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CHAPITRE IV

Sapucaia-oroca. — Souvenirs de l'Ancien et du Nouveau Testament

Dans tout le bassin amazonien on garde le souvenir d'îles nombreuses, que Ton voit surgir ou disparaître, comme par enchantement. Ce phénomène se reproduit fréquemment; le fleuve est dans un perpétuel devenir, et, comme le personnage de la fable, il dévore parfois ses enfants.

L'homme de la nature n^assiste jamais à ces phénomènes sans être frappé de terreur, et, dans son ignorance, il cherche à se les expliquer au moyen de causes surnaturelles.

Dans le rio Madeira \ il existe un humble village, appelé par les indigènes Sapucaia-oroca, le Poulailler, de deux mots indiens : sapucaèj poule, et o'ca, maison : maison des poules.

Tout près de là, il y avait autrefois un autre

* Cette rivière est formée de la réunion du Béni avec le Mamoré; elle est le plus beau des affluents de l'Amazone ; elle a un parcours de 1.400 kilomètres, entrecoupé par des cataractes ot par des rapides. Son nom primitif est tJcaialp, qu'on écrit aussi Ucayali, et quisigoi* fie rivière blanche. Les Indiens Caripuaas rappelaient Irury,I» rivière qui tremble. Son nom actuel de Madeira, mot portugais Qui signifie bois, lui vient de la quantité énorme de troncs d'arbres que la rivière entraine dans son courant.

village du même nom, aujourd'hui disparu. Gomment a-t-il disparu? — Les pages ^ les devins indiens, en donnent Texplication suivante :

L'ancien campement était habité par des Indiens Muras, gens aux mœurs licencieuses, qui se livraient à tous les vices contre nature. Leurs excès étaient tels que les esprits protecteurs de la tribu, ses anges gardiens, les doux anga-turamas^ pleuraient de douleur, nuit et jour. En vain \qs pages, nouveaux Jérémies, avertissaient-ils les brebis égarées que Tupan, le dieu bon, était fatigué de leurs débauches, et qu il allait les livrer au terrible Anhanga, le mauvais dieu : les fêtes obscènes et les orgies honteuses continuaient de plus belle.

Tupan se lassa. Le châtiment arriva, impitoyable.

Une nuit, à l'heure où les sauvages tripudiaient, tout entiers à leur bacchanale effrénée, la terre trembla tout à coup, les eaux montèrent furieuses, sortant du lit de la rivière, et, en quelques instants, tout le village était submergé !

De longues années s'écoulèrent. La vengeance de Tupan était satisfaite. Les tribus voisines avaient mis à profit cette catastrophe exemplaire.

Alors, une nouvelle terre commença à émerger du sein de la rivière. D'autres Indiens allèrent s'y établir. Mais, dès les preuïiers jours, ils furent frappés d'un prodige.

Pendant la nuit, alors que tout le campement reposait, on entendait des chants de coqs, et ces chants ne sortaient pas de leurs chaumes : ils montaient du fond des eaux !

Les Indiens allèrent consulter les devins qui sont les dépositaires des confidences de Tupan.

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— Ces chants de coqs, que vous entendez pendant la nuit, dirent-ils, c'est la voix des esprits protecteurs de la tribu, des doux anga-turamas : ils pleurent encore aujourd'hui le désastre de l'ancien campement, et ils cherchent à vons rappeler constamment le châtiment infligé à vos prédécesseurs.

Il n'est pas difficile de démêler dans ce conte les récits des missionnaires, défigurés et travestis par Tignorance peureuse des catéchumènes.

Dans la vie licencieuse des Muras et dans la punition dont leur village a été la victime, on retrouve l'histoire de Fantique Sodome et celle du déluge. 11 n'y manque même pas les anges qui avertissent la ville maudite. Les coqs qui chantent pour rappeler la vieille menace de Tupan sont parents certainement du coq de saint Pierre.

Il faut encore remarquer que la scène se passe dans le rio Madeira, qui charrie constamment des troncs d'arbres. Quand les eaux sont basses, ces arbres s'arrêtent sur des bancs de sable, s'y accumulent en grandes masses et forment de véritables îlots forestiers, assez consistants pour lutter contre la violence des Ilots débordés. Mais, parfois, une débâcle se produit, et l'îlot disparaît entraîné par le courant puissant.

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