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CHAPITRE X

7T^;0T^N matin que j'étais en train .

•kl^l» ^^^ ^^^® "^^^ journaux fran- J^^^ çais dans le petit bureau que m'avait fait aménager, à côté du sien,^ le baron de Herner, on frappa à ma porte, et l'on entra sans que j'aie eu le temps de dire : « Entrez ! »

Un jeune homme en vêtement clair se tenait devant moi, me souriant d'un bon sourire. C'était Henry de Tolberg.

— Eh bien ! monsieur le secrétaire particulier, il me semble que l'on oublie ses amis, une fois qu'on est dans les grandeurs ! C'est moi qui m'excuse, continua-t-il en souriant. Aussitôt mon arrivée... cette personne que vous connaissez]? est allée passer quelque temps chez une tante à elle qui habite un \ ieux

château terrible à vingt lieues d'ici. Il se trouve que je ne suis pas trop mal vu dans la maison et que cette tante a bien voulu m'inviter aussi, de sorte que nous avons passé deux heureuses semaines, qui, malheureusement, sont passées...

Mais ce qui nous console, c'est que nos affaires avancent. Quelqu'un de très bien en cour a parlé à la belle-sœur du roi. Et le comte de Herrenstein a dû parler

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ON ENTRA SANS QUE j'ATE EU LE TEMPS DE DIRE : « ENTREZ ! »

SECRETS D'ÉTAT

au roi lui-même, qui n'a encore rien dit mais qui, je crois, va souscrire au divorce. Je ne crois pas que le premier ministre fasse une forte résistance, étant donné les difficultés de l'heure actuelle, qui doivent primer pour lui toute autre préoccupation. Et sans aller jusqu'à prévoir sa disgrâce possible, nous sommes peutêtre autorisésà penser que, pour le moment, il cherche à ménager son crédit auprès de Charles XVI, et qu'il ne se soucie pa§ de heurter la volonté royale pour une affaire qui n'intéresse pas la chose publique... Je sais les arguments dont il s'est servi jusqu'à présent pour justifier sa résistance. Il n'y a eu que deux divorces à la Cour depuis la nouvelle loi... Et ces deux divorces ont fait mauvais effet dans le public. L'un, c'est celui de la princesse Breimingen, qui, après s'être séparée de son mari, parce qu'il était infidèle, a trompé elle-même son second mari d'ime façon encore plus scandaleuse, de sorte que le tribunal ne sait que faire de leurs petits enfants... L'autre divorce présente avec celui de mon amie une analogie d'espèce un peu grossière, en ce sens que le mari de la surintendante, avec qui elle a divorcé, était, comme le mari de mon amie, enfermé dans une maison de santé. On reproche à la surintendante d'avoir épousé un homme très riche, alors que les affaires de son premier mari étaient en fâcheux état. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il n'y a rien de semblable dans le cas de mon amie. Son mari a une fortune personnelle beaucoup plus considérable que la mienne. Cette fortune retournera tout entière, en cas de divorce, à la famille du malheureux interné. Le baron de Hemer le sait bien ; mais cela ne l'empêche pas d'exploiter auprès du roi le fâcheux effet des deux divorces précédents... Le roi ne se doute pas naturellement des véritables raisons du premier ministre. Mais on les a dites au comte de Herrenstein, et nous espérons bien que Sa Majesté en sera informée par lui...

— Je pourrai peut-être lui en parler aussi, m'écriai-je, sans trop penser à ce moment à la petite vanité de déceler mon intimité avec le roi.

Depuis quelque temps, sans que j'eusse contre le baron de Hemer des griefs personnels, je me sentais moins lié à lui. Il était vraiment trop différent de moi, avec son énergie presque brutale, son tempérament vindicatif, — qui surtout offensait chez moi cette impuissance de rancune, cette tendance à chercher et à comprendre les raisons de l'adversaire, si funeste à un homme d'action qui a besoin au contraire, pour lutter, de toute la force de sa conviction.

Je savais très bien que le baron de Herner était un de ces êtres avec qui, dans certains cas, on ne peut pas s'expliquer. Les relations ne sont jamais sûres avec les hommes de ce genre. On est toujours sous la menace d'une rupture possible. Ce sont ces gens dont le vulgaire dit qu'ils ont un rhauvais caractère.

J'avais dans ma jeunesse un camarade plus âgé que moi, qui « se fâchait »

pendant des mois pour un rien. Toute discussion avec lui me faisait trembler. Je craignais toujours qu'elle se terminât par une de ces brouilles si longues, et si pénibles pour mon cœur d'enfant.

Plus âgé, mais toujours aussi sensible, j 'avais pris le sage parti de fuir ces sortes d'amis.

Je ne pouvais donc plus hésiter entre Tolberg et le baron, d'autant qu'il ne me semblait pas qu'il existât entre le baron et moi des liens de reconnaissance assez puissants pour que la démarche que j'allais faire auprès du roi, et qui contrecarrait les plans de Herner, pût être considérée comme un acte de trahison envers un bienfaiteur.

D'ailleurs si j'avais pu avoir une hésitation sur la conduite à tenir, elle eût été dissipée le soir même, car j'eus 1*00casion de revoir Bertha.

C'était au bal du ministre de l'Intérieur. J'avais reçu une invitation et j'avais d'abord hésité à m'y rendre.

C'était une des dernières soirées que le chef d'orchestre passait à Schoenburg avant son départ pour Vienne. Son engagement avec la Grande-Taverne avait pris fin. L'orchestre de dames s'était dispersé, et avait fait place à des Hongrois chanteurs qui criaient comme des

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malheureux, de sept heures du soir à une heure du matin. Le chef d'orchestre, qui n'avait pas eu \ine soirée à elle depuis trois ans, aurait voulu aller au théâtre de Schoenburg, où l'on jouait ce soir-là

de Herner. Mais le premier ministre ne fit qu'une apparition très brève. Il paraissait absorbé. Il me serra la main en passant, et me dit : « Nous irons demain chez le roi. Nous avons une lettre

un drame émouvant. Je n'ai d'ailleurs importante à envoyer à Paris. »

jamais vu d'àme aussi naïve et aussi simple que celle de cette dame voyageuse, qui depuis son adolescence avait vécu •dans tant de villes, et joué de divers instruments dans une cinquantaine de cafés, sous des costumes les plus divers. Je lui expliquai en dînant avec elle que les exigences de ma profession m'obli- geaient à me rendre à un bal. Elle avait une âme de fonctionnaire modèle, et comprit admirablement mes raisons.

A dix heures, vêtu d'un frac, d'une culotte de gala, et orné. Dieu me pardonne! d'une épée au côté, je me rendis au ministère de l'Intérieur. Les réceptions de M. Von Mûllen étaient justement renom-

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