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JE PASSAI PAR LA VIEILLE VILLE DONT LES RUES TORTUEUSES

SECRETS L'ÉTAT

avec un mot. Je savais qu'eUe avait un concierge très dévoué et que nous ne risquerions pas d'être trahis. Et je recommandai à mon homme de venir tout de suite me donner la réponse. Mes fenêtres donnaient sur la rue. Je resterais en observation de façon qu'au cas où il n'aurait pas de message important à me remettre de la part de Bertha, il n eût pas besoin de se faire ouvrir la porte de l'hôtel par ce veilleur avide de sommeil.

Pendant son absence, j'examinai différents projets de fuite.

Le moyen le plus pratique était de prendre le train. Mais il était é\'ident que Herner aurait du monde à la gare pour ne pas laisser pailir ainsi son ami Humbert, et insister, par des moj-ens énergiques, pour le faire rester dans le Bergensland.

Wen aller en voiture jusqu'à une petite station de la Ugne, c'était une grosse perte de temps; le train rapide, en effet, ne s'arrêtait, une fois Schoenburg passé, qu'assez loin de la capitale. Il faudrait attendre le train omnibus qui mettrait très longtemps à me conduire jusqu'à la prochaine gare importante.

Et puis, toutes ces combinaisons n'empêchaient pas l'arrêt forcé à la gare frontière, et là, je trouverais mille dangers...

Partir à bicyclette jusqu au pays voisin le plus proche était encore une idée, mais il aurait fallu faire cinquante-cinq kilomètres après être sorti de cette damnée'capitale qui se trouvait dans une espèce de bas-fond. De quelque côté que l'on franchît les remparts, il fallait monter deux ou trois kilomètres de côte escarpée, et une fois là-haut, on n'était pas au bout de ses peines.

Ce n'étaient que côtes abruptes et descentes rapides. Je devrais faire les montées à pied pour ne pas m'épuiser, et les descentes de même, pour ne pas me casser

le cou...

Dans ces conditions, il était presque aussi pratique de ne pas se charger d'une bicyclette et de s'en aUer à pied... Mais cinquante-cinq kilomètres.... Je n'étais pas entraîné à ce genre d'exercice, n ayant rien de ces proscrits intrépides, dont

la vie se passe en périlleuses évasions et en fuites héroïques.

Le suisse revint quelque temps après, me rapporter un mot de Bertha où elle me souhaitait bon courage. Puis je pris congé du fidèle serviteur. Nos mains se joignirent avec une émotion un peu traditionnelle.

J'avais songé un instant à m'en aller avant le jour, mais il y avait dans les rues des rondes d'agents qui me remarqueraient mieux à cette heure trouble.

D'autre part, je ne pouvais pas rester très longtemps à l'hôtel, car je pensais que tous les hôtels et garnis seraient certainement fouillés à la première heure... Pourtant je me résolus à attendre. Je tombais d'ailleurs de fatigue et je m'ctendis sur le lit, simplement pour leposer mes membres, et décidé à ne pas m'endormir.

Quand je me réveillai, il faisait giand jour. Je promenai des regards égares dans cette chambre inconnue. Puis je me rappelai bmsquement que j'étais traqué.

J'avais sans doute perdu un temps précieux. La visite des gens de Herner dans les hôtels avait dû commencer.

Peut-être leur avait-on signalé l'arrivée d'un voyageur suspect...

Je descendis avec précaution, et je vis que le vestibule était encombré de gens, mais le bruit de leurs voix n'avait rien d'inquiétant. C'était une bande de touristes qu'un employé d'agence menait comme un troupeau.

Si je me joignais à eux ? On n'aurait sans doute pas l'idée d'aller me chercher au milieu de cette compagnie. Ils s'apprêtaient à prendre le train. Restait à s'enquérir de la direction qu'ils comptaient prendre et à demander au conducteur de l'expédition s'il lui était possible d'accepter un voyageur supplémentaire en cours de route.

Mais je vis tout de suite qu'il était assez difficile de parler à cet l;omme considérable et fort affairé. Il était d'ailleui-s d'une politesse obséquieuse, vous écoutait quelques secondes avec une grande attention, en caressant sa barbe blonde, puis, brusquement, s'excusait en gestes désespérés d'être obligé de vous quitter

SECRETS D'ÉTAT

un instant, un tout petit instant... On croyait tenir cet être brumeux et insaisissable : tout à coup sa longue barbe fuyait loin de vous... Ce ne fut qu'à la cinquième ou à la sixième reprise que' je pus savoir de lui qu'il s'en allait avec

Compagnie, ce touriste supplémentaire qui lui verserait directement les frais de son voyage.

Quelques instants après, je montai dans le grand omnibus qui attendait la bande pour la conduire à la gare.

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