LES CONSCRITS
Les parents des conscrits mettent dans la poche de ces derniers une araignée vivante pour qu'ils obtiennent un bon numéro au tirage au sort. [l y a quelques années dans l’un des cantons de la ville de Rennes, le nombre des jeunes gens qui prenaient part au tirage s'élevait à 143. [es mères de deux conscrits leur ayant mis des araignées dans la poche, ceux-ci obtinrent les numéros 141 et
Si, malgré le talisman un mauvais numéro sort de l’urne, c'est que l’araignée a été blessée ou bien s’est enfuie, a été écrasée ou, enfin, n'appartient pas à l'espèce qui procure la
chance.
À Bruz, les parents des conscrits mettent dans un pli de la blouse du jeune homme qui doit tirer au sort, sans que celui-ci s'en doute, l'anneau de mariage de sa mère ou un trèfle à cinq feuilles. Ces objets doivent lui faire obtenir un bon numéro.
Le
Autrefois, les jours du tirage au sort et du conseil de révision, les conscrits de communes différentes se battaient pour les motifs les plus futiles, souvent pour un sobriquet attribué aux habitants de chaque localité.
Ces rixes étaient terribles entre jeunes gens, surexcités par la boisson, et les accidents graves quand la mort ne s'ensuivait pas.
On parle encore, dans l'arrondissement de Fougères, de la rixe épouvantable qui eut lieu entre conscrits, à l'assemblée de Vendel, dans le canton de Saint-Aubin-du-Cormier.
Quatre vigoureux gaillards se précipitèrent sur un nommé Montjarret qu'ils jetèrent brutalement par terre. Ce dernier se releva vivement, et voyant que la partie n'était pas égale, dit : &« Le premier qui m'approche, je l'éventre!»
Montjarret effectivement avait ouvert son couteau, mais pour éviter un malheur, il prit la fuite, suivi de ses adversaires qui l’acculèrent à la rivière.
Forcé de se défendre ou de se jeter à l'eau, il se détourne et envoie un coup de couteau dans le ventre d’un sieur Chauvin, le plus
acharné de ses assaillants. Celui-ci tombe par terre, un autre, appelé Graisley, arrive à son tour et est frappé à la cuisse. Enfin le dernier, du nom de Chantrel, en est quitte pour deux ou trois blessures légères.
Cette défense énergique sauva Montjarret ; mais le lendemain, quand la gendarmerie vint sur les lieux, accompagnée d’un médecin, elle trouva le malheureux Chauvin sur le terrain de la rixe, dans un état désespéré. Malgré les soins qui lui furent prodigués, il ne tarda pas à mourir.
Graisley et Chantrel furent transportés à l'hôpital de Fougères.
Montjarret, en apprenant la mort de Chauvin, se constitua prisonnier.
Aujourd’hui, il n'en est plus ainsi fort heureusement. S'il y a encore quelques rivalités entre jeunes gens de diverses communes, cela se borne à des disputes dans les cabarets, mais il est rare que des coups soient échangés.
Les conscrits dans l’Ille-et-Vilaine composent leurs chansons eux-mêmes. La plupart
du temps, ce n’est qu’un couplet qu'ils recommencent sans cesse :
Habitants de Rennes, Sortez d'vos maisons, .
Car les rues sont pleines, De joyeux garçons.
S'ils font du tapage, C'est par leurs chansons.
N'est-ce pas le tirage Des enfants Bretons ?
Nous n’verrons plus Marion, Ma lon lan la;
Nous n’verrons plus Marion, Car ell’ s’en va !
Je n'ai plus qu’un an, Nanon, La belle, attendez-ma donc; Attendez-ma donc, la belle, La belle, attendez-ma donc.
J'avons bu et je batrons, J'casserons les verres, j'les paierons !
À une heure sur la branche, Le rossignol chantait.
— Que chantais-tu? que disais-tu?
— Que l’jeun’ conscrit est revenu.
A deux heures sur la branche, etc.
Cette chanson de marche dure pendant toute la route du village au bourg.
Pa
Ma poule n’a plus qu'un poulet (bts), Qu'un poulet sur onze, Marchons à la ronde, Marchons à la ronde,
Petite, A la marche ronde.
Dixième artillerie du train, Nous partons demain ; Nous partons demain, Le sabre à la main, Jusqu'en Tunisie, Rejoindr’ nos amis, Pour les soulager Ces braves, ces braves, Pour les soulager,
Ces braves guerriers.
Le tambour bat, Ce jeune et ce jeune.
Le tambour bat, Ce jeune soldat.