MUSIQUE ET DANSES DES INDIENS
serpent d'eau — , et ils imitent les évolutions emmêlées de cet ophidien. Tantôt, ils célèbrent les mœurs du tamaqiiaré, petit caméléon, qui vit dans les marais sur de larges feuilles et dont les Indiens composent certains philtres mystérieux. L'un des Indiens demande :
— Où est ton hamac, caméléon ?
Les autres répondent en chœur, en se glissant :
— Sur la branche du bois.
Ces danses bizarres n'ont pas, cependant, comme celles du Jurupary, une signification religieuse.
Tout ce qui se rattache au Jurupary est encore entouré de ténèbres, et je crois avoir réuni quelques données nouvelles sur ces mystères.
Et, d'abord, qu'est-ce que le Jurupary?
— Les écrivains qui se sont occupés des rites religieux des Tupys-Guaranys se contentent de dire que c'est là le nom du diable, par opposition à Tupan, qui signifie le bon génie.
Les choses ne sont pas aussi simples. Ce nom a une signification beaucoup plus large et beaucoup plus variable. Les Indiens du Rio-Negro, avec lesquels j'ai causé longuement de ce sujet, lui donnent diverses acceptions bien différentes les unes des autres, et, pour ma part, je crois que ce nom a désigné primitivement le guerrier vainqueur de la tribu des Amazones. C'est plus tard que la signification a dû s'altérer, et que le nom du personnage a passé aux objets sacrés em-
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ployés pendant les fêtes destinées à célébrer son triomphe.
Quoiqu^il en soit, présentement le nom de Jurupary est appliqué au mauvais génie, au revenant, à r (( âme de Tautre monde ». Mais en même temps Jurupary est le nom d'un ornement sacré, dont je possède un échantillon dans ma collection amazonienne. Ce vêtement est fait de Técorce du palmier turury. C'est également le nom d'un autre vêtement fait en poil de singe, et qui doit être probablement le symbole de la cuirasse portée par le guerrier vainqueur des femmes. On donne encore le nom de Jurupary à divers instruments de niusique, et particulièreà une espèce de longue trompette faite de pachiuba. Enfin, on donne encore ce nom à une fête commémorative où figure le masque en poil de singe. Cette fête est aussi appelée Dahucury. Pendant ces orgies symboliques, on boit le cachiry, le paiauaru et le capim.
Le cachiry est fait avec des gâteaux de manioc (beijus), du tucupy (liqueur du manioc), et des ignames (caras) ; les Indiens mâchent cet amalgame pour produire la fermentation. Le paiauaru est le jus de la canne à sucre mêlé à des gâteaux de manioc, qu'ils laissent pourrir pendant quinze jours. Enfin, le capim est le suc d'une liane amère, qui enivre et produit un engourdissement extatique, comme le haschich. C'est cette der*
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nière boisson que Ton sert aux candidats au titre de page (prêtre, médecin, devin).
Dans le Rio-Negro,la femme qui voit le masque du Jurupary est mise à mort par les hommes, quand même il s'agirait de leur femme, de leur fille ou de leur sœur^ Dans TUaupés, les hommes peuvent le voir sans initiation. Il n'en est pas de même dans le Rio Içana, où ils ne peuvent le contempler qu'après s'être flagellés avec une liane appelée adaby.
Lorsqu'une jeune fille arrive à la puberté, dans le Rio Içana, on célèbre une fête, appelée cariaman^ nom qu'ils donnent également à l'enseignement des jeunes garçons qui commencent à apprendre à faire des paniers, des tubes en palmier pour le manioc, etc.
La jeune fille, dès le premier jour de sa sanglante puberté, a les cheveux coupés tous ras ; on remmène à une vaste paillette ; on la dépouille de son vêtement primitif; les hommes aussi sont tout nus. Les parents de la jeune fille sont présents. Hommes et femmes, tous s'assoient formant cercle. La jeune fille est au milieu. L'un de ses parents lui donne le premier coup de flagellation, la bande continue et la fustigation devient aussi
* Dans les mystères grecs, on employait pour éloigner les profanes et les femmes particulièrement, un instrument appelé yùi^o<; ; en Australie et dans d'autres pays, on se servait dans le même hut d'une petite pièce de bois en forme do poisson attachée à une corde et agitée de façon à produire un bruit retentissant. (A. Lang)
générale que réciproque, Quand on est fatigué, on boit le cachiry, et la fête se termine dans Tivresse et la débauche.
Les jeunes gens aussi ont leur fête du cariaman, mais elle a un caractère de sévérité inouïe. Us sont obligés de jeûner pendant huit jours, et quelquefois pendant plus de temps encore, ne buvant que le Xibé (farine de manioc délayée dans deTeau), ne mangeant quelecariô^ (gâteau de manioc dissous dans de Teau) et s'abstenant de la chair de tout animal tué.
Les Indiens jeûnent, d'ailleurs, fort souvent et sous le moindre prétexte. Ils jeûnent même avant de faire une pirogue. Leur jeûne est caractérisé par trois traits : ils s'abtiennent de toute chair tuée, ne mangent pas de piment et évitent les relations charnelles.
L'initiation ou le sacre d'un page est chose assez curieuse. Pendant un certain temps, le novice qui aspire à cette haute prêtrise jeûne ; les pages jeûnent eux aussi. Après avoir été purifié par Tabstinence, le novice est amené devant le corps très savant des pages. Ceux-ci ont préparé tout pour la cérémonie, et, en particulier, un mince morceau d'un bois de palmier. Il y a, en effet, quatre palmiers frères : l'assahy, la bacâba, le patauâ et la pachiuba. La pachiuba est l'arbre sacré ; c'est un palmier tombé du ciel. Un morceau de pachiuba ou de patauâ est toujours dur;