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.. Voyes Introduction VIL 一 Ce texte est tiré d’un
recueil du dix-huilième siècle; mais les noms de ville employés dans le récit, le font remonter à une époque beaucoup plus ancienre. 一 Les koëi ne lisent pas dans l'avenir. Mais, pour les consoler, le juge infernal leur en
” découvre Parfuis ce qui les concerne.
Jénn-kientcheu, de U-t'ai (Chäntong), vendait des pelleteries et des fuutres. Comme il allait pour son commerce au Chân-si, il rencontra en route un certain Chënn-tchout'ing, qui lui plut tant, qu'il fit avec lui le serment
de fraternité. Pendant que tous les
deux faisaient leurs affaires au Chän-si, le Jénn lomba gravement malade. Le Chenn le soigna charitablement durant une dizaine de jours. Se sentant mourir, le Jénn lui dit: Ma famille est peu fartunée. Elle compte huit personnes, qui vivaient toutes de mon négoce.
Voici que je meurs en pays étranger.
Je n’ai que vous à qui je puisse confier mes intérêls. Dans mon sac, vous trouverez deux cents taëls. Je vous en donne cent, sur lesquels je vous prie de prélever le prix de man ensevelissement.
Veuillez faire tenir les cent autres à ma famille. Dites aux miens qu'ils cherchent mon cercueil, et m’enterrent dans mon pays. Cela dit, s'appuyant sur son oreiller, il écrivit péniblement quelques mots d’adieux aux siens. Le soir il était mort. — Le Chénn dépensa cinq à six taëls pour lui acheter un méchant cercueil, qu'il confia aut bonzes d'une pagode. Puis it prit l’argent et le reste, et.partit. I ne retourui
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pas au Chän-tong. Un an plus tard seulement, la famille de Jénn-kientcheu apprit par hasard qu'il était mort au Chân-si. Son fils Jénn-siou, qui avait dix-sept aus, dat interrompre ses études. Il demanda à la veuve sa mére, la permission de rapatrier le cercueil de son père. Craignant de le perdre Jui aussi, la mêre n'y voulut d’abord pas consentir; mais enfin elle céda, et le Jaissa aller, en compagnie d’un vieux serviteur fidèle. Six mois plus tard, le jeune homme revint avec le cercueil. de son pêre. Après les funérailles, la famille se trouva dans la plus extrême pauvrelé. Cependant, à l'expiration du grand deuil, Jénn-siou fut reçu bachelier. Mais bientôt sa conduite laissa à désirer. Il devint joueur. Sa mère, femme de mœurs austères, en conçut le plus profond chagrin. Ce fut bien pis, quand, à l'examen triennal des bache:
Jiers, Jénn-sioa fut classé hors série, à la queue. La veuve ne fit plus que pleurer, et cessa de manger. Le fils rentra en lui-même, fil amende honorable, s’enferma, étudia avec acharnement. A l'examen suivant, il fut classé parmi les meilleurs. Sa mère lui conseilla alors d'enseigner des élèves, Mais, à cause de sa conduite passée, personne ne voulut lui en confier. Alors son oncle maternel, un certain Tchäag, qui faisait le commerce à Pékin, lui offrit de l'emmener à la grande ville, pour qu'il pût y chercher un emploi.
Jénn-siou accepta, et monta vers Pékin avec son oncle, en barque, par le canal impérial. Quand ils arrivérent au port de’ Linn-ts'ing, une floite de jonques
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chargées de sel obstruant le canal, ils durent s'arrêter et passer la nuit. Le clapotis de l'eau et le bruit des voix empéchérent Jénn-siou de fermer l'œil.
Quand la nuit fut plus avancée, il entendit que, sur la barque voisine, on
jouait aux dés. Aussitôt son ancienne
passion le reprit. IF tira uné ligature de sa besace, el allait se lever, quand il se souvint de la promesse faite à sa mère. Il se recoucha. Les dés roulaient toujours. Enfia il n'y tint plus, prit sa ligature, se leva, et passa sur la barque voisine. C'était de fait un tripot, où deux joueurs jouaient gros jeu. fl s'offril comme partenaire, et fut agréé.
Bientôt un quatrième survint, et le jeu devint trés passiogné. Coup sur coup, Jéna-siou raflait tous les enjeux. Les trois joueurs achetaient leurs sapèques au patron de la barque, avec des billets de banque. Jénn-siou gaguait tout. 一 Son oncle Tchäng s'étant réveillé sur sa barque, constata que son neveu avait disparu. Ayant entendu, sur la barque voisine, le bruit des dés et des sapéques, il comprit où il fallait le chercher. I y alla, bien résolu à le ramener de force. Mais quand il le vil assis sur un monceau de ligatures, il appela les gens de sa harque, pour les faire porter à son bord. Ils en transbordèrent plus de dix mille. Eufin, les joueurs n'ayant plus de billets, el le patron plus de sapéques, le jeu cessa, el l’on se sépara.
Bientôt l'aube blanchit, et le moment du départ des jonques arriva. Le patron examina à la lumière du jour les billets qu'il avait encaissés durant la
- nuit. C'était de ce papier que l'on brûle
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pour les morts. Impossible de retrouver les trois joueurs. Il alla demander des explications à Jénn-siou, et commenca par s'informer de son nom. Dès que celui-ci se fut fait connaitre, le batelier s'en alla Ja tète basse. A son tour Jénn-siou prit des informations, et apprit que le batelier s'appelait Chënntchout'ing. C'élait l'homme dont il avait entendu parler, quand il était allé au Chän-si chercher le cercueil de son père ; l’homme qui s'était approprié les deux cents taëls laissés par Jénn-kièntcheu. La lumière se fit dans son esprit.
Les joueurs de la nuit étaient des koëi, qui avaient vendu à Chênn-tchout'ing pour deux cents taëls de faux billets, et lui avaient fait restituer en bonnes sapèques, au fils de sa victime, l’équivalent du tort qu'il lui avait fait jadis. 一 Jénn-siou confia son gaîn à son oncle, qui le fit valoir dans son commerce. Dix ans plus tard, Jénn-siou était un personnage notable et un gros richard.
Voyez Introduction VIT. — Quand des koëi Semploient ainsi pour le bon droit et la justice, ils le font par ordre des juges infernaux. — Îl y a des ligatures de diverses valeuts. Le cours de l'argent est aussi très | variable. Jadis l'argent était très cher, et le cuivre bon marché, En tout cas, actuellement on n'achète pas, pour
deux cents taëls d'argent, dix mille ligatutes, même des plus petites.
Le fuettve Tch'ée, assez peu aisé, élait un buveur émérite. Pour qu’il put bien dormir, durant la nuit il lui fallait encore vider trois gobelets. Aussi déposait-il chaque soir un pot de vin à
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la tête de son lit. 一 Une nuit, coifne il venait de s'éveiller ët se retournait, il s’'aperçut que quelqu'un était couché à côté de lui. Au toucher, 让 sentit un être poilu plus gros qu’un ctiat. I al:
luma sa lampe, et vit, couché dans la couverture, ut renard ivre-mort. Il examina alors son pot à vin, et le trouva vide. 由 paraît qu’il a les mêmes goûts que moi, se dit-Îl en riant. Puis il se recoucha, sans rien faire pour réveiller le reñard ; laissant seulement la lampe allumée, pour voir comment il se transformerait. 一 Vers minuit le renard bâilla et s'élira.. Avez-vous bien dermi?
lui demanda le Tch'ée, en soulevant la couverture... Un eharmant jeune hoinme sauta du lit, lui fit la révérence, et le remercia de ne l'avoir pas tué durant son sommeil... Revenez quand vous vottdrez, lui dit le Tch'6e, et ne vous défiez jamais de moi... Puis il se rendormit. Quand il s'éveilla, au matin, "le renard avait disparu. — Le soir veau, il prépara quantité double de vin. La nuit, le renard vint je trouver. — Vous n’êles pas riche, dit-il au Tch'é&e; il convient que je vous aide À payer notre vin. A sept stades d'ici, vers le sud-est, vous trouverez sur le chemin deux taëls d'argent perdus par un passant; allez les ramasser, au petit jour. Le Tch'ée trouva de fait l'argent à l'endroit indiqué. Le soir il prépara un petit extra pour son hôte. — Je n'ai.
me pas à Être en reste, lui dit le renard.
Aa fond de votre propriété, vous trou:
verez un trésor enfoui. Le lendemain, le Tch'6e ayant creusé à l'endroit indiqué, déterra plus de cent ligatures. 一
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一 90, 57, 一 113 57 Un autre jour, le renard lui dit: Aujourd'hui on apportera au marché une grande quantité de sarrasin; Achetez tout. — Le Tch'ée fit ainsi. 1l y en avait quarante piculs. Tout le monde se moqua de lui. — Or cette année-là il ne plut pas. On ne put scmer que du sarrasin. Le Tch'ée revendit ses quarante piculs, comme graine pour les semailles, .plus de dix fois le prix d'achat. 一 Bientôt il fut propriétaire de deux cents acres de terre excellente.
Chaque année il demandait au renard ce qu'il fallail semer, aussi récoltait-il chaque année une pleine moisson, — Le renard était l'intime et le protecteur de la famille. Il appelait la femme du Tch'ée sa belle-sœur, et ses enfants ses fils et filles. Quand le lettré fut mort, le renard disparut,
Voyez Introduction XX. — Les renarids, très liants, se cherchent des amis parmi les hommes. Ils sont extrémement friands de vin. L'odenr du vin, ou des ivragnes, les attire. — Le renard prend forme humaine, et la côhserve, par un acte de sa volonté. Quand il a perdu connaissance, par le sommeil ou par l'ivresse, sa forme animale reparaît spontanément. — Les renards ont connaissance des objets perdus, des trésors enfermés ou enfouis. Ils peuvent à volonté se les appraprier, ou les indiquer à leurs amis. — L'avenir météorologique, si important en Chine, leur est aussi connu. — ‘La cullure chinoise est toute différente, selon qu'il a plu ou non au printemps. Le sarrasin, dont la croissance ne dure que quelques semaines, peut être semé encore à l'arrièresaison, quand les pluies du printemps ont fait défaut, et que celles de l'été ont été peu abondantes. Dernière ressource. Comme on n’en cultive que peu ou pas, les bonnes années, on ne se procure que difficilement la graine, quand l'année est mauvaise.
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Un jeune lettré de Li-tch'eng (Ghän-tong), Yinn-t'ienkoan, était fort
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