CHAPITRE III
Poésie d^origiue africaine. — L*esclavage- — Comment il a été introduit. — Comment il a été aboli. — Les apports de la race noire. — Plaintes des noirs. — « Noire-Père » des noirs. — Le cauchemar est un nègre. — La mulâtresse. — Comment elle règne. — Vendeurs noirs. — Amours noirs, — Danses des noirs. — Leurs plaisanteries. — Leurs chansons. — Le Caméléon (paroles ot musique). — Dévotion envers saint Benoît et Notre-Dame du Rosaire. — Une requête au Christ. — La Saint-Jean. — Improvisations poétiques, — L'africain dans les mots brave Thonnéleté.
La poésie d'origine africaine ne saurait prétendre à autant d'élévation que celle d'origine portugaise. C'est la poésie d'un peuple asservi pendant trois siècles, et l'assujettissement dans lequel il a vécu explique ses plaintes et ses tristes joies d'un moment. Heureusement, le jour même où je termine ces pages (le 13 mai 1888), un grand acte de justice, qui est en même temps un fait économique de premier ordre, vient de s'accomplir au Brésil : l'esclavage n'existe plus dans l'immense empire de dom Pedro IL
Les premiers esclaves africains ont été introduits au Brésil quelque temps après la découverte. Gô sont les Portugais conquérants qui, vers le milieu du xwf siècle, ont imposé ce surcroît de servitude au pays asservi ; ils n'a-
vaient pas assez des aborigènes réduits en esclavage; à rindien ils ont ajouté le noir comme compagnon de chaîne. Jusqu'au milieu du XIX® siècle, le pauvre noir, arraché de l'Afrique par des trafiquants à la peau blanche, a débarqué en Amérique pour y continuer sa triste odyssée. Un prince éclairé, dom Pedro II ; une femme de cœur, la princesse Isabelle ; des hommes comme Eusebio de Queiroz, le vicomte de Rio-Branco, Dantas, Joâo-Alfredo, Antonio Prado, Rodrigo Silva ont employé leur vie à faire disparaître cette honte. Ils y ont réussi, aidés par des tribuns enflammés, comme José do Patrocinio et Joaquim Nabuco. Mais, quoique l'institution maudite ait disparu, il n'en est pas moins vrai que, pendant trois cents ans, l'Africain et ses descendants se sont 'assis à notre foyer, ont mêlé leur sang à notre sang et sont devenus un facteur important de notre évolution sociale. Ils ont laissé dans le pays une empreinte que bien des générations seront impuissantes à effacer.
Sans doute, le noir n'a pas apporté grand chose, en dehors de ses bras robustes, de son ardente terre africaine. Il n'arrivait pas en conquérant, comme le Portugais. Il n'était même pas, comme l'Indien, un maître dépouillé du sol où il régnait seul. Il venait, au contraire, vaincu, contraint et abruti, transporté à fond de cale par des rnarchands impitoyables.
Néanmoins, mis en contact avec les deux autres éléments, il devait forcément faire sentir son influence dans le cours des siècles, et transformer insensiblement les traditions qu'il recevait en les amalgamant avec les siennes propres et en les adaptant à son caractère et à son nouveau milieu.
Il existe donc parmi nous une poésie populaire où domine la note noire, — poésie gouailleuse, désespérée, attendrie, et le plus souvent d'une crudité d'expressions excessive.
Voici, d'abord, ufi dicton, qui peint bien l'opinion qu'avaient les noirs au sujet de leurs oppresseurs :
Noir qui vole est larron, Blanc qui vole est baron.
Il est vrai que les Anglais, qui n'ont rien de commun avec les noirs,, disent aussi :
« A poor man is a thief, A rich one is a klepùomaniac. — Si vous êtes pauvre vous n'êtes qu'un voleur ; si vous êtes riche, vous êtes atteint de cleptomanie. »
Ce qui prouve que, sous toutes les latitudes, il y a deux justices : l'une à l'usage des pauvres ; l'autre à l'usage des riches.
Les noirs eux-mêmes reconnaissent, d'ailleurs, leur fatale infériorité, due au régime sous lequel ils ont vécu pendant tant d'années, comme le prouve
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le « Notre-Père du Noir », recueilli par M. S. Roméro :
« Le noir dans les fêtes des blancs est le premier à empocher les coups et le dernier à manger. — Le noir se confesse, mais ne communie pas. — Le noir est un tronc d'arbre : fou qui ne tire pas sur lui ! — Le noir bougonne, quand on l'appelle ; s'il boug(mne, il est battu. — Le noir est un fantôme ; quand il ne demande pas, il vole. — Le noir a une odeur de bouc — ; il ressemble au diable. — Le noir est la dernière chose de ce monde. — Le noir n'entre pas à l'e'glise ; il espionne du dehors. — Le noir a le pied d'un animal, ongles de gibier et talon fendu ; son petit doigt est comme la graine du concombre de San-Paulo ; sa chevelure est emmêlée. — Le noir, quand il ne chante pas, siffle. — Le noir couché, est un rocher ; courant, un porc ; assis, un morceau de bois. »
Que cette litanie ait été inventée par les noirs eux-mêmes pour peindre le triste sort auquel les a réduits Tesclavage séculaire, ou qu'elle ait été composée par le blanc exploiteur pour flétrir Tinstrument de sa richesse, ce qu'il y a de certain c'est que de tels aphorismes sont la condamnation flagrante de l'immorale servitude si heureusement supprimée. Hâtons-nous de dire qu'ils contiennent des exagérations évidentes, et se rapportent, dans leur ensemble, à des coutumes qui ne subsistent plus depuis longtemps.
C'est dans le mépris du noir qu'il faut chercher
l'explication que donnent les gens de Para au sujet du cauchemar. Pour eux, le cauchemar est un vieux nègre, coiffé d'un bonnet rouge. Si Ton s'endort le ventre en Tair, le cauchemar se glisse dans le hamac et fait tout ce qu'il veut de la pauvre endormie, car, en homme de bon goût, il. fréquente les femmes de préférence. Alors i leur serre la gorge, leur pince les mollets, pèse sur leur poitrine.
On se débarrasse de cet hôte nocturne de plusieurs manières : en frappant des mains, en faisan du bruit avec ses pantoufles, en frottant les mains Tune sur l'autre, en plaçant un petit couteau rouillé sous son hamac.
La mulâtresse, cette hybride du noir et du blanc, joue un grand rôle dans la poésie populaire de notre pays. Une chanson très répandue la dépeint en ces termes enthousiastes ^ :
Ln petite mulâtresse du Brésil Est une douce manne céleste.
Un petit fruit tout sucré Un savoureux cambuca ^.
Elle est un plat appétissant, Meilleur que le vatapa ^.
* Nova collecçâo de hymnoSj cançâes e lundùs, par J.-N. de Souza-e-Silva, Rio, 1878.
2 Fruit du Brésil.
3 Plat de Bahia.
Elle est un nectar délicieux, Et comme il n'y en a pas.
Elle est un mets délicat,
On dirait de Tigname avec du miel ;
Elle est un morceau agréable
Aussi bon que le fruit de la passiflore.
Il y a encore sej)t quatrains dans le même genre. Les ravages que font les «, mulatinhas », une autre chanson va nous les dire :
— Où allez-vous, M. Pereira de Moraes ?
Si vous partez, vous ne reviendrez plus :
Les petites mulâtresses n'ont qu'à pousser des soupirs, Elles n*ont qu'à parler tout bas pour faire parler, Qu'à mettre leur peigne pour se faire la raie. Qu'à se moquer de leurs diablesses de rivales, Qu'à mettre de l'empois à leurs jupons plissés, Pour que si vous y allez, vous ne reveniez plus.
— Petites mulâtresses bavardes, Que le diable lui-même a reniées, Elles m'ont volé mon argent, Et m'ont laissé tout fracassé.
Ah ! mon Dieu !
Ah 1 mon Dieu !
Ces petites mulâtresses Sont ma damnation.
Un grand nombre de noirs sont vendeurs ambulants, et courent la rue avec leur marchandise,
dont autrefois ils devaient verser le montant à leur maître, le soir venu. Un vendeur de grosses écrevisses chante ainsi ses peines, dans un jargon dont il est difficile de donner une idée * :
Les écrevisses vont à Vata (panier) Cherchant à y entrer ; Lear maître, le noir, arrive, at ué !
Il fait des écrevisses une enfilade.
Après en avoir fait une enfilade, Il sortit dans la rue en criant :
« Arrive, arrive, client, aîuè l V'ià des écrevisses, Mam'zelle. »
Des jeunes filles pauvres le voient et rappellent. Et comm'^ncent à lui demander :
« Combien les écrevisses '^ ai uê / »
— « Une demi'pataca, Mam'zelle »
— « Dites donc, petit père, dites-moi.
Comment vous appelez-vous ? »
— « Mam'zelle pourquoi vous voulez savoir? aï uê Je m'appelle le père Manué. »
— « Hé bien! père Emmanuel, allez Faire un tout petit tour,
Et quand vous repasserez, Venez prendre votre argent. »
— « Emportez vos écrevisses, jeune femme.
Et mettez-les h. cuire,
Car p'titpère ne tardera pas A venir chercher son argent. »
* Nova collée, loc. cit.
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Ces mots n'étaient pas plutôt dits Que le noir venait frapper à la porte.
La jeune fille demande : « Qui est là ?» * Le noir répond : « C'est moi ! »
La jeune femme vint de Tintérieur
Pour dire que maintenant elle n'avait pas
De l'argent à lui donner,
Mais que son mari allait rentrer.
Alors le noir se fâcha, Il devint blanc comme l'ivoire, Et quand il put parler, aïuè !
Il commença de la sorte :
— « Mam'zelle savait donc pas Que zé suis esclave, Que dois rendre compte De son esclavage ?
Je vends pas à Toeil :
Apporte mon argent. »
Ce noir n'était évidemment pas aussi fin que la négresse dont une autre chanson va nous dire les prouesses :
Le pauvre ! Gomme il est simple De croire que je l'adore.
Parce qu'il me voit pleurer ; Dieu seul sait pour qui je pleure !
— « Mâibenta^ donne-moi à crédit un gâteau, Minhas Candongas. »
— « Peux pas, M. le lieutenant,
Minhas Candongas^ Car les gâteaux sont à Mam'zelle,
Minhas Càndongas :
On les donne pas à crédit à tout venant,
Minhas Càndongas, Car ils ont beaucoup de condiment,
Minhas Càndongas , Du sucre, du beurre, de la giroflée,
Minhas Càndongas^ Et d'autres petites choses encore,
Minhas Càndongas ; G*est des gâteaux de qui-lê-lê (superfins),
Minhas Càndongas, Point d'adniiration,
Minhas Càndongas.
Eh là-bas, Manué I
Minhas Càndongas, Chaud, chaud, mam'zelle ! »
Vous vous vantez partout
Que c'est vous qui m'avez laissée,
Hé bien ! soyez certain
D'avoir pris des vessies pour des lanternes !
Tandis que la danse des Indiens, comme nous le verrons plus loin, est presque toujours langoureuse, celle des noirs est ordinairement fort mouvemenjée, presque capritante.
Dans le nord, à la fin de leurs fêtes, j'ai entendu dernièrement les métis de noir et d'indien chanter ainsi, épuisés de fatigue 2
« Hélas ! J^us ! Gourouata ! '. Je ne peux plus danser. — Ma jambe est trop fine. — Elle court le risque de se casser. »
Les plaisanteries qu'ils échangent entre eux sont parfois simplement insolentes, et ne semblent pas avoir beaucoup de sel, quoiqu'elles soient en vers, comme dans ce quatrain :
« Le père Félix est en train de fumer— Avec sa pipe en argent. — La fumée qu'il en tire — c*est tout cela qui me tue. »
Peut-être n'y a-t-il qu'une allusion à quelque noir parvenu, devenu un objet d'envie pour ses anciens camarades. Peut-être aussi est-ce une simple déclaration d'amour.
En fait de déclarations d'amour, M. S.Roméro en a recueilli une à Pernambuco, qui présente une singularité remarquable au point de vue philologique : les couplets sont portugais, et le refrain est africain. Dans la traduction, nous avons remplacé les phrases portugaises par des équivalents français :
Vous m'aimez, Moi je vous aime ; Si papa consent, mon bien,
1 Coco du tucuman, fruit du palmier que les botanisle^ nommeu Aslrocaryum Tucuma*
LA POésiE POPULAIRE AU BRÉSIL 47
Je me marie avec vous.
Alé^ aie, aie, aie, Calunga mussanga, Mussanga è.
Si me donnez de quoi m'habiller, Si me donnez de quoi manger.
Si me payez mon loyer,
mon bien, Je vais demeurer chez vous
Aléf aie, aie, aie,
Calunga mussavga,
Mussanga è.
La chanson suivante, fort connue dans les provinces de rextrême Nord, a l'avantage de rappeler une mode des noirs. Ceux-ci, en effet, même quand ils revêtent leurs habits du dimanche, vont presque toujours pieds-nus; aussi la chanson dit-elle * :.
J'allai à la forêt chasser des colombes, J'y trouvai un caméléon.
Attdche-le, petite mulâtresse, attache-le, Attache-le, pieds et poings liés.
Caméléon s'en alla entendre la messe, En gilet et pieds nus.
Attache-le, petite mulâtresse, altache-le.
Attache-le, pieds et poings liés.
Les noirs sont très religieux : on leur a enlevé toutes les joies de la terre; il n'est pas surprenant
1 Morceau de musique q* 3.
qu'ils rêvent, au moins, une vie meilleure dans r autre monde.
Ils ont une dévotion particulière envers saint Benoît, leur patron, et envers Notre-Dame du Rosaire. Au premier ils s'adressent dans ce langage familier et tant soit peu irrévérencieux :
<( Mon saint Benoit est un saint des noirs ; il boit de Teau-de-vie douce ; il ronfle dans sa poitrine. — Mon saint Benoît n'a plus de tonsure : il a une nappe, venue de Lisbonne. — Mon saint Benoît, je viens vous demander, pour l'amour de Dieu, de jouer du cucumbi^. — Mon saint Benoît, c'est de la mer que tu es venu : tu | es arrivé le dimanche. Quel miracle tu as fait ! — Feu de la terre, feu de la mer ; notre reine ^ nous aidera. — Dépêchons, dépêchons, marchand de tabac ; notre reine a beaucoup d'argent. »
A propos de saint Benoît, dont les noirs sont très fiers, on raconte l'anecdote suivante :
Un jour, ils chargent un prédicateur célèbre du panégyrique du saint dans leur église. Le prédicateur monte en chaire; l'assistance se réjouit d'avance de l'éloge du saint qu'elle va entendre. Il commence son sermon :
— « Saint Benoit, dit-il, était un noir, un ivrogne et un voleur ».
< iDstrument de musique des Africains (S. Boméro).
* Dans ces fôtes, les noirs ont une reine, choisie par eux-mêmes ; elle marche à la télé du eortège, magnifiquement parée et portaui une eouroonei
Un cri d'indignation va s'échapper de toutes les poitrines. L'orateur a produit son effet. Il poursuit en ces termes :
— « Oui, mes Frères, saint Benoît était noir, mais seulement de peau, car jamais on ne vit d'âme plus candide. Il était ivrogne, mais il ne s'enivra jamais que de Tamour divin. Il était voleur, car il nous a pris tous nos cœurs ! »
L'auditoire était dans l'extase.
A Notre-Dame du Rosaire, les noirs s'adressent en ces termes * :
Vierge du Rosaire,
maîtresse du monde,
Donne-moi un coco frais ^,
Sans cela, je vais au fond.
Indèré, ré, rè, ré
Ah ! Jésus de Nazareth.
Vierge du Rosaire, Maîtresse du Nord ^, Donne-moi un coco frais, Sans cela je vais au pot-à-eau.
Indéré, ré, rê, ré, etc.
^ Je donne Ici la version des Tayêras (mulâtresses) et Congos (noirs) de Sergipe, d'après M. Sylvio Roméro.
2 Le texte original dit : un coco d'eau, car le coco, lorsqu'il est frais, contient un liquida que Ton boit.
3 La province do Sergipe est située dans le Nord du Brésil.
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Vierge du Rosaire, Souveraine Marie,* Ce jour d'aujourd'hui, Est tout entier à nôtre joie.
Indêré, rè, ré, etc.
En parlant de leurs fêtes à Matto-Grosso, M.Moutinho écrit :
« Leurs fêtes sont ordinairement fort bruyantes ; ils nomment un roi et une reine, des juges, etc. Le jour de la fête du Rosaire ou de saint Benoit, les juges se réunissent chez le roi ; celui-ci sort de chez lui portant une couronne en argent sur la tête, accompagné de la musique et d'un grand nombre de noirs, tous avec un parasol ouvert.
« Une vingtaine de noirs, habillés à la mode du Congo, portant des panaches en plumes, jouant du tambour de bast|ue et raclant un tuyau en bambou, le précédent ; ils chantent, ils dansent en.se rendant chez la reine. Ici, ils retrouvent les juges femelles, qui sortent avec eux ; ils donnent à celles-ci leur droite et la protection de leurs parasols, et tous ensemble ils se rendent à l'église au bruit des fusées et des bombes. A l'église, ils assistent à la cérémonie assis sur des chaises spéciales, ornées de velours, de galons et de fleurs. Puis, ils retournent chez le roi ou chez la reine, où ils font bombance. Le soir, ils suivent la procession, et, la nuit venue, il y a bal. Les danseurs parcourent les rues de la ville, ils entrent même dans quelques maisons. A huit heures du soir, -tout est fini : ils rentrent chez eux. »
C'est aussi un homme de couleur qui plaça entre
La POESIE POPULAIRE AU BRESIL 51
les mains de Timage du- Christ la pétition suivante :
a Illustrissime Seigneur de la Sainte-Trace, « Le soussigné dit qu*il ne peut plus rester attaché au comptoir, et que si vous faites en sorte que son père l'envoie comme conducteur d'une caravane faire des achats à Rio-de-Janeiro, il vous promet d'en rapporter pour vous huit livres de cierges en cire. Il espère recevoir cette grâce. »
La pétition fut portée au père du commis, qui écrivit la réponse suivante, placée également entre les mains du Christ, où le jeune homme la retrouva :
« Cette fois-ci, le requérant recevra trois douzaines de coups de férule ; s'il persiste dans son désir, on rengagera comme tambour dans Tarmée. (Signé) Le Seigneur de la Sainte-Trace. »
Et la sentence fut exécutée.
A Tépoque de la Saint-Jean,les noirs ont comme une réminiscence du bœuf Apis. Ils font un mannequin représentant un bœuf : Tun d'eux s'introduit dans le mannequin, et « fait le bœuf » ; les autres dansent autour du veau en bois. Cette cîianson est très connue ; on la chantait autrefois dans tout le nord du Brésil, avec de légères variantes*
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Je donne ici la version de Sergipe, d'après M. S. Roméro :
Vois le bœuf, vois le bœuf, Il va le frapper ; Entre donc dedans.
Mon bœuf vaillant.
Vois le bœuf, vois le bœuf.
Il va te frapper; Le maître de la maison Tu vas fêter.
Vois le bœuf, vois le bœuf, Il va te frapper, Sors du petit bois, Mon bœuf Malabar.
Vois le bœuf, vois le bœuf, Il va te frapper ; Disperse tout ce monde.
Mon bœuf vaillant.
Et, ce disant, le bœuf s'avançait vers les assistants, la corne baissée, comme pour les frapper.
Les gens de couleur sont très forts aussi pour improviser des vers dans les défis poétiques. M. Moutinho cite ces deux quatrains échangés entre un homme et une femme :
L*homme :
Je passai le Parnahybi, Naviguant sur un radeau ;
Les péchés viennent de la jupe Et pas du tout du pantalon.
La femme :
On dit que la femme est fausse, Aussi fausse que le papier, Mais qui vendit Jésus-Christ, Ce fut un homme et pas une femme.
Terminons par un quatrain un peu vif, que les mulâtres de la province de Pernambuco chantent dans leurs sambas ou danses caractéristiques :
Deux choses me font content.
Deux choses me passionnent :
Une jambe' grosse et poilue, Cn sein ferme dans la chemisette.
N'avais-je pas raison de dire, en commençant, que l'africain dans les mots brave rhonnêteté?