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MADEMOISELLE NICOLE ET SES FAMILIERS

Quand, à fin d'éducation sociale, il avait envoyé Nicole chez les Noirfeuille, M. Planchut s'était imposé un sacrifice réel, car il adorait cette brune gamine dont il disait, avec fierté: « Une véritable de la Brossette, ça, pas d'erreur! »

Du reste, Mlle Nicole n'allait pas tarder à s'affirmer de sa race: et voici que, vers ses dix-huit ans, elle s'insurgeait — gentiment — contre la tutelle trop guindée de ses parents d'adoption et révélait le dessein précis d'habiter « avec papa »: parce que d'abord elle s'intéressait à ses travaux, elle désirait les suivre; puis elle se sentait le besoin de coudées franches, d'arbres et de ciel, à quoi les salons parisiens satisfaisaient mal.

Le père Planchut, dans le fond, fut ravi. Cette enfant meublerait richement, aux veillées, le grand salon du Castel; il aimerait l'entendre tapoter du piano, en accompagnement à la lecture de publications scientifiques, par quoi d'habitude il finissait sa journée.

Cependant, pour la forme, et en acquit de conscience, il protestait, faisant chorus avec Mme de Noirfeuille, qui énumérait à Nicole tous

les inconvénients mondains de se séquestrer ainsi.

— Et puis, enfin, tu seras bientôt en âge de te marier.

— Ah! je n'y songe guère!

Et comme Nicole avait ce qu'on appelle en langage équestre « de la tête », la victoire, en principe, lui revint ; il fut convenu que du printemps à l'automne elle allait demeurer à Maisons-Laffitte; les NoirfeuiUe réclamaient seulement le monopole de l'hiver.

— Bon, finit par acquiescer Nicole, c'est entendu. Vous m'aurez donc pour me conduire au bal.

Elle mena l'existence rustique et libre pour laquelle elle se sentait créée. Férue surtout d'équitation, elle passait des heures — montée sur un pur-sang en retraite que le père Planchut acquit pour elle, d'un entraîneur voisin — à sillonner les belles routes de la forêt.

D'abord, M. de la Brossette avait insisté pour que son vieux jardinier Germain, ci-devant spahi, l'accompa-

^ UN AVIATEUR

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gnât. Mais, avec des ruses de sauvage, elle semait le subalterne, et en fin de compte, il fut admis que Mlle Nicole se promenait seule. . .

Point tout à fait, car un quatuor de chiens, ses

commensaux habituels, l'escortait invariablement.

Ce bataillon se trouvait d'un recrutement assez composite.

Le bull, intitulé Clown, et constituant un don de M. de Noirfeuille, était blanc, avec un poitrail large comme un four, des yeux bordés d'écarlate, des oreilles truffées de lentilles noires et une queue recroquevillée en

ressort à boudin. Chocolat, caniche marron, avérait un caractère affectueux et intuitif. Khaki, Saint-Bernard mordoré et soyeux, se manifestait en jappements sonores. Quant à Voyou, cette chienne bâtarde, mâtinée de toutes les espèces, ayant un jour rencontré Nicole sur son chemin, l'avait suivie, par instinct de bête qui sent vivre un cœur fraternel, et, naturellement, elle s'était vue adoptée.

A part les coups de dents usuels en certaines circonstances délicates,

UN BON PILOTE DOIT S ETUDIER A CONNAITRE ET A RECONNAITRE LES PAYS A VOL d'oISEAU (p. i8).

les quatre s'entendaient bien, et dans tous les cas se montraient d'accord en une commune adoration pour leur patronne.

Aimant tous les animaux, elle en possédait encore d'autres, plus ou moins domestiques, qui vivaient en des domaines spécialement affectés à leur usage et défendus par les grilles contre la curiosité périlleuse des chiens ; la cuisinière n'avait pas licence de porter en ces lieux le coutelas funèbre, et en était réduite à faire venir la volaille et le gibier du dehors.

^ UN 'AVIATEUR

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