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LA COUPE JERRY-SMITH

Pour inaugurer l'Institut, Jerry Smith fit savoir qu'il créait une Coupe internationale à disputer au printemps de l'année suivante: cinq cent mille francs étaient offerts au pilote de Taéroplane qui, en moins de quinze heures, partant de Bagatelle, gagnerait Rouen et, après avoir doublé la flèche de la cathédrale, reviendrait au point de départ, sous la seule obligation d'avoir deux pla-

ces occupées, et, au cas d'avarie en route ou d'atterrissage, de ne point se ravitailler et de ne réparer que par les moyens du bord.

L'essor imprimé à l'aviation par cet établissement, dont le Bulletin polyglotte, tiré à des infinités d'exemplaires, devint comme un régulateur de recherches, un centre où convergeaient toutes les inventions aéronautiques, avait été de belle envergure.

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^ UN AVIATEUR

El. bien qu'en l'improvisant, Jerry Smith, triomphateur blasé, eût eu plutôt en vue de satisfaire son désir de conquêtes inédites, que de monter une « affaire », l'entreprise, commercialement, donnait aussitôt de magnifiques résultats: de semaine en semame, le dirigeable et l'aéroplane supplantaient, dans le goût des amateurs riches, l'automobile déjà envieillie ; les commandes privées affluèrent et aussi celles des Etats, qui s'appliquaient, maintenant, à se créer d'aériennes escadres; on pouvait entrevoir, pour un délai prochain, le fonctionnement de services urbains et départementaux par dirigeables:

et grâce à la conception si rationnelle de ses différents rouages, à son outillage ultra-moderne et précis, à l'excellence des moteurs spéciaux, établis par les soins de la maison Morisset. Chouix et 0<', l'Institut monopolisait absolument, sans avoir à redouter nul concurrent, le marché des airs.

Il résultait de ces circonstances que jamais épreuve sportive ne suscita un émoi aussi universel, d'autant que les conditions du concours, sévères mais point irréalisables — car depuis la célèbre envolée d'Henri Farman, divers engins du même type avaient déjà fourni des parcours sensiblement plus longs — en faisaient quelque chose de réel, une véritable course où la vitesse individuelle des appareils et non point leur équilibrage ou leur maniabilité, se trouverait en jeu.

Sur la liste d'ores et déjà publiée des concurrents figurait le Gotha des pilotes.

Naturellement la France, étant le

terroir même de cette science-là, fournissait la majorité des compétiteurs.

Dans le clan étranger, Tom Lyne, le champion de Floride, Purkiss, de La Nouvelle-Orléans, y voisinaient avec Chistera, l'Espagnol, l'homme à la mode, dont le cellulaire avait exécuté un vol de trois lieues autour de Valladolid. L'Angleterre se trouvait représentée par l'honorable Fergusson et par Sir Thomas Hardy, de l'Académie des Sciences, promoteur du stabili-cône à double révolution.

L'Allemagne envoyait M. de Teken et le professeur Otto Kirchner qui avait, disait-on, expérimenté, en présence de Guillaume II et de quelques rares privilégiés, un étonnant appareil, du genre hélicoptère. La Russie avait délégué les frères Voragine et le général Akimov, tous trois aviateurs émérites; et on citait encore, comme devant concourir, l'aéroplane suisse Burgli, lequel se caractérisait par ses quatre hélices jumelées, et le planeur Truck, à surfaces courbes, de Vienne.

Et il n'y eut pas jusqu'au fumiste, obligatoire en ces occurrences, qui fît défaut à la nomenclature: le nommé Carlus Crochet s'était inscrit avec sa « Flèche » et son « Cor ».

Les multiples reporters qui, sitôt publié cet engagement baroque, s'abattirent, à fin d'interview, sur le domicile de ce dernier, se virent en présence d'un individu hirsute qui leur révéla des arcanes. Adepte de la Spiriation, laquelle est une méthode de voler avec le concours des Esprits ou Anges, il appelait ceux-ci à l'aide d'un cor de chasse, et ne doutait pas que, tel autrefois Abaris, il ne s'envolerait sur une flèche à la construction de laquelle certaines plumes d'un oiseau très rare, le Bihoreau, — volatile triste, erratique, dont le cri imite le bruit du vomissement.

^ UN AT J AT FA m ^

et dont il recherchait un spécimen, — se trouvaient indispensables.

On ne tarda point, du reste, d'interner ce malheureux fou, capable seulement de se nuire à lui-même.

Jerry Smith avait décidé que son établissement concourrait individuellement; il déclarait d'ailleurs par avance qu'au cas d'une victoire, le demi-million serait dédié à la fondation d'un sanatorium.

Muni d'un moteur nouveau étudié par Morisset, l'aéroplane de l'Institut avait fourni de très bonnes performances.

Et justement, Gilles Lebrisard, par délicatesse, — ayant décliné les offres de Jerry Smith, — hésitait à se mettre sur les rangs en ce tournoi.

Ce fut Morisset lui-même qui l'y incita.

Depuis son mariage avec Nicole, les relations de l'ingénieur avec le jeune aéronaute avaient perdu tout caractère d'aigreur ou de secrète animosité, devenaient franchement cordiales. Confiant en la loyauté de sa femme, — • qui lui vouait en affection ce qu'elle ne pouvait pas lui ■ offrir de passionné, ■ — fidèle, de son cœur tout entier, à sa promesse d'ignorer des jalousies rétrospectives, Morisset, maintenant, rendait hommage sans réserve à la vaillance sportive du jeune homme.

Se joignant à son gendre, M. de la Brossette, également, conseillait à Gilles de ne point faire preuve de scrupules fastidieux, et finalement Jerry Smith, auquel Morisset en référa, l'invitait, par l'entremise de son associée, à concourir.

l'.^PPARKIL R.ALEIGH, de DUBLIN, eut une panne au liOUT DE CINQUANTE METRES (p. 5^).

^ VN AVIATEUR

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