -même, ceux-ci, frappés de son courage et de sa sagesse , le choisirent pour roi. Alors il prépara des armes , réunit des troupes et s’embarqua pour aller braver la puissance des Lo cha. Les ayant vaincues, il les força de se précipiter dans la mer et de se réfugier dans une ile voisine ; puis il détruisit la ville de fer. Bientôt il vint de tous côtés des gens qui s’établirent dans l’ilc et ne tardèrent pas à former un royaume auquel ils donnèrent le nom de leur roi, Seng kia b \

Les livres singhaiais disent que ce fut Vijeya (Vidjaya), fils de Sinhala, qui, h la

* Pian i Itan, liv. LXVI, art. 4, p- »3*i6 r.

5k0 FOË KOUË Kl.

tête de sept cents guerriers, et avec le secours de Cawany , démon femelle, acheva de détruire les êtres surnaturels qui étaient restés dans l'ile après l’expédition que Shâkya avait faite contre eux \ — C. L.

(3) Ils prenaient (a marchandée.] Ce récit présente une analogie curieuse avec le passage bien connu de Pline, qui attribue aux Seres celle manière de faire le commerce : Fluminis ulteriore ripâ merces positas juxtà venalia toUi ab hé, si pkiceat permutatio b.

(4) Convertir (es marnais dragons.] Les dragons et les génies qui, primitivement, habitaient Ceylan, se nomment, les premiers Nâqa, et les seconds Yakcha, en pâli Yakka. Leur conversion par Sbàkya mouni a fourni aux écrivains singbalais la matière de nombreuses légendes qui forment, avec les traditions relatives à Yidjaya, l’époque héroïque de l’histoire de Ceylan. Tout est surnaturel dans ces légendes : le voyage de Shâkya de l’Inde centrale à Ceylan à travers les airs, ses discussions avec les Yakcha, les miracles qu’il opéra pour les convaincre, et les circonstances qui accompagnèrent leur expulsion définitive de file, laquelle fut dès lors soumise au culte de Shâkya. À côté de ces légendes se trouvent placées celles qui sont relatives à V idjaya Simhabàhuu , qui vint du Kaiinga avec sept cents hommes, et n’occupa d’abord qu’une portion pou étendue des côtes. S’il y a quelque chose d’historique dans cos récits incohérents et souvent contradictoires . c’est plutôt dans les légendes relatives à Vidjaya, que dans celles qui se rapportent au prétendu voyage de Shâkya. On peut consulter sur ces divers récits, la collection souvent citée d’Upham \ On doit en outre remarquer que les circonstances du récit de l’arrivée à Ceylan de Mihinda et de la conversion du roi DevenipaetLisa, semblent démontrer que c’est seulement sous ce prince, c’est-à-dirc , si le calcul singhalais est juste, au commencement du 4e siècle avant notre ère, que le bouddhisme fut établi à Ceylan'1. — E. B.

[Suivant les Chinois, un siècle après le Nirvàn’a, A fo hi jn to (o (Mahindra), frère cadet du roi As’oha, abandonna le monde et vint répandre la doctrine parmi les habitants de Ceylan. Il changea leurs mœurs et les convertit à la vraie croyance. Deux siècles après, les doctrines de Foê furent partagées en deux classes appelées l’une Mo ko pi ho lo (Mahâvihâra) , et l'autre A po ye tchi U (Abhayaçri)*. — C. L.)

(5) L’empreinte de ses pieds sur le sommet dune montagne.] Cette montagne, par son élévation et par la vénération dont elle est l’objet, a de tout temps attiré i’at-

* Vojrex »ur celte légende, The uurtd and hit lança/ llovks o f Ceylan. In l! pliant, t. I, p. 69; t. Il, p. 171 et >utv.

1 Hbt. nat. liv. VI, chap. xviv (tj).

* The uurrJ and hiitancal floalt oj Crylon , l. I, p. 5 et sniv.

4 Ihid. U I, p. 8,t et tait.

* Pian t liait , liv LXVI, art. i>. 16 ».

tention des voyageurs, qui la connaissent sous le nom de Pic d'Adam. Lors du troisième voyage que Bouddha fit à Ceylan , quinze ans après y être venu pour la première fois* Saman deva radja vint l’adorer et lui dit : « O Bouddha! vois cette « montagne élevée, dont le nom est Samana kouta, qui semble bleue comme un « rocher de saphir et dont la cime se perd dans les nuages ! Plusieurs Bouddhas y « ont laissé des reliques , au moyen desquelles le souvenir de leur passage sur la « terre reste parmi les hommes. Daigne y ajouter un joyau en y déposant l’em- « preinte de ton pied, ce sera pour celte île une précieuse bénédiction. » Alors Bouddha s'éleva dans les nuages et vint planer au-dessus de la montagne, qui, s'élançant de sa base, vint recevoir, dans l’air* l’empreinte du pied sacré, et retomba ensuite à la place qu’elle occupe aujourd’hui \

I>es Bouddhistes citent un grand nombre d’empreintes de cette espèce; la vénération dont elles sont l’objet, qui le cède à peine à celle qu’ils accordent à Bouddha lui-même, en a sans doute fait ainsi multiplier le nombre. Il était tout simple que chaque contrée voulût avoir la sienne et que chaque secte prétendit en faire honneur à la divinité quelle adorait, ou au chef de la doctrine quelle avait embrassée*. Toutes n’appartiennent donc pas à Shàkya mouni, et les textes pâlis n’en reconnaissent que cinq véritables, qu’ils nomment Pantcha pra Pat’ ha, les cinq pieds divins. Le capitaine Low leur a consacré un Mémoire qui est inséré dans les Transactions de la Société asiatique de Londres b. — G. L.

[Les Singhalais nomment cette empreinte et la montagne sur laquelle elle est placée, Hammanelle Siripade, ou plus exactement, Samanhela Sripàda, c’est-à-dire u le pied sacré de la montagne de Samana. » .Samana ou Saman est le dieu tutélaire de cette montagne*. Dans le Mahâvamsa, la montagne se nomme Samanta kout'a parvata, et il est très-vraisemblable que Samanta kodta est la forme première de Samanhela*. Valentyn a donné une description minutieusement exacte de la montagne et des images qui se trouvent sur le sommet du Pic d’Adam; elle fait partie de sa description de Ceylan*, travail dont Weston a fait amplement usage pour la rédaction de son histoire singhalaisef. Cette montagne est, selon Valentyn, située à environ quatorze milles d’Allemagne de Colombo. On ne peut parvenir au sommet qu’au moyen d’une chaîne de fer attachée au roc et dont les anneaux servent d’échelons. Le sommet forme une aire de cent cinquante pas en long, et de cent dix en large. Au centre de cet espace est une pierre longue de sept ou huit pieds, et s’élevant au-dessus du sol d’environ trois pieds. C’est là que les dévots

* Sacrtil floolt af Ceylan. by I! pliant, t. II, p. a3. k Tome III, page 57.

* The Kicred and hittoriail liookt of Ceylan. I. Il, p- a3 et suiv, , et p- 168.

* J but. t. I, p. 303 et peu.; t. II, p. a3 et suiv., et p. 168; t. III, p. 363.

* Valentyn, Keurtiche Bfxktytimj ww CAnmmandel, etc. Yyfde Deel, p. 376 et siut.

f Histoiy of Ceylon by PkilaUiket (Jfcjton), à la sait® de la relation do séjour de Knoi à Ceylan. Londres, >817, in-4*.

5h2 FOË KOUÉ Kl.

croient reconnaître la trace, les uns du pied de Shàkya mounf, les autres de celui d'Adam.

Mais les Singhalais n'admettent qu’une seule empreinte sur la montagne Samanhfla ; seulement quelques traditions supposent que Shàkya mouni posa l'un de ses pieds sur le mont Samanhela et l’autre sur une montagne du Maduré \ Ce qui peut avoir donné lieu à la tradition d’une double empreinte rapportée par Fà hian, c'est que la montagne se divise en deux sommets, sur l’un desquels se voit le S’ripâda1'; mais la distance de quinze yeoa yan qui, selon notre auteur, sépare les deux empreinte», est certainement exagérée. Au reste, ainsi qu’on vient de le faire observer, rien n’est plus fréquent, chez les peuples qui suivent le culte de Bouddha, que l’existence des empreintes des pieds de Shàkya. A Ceylan même on raconte que Shàkya laissa des empreintes de ce genre dans d’autres parties de file, et notamment dans le lit de la rivière Calany*. — E. B.]

(6) Quinze yeoa yan.] Environ vingt lieues.

(7) Quarante tchang .] Chaque tchang ou toise est de dix pieds chinois, et le pied chinois est de huit lignes plus petit que le nôtre. En évaluant la toise chinoise à environ trois mètre» soixante centimètres, la hauteur de cette tour serait de cent vingt-deux mètres. — C. L.

(8) La Montagne sans crainte ;J en chinois, H ou weî. lliuan thsang parait ne pas avoir connu cet édifice; il ne parle, en elTet, que du temple de la Dent de Foi, dont il va être question tout à l’heure, et d'un autre temple plus petit qui était à côté de celui-ci, dans le voisinage du palais du roi. L'un et l’autre étaient somptueusement ornés d. — C. L.

[Le nom sanscrit de ce seng kia lun est Abhayagiri, mot qui a exactement le sens de Montagne de la sécurité. Le Mahâvamsa et le Râdjaratnâkari rapportent que le roi Walakanabhaya, ou, selon ce dernier ouvrage, Deveny paetissa, fit renverser le temple d’un prêtre païen uomrné Girrie (sans doute Giri) , et fit construire, sur remplacement de cet édifice, douze temples consacrés à Shàkya, qui communiquaient les uns avec les autres et au milieu desquels s'élevait un immense vihàra. Il voulut ensuite que l’on joignit la fin de son propre nom Abhaya à celui de Giri, de sorte que le monument tout entier fut nommé Abhayagiri \ Selon le A fahâtamsa , cet événement aurait eu lieu vers l’an 456 de Bouddha,. ou environ quatrevingt-sept ans avant notre ère. Peut-être l'explication que donnent les autorités

* lltsiory oj OvioM. p. aïo. 4 Pian i fwn. liv. LXVI, art. 4, p. 17.

1 J but. p. ni, d aprfo Diego de tlmilo. * Tkt tacrnl and butor, cal Ikwhs of Orio%, t. I,

1 The taerfd and biitorical Hoolt of Crrfan, I. I, p. *19; I. Il, p. 43p. 7; t. Il, p. a* el a3.

cinghalaises est-elle forcée; car en s’en tenant au sens du mot Abhayagiri, qui sc traduit régulièrement par Montagne de la sécurité, on n’a pas besoin d'avoir recours à l'histoire du prêtre Giri, d'autant plus que ce dernier nom ne paraît pas convenir à un homme. I) est bon de remarquer que Fà hian a entendu ce nom comme nous venons de f expliquer, de sorte qu'il a eu sur sa valeur des renseignements plus exacts que ceux que l’on trouve dans les légendes singhalaises. — E. B.]

(9) La terre de Han] ou la Chine, suivant l'usage où sont les Chinois de désigner leur pays par le nom des dynasties qui l’ont gouverné avec le plus de gloire, encore qu'elles aient cessé de régner depuis longtemps. — C. L.

(10) Réfléchissant aa passé.] Textuellement, regardant en arrière l'ombre.

(11) /)« pays de TTisin.] C'est encore le nom d’une dynastie célèbre que l’on applique ordinairement à la Chine entière , mais qui désigne ici plus particulière ment la province de Chen si (voyez chapitre II, note 1 1, page i5), dont Fa hian était originaire. — C. L.

(ta) Dans le royaume du Milieu.] Le royaume ainsi nommé est, comme ou l’a vu souvent, le Madhyades’a ou l'Inde centrale.

(1 3) L'arbre Pei to.] Cet arbre est nommé en sanscrit Dodhi, et il a pris ce nom parce que c’est sous son ombre que Shâkya mouni acquit le Bodki ou la perfection de l’intelligence d’un Bouddha. C’est en effet de l’Inde centrale qu’un des premiers rois de Ceylan reçut, selon la tradition singhalaise, une branche de l’arbre Bodhi. Le Râdjm ali rapporte que Mihindoukoumâra, fils de Dharmâs’oka, l’un des successeurs de Tchandragupta, traça autour de la branche droite du Bodhi une ligne de couleur jaune, et qu’il demanda aux dieux que cette branche pût être transportée à Cevlan. Dans le même instant le rameau désigné se détacha de l'arbre, comme s’il eût été coupé avec une scie, et s’élevant h travers les airs, il vint descendre h Ceylan , où il fut reçu dans un vase d’or, puis ensuite planté dans un terrain consacré *. Cet événement eut lieu sous le règne du roi singhalais Deveny paetissa . qui a régné au commencement du 6* siècle avant notre ère. Le Afahâvamsa le date l’an de Bouddha a 36, la huitième année du roi Dharmâs'oka et la première du règne de Deveny paetissa h. Or l’année a 36 répond à l’an 307 avant notre ère, si l’on admet le calcul singhalais qui , si je ne me trompe , peut subir une réduction d’environ cinquante années pour concorder avec d’autres indications puisées aux sources brahmaniques. Un passage du Rddjaratnâknri prouve que le Bodhi fut

* TA# uicrrj tuul hitlericat Bonkt nf Oyl 01». t. II. p. 18»; roof iSûf- p. 3|. — b MJ. t. f. p. 83.

FOË KOUË Kl.

planté auprès de la ville d’Anouràdhapoura, celle-là môme à laquelle se rapportent les descriptions de Fa hian, et qui était encore florissante de son temps. Du reste le récit de ce dernier ouvrage est beaucoup plus détaillé que celui du Ràdjâvali \ Selon le Mahâvamsa, qui rapporte le lait comme les ouvrages précédemment cités, la branche de l’arbre sacré fut transportée moins miraculeusement et par la voie ordinaire, c’est-à-dire sur un vaisseau*. — E. B.

[Le mode de reproduction décrit par Fâ hian, qui ne peut s’attribuer qu'au figuier des Brahmanes (ficus religiosa), prouve suffisamment que l’arbre liodhi n’est pas une espèce de palmier (borassus jlabelliformis) comme le pensait M. Klaproth c. — C. L.]

(i4) Vingt tchang.] Environ soixante et un mètres.

(i 5) Quatre icet.] Environ o",o6 1 a. Le weï équivaut à 1a moitié d'un (son, lequel est la dixième partie de la coudée chinoise, soit o",o3o6. — C. L.

( 1 6) De marchands Sa pho .] Sa pho est la forme chinoise d’une expression probablement singhalaise; mais les renseignements historiques et philologiques que nous possédons sur Ceylan ne sont pas tellement circonstanciés, que l’on puisse, en toute occasion , restituer avec un degré de certitude qui ne laisse rien à désirer, les mots ou les locutions qui se présentent, surtout quand il ne peut s’y rattacher qu'un intérêt secondaire, comme il semble que c’est ici le cas. Toutefois, suivant un rapprochement ingénieux qui nous est proposé par M. Jacquet, 5a pho serait la transcription du sanscrit sdrfàardAtt, marchand, et surtout marchand qui entreprend de grands voyages dans l'intérêt de son commerce. Elle est produite par la modification régulière que subit le mot sârthâvâha en passant dans la langue pâlie, où il devient sâtthavâha, et dans la prononciation vulgaire des Singhalais, sâtthvahe ou satthbahe, que représente assez exactement le chinois sa pho, prononcé comme dans les dialectes provinciaux de la Chine méridionale, snt both. L’expression chang jin (marchands) qui suit, serait alors vraisemblablement mise là comme l’interprétation du mot indien. Au reste cette transcription ne paraît devoir être adoptée qu’à défaut de «toute autre qui offrirait et un sens meilleur et une analogie plus évidente. — C. L.

(17) La dent de Foé.] Les Bouddhistes reconnaissent l'authenticité de plusieurs reliques du même genre*1; mais aucune n’est aussi célèbre que celle dont il s'agit ici , aucune n’a éprouvé des fortunes si diverses. Les Singhalais la nomment Dalada

Sacred ami kistoncat Itooh oj Cry/on, lomc II, * Coof, ch. XXXI, n. 7, p. 390, cl cb. XXXII,

p. 116 et suiv-t voye» encore 1. 1, p. 73 cl ?3- noie 1 1, p. 3o>.<

b M t. I, p. 97 4 Cf. ch. V, n. 5, p. )8, cl ch XIII, n. 8,p. 93.

wakansé (l'honorable dent). Suivant ce qu'ils rapportent, Mahasana, qui monta sur le trône de Ceylan 818 ans après la mort de Bouddha*, envoya une ambassade avec de riches présents à Goühâsiha, roi de Cttlingoa rata (Kalinga dosa), au sud du Beugale, pour obtenir de lui cette précieuse relique qui se trouvait en son pouvoir. Le roi Goühâsiha consentit à s'en dessaisir; mais Mahasana étant mon dans l’intervalle. son fils Kiertissry magatcama la reçut avec de grandes solennités et fit bâtir un temple pour l’y déposer. Quatorze cents ans environ après la mort de Bouddha, les Malabars vinrent, de la côte de Coromandel, fondre sur Cevtan, et s'en étant emparés, persécutèrent la religion et transportèrent la dent sainte sur les rives du Gange (probablement la Godawari) . Quatre-vingt-six ans après, Mahalou Widjayaba chassa les Malabars, et quelques années ensuite, Parakramubàhou rapporta à Ceylan la dent de Bouddha. Dans la seconde moitié du xvi* siècle, les Portugais s'en emparèrent & leur tour. Constantin de Bragance, leur chef, refusa les sommes considérables qu'on lui offrait pour la racheter, et animé de tout le zèle religieux qui existait alors, il aima mieux la détruire que la vendre, et la réduisit publiquement en cendres. Mais le 'lendemain les prêtres de Bouddha trouvèrent, dans une fleur de lotus, une autre dent toute semblable; c'est celle qui est aujourd’hui au pouvoir des Anglais et pour la restitution de laquelle le dernier empereur des Birmans a envoyé deux ambassades à Calcutta*.

En rapprochant la première de ces circonstances de la date discutée plus bas (voyez la note ao), on peut en induire que notre voyageur se trouvait à Ceylan peu de temps après que le roi de Kalinga y eut envoyé la dent de Bouddha. — C. L.

(18) Dans le cours de trois A seng A*/.] Ce mot est la transcription du sanscrit as an h hy à , qui signifie innombrable et qui est le premier des dix grands nombres expliqués par Foë , pour faire comprendre combien sont inépuisables et sans bornes les puretés et les vertus des- Bouddhas, les actes des Bodhisattwas, la mer de leurs désirs et les lois infinies du développement des mondes*. L'asankhya équivaut à ceijt quadrillions. « Asankhya signifiant un nombre infini, à quoi bon dire trois uasankhyas? demande le Kiu che lun. — C’est, répond-on, que rr ou soa signifie « innombrable et non pas sans nombre. »

Shâlcya Tathâgata a mené la vie de Bodhisattwa durant trois asankhyas . Le premier comprend l'existence de soixante et quinze mille Bouddhas (ou soixante et quinze âges du monde , puisque le nombre des Bouddhas qui doivent paraître dans chaque âge du monde est de mille), depuis Sbâkya, surnommé l’ancien, jusqu'à Chi khi Foé (S’ikhi Bouddha). Dans les premières générations, Sbâkya mouni était Cabri-

* Ou 841 suivant le Radja Ratnàcari. Conf. TV nacrr.il and hulorical Dooks of Ceylan, by L’pbam , L II , p. 67.

* Sacrtd and kittorical Booki of Caytan, by Upbam.

t. I, p. *36 el luiv-i L II, p. 71. — (Jphem't Hutoiy and doc tu n* of fiodAijnn. p. 3*.

* Hoa yan king. cité dam le -San tauty fA toi.

H» XLIII, p 16

FOË KOUË KL

cant de tuiles, et s’appelait Ta koaang ming. Shàkya t ancien étant venu loger chez le tuilier, celui-ci lui rendit le triple service de lui faire un siège d'herbes, de l’éclairer avec une lanterne et de lui donner à boire. Il adora Foë et conçut le désir, si. dans l’avenir, il devenait Foë, de porter le même nom que son bote. C’est pourquoi on le nomme à présent Chy kia ir en.

Le second asankhra commence à Chi khi Foë et offre la succession de soixante et seize mille Bouddhas, jusqu’à l’avénement de Jan teng Foë (Dipankara Bouddha). Quand Jan teng Foë naquit, son corps parut lumineux comme une lampe; c'est pourquoi il prit ce nom quand il fut devenu Foô. Shàkya, qui alors s'appelait Joa toung, lui offrit trois tiges de lotus ; il se dépouilla de la peau de cerf dont il était vêtu , la mit sous les pieds du Bouddha pour les garantir de la boue, et étendit ses cheveux par terre. C'est pourquoi Jan teng lui dit : « Dans quatre-vingt-onze kalpas u tu seras Foë et tu t’appelleras Chy kia wen. ■*

Enfin, le troisième asanhhya ombrasse la vie de soixante et dix-sept mille Bouddhas, depuis Jan teng Fhë jusqu'à Pi pho chi ( Vipas’yi), le premier des sept Bouddhas qu’on nomme ordinairement ensemble et auxquels on adrêsse des invocations collectives \ — C. L,

(19) Et na pas épargné la moelle de ses <w.‘] Ces différents actes accomplis par Shâkya mouni pendant qu’il était Bodhisattwa, ont été déjà rapportés précédemment. Voyez notamment les chapitres IX, X et XI.

(ao) Il s'est écoulé 1 497 a/u.] Il y a trop peu d'accord entre les différentes dates rapportées par Fà hian, et pas assez d'unité dans sa manière de compter, pour qu’il soft possible d’établir un point de départ bien déterminé comme base de sa chronologie. Cependant il faut reconnaître qu’il compte ici d’après l’ère bouddhique chinoise la plus généralement admise (950 ans avant J. C.), qui diffère de cinq siècles de celle des Singhalais (543 ans avant J. C.), et suivant laquelle l’année 1 497 depuis le nirorfn’a de Bouddha, répondrait à l’année 4>o de J. C., date qui est aussi celle de l’époque bien certaine du séjour de notre voyageur à Ceylan. Un grand mouvement religieux agitait alors les esprits ; la lutte qui commençait entre le brahmanisme et le bouddhisme, et qui devait se terminer, quelques années après, par le renversement de ce dernier culte dans les contrées où il avait pris naissance, n’avait pas encore exercé d'inffuence fâcheuse sur Ceylan. Tout au contraire, cette île offrit, pendant quelque temps encore, au prosélytisme malheureux, un refuge contre l’intolérance des Brcfhmancs; et comme il arrive en pareil cas, la ferveur redoublait à mesure que la persécution était plus grande. Un savant

* JÀûin ta! Ut kiao ri, cité le .San tsaay fà la catmoyoait tin RoadJkutn dans te Journal </< j i«u, liv. XII, p. >7*, etconf. Alw-I Rémusal, Estai sur Savantt. décembre i83i, p. 730

prêtre venu du continent. Bouddhaghosha , après avoir en quelque sorte régénéré la religion dont il était le télé sectateur, quittait à peine Ceylan pour porter la doc* trine dans i'Inde en deçà du Gange, à Ava et ches les Birmans*, lorsque Fà liian y arriva, dans les circonstances les plus favorables au but de son voyage, comme le prouve la relation des pompeuses cérémonies dont il est le témoin. Tout à l'heure il vient de dire : « Depuis l’origine de ce royaume, il n'y a jamais eu de famine, « de disette, de calamités, ni de troubles; » ce qui prouve qu’il y viut avant la peste qui désola cette lie sous le règne d'O&patissa, au commencement du v* siècle, et surtout avant l'invasion des Malabars, qui eut lieu peu de temps après. Ainsi c'est dans l'intervalle écoulé entre ces deux événements et l'époque où la dent de Foë fut apportée de la péninsule ( voye* la note 1 7 ci-dessus) , qu’il faut placer l’arrivée de Fà hian à Ceylan. On verra plus loin qu’il était de retour dans son pays vers le milieu de l’année 61 à; or il demeura deux ans à Ceylan et fut ensuite sept mois en voyage pour revenir en Chine; l'aunée à 1 2 est donc l’époque certaine à laquelle on doit rapporter cette date de 1 ^97, époque qui coïncide parfaitement avec les circonstances historiques que nous venons de mentionner, et qui place la mort de Bouddha à l’an 108/1 ou io85 avant notre ère. C'est une nouvelle date à joindre à toutes celles que l’on a recueillies au sujet de cet événement et il faudra la rapprocher des autres dates singhalaises discutées par MM. Burnouf et Lassen daus leurs recherches sur la laugue sacrée des Bouddhistes — C. L.

(ai) Cinq cents manifestations xttcceuwes.] Il s’agit vraisemblablement ici des djâtaka , naissances ou transformations de Bouddha, auxquelles les Chinois appliquent quelquefois, mais improprement, le nom d’ûicarnafton (avatâra). Tant que ces naissances se succèdent , l’être qui les reçoit n’a encore aucun caractère divin ; il est soumis à Y avoir A , c’est-à-dire à toutes les imperfections attachées aux existences individuelles, aux erreurs, aux affections, en tin mot, aux illusions de toute espèce qui constituent le monde sensible, et dont on a eu occasion de rapporter plusieurs exemples dans le cours de ces notes. Ce n est qu’a près avoir atteint le degré de perfection absolue, nécessaire pour devenir Bouddha, qu’il se confond avec l’Intelligence infinie et est à jamais affranchi de toute individualité, et, par conséquent, suivant une expression de M. Rémusnt, des vicissitudes du monde phénoménal.

Fâ hian ne parle que de cinq cents manifestations; mais on en compte ordinairement cinq cent cinquante comme principales, et les doctrines relatives à la transmigration admettent que Bouddha a parcouru l’échelle entière de la création ,

* CnwfunT» Embauy to Atxt. p 491 — Burnouf k Conf. dup. VU, note 5, p. Axel Lassen, Euai sur U poli, p. 6a. * Essai sur It poli, p. 48 et suiv.

FOft KOUË Kl.

qu’il a passé par toutes les existences de la mer, de la terre et de l'air, et subi chaque condition de la vie humaine. « Quand un corps était détruit, dit Bouddha ••lui-même, j’en recevais un autre, et le nombre de mes naissances et de mes « morts ne peut se comparer qu’à celui des plantes et des arbres de l’univers « entier. On ne pourrait compter les corps que j'ai eus". »

Ces cinq cent cinquante djdtaka sont le sujet de peintures et d'emblèmes que l’on conserve pieusement dans les temples, pour les offrir à la vénération du peuple, lors de grandes cérémonies telles que celle que décrit le voyageur chinois. A chacune de ces manifestations se rapporte une légende où le récit des événements auxquels Bouddba a été assujetti d’après les diverses formes qu'il a revêtues, donne lieu à une sorte d'instruction pratique , relative à la conduite que l’on doit tenir dans toutes les conditions d’existence analogues. M. Lphani a publié quatre de ces légendes accompagnées de leurs Ggures, ainsi qu'une liste singhalaise des cinq cent cinquante djdtaka — G. L.

(aa) Celle de Sia ta nou.] Ce uoin représente nécessairement le sanscrit soatanou (au beau corps) qui se retrouve dans la liste singhalaise des djàtakae. Hiuan thsang récrit Sou ta noa et l'interprète par 4M (J ai a de belles dents*-, mais il est probable que cette interprétation , dont on ne pourrait faire ici aucune application, a été altérée par une faute de copiste ou d’impression, et qu’il faut lire ^ corps, au lieu de dent. — C. L.

(a 3) La transformation en éclair.] Cette transformation n’a rien d'impossible dans les idées bouddhiques, qui admettent que les dieux et les saints peuvent revêtir toute espèce de corps, et créer même plusieurs apparences existant simultanément. Bouddha, disent les auteurs chinois, a, par sa puissance surnaturelle, revêtu diverses formes qui n'appartiennent à aucun être créé ayant un corps matériel. Pour sauver les vivants et les inonder de bonnes influences , il s’accommode à la mesure de leur intelligence et se manifeste en toutes sortes de corps , comme la lumière d’une lune unique se montre réfléchie à la surface de toutes les eaux. Il se peut qu'il ait été éclair, puisqu’il a été arbre et plante; mais cette manifestation n'est pas comprise parmi les cinq cent cinquante djdtaka, du moins la liste singhalaisc donnée par Upham n’offre rien de semblable.

Le Hadja Ratnâcari raconte que lorsque la dent de Bouddba arriva à Ceylan, il parut quelle s'élevait aux cieux sous l’apparence d’une planète ; et ayant pris sa

* iSifoa hiny pen hei kiny. cité dans le Chii i y tian, * Sacrtd and hiitorical llouht oj Ctrlon. liy Upham,

Jiv LXXVII, p. 8. t. m, p. *69.

* Th e kUl ary and doctrine o f Badhijm. page 39. — 4 Pian i tian. liv. LXIII, art. 6, p. »4-

Sacrtd and hùtorical Üookt of Ctybn . I. III, p. 369.

NOTES SU K LE CHAPITRE XXXVIII. 5'i9

place dans le firmament, elle brilla de six couleurs resplendissantes*. Ne pourraiton pas supposer que c’est quelque figure peinte en mémoire de ce prodige , que Fi bian aura vue, et qu’il aura prise pour l’image d’une des manifestations de Bouddha, parmi lesquelles elle se trouvait mêlée? — C. L.

(a h) Celle du coi des éléphants.) Ce djâiaka doit être celui qui figure dans la liste singhalaise sous le nom de Matanga, ou mieux encore peut-être sous celui de Halty pdla h. — C. L.

(a 5) Celle du cerf-chetal.) C’est sans doute le djâtaka nommé dans la même liste Rooroomagu , c'est-à-dire la gazelle appelée Rourou €. — C. L.

(afi) line chapelle nommée Po thi.] Hiuan thsang ne fait aucune mention de cette chapelle, mais il parle de la montagne sur laquelle elle était située et qui se trouve à l’angle sud-est du royaume. Il la nomme la montagne Ling hia. Jou laï fa habitée autrefois, et c’est h qu’il a expliqué le Ling kia kingA. — C. L.

‘ Sacrtd Booh of Ctyian. by L'pbatu, l II, p. 71. * Idrm. t, IH, p 377

* Utm. IH, p. 377,

* Pian i fia», liv. LXVI, art. A, p 18 ».

Page 1