‹ Folk-lore chinois moderneChapitre 99 sur 231 · RMS RUE DS EL REX ME A FEES · texte numérisé non relu

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et récompensa le tonnelier. Puis la femme du bachelier dit en soupirant:

Les vivants et les morts étant de même race, pourquoi les morts s’efforcent-ils sans cesse de faire mourir les vivants, alors que les vivants laissent les morts tranquilles et ne s'occupent pas de les faire revivre? — La voix railleuse d'un être invisible lui répondit : N'est-il pas dit, dans les Classiques, que le bou s’effurce de bonifier les autres, et que le savant s'efforce de rendre les autres savants comme lui? Ainsi nous, les noyés, nous nous efforçons de noyer les autres; nous, les pendus, nous tachons d’étrangler les autres. — Un grand éclat de rire souligna ce sarcasme, puis je silence se fit.

Le surmenage fait éclater les folies latentes. Les grands concours de l’ancien système, licence et doctorat, ne se passaient guère sans cas de folie ou de suicide. 一 Cinabre, médicament de l'âme, voyez numéro 5, en note. — Notez que les morts ont connaissance de ce qui arrive aux vivants qui leur sont chers.

En l'an 1767, à Tchénn-kiang (Kiäng-sou), on refit le temple du génie de la ville. Trois notables nommés Y6en Käo et Là, furent chargés dé recueillir les souscriptions et les dons, et de tenir les comptes. Un matin quoiqu'il plût, une dame vinten litièré à leur bureau. Tirant de sa manche ur paquet de menu argent, elle le renil au Yen en disant: Voici pour la restau ration du temple; veuillez inscrire cin:

quante taëls. — À quel nom, Madame!

. demanda le Yên. — Oh! dit Ja dame,

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pourquoi publierais-je cette bonne ou。 vre si petite? Inscrivez, cinquante taëls, avonyme; cela suffira. 一 Cela dit, elle prit congé. — Cet argent, dit le Là, personne n’en a connaissance. Il est bon à prendre. Nous allons le partager à trois, et l’'empocher. — Fort bien, dit le Käo. — Non pas! dit le Yên; ce serait inique. — Voyant que les deux autres étaient bien résolus, le Yên sortit. Le LU et le Käo se partagèrent la somme, l’empochèrent, et n’inscrivirent rien. Le temple fut restauré, et le Yên seul garda mémoire de ce fait. 一 Huit ans plus tard, le Käo mourut.

Peu après, le Lù mourut de même. Deux ans plus tard, au printemps, le Yên tomba malade. Deux satellites lui apparurent et exhibérent leur mandat d'amener. C'est une dame, dirent-ils, qui t'a accusé au tribunal du génie de la ville. — De quel méfait? demanda

Je Yén. — Nous n’en savons rien, ré-

pondirent les satellites. En route! — Quand le Yen arriva au temple du génie de la ville, il lui trouva un tout autre aspect qu’à l’ordinaire. Ce n'était plus une espèce de petite foire, mais un tribunal, avec ses bandes de scribes et de satellites. — A la seconde porte, un coupable chargé d’une cangue l'interpella «frère Yên, est-ce bien vous que je vois? ».. — C'était le Käo. Voilà quatre ans, dit-il en pleurant, que j'endure ce supplice, à cause de l'argent du temple. — Comment l’a-t-on su?

demanda le Yén; est-ce la dame qui a porté plainte? — Non pas, dit le Käo. Mais, quand elle fut morte, elle fut, comme tous les morts, d’abord

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présentée au génie de la ville. Toi, lui dit celui-ci en riant, tu as fait de nombreuses aumônes dans ta vie. Comment se fait-il que, quand on restaurait mon temple, tu ne m'as pas jugé digne méme d’une sapèque? — La dame répondit: Le vingt de la sixième lune, j'ai donné cinquante taëls. Je les ai remis à un certain Yén. J'ai demandé qu’on n'écrivit pas mon nom, ce que j ai donné étant si peu de chose. Comment se peut-il que vous ignoriez cela? 一 Le génie de la ville mit aussitôt ses limiers sur la piste. Le Lu et moi fûmes pris.

L'affaire vient aujourd'hui. Tu as été cité, pour être confronté avec nous. — Où est le Lù ? demanda le Yên. — En enfer, pour d’autres crimes, dit le Käo; on va l’amener, pour le jugement. — Un instant après on cria «le juge monte à son tribunal». Les satellites rangèrent les causes et les parties. La dame fut introduite avec beaucoup d’honneurs. Le Lu parut aussi, chargé d'une lourde cangue. — Le juge demanda au Yèn: Est-il vrai que cette dame t'a remis tant d'argent? — Le Yèn raconta l’exacte vérité, de sorte que son récit se trouva concorder de point en point avec celui de la dame. — Je suis partie, dans cette cause, dit le génie de la ville à ses assesseurs ; je ne puis donc pas la juger; qu’on porte immédiatement le dossier au génie du T'äi-chan; que les parties se retirent en attendant. — Un koëi partit aussitôt, en toute hâte; les parties se retirérent; le génie fit appeler la cause d’une barque de sel brûlée en 1770, affaire dans laquelle plusieurs personnes avaient perdu la

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tion, elle devaient être réincarnées. — Quand cette cause fut terminée, le messager étant revenu, on rappela le Yen et les autres, et lecture fut donnée de la sentence du génie du T'äi-chan, ainsi conçue: Le Käo n'étant coupable que d’avoir volé de l'argent destiné à une bonne œuvre, sera mis à la cangue durant le temps convenable, puis réincarné. Le Là, voleur, et coupable de crimes nombreux, sera mis à la cangue après avoir terminé son expiation infernale; de plus, ordre est donné au génie du feu, de détruire son cercueil et son cadavre. Que le Yên, qui est innocent, et qui a encore plusieurs années à vivre sur la terre, soit renvoyé chez lui. — A la fin de cette lecture, le Yen se réveilla dans son lit, baigné de sueur. Sa famille le pleurait comme mort, et avait déjà revêtu le deuil. 1} avait passé trois jours entiers dans un état cataleptique. — Il raconta son histoire. — Personne n'y voulut d’abord croire. — Mais quand, une nuit de la huitième lune, le feu ayant pris chez les Lüû, le cercueil du notable défunt eut été consumé, les incrédules se convertirent.

Destruction du cadavre par le feu, voyez numéro 14, en note. 一 Le coupable est exposé, portant la cangue, à l'endroit où il a péché. C’est la réparation du .scandale donné. De là vient que le Lt, après son expiation infernale, est encore mis à la cangue à Tchénn-kiang.

En 1755, à Pékin, quantité d'enfants moururent de convulsions, durant la première année de leur vie. Durant

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leurs crises, on voyait un volatile semblable à un hibou, voler en rond dans la chambre, autour de la lampe.

Plus son vol s’abaissait et s'accélérait, . plus l’état de l'enfant empirait. Quand le petit avait expiré, le sinistre oiseau disparaissait, — Un nouveat cas de convulsions s'étant produit, ut certain Neüe, excellent archer, pri son arc et son carquois, et alla voir.

Le volatile mystérieux ayant paru, il lui décocha une flèche, qui l’atteignit L'oiseau poussa un cri de douleur, el s'enfuit à tire d’aile. On suivit la trace de son sang. Elle aboutissait à la cuisi ne de la maison du maréchal Li. A côté de la cuisine, dans une chambrette, gisait une vieille aux yeux verts. Elle avait les reins traversés par une flèche.

Le sang ruisselait de sa blessure. 一 C'était une femme du pays des Miäotzeu, que le maréchal Li avait jadis ramenée caplive de la province dt Yünn-nan, où il avait fait campagne. Depuis longtemps on la sou pçonnail d’être sorcière. On la tortura, pour là faire parler. 一 Elle avoua qu'elle savail une formule, qui lui permettait de se transformer à volonté en un oiseau de proie. Elle sortait sous cette forme:

vers minuit, pour sucer la cervellé des petits enfants. Elle en avait fait mourit .de la sorte plus de cent, dit-elle. 一 Furieux, le maréchal Li la fit lier, en tourer de fagots, et brüler vive. Après cetle exécution, aucun enfant ne mourut plus d'éclampsié.

Voyez Introduction XVIII. — Les Mido-tzeu, ahorigènes fétichistes, dans le Koang-si Koëi-tcheou Yünn-nan, ont, parmi les Chinois, la réputation d'être. des sorciers redoutables.

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