‹ Folk-lore de l'Ille-et-Vilaine (volume 2)Chapitre 17 sur 42 · LA JEUNESSE · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE

Le premier avril, on joue des tours aux jeunes apprentis dans les ateliers. On les envoie chez un voisin demander à emprunter la corde à tourner le vent. On dit aux fillettes d’aller chez l'apothicaire demander de l'huile de pieds de tortue.

Les enfants cherchent à attraper les passants: Ils déposent sur la rue un cornet de papier rempli de cendre, et si quelqu'un se baisse pour le ramasser, ils sortent sur les portes en criant : (& Poisson d'avril! Poisson d'avril! »

Les ouvriers forgerons, dans les campagnes, percent une pièce de deux sous et la clouent au milieu de la rue avec une pointe d'une telle longueur qu'il est impossible avec les doigts de la détacher du sol. Lorsque des personnes cherchent à s’en emparer Îles ouvriers les plaisantent et leur rappellent qu'elles ont oublié la date du premier avril.

Une assemblée pour les domestiques de la campagne qui désirent se gager, a lieu à Rennes, sur le Champ-de-Mars, le jour Saint- Pierre (29 juin de chaque année).

Cette foire aux gens est bien étrange en cette fin de siècle, et fait l’étonnement des étrangers qui se trouvent de passage à Rennes ce jour-là. Et cependant c'est une fête pour ces jeunes paysans qui en parlent toute l'année et s’y donnent rendez-vous.

Garçons et filles sont là, debout, par groupes attendant qu'on vienne les demander. Quelquefois c'est leur maître de l’année agricole écoulée, qui contracte avec eux un nouveau marché. |

Les domestiques des deux sexes qui veulent se gager pour l’année entière portent: les gars une rose au chapeau et les filles un bouquet au côté. Presque tous ont une petite gaule à la main.

Les charretiers ont leur fouet autour du cou.

Les hommes, et parmi eux souvent des vieillards, qui ne veulent prendre d’engagement que pour le temps de la moisson (qu'on appelle la métive), ont un épi de blé vert au chapeau.

Lorsque le marché est conclu, maîtres et valets vont boire ensemble sous les tentes dressées à cet effet.

Quand les maîtres sont partis les gars offrent aux filles des tournées de café et de petits verres d’eau-de-vie ou de liqueurs qu'ils absorbent en poussant des cris sauvages.

Il y a des fermes où les domestiques sont considérés comme étant de la famille, où ils sont bien payés, bien nourris, leur linge raccommodé, leurs vêtements entretenus. C'est à qui naturellement cherchera à entrer dans ces maisons. Aussi les maîtres choisissent-ils

leurs serviteurs parmi les jeunes gens du pays, travailleurs, honnêtes et de bonne conduite.

Ces agriculteurs ne vont point aux assemblées, et il faut entendre les fermières, dire avec dédain :

Fille d’assemblée, Fille éventée.

Des assemblées créées dans le même but ont lieu à Ercé-en-Lamée et à Bourg-des- Comptes, le dimanche qui suit la Saint-Jean. À Pléchâtel, c'est le dimanche qui suit la Saint-Pierre.

Là, les filles ont une gaule à la main et les garçons une rose au chapeau. |

À Vitré, le lundi qui suit la Saint-Georges (23 avril), les cultivateurs louent leurs domeéstiques qui n'’entreront chez eux que le premier novembre.

Ce marché a lieu à Vitré, place Saint-Yves.

Les filles ont un fuseau à la main et les garçons le fouet autour du cou.

Le marché n'est conclu que lorsque maîtres et serviteurs ont bu une chopine ensemble, et que le denier à Dieu a été compté.

La foire des Terreneuvas

Le lundi 7 décembre de chaque année, a

lieu à Miniac-Morvan, la Foire des Terreneuvas.

C'est dans cette assemblée, célèbre chez les gens de mer, que se fait l'embauchage annuel des marins pour la campagne de pêche de Terre-Neuve. Plus de deux mille pêcheurs accompagnés de leurs familles s’y rendent de tous les points du littoral.

Les engagements se font à salaire fixe ou à la part. Toujours, la nourriture et le transport sur les lieux de pêche sont compris dans la paie. Dans les deux cas, les armateurs font des avances discutées comme les autres parties de l'engagement; ces avances varient de 200

à 400 fr., suivant l’homme, ses capacités et sa fonction à bord.

L'embauchage se pratique dans les cabarets, sans écriture ; la tape donnée dans la main et la bolée de cidre bue au tonneau de la foire servent de signature.

sg Dans les environs de Vitré, pendant les veillées d’hiver, les domestiques de ferme fabriquent des vans, des manches de fouet et des fourches de bois pour faner le foin.

Ces objets leur appartiennent. Ils vont les vendre à Vitré dans la matinée du jeudi saint.

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