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Î/.Y AVIATEUR

JERRV SMITII, DANS CETTE ILE QUt ETAIT SON I1,K, KLE\ A IXE CITE QUI ALLAIT ETRE

SA CITÉ (p. 55) .

connu le danger, pour l'institution des courses, de supprimer le pari au livre, l'avait, depuis peu, rétabli).

Morisset escomptait de tout son désir trépidant la victoire de son « extra-léger » qui, grâce à la disposition en échiquier de ses dix cylindres, pouvait tourner indéfiniment, en ne chauffant, pour ainsi dire, pas.

Il se montrait fort émoustillé.

Et même, plusieurs fois, Jerry Smith, d'un ton fâché, observa:

— A quoi cela vous avance-t-il, de faire ainsi le bourdon! Vraiment j'aurais cru que depuis que vous me connaissez vous auriez pris quelques leçons de flegme.

— Mais vous ne comptez pour rien le renom de l'Institut et de la maison Morisset, Chouix et O^?

— Arrive ce qui arrivera. Du reste, je vous ai déjà dit que je connais le gagnant.

— Qui?

— Gilles Lebrisard!

A aucun moment, en effet, depuis qu'il avait créé cette épreuve, les

prévisions de Jerry Smith ne varièrent sur ce point.

Mais Morisset se montrait toujours incrédule :

— Il périra par le moteur. Au lieu de nous en demander un, il a voulu le construire lui-même. A la vérité, M.

Planchut, qui l'y encourageait, en dit monts et merveilles.

— Eh bien! vous ne refusez pas, je pense, à ce dernier, quelque compétence ?

— Non. Mais quand il s'agit de son disciple, je crois qu'il manque un peu d'impartialité. Naturellement, mon rôle n'était pas d'assister à leurs essais, et je ne puis rien affirmer.

Dans un vaste break automobile, garé en l'enceinte réservée, et dont les paniers recelaient les éléments d'un copieux lunch, se tenaient Nicole Morisset, les Noirfeuille et les parents Lebrisard, invités, vu la circonstance.

Le grand-père Roumerie, sec, jaune, décharné, avec les yeux seuls vivants sur sa face morte, s'était fait

^ UN AVIATEUR

amener en son fauteuil à roulettes^ par une auto de louage^ qui voisinait avec la voiture familiale.

Ayant à ses côtés un domestique muni d'une jumelle, il attendait de voir s'envoler dans les airs son petitfils.

Menteurs ingénus, pleins d'orgueil naïf et paternel, les Lebrîsard, pour lors, déclaraient:

— Nous avons toujours poussé notre fils dans cette voie...

M. Lebrisard rappelait, non sans agrément, les premières armes de Gilles dans la carrière, lorsque, suspendu à trois parapluies, il se laissa choir d'un deuxième étage.

• — Ah! si je n'avais pas toujours peur qu'il lui arrive un accident! soufflait Mme Lebrisard, qu'affligeait un asthme. -

Mais M. de Noirfeuille apaisait les inquiétudes :

— Gilles est aussi prudent que hardi; il n'y a rien à craindre, surtout avec un compagnon comme M.

de la Brossette.

(Le père Planchut allait, en effet, prendre place à côté de Gilles, dans l'hiloire de la nef volante, inscrite sous la désignation : Aéroplane Lebrisard-Planchut, cela malgré les protestations du vieil aéronaute, déclarant qu'il n'était pour rien dans l'appareil, que Gilles, aujourd'hui, se trouvait cent fois plus fort que lui, et que des galopins aussi entêtés il ne savait ce qui le retenait de leur botter le derrière.)

...Ils étaient partis, ils avaient disparu derrière les cimes de la futaie bordant les rives de la Seine, sauf l'hélicoptère allemand, lequel refusa

de voler, et l'appareil Raleigh, de Dublin, qui eut une panne au bout de cinquante mètres, et qui, ayant heurté le sol en atterrissant, brisa ses plans directeurs et dut abandonner.

Une rumeur particulièrement consistante, peut-être effluves émanés de la conviction professée par Jerry Smith, avait salué l'envol du n« ii qui, d'une brève course, au ras du sol, ayant pris sa vitesse de régime, s'éleva d'un jet oblique et sûr dans l'air bleu.

Et, dès le début, les renseignements transmis par les ondes hertziennes furent significatifs. Après vingt-huit minutes, déjà aux environs de Meulan, il tenait la tête; sur Evreux, il avait pris six kilomètres d'avance sur Purkiss, parti premier; en deux heures, ayant toujours augmenté son avantage sur ses poursuivants, il atteignait Rouen, contournait sans encombre la flèche de la cathédrale. Et le bruit des bouchons qui sautent s'éteignait à peine parmi les déjeuneurs de Bagatelle, qu'un cri énorme s'éleva: au-dessus de Longchamp, l'aéroplane n° 1 1 montrait son bec renflé de coursier aérien. Vraiment ce fut une délirante ruée lorsque, pareil à un docile oiseau, il vint se poser sur la pelouse. Le père Planchut n'était pas plus rouge que d'ordinaire. Gilles Lebrisard simplement déclarait:

— Pas d'incident. Tout a bien marché.

Jerry Smith semblait enchanté, et souriait d'un air fin à Morisset qui, libre de jalousie mesquine, félicitait cordialement les triomphateurs. L'aéroplane de l'Institut allait, du reste, finir second.

Une -larme silencieuse roulait lentement sur la face parcheminée de l'aïeul Roumerie, hissé dans l'autotaxi, sur un fauteuil à roulettes.

J,A XOIRE TERREUR DE DÉCi X'VRIR UN (TTASSJS VERSE, DES DEBRIS, DU SAXg! (P. 6q) ,

^ UN 'AVIATEUR

AEROPLANE... HELICOPTERE..,

L'appareil est tel qu'un oiseau, et lorsqu'on enlève la soie caoutchoutée tendue sur la membrure, son squelette d'aluminium et d'acier figure un grand volucre antédiluvien. Les

MORISSET, M0>;TANT UXE formidable 150 HP DE COURSE, TRAVERSAIT PARIS A TOUTE ALLURE (p. 69).

pérée par la contre-pression du fluide qui se referme, pousse sur les parois, d'arrière en avant, s'ajoutant à l'effort propulsif des hélices.

Les plans stabilisateurs, au nombre de quatre, sont disposés par paires, un à chaque flanc de la carène,

les deux autres dessus et dessous ; montés sur des charnières, ils peuvent se rabattre, au moment de l'atterrissage, afin d'annuler la ^' i t e s s e horizontale, ainsi que font de leurs ailes les oiseaux. Tout le système apparaît si naturel et simple que l'on s'étonne en songeant que les hommes aient mis tant de siècles à inventer une machine volante. Et tel est, monté sur un châssis à roulettes conjuguées, l'aéroplane Lebrisard-

plans directeurs se trouvent à l'arrière; le gouvernail d'orientation à l'avant, ainsi que l'hélice, afin que celle-ci puisse attaquer un air vierge; deux autres hélices, sur le côté, mues par un moteur indépendant, ne constituent qu'un adjuvant éventuel et permettent de remédier, en différenciant la vitesse, à toute bande obli- Plan chut, qui a remporté la Coupe que. Le nez de la carène est large; Jerry-Smith. il donne place à la cage qui contient les pilotes et la machinerie, puis s'amincit comme le corps des poissons ; grâce à cette forme, il défonce, en quelque sorte, l'air, dont il écarte violemment les masses; mais la force perdue par le choc se trouve récu-

Gilles Lebrisard, toutefois, ne considère cet appareil que comme transitoire, et, malgré ce succès, ne lui

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accorde que peu d'estime. Avec beaucoup d'hommes compétents en la matière, et à la suite de Jules Verne, qui fut, quoi qu'on en dise, un génial précurseur, il croit que l'aéronef du futur appartiendra au mode de l'hélicoptère, recevant sa vitesse comme sa force ascensionnelle d'hélices virantes, et n'escomptant aucun service d'ailes qui ne lui fourniraient qu'un appui tout subsidiaire. Du reste les constructeurs d'aéroplanes ont d'ores et déjà reconnu l'intérêt .et la possibilité, en accélérant la marche, de réduire l'envergure des plans.

Le tout est d'imprimer instantanément à l'appareil une allure de régime, afin que le centre de pression du système se place à la distance voulue du centre de gravité et que, les composantes de ces deux forces s'annulant, la machine vole.

Pour l'hélicoptère, le point déhcat réside en ceci, que l'appareil doit pouvoir s'élever verticalement, par ses propres moyens. Mais cette difficulté vaincue fournit aussi un avantage considérable sur l'aéroplane, qui se trouve assujetti, pour prendre son vol, à un lancement préalable (obtenu soit par une course sur le sol, soit au moyen d'une catapulte, comme dans le système Langley), et, dans tous les cas, nécessite un terrain approprié pour le départ, ce qui exclut généralement la possibilité de reprendre la route, si l'on touche terre.

Enfin, il est évident que l'aéroplane, cellulaire ou nanti de plans étages, si maniable qu'il puisse être, constitue un instrument dont on peut escompter les services uniquement en atmosphère calme, et là, son coefficient de dirigeabilité — ou ce que le colonel Renard a défini: l'angle abordable — dépend entièrement de sa vitesse.

C'est en vertu de telles considérations que Gilles s'abandonnait âme et corps à la recherche d'un problème, ardu, mais, selon lui, point insoluble; et il en voyait notamment la clef dans l'étude de la pression des fluides sur les surfaces qui, jusqu'à présent, est restée en friche et qui se trouve fort complexe, à cause de la réaction des filets d'air, lesquels, après avoir travaillé, viennent chicaner les suivants.

Et, n'étant pas — bien que doué — un algébriste transcendant, il trouva en son camarade Paul Rebour, l'ancien complice en l'équipée du ballon captif, un merveilleux collaborateur.

Paul Rebour, sorti de Polytechnique, avait quitté l'armée, et quelques rentes lui permettant de ne point songer au professorat, il se consacrait aux études mathématiques. Ce grand garçon robuste, qui semblait plutôt taillé pour faire de la barre fixe, ou pour battre du blé en grange, menait une vie cloîtrée dans un cinquième de la rue Saint-Jacques, dont il ne s'exilait qu'à regret, capable de demeurer vingt-quatre heures et davantage devant sa table de travail à la poursuite d'une formule rebelle.

Il vivait comme plongé dans le rêve perpétuel et précis de l'algèbre, récitait un théorème de géométrie avec la vénération de Flaubert déclamant telle phrase bien balancée; et il finissait par avoir un visage presque extatique, pâle de veilles nocturnes et de méditations.

Le génie inventif de l'un servait de pitance à l'esprit analytique de l'autre. Gilles guidait son ami par le sentiment inné, qu'en dehors de la théorie, il avait des choses aériennes.

^ UN MIATEUR ^

D'ailleurs, bien souvent, faute d'un (X)rnac sensible aux contingences, les plus grands algébristes errent : Lalande n'at-il pas estimé qu'il faut à un homme des ailes de i8o pieds pour s'élever dans 1 ' atmosphère , ce qui fut absolument controuvé par les expériences de Lilienthal ; et même on observée que la nature chez les oiseaux, à mesure que la masse du sujet augmente, réduit la surface d'aile, correspondant à

l'unité de poids, et c'est ainsi que le nage moins d'envergure, proportionkilo d'aigles, pour voler, a reçu en apa- nellement, que le kilo de moineau.

BIENTOT SURVl.NRK.NT CEUX DE MAISONS-LAFITTE (P . 6g).

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